History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Ce qui achève de me démontrer la faiblesse de l'ancienne Grèce, c’est qu’avant la guerre de Troie on ne voit pas qu’elle ait rien entrepris en commun. Je crois même qu’elle ne portait pas encore tout entière le nom d'Hellas [*](C’est mal à propos qu’on restreint quelquefois le . nom d'Hellas à la Grèce continentale, par exclusion du Péloponèse. Ce nom désignait en général tout pays habité par une population hellénique, et spécialement la Grèce d’Europe dans sa totalité.), mais qu’avant Hellen, fils de Deucalion, ce nom était complètement inconnu. Chaque peuplade, et la plus étendue était celle des Pélasges, donnait son propre nom au sol qu’elle occupait. Mais lorsque Hellen et ses fils furent devenus puissants en Phthiotide[*](La Phthiotide ou pays de Phthie, berceau de la race hellénique et royaume d’Achille à l’époque de la guerre de Troie, comprenait la partie moyenne de la vallée du Sperchios, entre l’Œta et le mont Othrys, limite septentrionale de la Grèce moderne. — Les fils d'Hellen étaient Doros, Xuthos (père d’Ion et d’Achéos) et Æolos, patriarches des quatre branches de la nation grecque. ) et que diverses villes commencèrent à les appeler à leur aide, alors, par l’efifet de ces relations journalières, le nom d’Hellènes se propagea de plus en plus, bien que de longtemps il ne pût prévaloir. La preuve en est dans Homère : quoique ce poète soit bien postérieur à la guerre de Troie [*](Hérodote (II, 53) fixe l’âge d’Homère à 400 ans plus haut que le sien, c’est-à-dire à 884 av. J. C. On sait qu’il n’y a pas de date plus incertaine dans toute l’histoire ancienne. Larcher, d’après Velléius Paterculus, place Homère à l’an 968. L’auteur de la vie d’Homère, faussement attribuée à Hérodote, dit qu’il naquit 622 ans avant l’expédition de Xerxès, c’est-à-dire 1102 av. J. C. ), nulle part il ne donne aux Grecs un nom collectif; il n’appelle Hellènes que les soldats d’Achille, venus de Phthiotide, et les seuls à qui cette qualification appartînt primitivement; mais il spécifie dans ses vers les Da-naens, les Argiens et les Achéens. Il n’emploie pas non plus le nom de Barbares, sans doute parce que les Grecs ne se distinguaient pas encore par une dénomination commune, en opposition aux autres peuples. Quoi qu’il en soit, ces Hellènes, dont le nom, borné d’abord à quelques peuplades parlant le même langage, s’étendit plus tard à toute la nation, ne firent, grâce à leur isolement et à leur faiblesse, aucune entreprise commune avant la guerre de Troie; encore ne se réunirent-ils pour cette expédition que lorsqu’ils furent plus familiarisés avec la mer.
D’après la tradition, Minos est le plus ancien roi qui se soit créé une marine[*](D’après Homère, Minos était roi de Cnosse en Crète, père de Deucalion et aïeul d’Idoménée, conséquemment antérieur de deux générations à la guerre de Troie. Les Cariens qu’il expulsa des Cyclades habitaient la côte S. O. de l’Asie Mineure, où était leur principale ville de Mylassa. De là ils s’étaient étendus dans les îles voisines. ). H étendit son empire sur la plus grande partie de la mer présentement appelée Grecque. H domina sur les Cyclades, colonisa le premier la plupart de ces îles, dont il chassa les Cariens, et où il établit pour chefs ses propres fils; enfin il purgea cette mer, autant qu’il le put, de la piraterie, afin de s’assurer le recouvrement des tributs.