History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Ceux des Quatre-Cents qui étaient le plus opposés à cette forme de gouvernement et qui avaient alors la haute main dans les affaires, savoir : Phrynichos, le même qui dans son commandement de Samos avait eu des démêlés avec Alcibiade ; Aristarchos, l'un des plus ardents et des plus anciens adversaires de la démocratie ; Pisandros, Antiphon et d’autres hommes des plus puissants, avaient, dès leur entrée en charge, envoyé quelques-uns des leurs en ambassade à Lacédémone pour travailler à un rapprochement[*](Au lieu de όλίγαρχίαν, je lis όμολογίαν, d’après le manuscrit du Vatican. On ne voit pas ce que signifierait ce zèle déployé en faveur de l’oligarchie déjà établie à Athènes. ) ; plus tard ils en firent partir d’autres, lorsqu’ils connurent la réaction démocratique de Samos. Ils avaient aussi commencé à fortifier l’endroit appelé Éétionéa [*](L’Êétionéa est une jetée naturelle, située à gauche en entrant par mer au Pirée. L’intention des Quatre-Cents était d’en faire un point isolé, également défendable du côté de la mer et du côté de la terre. Extérieurement elle était protégée par les fortifications du Pirée. Le nouveau mur qu’on élevait alors devait-mettre à l’abri des attaques de l’intérieur. A l’extrémité de l’Éétionéa s’élevait une tour, où aboutissait l’ancien mur du Pirée. Le nouveau partait de ce même point, et, longeant la côte, formait le second côté d’un triangle allongé; le troisième côté était formé par le mur transversal qui barrait le portique ou halle aux grains. ). Leur activité ne fit que s’accroître, lorsqu’au retour de leurs députés de Samps, ils virent le changement qui s’opérait dans la multitude et même chez plusieurs de ceux sur lesquels ils avaient jusqu’alors compté. Doublement inquiets, à l’égard d’Athènes et de Samos , ils se hâtèrent d’envoyer à Lacédémone Antiphon, Phrynichos et dix autres, qu’ils chargèrent de traiter à. tout prix, pour peu que les conditions fussent tolérables. Ils pressèrent aussi les travaux d’Éétionéa. Le but de cette construction , au dire de Théraménès et de ses adhérents, n’était point de fermer le Pirée à la flotte de Samoe, dans le cas où elle voudrait en foroer l’entrée, mais plutôt de recevoir à volonté les ennemis par terre et par mer. L’Éétio-néa sert de môle au Pirée, dans lequel on pénètre en la rasant.
A la muraille déjà existante du côté du continent, on en ajoutait alors une nouvelle, afin qu’il suffit d’une garnison peu nombreuse pour commander l’entrée du port. En effet, c’était à l’une des deux tours fermant son étroite embouchure[*](A l’entrée du Pirée étaient deux tours, l’une à gauche, à l’extrémité de l’étionéa; l’Êautre à droite, sur la presqu’île de Munychie. ) que venaient aboutir l’ancien mur du côté du continent et le nouveau mur intérieur que l’on construisait alors du côté de la mer. Ils barrèrent aussi par une traverse un portique spacieux qui touchait au Pirée, et en firent un entrepôt, dont ils se réservèrent l’administration ; chacun fut tenu d'y déposer le blé qu’il pouvait avoir et celui qui arrivait par mer. C’est de là qu’on devait le tirer pour le mettre en vente.