History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Depuis longtemps, Théraménès allait se plaignant de toutes ces mesures. Lorsque les députés furent revenus de Lacédémone sans rapporter de solution, il prétendit que oe fort menaçait la sûreté de la ville. Par une singulière coïncidence, quarante-deux vaisseaux —dont quelques-uns italiens , de Tarente et de Locres , quelques autres siciliens — partirent du Péloponèse et vinrent mouiller à Las en Laconie [*](Petite ville sur le golfe de Laconie, à quarante stades S. O. de Gythion. Ses ruines subsistent près du village moderne de Passava. ), se disposant à passer en Eubée à la requête des Eubéens. Cette flotte était commandée par le Spartiate Agésandridas fils d’Agésan-dros. Théraménès soutint qu’elle avait moins en vue de secourir l’Eubée que d’appuyer ceux qui fortifiaient l’Ëétionéa, et que, si l’on n’y prenait garde, la ville s’en irait tout doucement à sa perte. Il y avait quelque chose de vrai dans cette accusation et ce n’était pas une pure calomnie. Les Quatre-Cents voulaient avant tout maintenir leur autorité oligarchique, même sur les alliés ; si cela n’était pas possible , conserver l’indépendance en gardant la flotte et les murs; enfin, en désespoir de cause, n’être pas les premières victimes du peuple redevenu souverain, mais plutôt introduire les ennemis, traiter avec eux, moyennant le sacrifice des murs et de la flotte, et sauver ce qu’ils pourraient de la ville, en assurant leur sécurité personnelle. Aussi pressaient-ils l’achèvement de la fortification commencée : ils y ménageaient des guichets et des passages dérobés pour donner entrée aux ennemis. Tout devait être achevé en temps utile.