History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Cependant la puissance et la richesse de la Grèce grandissaient de jour en jour. A la faveur de cette prospérité croissante, on vit dans la plupart des villes s’élever des tyrannies[*](La tyrannie chez les Grecs était une autorité illégitime que s’arrogeait un citoyen dans un Etat ayant une constitution républicaine. C’était un retour extralégal à l’ancienne royauté. Presque partout les tyrans avaient commencé par être les chefs du parti populaire dans la lutte de celui-ci contre l’aristoeratie, on des classes indigènes contre la noblesse dorienne dans les Etats fondés par les Doriens. C’est pourquoi Lacédémone fit partout la guerre aux tyrans, jusqu’à ce qu’elle les eût renversés. Le sixième et le septième siècles avant notre ère sont, pour la majeure partie de la Grèce, l’époque des tyrannies. ) à la place des anciennes royautés héréditaires, dont les privilèges étaient déterminés[*](Les privilèges des rois dans les temps héroïques consistaient à rendre la justice, à commander l’armée, à présider les assemblées (sans cependant rien décider que de l’aveu des vieillards ou du peuple), à faire fonctions de sacrificateurs dans les sacrifices publics. Ils avaieat un domaine réservé, une double portion des victimes, des présents nombreux et une part prélevée sur le butin. La royauté était héréditaire, mais toujours avec l’agrément de la multitude.). En même temps les Grecs formaient leur marine et s’adonnaient de plus en plus à la navigation. Les Corinthiens furent, dit-on, les premiers qui, pour les constructions navales, adoptèrent un système analogue à celui d’aujourd’hui. C’est à Corinthe que furent construites les premières trirèmes grecques[*](La trirème (τριήρης) était une galère à trois rangs de rames et à 200 hommes d’équipage. C’était lemodèle uniforme des vaisseaux de guerre grecs à l’époque de Thucydide. ). On sait aussi que le constructeur corinthien Amino-clès fit pour les Samiens quatre vaisseaux de guerre ; or l’arrivée d’Aminoclès à Samos eut lieu précisément trois cents ans avant la fin de la guerre actuelle [*]( L’an 704 av. J. C.). Le plus ancien combat naval dont nous ayons conservé le souvenir est celui que les Corinthiens livrèrent aux Corcyréens[*](On ignore le sujet de cette ancienne guerre de Corinthe contre sa colonie. Le scholiaste prétend qu’elle eut lieu à la suite du meurtre de Lycophron, fils de Périandre, tyran de Corinthe (Hérodote ΙΠ, 50). Mais Wesseling et Larcher ont prouvé que ce serait reculer de plus d’un siècle la date fournie par Thucydide. Au surplus Homère ne fait jamais mention de bataille navale. De son temps, les vaisseaux ne servaient qu’au transport des guerriers, sans qu’on eût l’idée de se battre sur mer. ) deux cent soixante ans avant la même époque [*](664 av. J. C.).
Corinthe, par sa position sur l’isthme, fut de bonne heure une place de commerce. Comme autrefois les Grecs communiquaient entre eux plutôt par terre que par mer, c’était cette
La marine des Ioniens se forma plus tard, sous le règne de Cyrus, premier roi des Perses, et sous celui de son fils Cambyse. Durant la guerre qu'ils soutinrent contre Cyrus, ils eurent un moment l’empire de la mer qui les avoisine ; et du temps de Cainbyse, Polycrate, tyran de Samos, fut assez fort sur mer pour soumettre plusieurs îles, notamment Rhénéa, qu’il prit et consacra au dieu de Délos[*](Ceux des Ioniens d’Asie Mineure qui eurent le plus de vaisseaux furent les Milésiens, les Phocéens, les Chiotes et les Samiens. Leur marine était déjà considérable du temps de Crésus, roi de Lydie (Hérod. I, 27 et 163). Sous le règne de Cambyse, une flotte ionienne prit part à l’expédition de ce prince contre l’Égypte. A lui Seul Polycrate, tyran de Samos, y envoya 40 trirèmes (Hérod. III, 44). Sur l’empire maritime de Polycrate, voy. encore Hérodote, III, 122 et 39, où il est dit qu’il possédait 100 pentécontores ou bâtiments à 50 rames. Sur Rhénéa, voy. III, 104. ); enfin les Phocéens, à l’époque où ils fondaient Marseille, remportèrent sur les Carthaginois une victoire navale[*](La fondation de Marseille par une colonie de Phocéens est placée communément 600 ans av. J. C. Hérodote (1,166) parie bien d’un combat naval entre les Carthaginois et les Phocéens, dans lequel ces derniers eurent le dessous; mais il ne dit mot de la fondation de Marseille. Cette fondation est indiquée par Isocrate (Archid., p. 149) , par Athénée (ΧIII, v), par Justin (XLIII, ni) et par Agathias (I, p. 12). ).
Telles furent les marines les plus puissantes de la Grèce; or toutes, comme on le voit, sont postérieures de plusieurs générations à la guerre de Troie. Elles n’avaient qu’un petit nombre de trirèmes et se composaient, comme dans l’ancien temps, de pentécontores et de vaisseaux longs[*](Les pentécontores étaient des vaisseaux de guerre à 50 rames, disposées sur un seul rang, 25 de chaque côté. Les premiers bâtiments de ce genre qui servirent en Grèce furent ceux sur lesquels arrivèrent à Argos les Egyptiens de Danaüs (Pline, Nat. Hist., VU, 57). C’est probablement à cette circonstance qu’il faut rapporter 1e nombre légendaire des 50 filles de ce prince et des 50 fils de son frère Ægyptus (Sésostris). Plus tard, le navire Argo fut construit sur ee modèle. Le nom de vaisseaux longs est un terme générique, désignant les vaisseaux de guerre, par opposition aux vaisseaux ronds ou bâtiments marchands. ). Peu avant les guerres Médiques et la mort du roi des Perses Darius, successeur de Cambyse, les tyrans de Sicile eurent beaucoup de trirèmes, de même que les Corcyréens [*](Gélon, tyran de Syracuse, offrit aux Grecs menacés par les Perses, 200 trirèmes, à condition qu’il aurait le commandement en chef des alliés; ce qui ne fut pas accepté. Les Corcyréens envoyèrent 60 vaisseaux qui ne rejoignirent pas la flotte grecque (Hérod.,VU, 158 et 166). ). Ce sont les dernières marines considérables que la Grèce ait possédées, avant l’invasion de Xerxês : celles des Ëginètes, des Athéniens et de quelques autres peuples étaient sans importance et presque uniquement .composées de pentécontores. Ce fut assez tard que, sur le conseil de Thémistocle, les Athéniens, alors en guerre avec les Ëginètes et dans l’attente de l'invasion barbare, firent construire les vaisseaux sur lesquels ils combattirent[*](A Salamine. Peu avant la guerre, Thémistocle avait persuadé aux Athéniens de consacrer à l’augmentation de leur flotte les revenus des mines d’argent de Laurion (Plutarq., Thém., 4). ); et encore ces vaisseaux n’étaient-ils pas tous pontés.