History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Tant que les archers eurent des flèches, et furent à j même de s’en servir, ils soutinrent le combat. Les Ëtoliens armés à la légère se repliaient pour éviter leurs coups. Mais les archers, privés de leur chef, se débandèrent. Les Athéniens, harassés par la répétition des mêmes mouvements et couverts de traits par les Ëtoliens, lâchèrent pied ; et, comme leurguids-le Messénien Chromon, avait perdu la vie, ils se jetèrent dans des fondrières infranchissables, dans des lieux inconnus, où ils trouvèrent la mort. Les Étoliens agiles et lestement équipes atteignirent sur-le-champ plusieurs des fuyards et les percèrent de javelots. La plupart des Athéniens manquèrent la route et s’engagèrent dans une forêt des plus épaisses ; les ennemis Teih vironnèrent et y mirent le feu. Enfin les Athéniens en compl^ désarroi s’enfuirent dans toutes les directions. Ceux qui ptfj vinrent à s'échapper rejoignirent la mer et la ville d’OEnéon m Locride, leur point de départ. Il périt une foule d’alliés et nd

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moins de cent vingt hoplites athéniens, fleur de la jeunesse moissonnée dans cette guerre, ainsi que Proclès l’un des deux généraux. Les Athéniens, après avoir relevé leurs morts par composition, se retirèrent d’abord à Naupacte et ensuite à Athènes avec la flotte. Pour Démosthène, il resta aux environs de Naupacte ; il craignait le courroux des Athéniens après un désastre pareil.

A la même époque, les Athéniens qui étaient en Sicile firent voile ^ers le pays de Locres [*](La ville des Loerieos-Épizéphyrieus, située à l’extrémité S. E. de l’Italie. Le fleuve Halex formait la limite entre le territoire de cette ville et celui de Rhégion. Les Locrieus d’Italie étaient alliés de Syracuse et par conséquent ennemis des Athéniens. ). Ils vainquirent dans une descente un corps de Locriens accouru pour les repousser, et prirent un fortin situé à l’embouchure du fleuve Halex.

Le même été, les Ëtoliens députèrent à Corinthe et à Lacédémone Tolophos l’Ophionéen, Boriadès l’Eurytane et Tisandros l’Apodote. Ils obtinrent l’envoi d’un corps de troupes destiné à attaquer Naupacte, qui avait attiré contre eux les armes d’Athènes. Les Lacédémoniens firent partir, sur la fin de l'automne, trois mille hoplites alliés, dont cinq cents avaient été fournis par la nouvelle colonie d’Héraclée-Trachinienne. Les chefs de cette expédition étaient les Spartiates Eurylochos, Macarios et Ménédéos.

L’armée étant rassemblée à Delphes, Eurylochos envoya un héraut chez les Locriens-Qzoles, dont il fallait traverser le pays pour atteindre Naupacte, et qu’il voulait d’ailleurs détacher des Athéniens. Il fut activement secondé dans ce but par les Locriens d’Amphissa, qui craignaient toujours les Phocéens. Ils commencèrent par donner eux-mêmes des otages; puis, profitant de la terreur qu’inspirait l’approche de l’armée, ils engagèrent les autres à en faire autant. Ils gagnèrent d’abord les Myonéens, leurs voisins les plus proches et les maîtres des débouchés qui conduisent en Phocide ; ensuite les Ipnéens, les Messapiens, les Tritéens, les Chaléens, les Tolophoniens, les Hessiens et les OEanthéens. Tous ces peuples se joignirent à l’expédition. Les Olpéens fournirent des otages, mais point de troupes. Les Hyéens ne livrèrent des otages que lorsqu’on leur eut pris ledr village de Polis.

Quand tout fut prêt et que les otages eurent été déposés à Cytinion en Doride, Eurylochos marcha contre Naupacte à travers le pays des Locriens. Sur son passage, il prit les villes. d’OEnéon et d’Eupalion, qui refusaient de se joindre à lui. Arrivé sur le territoire de Naupacte, il opéra sa réunion avec les Ëto-liens, ravagea la contrée et prit le faubourg, qui n’était pas fortifié. Ensuite il s’empara de Molycrion, colonie de Corinthe,

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mais sujette d’Athènes. Le général athénien Démosthène, demeuré à Naupacte depuis sa campagne d’Étolie, avait prévu cette invasion. Craignant pour Naupacte, il se rendit chei ta Acarnaniens pour en obtenir des secours. Il eut de la peine! y réussir, à cause de sa retraite de Leucade ; cependant ils loi donnèrent mille hoplites qu’il embarqua sur ses vaisseau. Ce renfort sauva Naupacte, qui sans cela n’aurait pu résister, vu la grande étendue de l’enceinte et le petit nombre des défenseurs. Eurylochos, apprenant l’arrivée de ces troupes, désespéra N d’enlever la ville et se retira. Au lieu de regagner le Pélopo-nèse, il s’établit dans l’Éolide [*](District del’Êtolie méridionale ou ancienne, compris entre .le mont Aracynthe et le cours de l’Événos. Ce pays était primitivement appplé É olide, parce que les Éoliens s’en étaient emparés sur les Cürètes, ses anciens habitants. Les Eoliens furent à leur tour expulsés par les Étoliens. Calydon et Pleuron étaient les villes de cette contrée. ), nommée aujourd’hui Calydon et Pleuron, dans d’autres places du voisinage et à Proschion en Ëtolie. G’est que les Ambraciotes étaient venus solliciter sa coopération contre Argos Amphilochicon et le reste de l'Amphilochie. Ils assuraient que, s’il s’en rendait maître, tout le continent se déclarerait en faveur des Lacédémoniens. Eurylochos les crut, congédia les Étoliens et demeura en repos dans oes parages, attendant le moment de marcher avec les Ambraciotes à l’attaque d’Argos. Là-dessus l’été finit.

L’hiver suivant, les Athéniens qui étaient en SA réunis aux Grecs leurs alliés et à ceux des Si cules qui avaient embrassé leur parti pour échapper au joug de Syracuse, attaquèrent Inessa, place appartenant aux Siculos et dont la citadelle était au pouvoir des Syracusains; mais, n’ayant pu s en rendre maîtres, ils se retirèrent. Pendant leur marche, lagtf; nison syracusaine fondit sur l’arrière-garde des Athéniens» φΒ était composée d’alliés, mit en fuite une partie de l’armée et to tua beaucoup de monde. Plus tard Lâchés et les Athéniens effectuèrent quelques descentes dans les environs de Locres et défirent près du fleuve Cécinos trois cents Locriens venus à leur rencontre avec Proxénos fils de Capaton. Ils se retirèrent en emportant les armes prises sur l’ennemi.

Le même hiver, les Athéniens purifièrent Délos ponj obéir à un oracle. Déjà anciennement le tyran Pisistrate l’avait purifiée, non pas dans toute son étendue, mais seulement datë l’horizon du temple. Gette fois on la purifia en entier. Toutes les tombes furent enlevées ; il fut ordonné qu’à l’avenir u ni aurait plus dans l’île ni décès ni accouchement, mais que moribonds et les femmes près de leur terme seraient transportés à Rhénéa[*](Sur la première purification de Délos par Pisistrate, voyez Hérodote, liv. I, ch. lxtv. Les décès et les accouchements étaient considérés comme des souillures pour les lieux sacrés. Délos fut donc traitée comme aurait pu l’être un vaste temple. Diodore de Sicile (XII, lvih) prétend que l’oracle dont il est ici question fut rendu aux Athéniens comme un moyen de se délivrer de la peste. ). Cette dernière île est si proche de Dél°s ^ Polycrate, tyran de Samos, qui eut pendant un certain teff? une marine puissante et qui soumit à sa domination les au

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îles, voulant consacrer à Apollon Délien Rhénéa qu’il avait prise, la lia par une chaîne à Délos.

Ce fut après cette purification que les Athéniens célébrèrent pour la première fois les fêtes quinquennales appelées Délia. Jadis il y avait à Délos une grande assemblée des Ioniens et des insulaires du voisinage. Ils s’y rendaient avec leurs femmes et leurs enfants, comme aujourd’hui les Ioniens aux fêtes d’Ëphése. On y donnait des combats gymniques et des concours de musique, pour lesquels les villes fournissaient des chœurs. C’est ce qu’on peut conclure de ces vers d’Homère, tirés de l'Hymne à Apollon :

D’autres fois, ê Phébus, c’est Délos qui fait tes délices. C’est là que les Ioniens aux tuniques flottantes, se réunissent dans tes fêtes avec leurs femmes et leurs enfants. C’est là que, par le pugilat, par la danse et par le chant, ils te célèbrent dans leur assemblée.

Que dans ces fêtes il y eût des concours de musique et qu’on y vînt disputer les prix, c’est ce que témoignent encore les vers suivants empruntés au même poème. Après avoir vanté le chœur des femmes de Délos, l’auteur termine par cette apostrophe, dans laquelle il fait mention de lui-même :

Qu’Apollon et Diane soient propices ! Et vous toutes, adieu. Souvenez-vous de moi dans l’avenir; et si jamais sur cette terre quelque voyageur fatigué vous interroge en disant : « Jeunes filles, quel est ici de tous les chantres le plus doux, celui qui vous charme davantage ?» répondez toutes d’une voix bienveillante : « C’est un aveugle qui habite la sourcilleuse Chios[*](Ces vers et les précédents se lisent, avec quelques variantes, dans l’hymne à Apollon, attribué à Homère. Thucydide ne paraît pas mettre en doute Γauthenticité de ces petits poèmes, tju’on s'accorde aujourd’hui à regarder comme d’un âge plus récent. H les appelle préludes (προοίμια), et en effet ce sont moins des hymnes que des chants destinés à préluder à la récitation des vers d’Homère, telle que la faisaient les rapsodes dans les fêtes où elle était l’objet d’un prix. ). »

Voilà ce que dit Homère et ce qui prouve qu’autrefois ilfy avait une grande assemblée et une fête à Délos. Dans la suite, les insulaires et les Athéniens continuèrent à envoyer des chœurs et des offrandes; mais quant aux jeux, la célébration en fut interrompue, comme il était naturel, par le malheur des temps, jusqu’à l’époque où les Athéniens les rétablirent, en y ajoutant des courses de chevaux, qui n’avaient pas lieu auparavant.