History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Délion fut pris dix-sept jours après la bataille. Le héraut athénien, sans rien savoir de ce qui s’était passé, revint peu de temps après pour demander les morts. Cette fois les Béotiens
Quelque temps après, Démosthène, qui avait échoué dans son entreprise sur Siphæ où l’on avait pratiqué des intelligences, fit une descente en Sicyonie avec des Acarnaniens, des Agréens, et quatre cents hoplites d’Athènes. Mais, avant que touslesbâti-ments eussent touché terre, les Sicyoniens accoururent et mirent en fuite les soldats débarqués. Ils les poursuivirent jusqu’à la rade, en tuèrent plusieurs et en prirent d’autres vivants. Sur quoi ils dressèrent un trophée et rendirent les morts par composition.
Pendant le siège de Délion, Sitalcès roi des Odryses trouva la mort dans une expédition contre les Triballiens, où son armée fut défaite. Son neveu Seuthès, fils de Spardacos, devint alors roi des Odryses et de tous les pays de Thrace sur lesquels s’étendait la domination de son oncle.
Le même hiver, Brasidas, avec les alliés du littoral de la Thrace, marcha contre Amphipolis, colonie athénienne, située sur le fleuve Strymon. Arist agoras de Milet, fuyant le roiDarius, avait fait un premier essai de colonisation sur l’emplacement de cette ville ; mais il avait été chassé par les Édoniens [*](Comparez Hérodote, liv. V, ch. n etcxxiv. ). Trente-deux ans plus tard, Athènes y envoya dix mille colons, composés d’Athéniens et des étrangers qui voulurent s’y joindre. Ils furent taillés en pièces à Drabescos par les Thraces[*](Voyez liv. I, ch. c. On rapporte généralement la mort d’Aristagoras à l’an 497 av. J. C., l’envoi de dix mille colons athéniens à l’an 465, enfin l’établissement d’Hagnon à l’an 437 av. J. C. ). Au bout de vingt-neuf ans, les Athéniens revinrent sous la conduite d’Hag-non,fils de Nicias. Ils chassèrent les Édoniens, et bâtirent une ville dans le lieu appelé précédemment les Neuf-Voies. Leur point de départ fut Éïon, comptoir maritime qu’ils possédaient à l’embouchure du fleuve, à vingt-cinq stades de la ville actuelle. Hagnon la nomma Amphipolis parce que, voulant achever d’enceindre la place baignée de deux côtés par le Strymon, il ferma d’un long mur l’ouverture du demi cercle décrit par le fleuve, et construisit la ville de manière à ce qu’elle fût aperçue de la meret du continent[*](Le Strymon, après sa sortie du lac Cercinitis, forme un coude ouvert du côté de 1Έ. L’espace circonscrit de la sorte est occupé par une colline, sur les deux penchants de laquelle fut bâtie Amphipolis. Le mur construit par Hagnon formait la corde de l’arc décrit par le fleuve. De cette situation dérive le nom d’Amphipolis (la ville double), parce qu’elle était à cheval sur la colline, partie sur la pente septentrionale et partie^sur la pente méridionale. ).
C’est contre cette place que Brasidas, parti d’Arné en Chalcidique, s’avança avec son armée. Il arriva dans la soirée à Aulon et à Bromiscos, près de l’endroit où le lac Bolbé se déverse dans la mer. Après le repas du soir, il continua sa route pendant la nuit. Le temps était mauvais et neigeux, raison de plus pour accélérer sa marche ; car il voulait dérober son approche
La surprise causée par cette occupation, l’affluence des gens du dehors qui fuyaient, la nouvelle que plusieurs d’entre eux étaient prisonniers, tout se réunit pour causer dans Amphipolis une alarme d’autant plus vive qu’on n’y était pas sans défiances mutuelles. Aussi assure-t-on que si Brasidas, au lieu de laisser son armée se livrer à la maraude, eût marché sur la ville sans perte de temps, il eût eu chance de la prendre. Mais il s’amusa à camper, à courir la campagne; et, ne voyant rien venir de ce qu’il attendait de l’intérieur, il resta dans l’inaction. Le parti opposé aux traîtres était le plus nombreux. Il empêcha d’ouvrir à l’instant les portes; et, d’accord avec le général athénien Euclès qui avait le commandement d’Amphipolis, il fit demander du secours à l'autre général de l’armée de Thrace. C’était Thucydide, fils d’Oloros, l’auteur de cette histoire. Celui-ci se trouvait alors dans l’île de Thasos, colonie de Paros, à une demi-journée de navigation d’Amphipolis. Sur cet avis, il s’empressa de mettre en mer avec sept vaisseaux qu’il avait sous la main. Il voulait, s’il était possible, prévenir la reddition d’Amphipolis, ou tout au moins s’assurer d’Éïon.
Brasidas redoutait l’arrivée de cette flottille venant de Thasos. Informé que Thucydide possédait dans cette partie de la Thrace une exploitation de mines d’or qui lui donnait la plus grande influence sur toute la contrée[*](Sur les mines situées vis-à-vis de Thasos, voyez liv. I, ch. c. Ces mines appartenaient alors aux Athéniens, qui les affermaient comme les autres branches du revenu public. Thucydide avait peut-être soumissionné l’exploitation, et y employait un grand nombre d’ouvriers. ), il s’empressa de le devancer
Cett j proclamation produisit un effet d’autant plus sensible, qu’il y avait peu d’Athéniens dans la ville ; le surplus se composait d’une population mélangée; les prisonniers du dehors avaient beaucoup de parents dans l'intérieur; enfin les conditions offertes paraissaient équitables dans ce moment d’alarme. Les Athéniens ne demandaient pas mieux que de sortir, parce qu’ils se croyaient plus exposés que les autres et comptaient peu sur un prompt secours ; le reste du peuple se voyait, contre son attente, maintenu dans ses droits et délivré du danger. Déjà les affidés de Brasidas, témoins du changement de la multitude qui avait cessé d’obéir au général athénien alors présent, ne se gênaient plus pour dire qu’il fallait accepter ces offres. La capitulation fut donc conclue, et Brasidas reçu aux termes de sa proclamation. C’est ainsi qu’Amphipolis fut livrée. Ce jour même, vers le soir, Thucydide aborda à Ëïon avec ses vaisseaux. Brasidas venait d’occuper Amphipolis. Il ne s'en fallut que d’une nuit qu’il s’emparât également d’Éïon; car, si la flotte ne s’y était portée avec célérité, au point du jour cette ville était prise.
Après cela Thucydide pourvut à la sûreté d’Éïon/soit pour le moment en la mettant à l’abri d'un coup de main de Brasidas, soit pour la suite en y établissant les habitants de la ville haute qui voulurent y transporter leur domicile en vertu de la capitulation. Pour Brasidas, il se dirigea immédiatement contre Éïon, en descendant le fleuve avec un grand nombre de bateaux. Son dessein était d’occuper la langue de terre qui s’avance en dehors des murs, ce qui l’eût rendu maître de l’entrée du fleuve. En même temps, il fit une tentative par terre; mais, repoussé sur les deux points, il se contenta de mettre Amphipolis en bon état de défense. Myreine, ville d’Édonie, se soumit à lui après-la mort de Pittacos, roi des Édoniens, qui fut