History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
À la même époque, Lamis arriva en Sicile à la tête d’une colonie de Mégariens, et fonda, près du fleuve Pantacyas, une place notamée Trotilos. Il l’abandonna ensuite pour s’associer aux Chaicidéens de Léontini ; mais quelque temps après, chassé par eux, il alla fonder Thapsos. Après sa mort, ses compagnons furent expulsés de cette ville ; et, sur l’invitation d’Hyblon, roi des Sicules, qui leur céda des terres, ils allèrent fonder Mégara-Hybléa. Après une occupation de deux cent quarante-cinq ans, ils furent chassés de cette ville et de son territoire par Gélon, tyran de Syracuse. Mais, avant leur expulsion et cent ans après leur premier établissement, ils avaient envoyé Pamillos fonder Sélinonte. Celui-ci était venu de Me-gare, leur métropole, pour présider à la colonisation.
Gela fut fondée, quarante-cinq ans après Syracuse, par la réunion de deux colonies, Tune de Rhodiens conduits par Antiphémos, l’antre de Cretois ayant pour chef £utimos. La ville prit son nom du fleuve Géla ; mais le quartier qui maintenant forme la citadelle et qui fut bâti le premier, s'appelle Iindies[*](Nom dérivé de Iindos, une des villes de 111e de Rhode. ). Cette ville reçut des institutions doriennes. Il y avait près de cent huit ans qu’elle subsistait, lorsque ses habitants fondèrent Agrigente. dont ils empruntèrent le nom au fleuve Acragas. Ils prirent pour fondateurs Aristonoüs et Pystilos, et donnèrent à cette ville les institutions de Géla.
Zanclé dut sa fondation à des pirates de Cymé , ville chalei-déenne du pays des Opiques. Plus tard une troupe partie de Chalcis et du reste de l’Eubée vint partager le territoire avec eux. Les fondateurs furent Périérès et Cratéménès, l’un de Cymé, l'autre de Chalcis. Son nom primitif de Zanclé lui avait été donné par les Sicules, parce que l’emplacement qu’elle occupe a la forme d’une faucille, instrument que les Sicules appellent zanclon. Dans la suite , les habitants furent expulsés par des Samiens et par d’autres Ioniens, qui, fuyant les Mèdes, vinrent aborder en Sicile. Ces Samiens furent chassés à leur tour par Anaxilas, tyran de Rhégion, qui établit dans la ville une population mélangée, et l’appela Messine du nom de son ancienne patrie[*](Anaxilas était d'origine messénienne (Strabon, VI, i). Son entreprise sur Zanclé, avec des Samiens et des Milêsiens fugitifs, est racontée par Hérodote, liv. VI, ch. xxni. ).
Himéra, colonie de Zanclé, eut pour fondateurs Euclidès, Simos et Sacon. Elle fut peuplée par des Chalcidéens, auxquels s’adjoignirent des exilés de Syracuse, vaincus dans une émeute et appelés Mylétides. Leur idiome fut un amalgame du chalcidéen et du dorien ; mais la législation chalcidéenne prévalut.
Acræ et Casmènes furent fondées par des Syracusains, la première soixante-dix ans après Syracuse, la seconde vingt an» après Acræ.
Camarine fut originairement fondée par des Syracusains, environ cent trente-cinq ans après Syracuse. Les conducteurs de la colonie furent Dascon et Ménécolos. Mais elle fut détruite par les Syracusains parce qu’elle s'était révoltée. Dans la suite, Hippocratès, tyran de Géla, reçut le territoire de Camarine pour rançon de prisonniers syracusains, et devint le nouveau fondateur de cette ville. Plus tard elle fut dépeuplée derechef par Gélon, puis restaurée pour la troisième fois par les habitants de Géla[*](J’ai suivi la correction proposée par Dodwell, de Γελώων au lieu de Γελωνος. Le fait de la restauration de Camarine par les habitants de Gélà, postérieurement à la mort de Gékra, est d’ailleurs attesté par Diodore de Sicile, XI, ixxvi. ).
Telles sont les nations grecques et barbares qui peuplèrent
Le même hiver, les Lacédémoniens et leurs alliés, sauf les Corinthiens, firent une incursion en Argolide, ravagèrent une portion du territoire, et emportèrent du blé sur des chariots qu’ils avaient amenés. Ils établirent à Ornées [*](Il faut admettre, malgré le silence de l’auteur, que les Lacédémoniens s’étaient précédemment emparés de cette ville, sujette et alliée des Argiens, dans les rangs desquels les Or-néates figurent à la bataille de Mantmée. ) les exilés argiens, y laissèrent des troupes, et firent une convention en vertu de laquelle les Ornéates et les Argiens devaient temporairement s’abstenir de toute agression mutuelle ; puis ils rentrèrent dans leurs foyers avec le reste de leur armée. Mais les Athéniens étant peu après survenus avec trente vaisseaux et j six cents hoplites, les Argiens en masse sortirent avec eux et assiégèrent Ornées pendant un jour. La nuit suivante, les Ornéates profitèrent de l’éloignement des campements ennemis pour s’évader. Dès le lendemain, les Argiens, s’étant aperçus
Les Athéniens expédièrent par mer à Méthone, sur les confins de la Macédoine[*](A cette époque, la ville de Méthone (située près du golfe Ther-maïque, à peu de distance de Pydna) n’était pas encore soumise aux Macédoniens; mais elle était alliée d’Athènes. Voyez liv. IV, ch.cxxix. ), un corps de cavalerie composé de citoyens et d’exilés macédoniens réfugiés à Athènes. Ces troupes infestèrent le pays de Perdiccas. Les Lacédémoniens députèrent aux Chalcidéens du littoral de la Thrace, qui n’avaient avec les Athéniens qu’une trêve de dix jours [*](C’est-à-dire renouvelée de dix en dix jours. Voyez liv. V, ch. xxvi. ), pour les engager à joindre leurs armes à celles de Perdiccas; mais les Chalcidéens s’y refusèrent. Sur quoi l’hiver finit, ainsi que la seizième année de la guerre que Thucydide a racontée.
Dès les premiers jours du printemps suivant [*](Dix-septième année de la guerre, an 445 ayant J.-C.), les députés athéniens revinrent de Sicile, avec des envoyés d’Êgeste apportant soixante talents d’argent non monnayé, comme solde d’un mois pour soixante vaisseaux, dont ils se proposaient de solliciter l’envoi [*](soixante talents font trois cent quarante mille francs. L’équipage d’une trirème étant de deux cents hommes, la solde offerte à chaque matelot était d’une drachme par jour, c’est-à-dire le double de la paye ordinaire. ). Les Athéniens tinrent une assemblée, dans laquelle ils entendirent les rapports captieux et mensongers des Égestains et de leurs propres députés, affirmant qu’ils avaient vu de grandes valeurs toutes prêtes, soit dans les temples, soit dans le trésor public. Les Athéniens décrétèrent l’envoi de soixante vaisseaux en Sicile, avec des généraux munis de pleins pouvoirs ; c’étaient Alcibiade fils de Clinias, Nicias fils de Nicératos , et Lamachos fils de Xénophanès. Ils eurent ordre de secourir Egeste contre Sélinonte, de rétablir dans leur patrie les Léontins, si la guerre prenait une tournure favprable; enfin de régler toutes les affaires de Sicile de la manière qu’ils jugeraient la plus avantageuse aux Athéniens.
Cinq jours après cette assemblée, il y en eut une autre pour aviser aux moyens d’activer l’armement de la flotte et pour voter les demandes supplémentaires des généraux. Nicias, qui avait été élu malgré lui, et qui pensait que la ville avait été mal inspirée en formant, sous un prétexte spécieux, le gigantesque projet de conquérir toute la Sicile i parut à la tribune pour détourner le peuple de cette résolution, et prononça le discours suivant :
« Cette assemblée a pour objet les préparatifs de notre expédition de Sicile. Selon moi cependant, il convient de revenir sur le fond même de la question , pour examiner si nous faisons bien, après une courte délibération sur un sujet si grave, d’envoyer nos vaisseaux et de nous lancer , à l’instigation
« Et pourtant la carrière des armes a été pour moi une source de gloire. Moins que d’autres j’appréhende pour ma personae —non que je nie le patriotisme de celui qui ménage sa vie oa sa fortune; un tel homme, dans son propre intérêt même, recherche la sûreté de l’État ; — mais jamais dans ma vie antérieure l’attrait des honneurs ne m’a porté à trahir ma conscience , et aujourd’hui comme toujours je parlerai selon ma conviction.
« Je sais qu’avec votre caractère j’aurais peu de chance d’être écouté, si je vous exhortais à conserver ce que vous possédez, sans risquer le certain pour rincertam. le réel pour l'imaginaire. Aussi me bornerai-je à vous démontrer que le moment est mal choisi pour cette entreprise, et que le but auquel vous visez n’est pas facile à atteindre.
« Je soutiens qu’entreprendre cette expédition lainteae, c’est vouloir , aux nombreux ennemis que nous laissons derrière nous, en ajouter de nouveaux et les. attirer ici. Tous croyez peut-être que la paix récemment conclue a quelque soKdité. Cette paix, tant que vous serez tranquilles, subsistera de nom — c’est à quoi l’ont réduite les intrigues pratiquées soit chez nous, soit ailleurs ; — mais au moindre échec que nous viendrons à subir, nos ennemis s'empresseront de nous attaquer: d'abord paree qu’ils- ont traité à La suite de rêvas, par nécessité, à des conditions humiliantes ; puis parce que le texte du traité laisse plusieurs points en litige. Il est même tels peuples — et ce ne sont pas les moins puissants — qui n’ont pas encore accepté cette paix. Les uns nous font une guerre ouverte, les autres ne sont retenus que par l’inaction des Lacédémoniens et par des armistices de dix jours. Qui sait si tnwh vant nos forces divisées—et c’est à quoi nous travaillées présentement, — ils ne seront pas tentés de nous attaquer, de concert avec les Grecs de Sicile, dont naguère ils eusses! mis l’alliance à un si haut prix ?
« C’est là ce qu’il nous faut envisager, au lieu d’aller, quand la situation de notre république est si incertaine , mous jeter dans des périls pour étendre notre domination avant de l’avmr affermie. Les Chalcidéens du littoral de la Thrace, révolté» depuis tant d’années, sont encore insoumis; certains peuplesèa continent ne montrent qu’une obéissance douteuse ; et nous, qui sommes si prompts à prendre fait et cause pour les Égestains,