History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Les villes fondées plus récemment, à une époque où la navigation était plus sûre et la richesse plus générale, furent construites au bord de la mer et environnées de remparts ; elles occupèrent les isthmes, pour mieux assurer leur commerce et être plus fortes contre leurs voisins. Au contraire, comme la piraterie se maintint pendant de longues années, les villes anciennes, soit dans les îles, soit sur le continent, s’étaient bâties à distance de la mer : car les pirates se pillaient entre eux et désolaient les peuples qui, sans être marins, habitaient les côtes ; c’est pour cela que nous voyons bon nombre de villes situées loin de la mer.
La piraterie n’était pas moins en honneur chez les insulaires, Cariens et Phéniciens, race d’hommes qui colonisa jadis la plupart des îles, comme l’atteste le fait suivant : lorsque, dans la guerre actuelle, Délos fut purifiée parles Athéniens[*](Sur les détails de cette purification, voy. livre ΙΠ, 104. Pisistrate avait déjà purifié un tiers de Plie de Délos (Hérodote, I, 64). ), et que toutes les tombes qui s’y trouvaient furent enlevées, on constata que plus de la moitié appartenaient à des Cariens, à en juger par la forme des armes qu’elles renfermaient, et par la manière dont, encore aujourd’hui, ce peuple enterre les morts [*](Le scholiaste de Thucydide explique ce passage en disant que les Cariens avaient la coutume de déposer dans les sépulcres de petits boucliers et des aigrettes de casque, en mémoire des perfectionnements que ce peuple avait introduits dans la fabrication de ces armes (Hérodote, I, 171, etStrabon, XIV, p. 976). Quant aux Phéniciens, le même scholiaste affirme qu’ils enterraient les morts la tête tournée vers l’Occident, contrairement à l’usage des autres peuples. ).
Quand la marine de Minos fut organisée, la navigation devint plus libre ; il expulsa des îles les pirates qui les infestaient, et établit des colonies dans la plupart d’entre elles. Dès lors les habitants des côtes commencèrent à s’enrichir et à posséder des habitations moins précaires ; quelques-uns même, dont l’aisance s’était accrue, environnèrent leurs villes de remparts. L’intérêt engagea les faibles à accepter la domination des forts, et les plus puissants s’aidèrent de leurs richesses pour assujettir les petites cités. Tel était l’état de la Grèce, lorsque plus tafd elle fit l'expédition de Troie.