History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
« La treizième année du règne de Darius [*](Darius II, surnommé Nothus, père d’Artaxerxès-Mnémon et de Cyrus le Jeune, régna dix-neuf ans; il était monté sur le trône en 424 av. J. C. — Hiéraménès, beau-frère du roi Darius, était probablement alors satrape de Sardes. Les fils de Phamacès sont Pharnabaze et ses frères; celui-ci avait la satrapie Dascylitide sur l’Hellespont. ), sous l’é-phorat d’Alexippidas à Lacédémone, le traité suivant a été conclu dàns la plaine du Méandre, entre les Lacédémoniens et leurs alliés d’une part, Tissapherne, Hiéraménès et les fils de Phar-nacès d’autre part, touchant les affaires du roi, des Lacédémoniens et de leurs alliés.
« Tout le pays que le roi possède en Asie demeure sa propriété, avec faculté d’en disposer comme bon lui semble.
« Les Lacédémoniens et leurs alliés ne commettront aucun
« Si quelqu’un des Lacédémoniens ou de leurs alliés commet un acte d’hostilité contre le pays du roi, les Lacédémoniens et leurs alliés s’y opposeront. Pareillement, si quelqu’un des sujets du roi commet un acte d’hostilité contre les Lacédémoniens et leurs alliés, le roi s’y opposera.
« Tissapherne s’engage à fournir aux vaisseaux actuellement présents les subsides convenus, jusqu’à l'arrivée de la flotte du roi.
« Si, après l’arrivée de la flotte du roi, les Lacédémoniens et leurs alliés veulent entretenir leurs propres vaisseaux, ils en seront les maîtres. S’ils aiment mieux recevoir de Tissapherne la solde convenue, celui-ci la fournira, à la charge pour les Lacédémoniens et leurs alliés, la guerre terminée, de rembourser à Tissapherne tout l’argent qu’ils auront reçu.
« Quand la flotte du roi sera venue, les vaisseaux des Lacédémoniens et de leurs alliés, de concert avec ceux du roi, feront la guerre en commun, selon le plan convenu entre Tissapherne, les Lacédémoniens et leurs alliés. S’ils veulent faire la paix avec les Athéniens, ce sera d’un commun accord. »
Telles furent les stipulations de ce traité. Aussitôt Tissapherne se mit en devoir de faire venir, comme il était dit, la flotte phénicienne, et d’accomplir toutes ses promesses; du moins voulait-il en avoir l’air.
Sur la fin de cet hiver, les Béotiens prirent par trahison Oropos, qui était occupé par une garnison athénienne. Ils furent secondés par quelques habitants d'Érétrie et même d'Oropoe, qui méditaient la défection de l’Ëubée. Oropos étant situé en face d’Érétrie, il ne pouvait y avoir de sécurité pour cette ville ni pour le reste de l’Eubée tant qu’il serait aux Athéniens.
Maîtres d’Oropos, les Ërétriens se rendirent à Rhode pour attirer en Eubée les Péloponésiens. Ceux-ci étaient alors occupés à secourir Cbios, toujours plus étroitement bloquée. Déjà ils avaient quitté Rhode avec toute leur flotte et se trouvaient sous voiles, lorsque, à la hauteur du Triopion, ils aperçurent au large les vaisseaux athéniens venant de Chalcé. Aucun des deux partis n’ayant commencé l'attaque, ils se retirèrent les uns à Samos, les autres à Milet. Dès lors il fut reconnu qu’à moins d'une bataille navale, il était impossible de secourir Chios. Là-dessus l’hiver finit, ainsi que la vingtième année de la guerre que Thucydide a racontée.
L’été suivant [*](Vingt et unième année de la guerre, an 444 ayant J. C.), dès les premiers jours du printemps, le Spartiate Dercyllidas fut envoyé par terre dans l’Hellespont avec quelques troupes, afin d’insurger Abydos, colonie de Milet. Les Chiotes, pendant l’inaction forcée d’Astyochos, se virent contraints par la rigueur du siège à livrer un combat naval. Dans le temps où Astyochos était encore à Rhode, le Spartiate Léon, - qui avait fait la traversée sur le vaisseau d’Antisthénès, était venu de Milet pour les commander après la mort de Pédaritos.
Ils avaient également reçu douze vaisseaux détachés de la station de Milet, savoir : cinq de Thurii, quatre de Syracuse, un d’Anéa, un de Milet, enfin celui de Léon. Les Chiotes'firent une sortie en masse et occupèrent une forte position, tandis que leurs vaisseaux, au nombre de trente-six, se portaient contre les trente-deux vaisseaux athéniens et engageaient le combat. La lutte fut acharnée. Les Chiotes et leurs alliés n’eurent pas le dessous ; mais, comme le jour baissait, ils rentrèrent dans leur ville.