History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Jadis les Grecs et ceux des Barbares qui habitaient les îles ou les côtes du continent, ne surent pas plus tôt communiquer entre eux à l’aide de vaisseaux, que, guidés par des hommes puissants, ils se mirent k exercer la piraterie, autant pour leur gain particulier, que pour procurer de la nourriture aux faibles. Fondant à l’improviste sur des villes ouvertes,

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composées de bourgades séparées, ils les pillaient et tiraient de là leur principale subsistance. Cette industrie, loin d’être ignominieuse, procurait plutôt de l’honneur; témoin certains peuples continentaux qui, encore aujourd’hui, sefontgloire d’y exceller; témoin encore les anciens poètes qui ne manquent jamais de faire demander à ceux qui abordent, s’ils sont des pirates[*](Par anciens poètes, Thucydide entend essentiellement Homère. Dans l’Odyssée (III, 71), Nestor dit à Télémaque: «Etrangers, qui êtes-vous? d’où Venez-vous à travers les plaines humides? est-ce pour quelque affaire, ou bien errez-vous à l’aventure, comme des pirates ; qui parcourent les mers en exposant leur vie et portant le ravage en d’autres pays? » — Le Cyclope adresse la même question à Ulysse (Od. IX, 252). ), montrant ainsi que les hommes auxquels cette question est adressée ne désavouent pas un tel métier, et qu’elle n’est point injurieuse de la part de ceux qui ont leurs raisons pour la faire.

Même sur terre on se pillait réciproquement. De nos jours encore, plusieurs peuples de la Grèce continentale, tels que les Locriens-Ozoles, les Ëtoliens, les Acarnaniens et presque tous leurs voisins, conservent ces anciennes mœurs. L’habitude qu’ils ont d’aller toujours armés est un reste de l’antique brigandage.

Toute la Grèce portait le fer, parce que les habitations étaient sans défense et les communications peu sûres ; jusque dans la vie privée on imitait les Barbares, qui ne quittent jamais leurs armes. Les contrées de la Grèce où cette coutume s’est maintenue jusqu’à ce jour, prouvent qu’autrefois elle était générale.

Les Athéniens furent les premiers à déposer le fer, pour adopter des mœurs plus douces et plus polies. Il n’y a pas longtemps que, chez eux, les vieillards de la classe aisée ont renoncé au luxe des tuniques de lin et des cigales d’or dont ils relevaient le nœud de leur chevelure[*](C’est-à-dire des épingles d’or en forme de cigales. La cigale, qu’on croyait naître de la terre, était un symbole d’autoch-thonie pour les anciens Athéniens. ); usage qui s’est transmis aux vieillards ioniens, à cause de l’affinité des deux peuples. Les premiers qui prirent un costume simple et tel· à peu près qu’on le porte aujourd’hui, furent les Lacédémoniens[*](Les Spartiates portaient sur leur tunique un manteau extrêmement court, d’étoffe grossière et de couleur brune. ); à cet égard, comme dans toute leur manière de vivre, les plus riches d’entre eux ne se distinguèrent pas de la multitude. Ils furent aussi les premiers à se dépouiller de leurs vêtements dans les exercices publics, pour se montrer nus et frottés d’huile. Autrefois, dans les jeux Olympiques, les athlètes luttaient les reins entourés d’une ceinture, et il y a peu d’années que cette habitude a cessé; actuellement encore, chez certains peuples barbares, surtout en Asie, on propose des prix de lutte et de pugilat, et les combattants portent des ceintures; Ge n’est pas le seul exemple par lequel on pourrait prouver que la Grèce ancienne avait des mœurs assez conformes à celles des Barbares de nos jours.

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