History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Telle fut la réponse des Méliens. Les Athéniens, rompant la conférence, s’exprimèrent en ces termes :

« Il paraît, d’après votre résolution, que seuls d'entre les hommes vous considérez l’avenir comme plus assuré que ce qui est sous vps yeux, et l’incertain comme déjà réalisé parle J fait de votre désir. Vous hasardez beaucoup en vous fiant am Lacédémoniens, à la fortune, à l’espérance. C’est vous préparer une amère déception. »

Là-dessus les députés athéniens rejoignirent l’année. Les généraux, voyant les Méliens s’obstiner, firent aussrtdt leurs dispositions d’attaque. Ils investirent Mélos d’un morde circonvallation, dont les troupes de chaque ville se partagèrent le travail, selon leur force numérique. Ils laissèrent d«

315
étachements athéniens et alliés pour faire la garde par terre t par mer ; puis ils remirent à la voile avec le reste de l’ar-îée. Ceux qui demeuraient continuèrent le siège.

À la même époque, les Argiens envahirent le ternaire de Phlionte ; mais, étant tombés dans une embuscade qui îur fut tendue par les Phliasiens et par leurs propres bannis, Ls perdirent près de quatre-vingts hommes. Les Athéniens ui étaient à Pylos firent en Laconie un butin considérable. Ce ie fut pas pour les Lacédémoniens un motif de rompre la trêve t de leur déclarer la guerre ; seulement ils firent publier qu’en eprésailles chacun serait libre de piller les Athéniens. Les lorinthiens prirent aussi Les armes contre Athènes à Focca-ion de quelques difficultés particulières. Dans le reste du Péloponèse la paix ne fut pas troublée. '

Les Méliens, dans une attaque nocturne, s’emparèrent d’une partie de la circonvallation athénienne en face de l’agora, ils tuèrent quelques hommes, et introduisirent dans la ville lu blé et d’autres substances alimentaires ; après quoi ils rentrèrent et se tinrent en repos. Les Athéniens firent dès lors meilleure garde. Ce furent les derniers événement? de l’été.

L’hiver suivant, les Lacédémoniens se disposèrent à marcher contre PArgoIide ; mais les victimes pour le passage de la frontière n’ayant pas été favorables, ils rebroussèrent chemin. Cette démonstration inspira aux Argiens des soupçons contre quelques-uns de leurs concitoyens. Ils en arrêtèrent une partie ; les autres prirent la fuite.

Vers la même époque, les Méliens enlevèrent une nouvelle partie delà circonvallation, faiblement gardée par les Athéniens. Peu de temps après, une seconde armée arriva d’Athènes sous la conduite de Pbilocratès fils de Déméas. Dès lors le siège fut poussé avec plus de vigueur. La trahison s’en étant mêlée, les Piégés se rendirent à discrétion. Les Athéniens passèrent au fil de l’épée tous les adultes tombés en leur pouvoir, et réduisirent en servitude les femmes et les enfants. Plus tard, ils repeuplèrent File par l’envoi de cinq cents colons tirés de leur sein.

316
[*](Les Athéniens projettent de conquérir la Sicile; grandeur, population, et colonisation de cette livre, ch. i-vi.Expéditions des Lacédémoniens en Argolide et des Athéniens en Macédoine, ch. vii.Dix-septième année de la guerre. Les Athéniens décrètent l’envoi d’une flotte en Sicile pour secourir les Ëgestains et rétablir les Léontins. ch. viii.Nicias s’oppose à cette expédition, ch. ix-xiv.Alcibiade au contraire la recommande, ch. xv-xvm.Les Athéniens votent l’expédition dè Sicile, ch. xix.Nicias cherche à les effrayer par la grandeur des préparatifs, ch. xx-xxîn.Son discours produit l’effet contraire, ch. xxiv-xxv.Commencement des préparatifs, ch. xvi.Mutilation des Hermès, ch. xxvn-xxix.Départ de . la flotte athénienne, ch. xxx-xxxii.A Syracuse Hermocratès annonce l’approche des Athéniens et sollicite des mesures de défense, ch. xxxm-xxxiv.Athénagoras cherche à le réfuter en parlant dans le sens populaire, ch. xxxv-xl.Un des généraux met fin au débat, ch. xli.Marche de la flotte athénienne, ch. xm-xuv.Préparatifs des Syracusains, ch. xlv.Conseil de guerre tenu par les généraux athéniens, ch. xlyi-xlix.Naxos et Catane se déclarent pour les Athéniens, ch. l-lii.Rappel d’Alcibiade, ch. un.Digression sur les Pisistratides, ch. liv-lix.Alcibiade s’échappe; il est condamné par contumace, ch. lx-lxi.Prise d’Hyccara par les Athéniens, ch. lxii.Dans l’hiver, les Athéniens abordent près de Syracuse, battent les Syracusains et retournent à Catane, ch. mn-lxxi.Les Syracusains demandent des secours à Corinthe et à Lacédémone, ch. lxxii-lxxiii.Les Athéniens hivernent à Naxos, ch. lxxiv.Les Syracusains se fortifient, ch. lxxv.Ambassade des deux partis à Camarine; discours d'Hermocratès et d’Euphémos, ch. lxxvi-lxxxvii.Corinthe et Lacédémone décident l’envoi de secours à Syracuse, ch. lxxxviu.Discours d'Alcibiade, ch. Lxxm-xcn.Gylippe est désigné pour aller prendre le commandement des Syracusains, ch. xciii.Dix-huitième année de la guerre. Entreprises partielles des Athéniens et des Lacédémoniens, ch. χατ-xcv.Les Athéniens s’établissent sur les Ëpipoles et entreprennent le siège de Syracuse, ch. xcvi-xcvii.Ils commencent l’investissement de la place; les Syracusains cherchent inutilement à s’y opposer, ch. xcviii-ciii.Gylippe arrive en Italie avec des renforts, ch. civ.Les Lacédémoniens envahissent l’Argolide; les Athéniens ravagent les côtes de Laconie ; rupture ouverte de la paix, ch. cv.)

Le même hiver, les Athéniens formèrent le projet de retourner dans la Sicile avec des forces supérieures à celles de Lâchés et d’Eurymédon[*](Voyez liv. ΙΠ, chap. lxxxvi et cxv, et liv. IV, ch. II et LXV. ), afin de la subjuguer, s’ils le pouvaient. La plupart d’entre eux ignoraient la grandeur de cette île et le nombre de ses habitants, Grecs et Barbares. Ils ne se doutaient pas que c’était entreprendre une guerre presque égale à celle du Péloponèse.

Pour faire le tour de la Sicile, il ne faut pas moins de huit ]ôuts à un bâtiment marchand. Quoique si vaste, elle n’est séparée du continent que par un bras de mer large tout au plus de vingt stades. J’indiquerai d’abord quels furent les anciens habitants de cette île et les divers peuples qui la colonisèrent.

Les premiers qui en occupèrent une partie furent, à ce qu’on prétend , les Gyclopes et les Lestrygons. Il m’est impossible de préciser l’origine de ces peuples, le lieu d’où ils étaient sortis, ni celui où ils se retirèrent. A cet égard, nous sommes réduits aux récits des poètes[*](Spécialement (Homère, Odyssée, ΙΧ-XII. ) et aux opinions individuelles.

Après eux, les Sicaniens paraissent avoir formé les premiers établissements. A les croire, ils seraient même antérieurs, car ils se disent autochthones ; mais le fait est que ce sont des Ihériens, chassés par les Ligyens des bords du fleuve Sicanos en Ibérie[*](On ignore quel est le fleuve que Thucydide appelle Sicanos. ). Ce sont eux qui donnèrent àl’île le nom de Sicanie, au lieu de celui de Trinacrie qu’elle portait auparavant. Ils occupent encore aujourd’hui la partie occidentale de la Sicile.

Lors de la prise d’Ilion, quelques Troyens échappés aux Grecs arrivèrent par mer en Sicile et s’établirent dans le voisinage des Sicaniens. Ces peuples réunis prirent le nom d’Ë-lymes. Leurs villes sont Ëryx et Ëgeste. A cette colonie s’adjoignirent quelques Phocéens revenus de Troie et poussés par des tempêtes d’abord en Libye, puis en Sicile.

Quant aux Sicules, ils habitaient primitivement l’Italie, d’où ils passèrent en Sicile pour fuir les Opiques[*](Les Opiques ou Osques étaient un des plus anciens peuples de l’Italie centrale. Ils habitaient principalement la Campanie et le Samnium. ). On dit'avec assez de vraisemblance qu’ils franchirent le détroit sur des radeaux en profitant d’un vent favorable, ou n’importe par quel moyen. Il existe encore aujourd’hui des Sicules en Italie ; cette contrée a même tiré son nom d’un de leurs rois, qui s’appelait Italos. Arrivés en Sicile avec des forces considérables, ils défirent en bataille les Sicaniens, les refoulèrent vers le sud et vers l’ouest

318
de l'île, et changèrent le nom de Sicanie en celui de Sicile. Ils s’établirent dans la partie la plus fertile du pays, qu’ils occupèrent près de trois cents ans à dater de leur passage jusqu’à l’arrivée des Grecs en Sicile. De nos jours encore le centre et le nord de Pile sont habités par eux.

Les Phéniciens créèrent aussi des établissements autour de la Sicile. Ils se saisirent des caps et des îlots voisins des côtes, pour faciliter leur commerce avec les Sicules. Mais lorsque les Grecs arrivèrent par mer en nombre toujours croissant, les Phéniciens abandonnèrent la plupart de ces places, pour se concentrer à Motya, Soloïs et Panormos, dans le voisinage des Ëlymes. Ils y trouvaient le double avantage d’avoir un point d’appui dans l’hlljance de ces peuples, et d?être à proximité de Carthage, qui en cet endroit n’est séparée de la Sicile que par un court trajet.

Tels furent les Barbares qui peuplèrent la Sicile. Quant aux Grecs, les premiers furent des Chaicidéens venus d’Eubée sous la conduite de Thouclès. Ils fondèrent Naixos, ainsi que l’autel d’Apollon Archégétès[*](C’est-à-dire conducteur primordial, épithète donnée à Apollon dans son temple de Naxos, parce que ce fut le premier endroit où les Grecs abordèrent en Sicile. ), qui est actuellement hors de la ville, et où les théores[*](Députés sacrés, que les villes envoyaient pour consulter l’oracle de Delphes ou pour prendre part aux solennités religieuses des autres pays. ) partant de Sicile offrent leur premier sacrifice.

L’année suivante, Syracuse fut fondée par l’Héraclide Archias, vénu de Corinthe[*](Syracuse et Corcyre, colonies de Corinthe, furent fondées la même année (probablement sept centdrente-cinq ans av. J. C.), la première par Archias, la seconde par Architélès. ). Il chassa d’abord les Sicules de vue maintenant reliée à la terre ferme et qui forme le quartier intérieur[*](La petite lie de Syracuse, que Virgile appelle Ortygie et Tite Live Nasos, par opposition au quartier d’Achradine, situé sur la grande île de Sicile. Du temps de Thucydide, Syracuse ne comprenait que ces deux quartiers; plus tard elle embrassa aussi les faubourgs. Le nom d’Achradine ne se trouve pas dans Thucydide. ). Avec le temps, la ville extérieure devint aussi fort peuplée.

Cinq ans après la fondation de Syracuse, Thouclès et les Chaicidéens, partant de Naxos, chassèrent les Sicules par la force des armes, et fondèrent premièrement Léontini, puis Catane. Les Catanéens prirent Ëvarchos pour fondateur.