History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Thucydide, citoyen d’Athènes, a écrit l’histoire de la guerre que se sont faite les Péloponésiens et les Athéniens.
Il s'est mis à l'œuvre dès le début de cette guerre, en présumant qu'elle surpasserait en grandeur et en importance toutes celles qui ont précédé. Ce qui le lui faisait croire, c’est que ces deux nations étaient alors au faite de leur puissance, et qu’il voyait le reste des Grecs ou prendre parti dès l’origine pour Tune ou pour l’autre, ou en former le projet. C’est en effet le plus vaste conflit qui ait jamais ébranlé la Grèce, une partie des pays barbares et, pour ainsi dire, le monde entier. La distance des temps ne permet pas de discerner bien clairement les événements antérieurs ou d’une époque plus reculée; néanmoins, d’après les indices que mes investigations m’ont mis à même de recueillir en remontant jusqu’à la plus haute antiquité, j’ai lieu de croire que ces événements furent peu considérables sous le rapport militaire, comme à tout autre égard.
Le pays qui porte aujourd’hui le nom de Grèce, ne fut pas primitivement habité d’une manière stable, mais il fut le théâtre de fréquentes migrations. On abandonnait sans peine ses demeures, pour faire place à de nouveaux flots d’arrivants. Comme il n’y avait aucun commerce, aucune communication assurée ni par terre ni par mer ; que chacun exploitait le sol uniquement dans la mesure de ses besoins, sans penser à s’enrichir, sans même faire de plantations (car avec des villes ouvertes, on ne savait jamais si les récoltes ne seraient pas enlevées par des ravisseurs étrangers); enfin, comme on espérait trouver partout la subsistance journalière, on émigrait sans difficulté. Aussi la Grèce n’avait-elle ni grandes villes, ni aucun des éléments essentiels de la puissance. La meilleure terre était celle qui changeait le plus souvent de maîtres : par exemple la Thessalie [*](Avant d'être occupée par lesThessaliens, petiple venu de Thesprotide, la Thessalie s'appelait Éolide, Hémonie, Pélasgie, d’après les différents peuples qui l’habitaient. L’immigration des Thes-saliens est postérieure à la guerre de Troie. Ils subjuguèrent les Ëoliens, les Magnètes, les Perrhèbes et les Achéens. ) et la Béotie actuelles[*](Les Béotiens étaient une des peuplades éoliennes qui furent expulsées de Thessalie par l'iinmigration des Thessaliens. Les anciens habitants de la Béotie étaient les Cadméens, du nom desquels le pays, ou du moins sa partie centrale, s’appelait Cadméide. Chassés par les Béotiens soixante ans après la prise de Troie, ces peuples allèrent en Asie Mineure fonder les colonies qui, de leur nom, furent appelés éoliennes. Ils y furent conduits par Penthilos, fils d’Oreste. ), la majeure partie du Péloponèse, à la réserve de l’Arcadie[*](Les Arcadiens se vantaient d’ètre autochthones, et d’avoir fondé leur ville de Lycosoura antérieurement à l’existence de la lune. L’âpreté de leurs montagnes les préserva de l’invasion dorienne. ), et en général les cantons les plus fertiles. C’est que la richesse du sol, en accroissant les forces de quelques individus, donnait naissance à des dissensions qui ruinaient le pays, plus exposé d’ailleurs à la convoitise des étrangers. Voilà pourquoi l’Attique, préservée des factions par son infertilité, a toujours eu les mêmes habitants depuis l’antiquité la plus reculée. Et ce qui prouve combien j’ai raison de dire que les migrations continuelles empêchèrent les autres contrées de prendre un semblable développement, c’est que, dans tout le reste de la Grèce, les plus puissants de ceux que chassaient les guerres ou les séditipns se retirèrent à Athènes, comme en un asile assuré[*](Par exemple la famille des Néléides, venue avec Mélanthos, père de Codros, lequel, chassé de Pylos par les Héraclides, se retira en Attique, et devint roi d’Athènes. ). Devenus citoyens, ils augmentèrent, à d’anciennes