History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Néanmoins, d’après les preuves que je viens d’exposer, on ne risque pas de s’égarer en admettant mes assertionsy plutôt que les brillantes exagérations des poètes ou les récits plus attrayants qu’avérés des logographes [*](Ce nom désigne les plus anciens chroniqueurs grecs, qui recueillirent les traditions concernant les origines des villes, des temples, des peuples ou des rois, et qui les rédigèrent en prose, dans un style simple et naïf. Les logographes furent· la plupart Ioniens. Parmi eux on cite Cadmos, Hécatée et Denys, tous trois de Milet, Hellanicos de Mytilène. Charon de Lampsaque. Sauf de rares fragments, leurs ouvrages sont perdus. ). Ce sont des choses qui échappent à une démonstration rigoureuse, et qui, pour la plupart, ont perdu toute créance, parce qu’elles sont tombées dans le domaine des fables. En matières si anciennes, on doit se contenter des résultats que j’ai obtenus en consultant les témoignages les plus authentiques; et, bien que les hommes aient une tendance constante à regarder la guerre dans laquelle ils sont engagés comme la plus importante de toutes, puis, lorsqu'elle est finie, à admirer plutôt celles d’autrefois, il suffit d’examiner les faits pour se convaincre que celle-ci a surpassé toutes les précédentes.

Quant aux discours tenus avant ou pendant la guerre, les reproduire textuellement était difficile, soit pour moi lorsque je les avais entendus,.soit pour ceux qui m’en rendaient compte. J’ai prêté à chacun le langage qui m’a paru le plus en harmonie avec les circonstances où il se trouvait placé, tout en me tenant, pour le fond des idées, aussi près que possible des discours réellement prononcés. Pour ce qui est des faits, je ne m’en suis pas rapporté au dire du premier venu ou à mes impressions personnelles; je n’ai raconté que ceux dont j’avais moi-même été spectateur ou sur lesquels je m’étais procuré des renseignements précis et d’une entière exactitude. Or, j’avais de la peine à y parvenir, parce que les témoins oculaires n’étaient pas toujours d’accord sur le même événement et variaient suivant leurs sympathies ou la fidélité de leur mémoire.

Peut-être mes récits, dénués du prestige des fables, perdront-ils de leur intérêt; il me suffit qu’ils soient trouvés

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utiles par quiconque voudra se faire une juste idée des temps passés, et préjuger les incidents plus ou moins semblables dont le jeu des passions humaines doit amener le retour. J’ai voulu laisser à la postérité un monument durable, et non offrir un morceau d’apparat à des auditeurs d’un instant.