History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

De retour à Athènes, les députés envoyés à Samos par les Quatre-Cents rapportèrent la réponse d’Alcibiade , qui était de tenir ferme sans céder aucunement à l’ennemi, vu qu’il avait les meilleures espérances de les réconcilier avec l’armée et de triomper des Péloponésiens. Déjà plusieurs de ceux qui avaient donné les mains à l’établissement de l’oligarchie en étaient aux regrets, et ne demandaient pas mieux que de trouver un prétexte pour y échapper sans danger. Le langage d’Alcibiade les enhardit; ils formèrent des réunions, dans lesquelles on critiquait la direction des affaires. Parmi eux se trouvaient quelques-uns des chefs du parti aristocratique, généraux et fonctionnaires , tels que Théraménès fils d’Hagnon, Aristo-cratès fils de Scellias, et plusieurs autres. Bien qu’ils tinssent le premier rang dans le régime actuel, ils n’étaient pas, disaient-ils,

470
sans inquiétude à l’égard de l’armée de Samos, et paiücor lièrement d’Alcibiade ; ils craignaient même que les députés partis pour Lacédémone ne prissent, sans l’aveu de ceux qui les avaient envoyés, quelque résolution funeste à l’État. Sans donc renoncer à une tendance oligarchique , ils se bornaient à demander qu’on désignât effectivement les Cinq-Mille, qui n’existaient encore que de nom, et qu’on établît plus d’égalité entre les citoyens. Du reste il n’y avait là que de vains semblants de popularité; au fond, la plupart n’écoutaient que leur ambition personnelle, cause fréquente de la chute des oligarchies issues de l’état populaire; chacun aspire à devenir de plein saut, non pas l’égal, mais le premier de tous ; dans la démocratie, au contraire on prend mieux son parti du résultat des élections , parce qu’on ne se voit pas préférer ses égaux[*](Sous la constitution démocratique d’Athènes, toutes les élections, excepté celles des généraux, se faisaient par le sort. «Le sort, dit Montesquieu, est une façon d’élire qui n’affiige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir la patrie. » ). Mais rien ne fît sur eux plus d’impression que l’autorité dont Alcibiade jouissait à Samos et le peu d’avenir que leur semblait avoir l’oligarchie. Aussi travaillaient-ils à Tenvi à devenir chacun les chefs du parti populaire.