History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

C’était moins le manque d’hommes que le manque d’argent qui en était la cause. Faute d’approvisionnements, on n’amena qu’une armée médiocre, proportionnée aux ressources que Ton espérait trouver sur le territoire ennemi. Arrivés devant Troie et vainqueurs dans un premier combat[*](Ce premier combat livré sur le rivage de la Troade, Homère n’en fait aucune mention, à moins que ce ne soit celui o4 périt le héros Protésilas (Iliade, II, 695). Mais il dut nécessairement avoir lieu ; car lee Troyens ne pouvaient manquer de s’opposer an débarquement des Grecs, avant de leur permettre.de tirer leurs vaisseaux à terre et de s’entourer d’un retranchement. ) (autrement ils n’auraient pu s’établir dans un camp retranché), les Grecs n’usèrent pas même alors de la totalité de leurs forces; mais la nécessité de se procurer des vivres les contraignit de cultiver la Chersonêse et de courir le pays. Leur dispersion permit aux Troyens de tenir tête à ceux qui se succédaient autour de leurs murs et d’endurer un siège de dix années. Si au contraire les Grecs fussent partis bien approvisionnés, et que, sans recourir au brigandage et à l’agriculture, ils eussent poussé la guerre avec vigueur, nul doute qu’ils n’eussent emporté la ville, puisque, tout disséminés qu’ils étaient et n’ayant devant Troie qu’une partie de leur monde, ils ne laissèrent pas de se maintenir. En l’assiégeant avec plus de suite,.ils l’auraient prise en moins de temps et avec moins de difficulté.

C’est ainsi que, faute d’argent, les entreprises antérieures à cette expédition n’eurent qu’une faible importance, et que, à

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juger par les faits, la guerre de Troie elle-même, quoique plus célèbre comparativement, ne répond pas à sa renommée et à l’opinion que les poètes nous en ont transmise.

Même après la guerre de Troie, la Grèce vit encore des déplacements et des migrations qui, en lui ôtant le repos, firent obstacle à son accroissement. Le retour des Grecs après leur longue absence occasionna dans beaucoup de villes des troubles 'et des séditions. Ceux qui en furent victimes allèrent s’établir ailleurs. Ainsi les‘Béotiens d’aujourd'hui, chassés d’Arné par les Thessaliens soixante ans après la prise de Troie [*](La ville d’Arné, métropole des Béotiens, était, à ce qu’on croit, située dans la partie centrale de la Thessalie, entre les fleuves Énipée et Apidanos. Cette ville disparut dans la suite; mais U en resta un temple de Minerve Itonienne, divinité nationale des Béotiens, et à laquelle ils en élevèrent un nouveau près de Coronée en Béotie. ), se fixèrent dans le pays appelé maintenant Béotie et jadis Cadméïde : il y avait déjà dans ce pays une fraction du même peuple, qui envoya des guerriers au siège d’Ilion[*](Thucydide va au-devant d’une objection que les Grecs n’auraient pas manqué de lui faire. Dans le catalogue des navires, Homère cite en première ligne les Béotiens. Suivant l’usage, il leur assigne Fex-trême droite, parce que l’armée avait été rassemblée dans le port d’Aulis, sur leur territoire. Il fallait donc qu’à cette époque il y eût déjà des Béotiens en Béotie. ). Quatre-vingts ans après la prise de Troie, les Doriens s’emparèrent du Péloponèse sous la conduite des Héraclides[*](La conquête du Péloponèse par les Doriens, ayant à leur tête les Héraclides ou descendants d’Hercule, eut lieu, selon les calculs les plus probables, 1104 ans av. J. G.; ce qui reporte la date de la prise de Troie à 1184 av. J. C. Hérodote parle incidemment (IX, 26) de la tentative faite par Hyllos, fils d’Hercule, pour rentrer en possession du royaume de Mycènes; mais il ne raconte pas la grande expédition des Doriens. On peut consulter sur ce sujet l’ouvrage classique d’O. Muller [Die Dorier), ouvrage qui attend toujours une traduction française. ). Enfin, lorsqu’après un long intervalle la Grèce, délivrée des migrations, jouit d’un repos assuré, elle forma des établissements au dehors; les Athéniens colonisèrent l’Ionie nt la plupart des fies, et les Pélo-ponésiens, la majeure partie de l’Italie et de la Sicile, sans compter quelques établissements dans le reste de la Grèce. Toutes ces colonies sont postérieures à la guerre de Troie.