History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
A cette proclamation, la plupart abaissèrent leurs boucliers et agitèrent les mains en signe d’adhésion. Une suspension d’armes ayant été convenue, Cléon et Démosthène s’abouchèrent avec Styphon fils de Pharax. Des chefs précédents, Épitadas, le premier, avait été tué ; le second, Hippagrétas, laissé
Voici le chiffre de ceux qui périrent et de ceux qui fareat pris vivants. Quatre cent vingt hoplites en tout avaient passé dans Plie ; de ce nombre, deux cent quatre-vingt-douze furent emmenés captifs ; le reste avait été tué. Parmi les prisonniers étaient cent vingt Spartiates. La perte des Athéniens fut légère ; Car oft n'avait pas combattu de pied ferme.
La durée totale du blocus, depuis la bataille navale jusqu'au dernier combat livré dans l'île, fut dè soixante et douze jours, sur lesquels il y en eut vingt Où les Lacédémoniens reçurent des Vivres, savoir pendant l'absence des envoyés chargés de parlementer. Le reste du temps, ils ne véonreat que d’importations clandestines. On trouva cependant encore dans l'île du blé et d’autres substances alimentaires; car le général Épitadas avait réduit les rations.
Les armées d’Athènes et du Péloponèse quittèrent Pjrloê et feutrèrent dans leurs foyers. Ainsi fut accomplie, malgré son extravagance, la promesse de Cléon : en moins de vingt jours il amena les guerriers, comme il Pavait promiSi
La nouvelle de cet événement produisit en Grèce une sensation extraordinaire. On avait cru que ni la faim ni aucune extrémité n’engagerait les Lacédémoniens à mettre bas les ârmes, mais qu’ils se feraient tuer plutôt que de se rendre On ne pouvait se persuader que les captifs fussent de la même trempe que ceux qui étaient morts. Il y eut même un des alliés d'Athènes, qui, plus tard, demanda par raillerie à l’un des prisonniers de l’île si c'étaient de braves gens que ceux qui
A l’arrivée des prisonniers, les Athéniens arrêtèrent de les tenir aux fers en attendant qu’une convention fût intervenue, et en se réservant de les mettre à mort si jusque-là lçs Lacédémoniens envahissaient l’Attique. Une garnison fut établie à Pylos. Les Messéniens de Naupacte y envoyèrent leurs gens les plus alertes. A leurs yeux, c’était la patrie; car Pylos avait jadis appartenu à la Messénie. Ils mirent la Laconie au pillage et y firent d’autant plus de mal qu’ils parlaient le même dialecte [*](Le dialecte dorien, parlé en Laconie, et qui leur permettait de parcourir plus sûrement le pays, de communiquer avec les esclaves et de les exciter à la désertion. ). Cette guerre de brigandage était nouvelle pour les Lacédémoniens ; leurs Hilotes désertaient ; on pouvait craindre que l'esprit de révolte ne gagnât toute la contrée ; ils étaient donc fort alarmés. Aussi, tout en désirant dissimuler aux Athéniens leurs inquiétudes, ils ne laissèrent pas de leur envoyer des députés pour obtenir, s'il se pouvait, la restitution de Pylos et de leurs guerriers. Mais les Athéniens avaient des prétentious trop élevées. Ils reçurent plusieurs ambassades qu'ils renvoyèrent sans rien accorder. Tel fut le dénoûment de l’affaire de Pylos.
Le même été, peu après ces événements, les Athéniens firent une expédition contre la Corinthie. Ils avrçieut quatre-vingts vaisseaux, deux mille hoplites d’Athènes et deux cents cavaliers, embarqués sur des bâtiments construits pour cet usage. Leurs alliés de Milet, d’Andros et de Carystos les accompagnaient. Cette armée était commandée par Nicias fils de Nicératos, lui troisième. Elle mit à la voile au point du jour et prit terre entre la Chersonèse et Rhitos [*](La Chersonèse corinthienne doit être une langue de terre qui s’avance dans le golfe Saronique, au S. de Cenchrées, en prolongement du mont Onéon. Rhitos est, à ce qu’on présume, le nom d’un ruisseau qui coulait un peu plus au S. La colline de Solygie était, une des sommités du mont Onéon. ), au pied de cette même colline de Solygie, où s’établirent jadis les Doriens pour faire la guerre aux Éoliens alors habitants de Corinthe [*](Les Doriens qui, à l’époque du retour des Héraclides, s’emparèrent de Corinthe, étaient conduits par l’Héraclide Alétas. Ils assiégèrent Corinthe à l’ancienne manière, consistant à s’établir solidement dans le voisinage de la place qu’on voulait prendre, et à ravager son territoire, afin d’amener les ennemis à combattre en rase eam-pagne ou à capituler. ). Au sommet se trouve aujourd’hui un village appelé également -Solygie. De l’endroit où abordèrent les vaisseaux, il y a douze stades jusqu’à ce village, soixante jusqu’à la ville de Corinthe, et vingt jusqu’à l’Isthme. Instruits d’avance, par la voie d’Ajv gos, de l’approche des ennemis, les Corinthiens, excepté ceux qui habitent en deçà de l’Isthme[*](La Connthie s’étendait ara N. de l’isthme, probablement jusqu’aux monts Onéens, limite de la Mégaride, à laquelle la Gérante appartenait (liv. I, ch. cv). Dans ce district étaient les petites places de Schoenus, de Sidus et de Crommyon. ), s'étaient rassemblés à l’Isthnie depuis longtemps. A part cinq cents hommes détachés sur Ambracie et sur Leucade, tous les citoyens en armes épiaient l'endroit où descendraient les Athéniens ; mais ceux-ci les mirent en défaut et abordèrent de nuit. A l’instant furent élevés des
Battos, Tun des deux généraux présents à cette journée, prit avec lui une division et alla occuper le village de Solygie, qui n’était pas fortifié. Lycophron avec le reste des troupes engagea lë combat. D’abord les Corinthiens attaquèrent l’aile droite des Athéniens, à peine débarquée en avant de Ja Chersonèse ; ensuite l’action devint générale. On se battit pendant longtemps et toujours corps à corps. L’aile droite des Athéniens et les Carystiens qui en formaient l’extrémité, soutinrent le choc des Corinthiens et les repoussèrent non sans peine. Ceux-ci rétrogradèrent jusqu’à une muraille située au-dessus d’eux, sur un terrain incliné. De là ils se mirent à lancer des pierres, chantèrent le Péan et revinrent à la charge. Les Athéniens les attendirent de pied ferme et la mêlée recommença. Une division de Corinthiens, venue au secours de leur aile gauche, mit en fuite la droite des Athéniens, et la refoula jusqu’à la mer : mais arrivés près des vaisseaux, les Athéniens et les Carystiens firent volte-face. Le reste des deux armées combattit sans interruption, surtout l’aile droite des Corinthiens, où était Lycophron, et qui avait affaire à la gauqhe des Athéniens. On craignait que ceux-ci ne se portassent contre le village de Solygie.
Pendant longtemps on fit bonne contenance sans broncher d’aucun côté ; mais à la fin les Athéniens qui avaient l’avantage d’être soutenus par leur cavalerie, rompirent la ligne des Corinthiens. Ceux-ci se replièrent sur la colline, où ils se mirent au repos sous les armes, sans faire mine de descendre une seconde fois. Dans ce mouvement rétrograde, leur aile droite fut surtout maltraitée ; elle perdit entre autres son général Lycophron. Le reste de l’armée, quoique enfoncé, ne fut que faiblement poursuivi et eut le temps de se retirer sur les hauteurs, où il s’établit. Les Athéniens demeurèrent maîtres du champ de bataille, relevèrent leurs morts, dépouillèrent ceux de l’ennemi et dressèrent aussitôt un trophée.
L’autre moitié de l’armée corinthienne était restée en observation à Cenchrées, dans la crainte que les Athéniens ne se portassent sur Crommyon. Elle n’avait pu apercevoir le combat, dont le mont Ornéon [*](Le mont Onéon s’étendait à PE. de Corinthe jusqu’au golfe Saronique. Il ne faut pas le confondre avec les monts Onéens, qui croisent l’isthme entre Corinthe et Mégare. ) lui interceptait la vue. Cependant, avertie par le nuage de poussière qui s’élevait du champ de bataille,