History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Les députés que les Syracusains avaient envoyés en tournée après la prise du Plemmyrion, avaient réussi dans leur mission et se disposaient à amener les renforts qu’ils avaient recueillis. Nicias, prévenu à temps, fit dire aux Sicules alliés, dont ces renforts devaient traverser le pays, savoir aux Gentoripes, aux Alicyéens et à d’autres, de ne pas leur donner passage, mais de se réunir pour les arrêter. Toute autre route leur était fermée, car les Agrigentins ne leur permettaient pas de traverser leur pays. Sur cet avis de Nicias, les Sicujes dressèrent une triple embuscade aux Grecs de Sicile déjà en marche, fondirent sur eux à l’improviste, et leur tuèrent près de huit cents hommes, parmi lesquels tous les députés, à l’exception d’un seul, le Corinthien. Celui-ci recueillit les fuyards, au nombre de quinze cents, et les conduisit à Syracuse.
A la même époque, il arriva de Gamarine un renfort de cinq cents hoplites, de trois cents gens de trait et de trois cents archers. Gela envoya des rameurs pour cinq vaisseaux, quatre
Dès que les troupes de Corcyre et du continent furent prêtes, Démosthène et Eurymédon, avec toute leur armée, traversèrent le golfe Ionien, en se dirigeant sur la pointe d’Iapygie. De là ils touchèrent aux îles Ghérades [*](Deux îlots adjacents à la côte orientale de l’Italie, et nommés aujourd’hui Sainte-Pélagie et Saint-André. ), qui appartiennent à ce pays.
Ils prirent à bord cent cinquante gens de trait, Iapygiens de la race messapienne; et, après avoir renoué d’anciennes relations d’amitié avec un ohef nommé Artas, qui leur avait fourni ces gens de trait, ils passèrent à Métaponte en Italie. Ils obtinrent des Métapontins , à titre d’alliés, trois cents hommes armés de javelots et deux trirèmes ; avec ces renforts. ils gagnèrent Thurii, où ils trouvèrent le parti contraire aux Athéniens récemment expulsé par une sédition. Leur dessein était d’y concentrer toute leur armée et d’en faire la revue, après avoir rallié les traîneurs ; ils voulaient aussi profiter de la circonstance pour conclure avec les Thuriens une alliance offensive et défensive. Ils s’arrêtèrent donc à Thurii pour cette négociation.
Pendant ce temps, les Péloponésiens qui croisaient avec vingt-cinq vaisseaux devant Naupacte, dans le but de faciliter le départ de leurs transports pour la Sicile, se décidèrent à livrer un combat naval. Ils armèrent encore quelques vaisseaux, de manière à égaler presque le nombre de ceux d’Athènes, et vinrent jeter l’ancre à Ërinéos en Achaïe, dans le territoire de Rhypæ, sur une côte en forme de croissant. L'infanterie des Corinthiens et des alliés du pays s’était réuuie et rangée en bataille sur les deux promontoires; les vaisseaux occupaient tout l’intervalle. Le commandant de cette flotte était le Corinthien Polyanthès. Les Athéniens, sous les ordres de Diphilos, appareillèrent de Naupacte avec trente-trois vaisseaux [*](Il paraît qu’aux vingt-huit vaisseaux mentionnés au ch. xxxi, il s’en était joint cinq autres, amenés vraisemblablement par Di philos, successeur de Conon. ) et s’avancèrent contre eux. Les Corinthiens se tinrent d’abord immobiles; ensuite, quand le signal fut élevé et que l’instant parut propice, ils fondirent sur les Athéniens et l’action s’engagea. Elle fut longue et opiniâtre. Les Corinthiens perdirent trois vaisseaux ; les Athéniens n’en eurent aucun d’entièrement coulé ; mais sept furent mis hors de service. Heurtés de proue, ils eurent leur avant fracassé par les vaisseaux corinthiens,
Après la retraite de la flotte péloponésienne et de l’armée de terre, les Athéniens, en signe de victoire, dressèrent à leur» tour un trophée sur la côte d’Achaïe, à vingt stades d’Érinéos où avaient mouillé les Corinthiens. Telle fut l’issue de ce combat naval.
Démosthène et Eurymédon, après avoir reçu des Thuriens un renfort de sept cents hoplites et de trois cents gens de trait, ordonnèrent aux vaisseaux de longer la côte jusqu’à Crotone ; eux-mêmes passèrent en revue toute leur infanterie au bord du fleuve Sybaris, et se mirent eu marche par le territoire des Thuriens. Quand ils furent près du fleuve Hylias, les Crotoniates leur interdirent le passage. Ils se rapprochèrent donc de la mer, et vinrent bivaquer à l’embouchure de l’Hy-lias, où la flotte les rejoignit. Le lendemain ils s’embarquèrent, et suivirent la côte en touchant à toutes les villes, Locres seule exceptée, jusqu’à ce qu’ils fussent parvenus à Pétra, sur le territoire de Rhégion.
A la nouvelle de leur approehe, les Syracusains résolurent de les prévenir et de tenter de nouveau le sort des armes sur les deux éléments avec les forces qu’ils avaient réunies. Ils firent subir à leur flotte les modifications dont le précédent combat leur avait démontré l’utilité. Ils abattirent l’extrémité des proues de leurs vaisseaux, afin de les fortifier en les accourcissant ; ils adaptèrent aux étraves de lourdes épotides, solidement arc-boutées contre les deux flancs du navire, sur une longueur de six coudées en dedans et en dehors. C’était
Tels furent les expédients imaginés par les Syracusains pour suppléer à leur inexpérience et à leur faiblesse. Encouragés par le résultat de la précédente action, ils se disposèrent à attaquer simultanément sur terre et sur mer. D’abord Gylippe fit sortir de Syracuse les troupes de terre, et les conduisit contre le mur des Athéniens du côté qui regardait la ville. En même temps, les troupes syracusaines postées à l’Olympéioh, hoplites, cavaliers, soldats armés à la légère, se portèrent contre le revers opposé. Immédiatement après, les vaisseaux des Syracusains et de leurs alliés démarrèrent Au premier moment, les Athéniens ne s’étaient crus menacés que
Une bonne partie du jour fut employée à manœuvrer en avant, en arrière, à se tâter réciproquement, sans aucun avantage prononcé ni d’un côté ni de l’autre, si ce n’est que'les Syracusains coulèrent un ou deux vaisseaux athéniens : ensuite, on se sépara. L’année de terre se retira aussi de devant les murs.
Le jour suivant les Syracusains Se tinrent tranquilles, sans manifester leurs intentions. Nicias, qui s’attendait à une nouvelle attaque après l’issue douteuse du combat naval, obligea les triérarques à réparer leurs avaries. Il fit mettre à l’ancre des bâtiments de charge en avant de l’estacade qu’il avait établie dans la mer, pour abriter la flotte et tenir lieu de port fermé. Les bâtiments furent placés de deux en deux plèthres [*](C’est-à-dire deux cents pieds. Voyez liv. VI, ch. ai, note 1. ), afin que le vaisseau qui serait pressé par l’ennemi pût se retirer en sûreté et ressortir à son aise. Ces opérations occupèrent les Athéniens tout le jour jusqu’à la nuit.