History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Cette proposition ayant été rejetée, lee généraux athéniens attendirent encore un jour. Le lendemain, ils levèreet l’ancre pendant la nuit, après avoir embafqué tous leurs hoplites sur un petit nombre de vaisseaux. Un peu avant l’aurore, ils descendirent sur les deux flancs de l’île, du côté de la haute
Les Athéniens fondent au pas de course sur l’avant-poste. En fin un clin d'œil, ils massacrent les soldats encore couchés ou prenant à peine leurs armes. La descente s’était opérée avec tant de süeneè que les ennemis l'avaient prise pour le mouvement ordinaire des vaisseaux dans leur station de nuit. Au point du jour, le reste des soldats, chacun selon son arme spéciale, débarqua de soixante et dix navires on un peu plus, sur lesquels on ne laissa que le dernier rang de rameurs[*](Les trois rangs de rameurs dans les trirèmes formaient trois classes distinctes de matelots. Le rang supérieur, composé des hommes les plus vigoureux et qui maniaient les plus longues rames, s’appelait thraniles, le rang intermédiaire zeugites, le rang inférieur thalamiens. Voyez liv. VI, ch. xxxi, note 3. ). Il y avait huit cents archers, autant de peltastes, les Messéniens auxiliaires, enfin toute la garnison de Pylos, excepté ceux qui étaient de garde sur le rempart. Démosthène les distribua par groupes de deux cents ou davantage, auxquels il fit occuper les hauteuis. Il voulait que les Lacédémoniens, cernés de toutes parts, ne sussent de quel côté faire face, assaillis en tous sens par k multitude, pris à dos s'ils avançaient, en flanc s'ils se portaient à droite ou à gauche. Ile ne pourraient faire un pas sans avoir derrière eux les troupes légères, insaisissables ennemis, qui les attaqueraient de loin à coups de flèches, de javelots, de pierres ou de frondes, et qu’il n'y aurait pas moyen de poursuivre ; car elles triomphaient même en fuyant ; et, dès que l'ennemi rétrogradait, elles revenaient à la charge. Tel était le plan d’attaque précédemment conçu par Démosthène et qu’il mit alors à exécution.
Les soldats d'Épitadas, qui formaient le gros de la troupe, voyant leur avant-poste massacré et une armée en mouvement contre eux, se rangèrent en bataille et se portèrent contre les hoplites athéniens qu’ils avaient en tête, au lieu que les troupes légères étaient répandues sur leurs flancs ou derrière eux. Mais ils ne purent joindre les hoplites ni faire usage de leur habileté ; car ils étaient contenus par les troupes légères,.
Quelques moments se passèrent ainsi en escarmouches ; mais bientôt les Lacédémoniens devinrent incapables de se porter assez promptement sur les points menacés, et les troupes légères s’aperçurent qu’ils mettaient moins de vivacité dans leur défense. Elles, au contraire, sentirent leur courage doublé en se voyant si supérieures en nombre. Déjà elles s'habituaient à ne plus avoir peur des Lacédémoniens, parce .qu’elles ne les avaient pas trouvés d’abord tels qu’elles s’y attendaient. Au premier instant, elles n’avaient pu se défendre d’un sentiment d’effroi à la pensée qu’elles allaient combattre des Lacédémoniens ; mais la crainte fit place au dédain ; et, poussant un cri terrible, elles se précipitèrent sur eux en masse avec des pierres, des traits, des javelots, chacun avec la première arme venue. Leurs clameurs, jointes à cette incursion soudaine, frappèrent d’épouvante des hommes peu faits à ce genre de combat. Les cendres de la forêt nouvellement consumée s’élevaient en tourbillons dans les airs, et, mêlées à la grêle de traits et de pierres, interceptaient le jour.
Dès ce moment, les Lacédémoniens se trouvèrent dans une position désastreuse. Leurs cuirasses de feutre[*](Les cuirasses des fantassins grecs étaient de laine ou de lin fortement drapé, et assez épaisses pour être à l’épreuve des projectiles. Les cavaliers portaient des corselets de métal, pour suppléer au bouclier d’airain, arme défensive des hoplites. ) ne les mettaient pas à l’abri des flèches ; les dards dont ils étaient criblés s’y enfonçaient en se brisant. Ils ne savaient où donner de la tête, incapables de rien voir devant eux et d’entendre les commandements , que couvraient les cris des ennemis. Accablés de toutes parts, ils n’entrevoyaient aucune espérance de se dégager en combattant.
Déjà un grand nombre d’entre eux étaient couverts de blessures ; car ils n’avaient fait que tournoyer à la même place. Enfin, serrant leurs rangs, ils se replièrent sur le dernier retranchement de Tîle et sur le poste qui le gardait. Les troupes légères, les voyant céder, redoublèrent de cris et d’audace; elles les assaillirent dans leur retraite et tuèrent tous ceui qu’elles purent atteindre. La plupart cependant parvinrent à gagner le retranchement ; et, réunis à ceux qui l’occupaient,
Comme on ne faisait aucun progrès, le chef des Messéniens, s’adressant à Cléon et à Démosthène, leur dit qu’on se fatiguait en vain ; que, s’ils voulaient lui donner un certain nombre d’archers et de peltastes, il se faisait fort de tourner la position par le chemin qu’il saurait trouver et de forcer le passage. Il obtint ce qu’il demandait, partit sans bruit, et, dérobant sa marche aux ennemis, il se glissa le long des escarpements, par tous les endroits praticables, vers le point que les Lacédémoniens avaient cru assez fort pour se passer de défense. Il y parvint à grand’peine et après de longs détours. Tout à coup il se montra derrière eux sur la hauteur. Ils furent consternés de cette apparition soudaine, tandis que les Athéniens qui l’attendaient en conçurent une nouvelle ardeur. Dès lors , les Lacédémoniens , attaqués des deux côtés à la fois, se trouvèrent, toute proportion gardée, dans la même situation que les défenseurs des Thermopyles, quand les Perses les tournèrent par le sentier et les taillèrent en pièces. Enveloppés de toutes parts, ils ne résistaient plus; mais, accablés par le nombre, exténués par la faim, ils reculaient. Les Athéniens étaient maîtres du passage.
Cléon et Démosthène, sentant que, pour peu qu’ils pliassent encore, ils seraient exterminés par l’armée athénienne, firent cesser le combat et retinrent les leurs. Us aspiraient à conduire à Athènes les ennemis vivants, si du moins ceux-ci, vaincus par leurs maux, humiliaient leur orgueil jusqu’à demander quartier. Ils les firent donc sommer par un héraut de mettre bas les armes et de se rendre à discrétion aux Athéniens.