History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Le conseil s’était écoulé sans mot dire et les citoyens ne faisant aucun mouvement, les Quatre-Cents entrèrent dans la salle, tirèrent au sort parmi eux des Prytanes [*](Le conseil des Cinq-Cents, composé de cinquante membres de chaque tribu, se trouvait naturellement divisé en dix sections, dont chacune à son tour exerçait la platanie ou présidence, et devait consacrer tout son temps aux affaires publiques pendant la dixième partie de l’année. Les Quatre-Cents, n’étant pas également tirés des dix tribus, étaient obligés de recourir au sort pour constituer entre eux des prytanies de quarante membres. ), et s’installèrent dans leurs fonctions avec les cérémonies, les vœux et les sacrifices d’usage. Ensuite ils modifièrent profondément la constitution démocratique, sans toutefois, à cause d’Alcibiade, rappeler tous les bannis. En général leur administration fut violente. Ils se défirent de quelques citoyens qui leur portaient ombrage ; ils en condamnèrent d’autres aux fers ou à la déportation; enfin ils envoyèrent un héraut à Décélie auprès d’Agis, roi de Lacédémone, pour lui dire qu’ils étaient prêts à conclure un accord, et qu’il aimerait mieux sans doute traiter avec eux qu’avec une populace indigne de confiance.
Mais Agis se refusait à croire qu’Athènes fût tranquille et le peuple résigné à la perte de son antique liberté. Il s’imagina qu’il lui suffirait de se présenter en forces pour faire éclater un mouvement déjà tout préparé. Aussi ne fit-il aux envoyés des Quatre-Cents aucune réponse pacifique : au contraire, il manda du Péloponèse des troupes nombreuses; et, peu de temps après, joignant ce renfort à la garnison de Décélie, il descendit jusque sous les murs d’Athènes. Il espérait que les
Ils firent aussi partir pour Samos dix commissaires chargés de tranquilliser l’armée et de lui faire entendre que ce n’était pas au détriment de la ville ou des particuliers que l’oligarchie avait été établie,.mais dans un but d’intérêt général ; que c’étaient cinq mille citoyens et non pas seulement quatre cents qui géraient les affaires ; que les Athéniens, distraits par les guerres et les occupations lointaines, n’avaieht jamais dans aucune assemblée atteint le nombre de cinq mille, quelle que fût l’importance de la délibération. Ils leur dictèrent le langage à tenir et les expédièrent aussitôt après leur entrée en charge. Ils craignaient, comme il arriva, que la foule des marins ne voulût pas de l’oligarchie, et que de là ne partît un mouvement qui les emporterait eux-mêmes.
Déjà s’opérait à Samos, contre l’oligarchie, une réaction, dont l’origine datait de l’établissement des Quatre-Cents. Ceux des Samiens qui formaient le parti populaire et qui, dans le temps[*](Voyez ch. xxi. ), s’étaient soulevés contre les riches, avaient modifié leurs opinions. Sollicités par Pisandros pendant son séjour à Samos et par les conjurés athéniens qui étaient dans cette ville, trois cents d'entre eux avaient ourdi une conspiration dans le but d’attaquer les citoyens restés fidèles à la démocratie. Il y avait alors à Samos un Athénien nommé Hyper-bolos, homme pervers , qui avait été banni par l'ostracisme [*](Selon Plutarque (Alcibiade, ch. xm), le bannissement d’Hy-perbolos fut le résultat d'une coalition entre Nicias, Phéax et Alcibiade, lesquels se voyant menacés d’ôtre bannis eux-mêmes, s’entendirent ensemble pour faire tomber la sentence sur cet homme mal famé. La condamnation d’Hyperbolos fut le dernier exemple d’ostracisme à Athènes (quatre cent seize ans av. J. C.). ), non pas qu’on redoutât son pouvoir et son crédit, mais pour sa méchanceté et pour son infamie. Les conjurés l’assassinèrent, d’accord en cela avec Charminos, l’un des généraux, et