History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les Êpidamniens, voyant qu’ils n’avaient aucune assistance à espérer de Corcyre, se trouvèrent dans un cruel embarras. Ils envoyèrent à Delphes pour demander au dieu s’ils devaient remettre leur ville aux Corinthiens comme à ses fondateurs et essayer d’obtenir d’eux quelque secours. L'oracle leur répondit de se donner aux Corinthiens et de les prendre pour chefs. En conséquence les Êpidamniens se rendirent à Corinthe; et, conformément à l’oracle, ils remirent aux Corinthiens la colonie, en représentant que son fondateur était de Corinthe et en s’appuyant sur la réponse du dieu. Ils conjurèrent les Corinthiens d’avoir pitié de leur détresse et de leur accorder protection. Les Corinthiens se crurent en droit d’ac-cueillir cette demande. Ils regardaient Êpidamne comme aussi bien à eux qu’aux Corcyréens; de plus ces derniers leur étaient odieux, parce qu’ils les négligeaient, quoique étant leurs colons; dans les solennités nationales ils leur refusaient les distinctions d’usage; ils ne prenaient pas, comme les autres colonies, un citoyen de Corinthe pour inaugurateur des sacrifices; enfin ils méprisaient leur métropole, parce qu’à cette époque ils rivalisaient de richesses avec les plus opulentes cités de la Grèce, qu’ils surpassaient même en puissance militaire. Ils allaient jusqu’à se vanter de posséder la première force navale, en qualité d’héritiers des Phéaciens qui avaient habité Corcyre avant eux, et dont la marine était très-renommée[*](L’ile de Corcyre passait pour être la même qu’Homère appelle Schérta, et où il place l’habitation des Phéaciens. Aussi les Corcyréens rendaient-ils un culte au héros Alcinoüs. Voyez liv. III, ch. LXX. ); aussi travaillaient-ils sans relâche à augmenter leur flotte, déjà considérable, puisqu’ils possédaient cent vingt trirèmes quand la guerre éclata.

Avec tant de sujets de plainte, les Corinthiens accordèrent de grand cœur le secours demandé. Ils invitèrent quiconque

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le voudrait à aller s’établir à Epidamne ; en même temps ils y envoyèrent une garnison composée d’Ambraciotes, de Leuca-diens et de Corinthiens. Cette troupe se rendit par terre à Apollonie[*](Ville située près de l’embouchure du fleuve Aoüs (Voïoussa) eh Illyrie. Elle s’appelle aujourd’hui Pollina. ), colonie de Corinthe, dans la crainte que les Corcy-réens ne lui fermassent la voie de mer. Quand les Corcyréens surent qu’il était arrivé de nouveaux habitants avec une garnison à Epidamne et que la colonie s’était donnée aux Corinthiens, ils entrèrent en courroux, et, mettant aussitôt en mer vingt-cinq vaisseaux suivis plus tard d’une seconde flotte, ils sommèrent outrageusement les Épidamniens de recevoir les bannis et de renvoyer la garnison corinthienne, ainsi que les nouveaux habitants. En effet les bannis d’Êpidamne étaient venus à Corcyre, et là, montrant les tombeaux[*](Ils faisaient remarquer l’identité des noms inscrits sur les sépulcres de Corcyre avec ceux qu’ils portaient eux-mêmes, afin d’établir leur filiation, en prouvant que les deux peuples avaient les mêmes ancêtres. ) et invoquant la communauté d’origine, ils avaient prié qu’on les ramenât. Comme les Épidamniens refusaient de rien entendre, les Corcyréens allèrent les attaquer avec quarante vaisseaux. Ils menaient avec eux les bannis, qu'ils voulaient rétablir, et avaient pris un renfort d’Illyriens. Arrivés devant la place, ils firent savoir à tous, Épidamniens ou étrangers, qu’il ne serait fait aucun mal à quiconque voudrait se retirer, mais qu'autre ment ils seraient tous traités en ennemis. Sur leur refus, ils assiégèrent la ville, qui est construite sur une presqu’île.