History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Sur leur refus, les Eléens leur firent une autre proposition : qu’ils gardassent Lépréon, puisqu'ils ne voulaient décidément pas le rendre; mais, s’ils tenaient à avoir l'usage du temple, qu’ils montassent sur l’autel de Jupiter et fissent, en présence de tous les Grecs, le serment de payer plus tard cette amende. Les Lacédémoniens n’y consentirent pas davantage ; aussi furent-ils exclus du temple, du sacrifice et des jeux. Ils sacrifièrent chez eux. Le reste des Grecs prit part à la fête, excepté les Lépréates. Cependant les Eléens, craignant que les Lacédémoniens n'eüssent recours à la force, mirent sur pied une garde de jeunes gens. Il leur vint aussi mille Argiens, autant de Man· tinéens, et des cavaliers d’Athènes, qui attendaient à Argos la célébration des jeux. Une grande frayeur s’empara de l’assemblée; on craignit que les Lacédémoniens ne vinssent en armes.
Après les jeux olympiques, les ArgieDS et leurs alliés se rendirent à Corinthe, pour engager cette ville à se joindre à eux. Il s’y trouvait déjà des ambassadeurs de Lacédémone. On échangea bien des paroles sans rien terminer; car il survint un tremblement de terre qui fit lever la séance, et chacun regagna ses foyers. Là-dessus l’été finit.
L’hiver suivant, les habitants d’Héraclée en Trachinie eurent un combat à soutenir contre les Éniens,les Dolopes, les Maliens et un certain nombre de Thessaliens. Ces peuples voyaient de mauvais œil cette ville s’élever dans leur voisinage; car sa fondation était une menace essentiellement dirigée contre eux. Aussi, à peine commençait-elle à s’établir, qu’ils l’attaquèrent et lui firent tout le mal possible. En cette occasion , ils vainquirent en bataille les Héracléotes, tuèrent leur chef, le Lacédémonien Xénarès fils de Cnidis, et taillèrent en pièces une partie de sa troupe.-Là-dessus l’hiver finit, ainsi que la douzième année de la guerre.
Dès le commencement de l’été suivant [*](Troisième année de la guerre, an 419 avant J.-C.), les Béotiens, voyant l’état fâcheux où ce combat avait réduit Héraclée, prirent en mains l’administration de cette ville, et renvoyèrent, pour abus de pouvoir, le gouverneur lacédémonien Hégésip-pidas. Ce qui les y détermina, ce Çut la crainte que les Athéniens ne s’emparassent d’Héraclée à la faveur des embarras du Péloponèse. Les Lacédémoniens ne leur en gardèrent pas moins rancune.
Le même été, Alcibiade fils de Clinias, général athénien, secondé par les Argiens et leurs alliés, pénétra dans le Péloponèse avec un petit nombre d’hoplites et d’archers athéniens. Il prit avec lui un renfort d’alliés du pays, régla tout ce qui concernait l’alliance, traversa le Péloponèse avec une armée, et persuada aux Patréens de construire des murs jusqu'à la
Le même été, il y eut une guerre entre les Épidau-riens et les Argiens au sujet d’un Sacrifice que les Ëpidau-riens devaient offrir à Apollon Pythéen[*](Pausanias (II, xxiv. xxxv. xxxvi) cite trois tem- ples de ce nom en Argolide. Probablement il s’agit ici de celui qui était dans le voisinage d’Asiné. ) pour les terres riveraines, et dont ils négligeaient de s’acquitter. Les Argiens étaient les maîtres absolus de ce temple. Indépendamment de ce motif, Alcibiade et les Argiens voulaient, s'il était possible, s’assurer d’Épidaure, afin de tenir Corinthe en respect et d’ouvrir aux Athéniens, allant d’Êgine au secours d’Argos, une route plus directe, sans avoir à doubler le cap ScyIléon[*](Les Athéniens, maîtres d’Égine, n’avaient qu’un bras de mer à traverser jusqu’à Epidaure, et de là il leur restait un assez court trajet par terre jusqu’à Argos. La route de mer était beaucoup plus longue ; il fallait tourner toute ΓArgolide, dont le cap Scylléon forme l’extrémité méridionale. ). Les Argiens se disposèrent donc à envahir l’Épidaurie pour obliger les habitants à fournir la victime.
Vers la même époque, les Lacédémoniens en corps de nation, sous la conduite de leur roi Agis fils d’Archidamos, s’avancèrent jusqu’à Leuctra , dernière ville de leur pays du côté du Lycée[*](Montagne située au S. de l’Arcadie^ et se prolongeant jusqu’à l’ancienne provinoe de Messénie. — Leuctra ou Leuc-tron était la dernière place de Laconie sur le chemin de Sparte à Mëgalopolis. Il y avait une autre ville de Leuctra au bord du golfe de Messénie. Ni l’une ni l’autre n’ont rien de commun avec la ville béotienne de Leuctres, illustrée par la victoire d’Épaminondas. ). Nul ne connaissait le but de cette expédition, pas même les villes qui avaient fourni les troupes. Mais les sacrifices pour le passage de la frontière n’ayant pas été favorables , les Lacédémoniens regagnèrent leurs foyers , et prévinrent les alliés de se tenir prêts pour une autre expédition aussitôt après le mois suivant — c’était le mois Carnéen, temps de fête pour les Doriens[*](Le mois Carnéen, correspondant au mois athénien Métagitnion (juillet-août), devait son nom aux fêtes d’Apollon Caméen, qui se célébraient à cette époque et duraient neuf jours. Le mois entier était pour les Doriens un temps de réjouissance, une espèce de carndrai ou de ramadan, pendant lequel les hostilités étaient généralement suspendues. ). — Après leur retraite, les Argiens se mirent en campagne le quatrième jour'de la dernière décade du mois qui précède le Carnéen. Ils employèrent ce jour à faire la route, et tout lè reste du temps[*](Les six jours qui restaient avant le commencement du mois Car-néen. Au surplus le sens de ce passage est controversé. D’autres traduisent : « quoiqu’ils eussent de tout temps observé ce jour, » en ponctuant après χρόνον, et non après ταύτην. J’ai préféré l’autre leçon, qui nécessite, il est vrai, ἐσέβαλλον au lieu de ἐσέβαλον, l’invasion s’étant prolongée un certain temps. ) à envahir et à dévaster les terres des Épidauriens. Ceux-ci appelèrent leurs alliés ; mais les uns s’excusèrent sur les fêtes de ce mois, les autres s’avancèrent jusqu’aux limites de l’Épidaurie, et s’y tinrent en repos.
Pendant que les Argiens étaient dans le pays d'Épi-daure, dés députations des villes se réunirent à Mantinée sur l’iqvitation des Athéniens. Des conférences s’étant ouvertes, Euphamidas de Corinthe soutint que les actions répondaient mal aux paroles ; qu’on était assemblé pour s’occuper de la paix, tandis que les Épidauriens, leurs alliés et les Argiens étaient en armes et en présence; qu’avant tout il fallait séparer les deux armées; qu’alors seulement on pourrait parier de paix. Cette proposition admise, on partit sur-le-champ, et l’on obtint l’éloignement des Argiens ; puis on reprit les conférences,
L’hiver suivant, les Lacédémoniens, à l’insu des Athéniens, envoyèrent par mer à Ëpidaure une garnison de trois cents hommes sous les ordres d’Agésippidas. Les Argiens se plaignirent aux Athéniens de ce qu’ils avaient permis cette expédition maritime, quoiqu’il fût dit expressément par £e traité qu’on ne laisserait traverser son domaine par aucun ennemi. Ils ajoutèrent que si, par représailles, les Athéniens ne replaçaient pas à Pylos les Messéniens et les Hilotes peur infester la Laconie, ils se tiendraient pour offensés. Les Athéniens, sur la proposition d’Alcibiade, inscrivirent auhasde la colonne lacédémonienne [*](La colonne sur laquelle était gravé le traité d’alliance entre Athènes et Lacédémone. Voyez chap. xxiil. ) que les Lacédémoniens avaient trahi leurs serments ; puis ils transportèrent les Hilotes de Cranies à Pylos pour y exercer le brigandage. D’ailleurs ils se tinrent en repos.
Dans la guerre que se firent pendant cet hiver les Argiens et les Épidauriens, il n’y eut point de bataille rangée, mais seulement des escarmouches et des incursions, où les pertes de part et d’autre se réduisirent à quelques hommes. L’hiver finissait et l’on touchait au printemps, lorsque les Argiens s’approchèrent d’Épidaure avec des échelles. Ils avaient compté la trouver sans défense A cause de la guerre et l’emporter d’emblée; mais ils n’y réussirent pas. Là-dessus l’hiver finit, ainsi que la treizième année de la guerre.