History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

De toutes les guerres précédentes la plus considérable fut celle des Mèdes ; cependant deux combats sur terre et autant sur mer en décidèrent promptement l’issue[*](Sur terre, les batailles des Thermopyles et de Platée; sur mer, celles de PArtémision et de Salamine. ). Celle-ci au contraire a été très-longue; et, pendant sa durée, la Grèce a éprouvé des désastres tels qu’il n’y en eut jamais de pareils dans un-même espace de temps. Jamais tant de villes prises et dévastées par les Barbares ou par les Grecs armés les uns contre les autres : il en est même qui changèrent d’habitants par suite de la çonquête; jamais tant de proscriptions, tant de massacres dans les combats ou les émeutes. Des événements jadis célébrés par la renommée, mais rarement attestés par les faits, ont cessé d’être incroyables : violentes secousses ébranlant à la fois une immense étendue de terre, éclipses de soleil plus fréquentes qu’en aucun autre temps connu; en certains endroits sécheresses excessives, accompagnées de famine; enfin le plus terrible des fléaux, la peste, qui dépeupla une partie de la Grèce. Toutes ces calamités se réunirent pour aggraver les maux de cette guerre.

Les Athéniens et les Péloponésiens la commencèrent en rompant la paix de trente ans, conclue après la conquête de l’Eubée [*](Par les Athéniens. Voy. chap. cxiv et cxv.). J'ai exposé d’abord les démêlés avant-coureurs de cette rupture, afin qu’on ne fût pas à se demander un jour quelle avait été l’origine d’un si grand conflit. La cause la plus réelle, quoique la moins avouée, celle qui rendit la guerre inévitable, fut, selon moi, la crainte qu’inspirait aux Lacédémoniens l’accroissement de la puissance d’Athènes. Au surplus je vais énoncer les prétextes qui furent allégués de part et d’autre pour rompre la paix et pour entamer les hostilités.

Èpidamne est une ville située à droite en entrant dans le golfe Ionien[*](Thucydide, ainsi qu’Hérodote, donne à l’Adriatique le nom de golfe Ionien ou de golfe de la mer Ionienne. Épi-damne était située sur une presqu’île de Plllyrie, à quarante lieues au N. de Corcyre. Elle fut fondée en 627 av. J. C. Corcyre elle-même avait été fondée par les Corinthiens sept cent trente-cinq ans av. J. C., la même année que Syracuse. Les Romains changèrent le nom d’JÊ-pidamne en celui de Dyrrachium. C’est aujourd’hui la Ville de Durraxzo. ); près d’elle habitent les Taulantiens, Barbares de race illyrienne. Cette ville fut fondée par les Corcyréens; le chef de la colonie fut le Corinthien Phalios, fils d’Ëratoclidès et descendant d’Hercule, appelé de la métropole suivant l’antique usage; des Corinthiens et d’autres Grecs d’origine dorienne se joignirent à cet établissement. Avec le temps Ëpidamne devint

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grande et peuplée; mais, à la suite de dissensions intestines qui durèrent, dit-on, de longues années, elle eut beaucoup à souffrir d’une guerre contre les Barbares du voisinage, et perdit une partie de sa puissance. Enfin, peu avant la guerre actuelle, le peuple ayant chassé les riches, ceux-ci se. retirèrent chez· les Barbares, avec lesquels ils se mirent à piller par terre et par mer ceux d’Ëpidamne. Ainsi pressés, les Êpidamniens de la ville envoyèrent des députés à leur métropole de Corcyre, avec prière de ne pas les laisser écraser, mais de les réconcilier avec les bannis et de mettre fin à la guerre des Barbares. Ils firent cette requête assis en suppliants dans le temple de Ju-non[*](Les députés d’Épidamne se constituaient suppliants, parce que, venant d’une ville qui avait fait une révolution populaire, ils craignaient que le gouvernement aristocratique de Corcyre ne voulût pas les écouter. La posture des suppliants consistait à s'asseoir sur les marches d’un autel, en tenant à la main un rameau d’olivier entouré de Biine. Par ce moyen on était sûr d’obtenir audience. Junon était la divinité nationale de Corcyre. ); mais les Corcyréens n’y eurent aucun égard et les renvoyèrent sans rien leur accorder.