History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

« Considérez encore qu’aujourd’hui vous êtes regardés par le plus grand nombre des Grecs comme des modèles de vertu. Or, si vous nous condamnez contre toute justice, — cette cause aura du retentissement, car votre renommée est grande et la nôtre n’est pas tout à fait nulle,— prenez-y garde, on ne vous verra pas sans horreur porter contre des braves, vous plus braves encore, une sentence indigne, ni suspendre dans les temples nationaux les dépouilles des bienfaiteurs de la Grèce[*](C’était l’usage, après les grandes spoliations publiques, de les légitimer en quelque sorte en consacrant aux dieux la dîme du butin. ). Il paraîtra révoltant que Platée soit détruite par les Lacédémoniens ; que vos pères l’aient inscrite sur le trépied de Delphes à cause de son courage[*](Voyez liv. I, ch. cxxxii, note 2- ), et que vous l’effaciez de la Grèce en considération des Thébains. Voilà donc le degré d’infortune auquel nous sommes réduits! Si les Mèdes eussent triomphé, notre ruine était consommée; et aujourd’hui nous sommes supplantés dans votre vieille amitié par les Thébains ; nous nous sommes vus aux prises avec les deux dangers les plus terribles : risquant naguère de mourir de faim si nous ne livrions pas notre ville, et maintenant d’étre condamnés à mort. Ces mêmes Platéens qui montrèrent pour les Grecs un dévouement sans bornes, sont repoussés de partout, délaissés, sans secours. De nos alliés d'alors nui ne vient à notre aide ; et vous, Lacédémoniens, notre unique espérance, nous craignons que vous ne nous donniez aucun appui.

«Au nom des dieux qui reçurent nos serments, au nom du patriotisme dont nous fîmes preuve, nous vous conjurons de vous laisser fléchir et de rompre les engagements que les Thébains ont pu vous arracher. Demandez-leur qu’en retour de nos services ils vous permettent d’épargner des hommes qu’il serait indigne d’immoler. Au lieu d’une reconnaissance honteuse, assurez-vous une reconnaissance honorable; et, par une lâche condescendance, n’attirez pas sur vous le déshonneur. Un instant suffit pour détruire nos corps ; mais ce sera pour vous une tache indélébile; car vous frapperez en nous, non pas des ennemis, ce qui serait juste, mais des amis que la nécessité seule a forcés de vous combattre. En nous faisant grâce de la vie, vous remplirez un devoir sacré. Rappelez-vous que notre reddition a été volontaire ; que nous vous avons tendu les mains ; — or, la loi des Grecs défend de tuer des suppliants ; — qu’enfin nous avons été de tout temps vos bienfaiteurs.

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« Tournez les yeux sur les tombeaux de vos ancêtres, immolés par les Mèdes et inhumés dans notre territoire. Chaque année notre ville leur offrait des vêtements d’honneur et d’autres sacrifices d'usage [*](L’oblation de vêtements qu’on brûlait sur les sépulcres est une coutume des temps héroïques, dont l’exemple ici indiqué est une sorte de réminiscence. Plutarque (Aristide, xxi) donne le détail des cérémonies funèbres qu’accomplissaient les Platéens dans la fête des Êleuthéries. ). Nous leur présentions les prémices de tontes nos récoltes, comme des amis au nom d’une terre amie, comme des alliés à de vieux compagnons d’armes. Par une sentence inique, vous ferez précisément l’inverse. Songez-y bien : quand Pausanias leur donna la sépulture, il crut les confier à une terre amie et à des amis ; et vous, si vous nous tuez, si vous livrez aux Thébains le pays de Platée, que ferez-vous sinon de priver vos pères et vos parents de l'honneur dont ils jouissent et de les abandonner aux mains de leurs meurtriers? Cette terre où les Grecs furent affranchis, la ferez-vous esclave ? ces temples des dieux qu’ils invoquèrent pour triompher des Mèdes, les rendrez-vous déserts et les dépouillerez-vous des sacrifices institués par leurs fondateurs [*](Après la victoire de Platée, les Grecs instituèrent une fête perpétuelle en l’honneur de Jupiter protecteur de la liberté. Cette file s’appelait Ἐλευθέρια. ) ?

« Lacédémoniens, une telle conduite serait indigne de votre gloire, contraire au droit des Grecs, injurieuse pour vos ancêtres. Ce serait immoler des bienfaiteurs pour une inimitié étrangère et sans motif légitime. Épargnez-nous plutôt, et que vos cœurs s’ouvrent à une sage commisération. Songez à l'atrocité du sort qui nous menace, songez au caractère des victimes et à l’instabilité de la fortune, qui frappe souvent ceux qui le méritent le moins.

« Quant à nous, comme le devoir et la nécessité nous y obligent, invoquant à grands cris les dieux que tous les Grecs adorent et les serments que vos ancêtres ont prêtés, nous nous réfugions auprès des sépulcres de vos pères ; nous implorons ceux qui ne sont plus ; nous vous conjurons, au nom de notre amitié, de ne pas nous livrer aux Thébains, nos ennemis mortels. Nous vous rappelons cette journée dont pour nous l’éclat fut si beau, tandis que celle-ci nous menace du sort le plus déplorable.

« Enfin pour terminer, chose à la fois nécessaire et pénible pour nous, dont le trépas suivra peut-être la conclusion de ce discours, nous vous disons : Ce n’est pas aux Thébains que nous avons remis notre ville, — nous eussions préféré la plus horrible des morts, celle de la faim, — mais c’est à vous que nous sommes venus avec confiance. Si donc nous ne pouvons rien gagner sur vous, il serait juste de nous replacer dans notre ancienne position et de nous laisser le choix du danger. Lacédémoniens, nous vous en conjurons, nous citoyens de Platée,

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si dévoués aux Grecs et aujourd’hui vos suppliants ; n'allez pas, au mépris de la foi jurée, nous sacrifier aux Thébains, nos implacables ennemis. Soyez plutôt nos sauveurs ; et, an moment ou vous affranchissez les Grecs, ne devenez pas les instruments de notre ruine.»

Lorsque les Platéens eurent fini de parler, les Thébains, craignant l’effet produit sur les Lacédémoniens par leur discours, se présentèrent et dirent qu’ils désiraient être entendus, puisque, contrairement à leur avis, on avait permis aux Platéens d’alion-ger outre mesure leur réponse à la question proposée. On j consentit, et ils s'exprimèrent en ces termes :

« Nous n'aurions pas demandé la parole, si les Platéens s’étaient contentés de répondre brièvement à la question, en s’abstenant de nous mettre en cause et de présenter en leur faveur une apologie superflue, avec force louanges sur des faits que nul ne songe à leur reprocher. Ceci nous oblige à une défense et à une réplique, afin qu'ils ne tirent avantage ni de notre démérite ni de leur gloire, et que vous ne portiez un jugement qu’après avoir entendu la vérité sur les deux parties.

« L'origine de nos démêlés avec eux remonte à l’époque où, après nous être rendus maîtres de la Béotie, nous constituâmes Platée et avec elle d’autres villes dont nous avions expulsé la population mélangée [*](Il ne faut pas prendre au pied de la lettre cette manière d’expliquer les origines béotiennes. Platée n’avait été ni fondée ni constituée par les Thébains; mais l’assertion s’applique à la •contrée située le long de l’Asopos jusqu’à l’Euripe, contrée qui était primitivement habitée par des,Hyantes, des Thraces et des Pélasges. Voyez Strabon, liv. IX, p. 277. ). Alors, en dépit de la règle admise primitivement, ils déclinèrent notre suprématie et, seuls des Béotiens, foulèrent aux pieds les lois du pays. Puis, lorsque nous voulûmes les contraindre, ils s’unirent aux Athéniens et, conjointement avec eux, nous firent bien des maux, qu'à notre tour nous leur rendîmes.

t Quand le Barbare vint attaquer la Grèce, ils furent, disent-ils, les seuls des Béotiens qui ne firent pas cause commune avec lui. C'est là surtout ce dont ils se prévalent pour s’exalter eux-mêmes et pour nous insulter. Nous au contraire nous prétendons que, s’ils ne prirent point le parti des Mèdes, c’est que les Athéniens ne le prirent pas non plus; et la preuve, c’est que plus tard, lorsque Athènes menaça la liberté de la Grèce, ils furent en Béotie ks seuls partisans des Athéniens. D’ailleurs considérez quelle était notre situation respective à l’époque de ces événements. Notre ville n’était alors gouvernée ni par une aristocratie soumise aux lois, ni par une démocratie ; elle subissait le régime le plus contraire à la légalité et à la modération, en un mot le plus voisin de la tyrannie. Une poignée d’oligarques possédaient seuls toute l'autorité. Ce sont eux

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qui, dans l’espoir d’affermir leur domination si le Méfie avait le dessus, continrent le peuple par la force et appelèrent les. Barbares[*](Selon Hérodote (IX, lxxxv), les chefs de l’oligarchie thébaine étaient Timagénidas et Attaginos. Ils furent chassés par les Grecs immédiatement après la bataille de Platée. ). Lorsqu’elle agit ainsi, notre ville dans son ensemble n’était donc pas maîtresse d’elle-méme; et il serait injuste de lui imputer une faute où les lois n’eurent aucune part. Mais lorsque, après la retraite des Mèdes, l’ordre légal fût rétabli; lorsque plus tard les Athéniens attaquèrent toute la Grèce et s’efforcèrent de subjuguer notre pays travaillé par les dissensions, considérez si la victoire que nous remportâmes sur eux à Coronée n’affranchit pas la Béotie[*](Voyez liv. I, ch. cxin. ), et si maintenant nous ne contribuons pas de tout^aotre pouvoir à la délivrance des Grecs, en fournissant des chevaux et un contingent plus fort que pas un des alliés. Telle est notre réponse à l’accusation de mé-disme[*](Voyez liv. I, ch. xcv, note 2. 1 ).

« Nous essayerons maintenant de démontrer que c’est vous plutôt qui êtes coupables envers la Grèce et qui méritez les derniers châtiments. A vous entendre, c’est pour vous venger de nous que vous êtes devenus alliés des Athéniens et que vous avez reçu droit de cité chez eux. Mais, s’il en était ainsi, vous auriez dû les appeler contre nous seuls, au lieu de vous joindre à eux pour opprimer les autres. Supposé même qu’ils vous entraînassent malgré vous à leur suite, il ne tenait qu'à vous de réclamer cette alliance conclue avec les Lacédémoniens contre les Mèdes, qui est votre éternel refrain. Elle suffisait amplement pour vous mettre à l’abri de nos attaques et — chose essentielle — pour assurer la liberté de vos délibérations. Mais non, c’est de vôtre plein gré, sans aucune espèce de contrainte, que vous avez pris le parti des Athéniens. Vous ne pouviez, dites-vous, abandonner sans honte des bienfaiteurs. Il était bien plus honteux et plus injuste de trahir tous les Grecs, qui avaient reçu vos serments, que les seuls Athéniens, dès l'instant que ceux-ci travaillaient à l’asservissement , ceux-là à l’affranchissement de la Grèce. Vous ne leur avez pas témoigné une reconnaissance égale ni exempte de déshonneur ; car vous les avez appelés, dites-vous, pour vous garantir de l’oppression, et vous vous êtes joints à eux pour opprimer les autres. Or il y a moins de honte à ne pas s’acquitter d’une dette qu’à reconnaître par des actes injustes des services loyalement rendus.

«Vous avez bien fait voir que si, dans le temps, vous ne suivîtes pas le parti des Mèdes, ce ne fut point à cause des Grecs, mais parce que les Athéniens ne le suivaient pas, et

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parce qpe vous vouliez imiter les uns et faire le contraire des autres. Et vous prétendriez vous faire un titre d’une valeur déployée pour plaire à autrui ! cela n’est pas soutenable. Vous avez préféré les Athéniens ; vous devez donc partager avec eui toutes les chances de la lutte. N’alléguez pas l’alliance d'alors, comme si elle devait vous protéger aujourd’hui. Vous y avez renoncé, vous l’avez violée vous-mêmes en aidant à asservir les Êginètes et d’autres de vos confédérés, au lieu d’y mettre obstacle. Tout cela, vous ne l’avez pas fait contre votre volonté, ainsi que nous, mais bien sous l’empire des lois qui vous régissent encore et sans la moindre contrainte. La dernière sommation que nous vous avons faite avant l’investissement, de rester paisibles et neutres, vous l’avez repoussée. Qui donc mieux que vous mériterait Γexécration de tous les Grecs, vous qui ne faites montre de vertu que pour leur nuire? Le bien que vous avez fait jadis, votre conduite récente a prouvé qu’il ne vous appartenait pas, et l’étemel penchant de votre nature s’est révélé dans tout son jour. Quand les Athéniens ont marché dans la voie de l’injustice, vous les y avez suivis.

« Voilà ce que nous avions à dire sur notre médisme involontaire et sur votre libre attachement aux Athéniens.

« Quant à la dernière offense que vous prétendez avoir reçue, lorsque, selon vous, nous avons attaqué votre ville contre le droit, en pleine paix et dans un temps de fête, même à cet égard nous ne croyons pas être plus répréhensibles que vous. Si de nous-mêmes nous étions venus chez vous, dans l’intention de livrer bataille et de ravager hostilement votre pays, nous serions inexcusables ; mais s’il est vrai que plusieurs de vos citoyens, les premiers par la fortune et par la naissance, nous aient spontanément appelés pour vous retirer d’une alliance étrangère et vous rattacher à la confédération nationale des Béotiens, où est donc notre criipe? ceux qui donnent l’impulsion sont plus à blâmer que ceux qui la reçoivent. D’ailleurs, à nos yeux, il n'y a eu de tort ni de leur part ni de la nôtre. Citoyens comme vous, ayant même plus à perdre, ils nous ont ouvert les portes et nous ont introduits en amis, nullement en ennemis. Ils voulaient empêcher les mauvais citoyens de se pervertir davantage, et procurer aux honnêtes gens ce qu’ils avaient droit de prétendre. Ils voulaient corriger les esprits sans attenter aux personnes, vous rattacher à vos alliances naturelles sans vous ravir votre patrie, vous concilier l’amitié générale sans vous créer aucun ennemi.

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« La preuve de nos intentions pacifiques, c’est que, loin d’inquiéter personne, nous avons, par une proclamation, invité dès l’abord à se joindre à nous quiconque voulait se gouverner d’après les institutions nationales de la Béotie. Vous y avez adhéré de grand cœur; et, la convention faite, vous avez commencé par rester tranquilles. Plus tard, — j’admets que nous eussions eu tort d’entrer chez vous sans l’assentiment de la multitude, — au moins fallait-il nous imiter en nous engageant à nous retirer sans violence. Mais non ; vous n’avez pas plus tôt reconnu notre petit nombre, que vous nous avez assaillis en dépit de la convention. Ceux dont nous regrettons le plus la perte, ce ne sont pas tant les victimes du combat ; jusqu’à un certain point leur mort a été légitime ; mais ceux qui vous tendaient les mains, ceux à qui vous aviez fait quartier et promis la vie sauve, les avoir égorgés au mépris des plus saintes lois, n’est-ce pas là une atrocité? Quoi ! vous avez commis coup sur coup trois perfidies ,· rupture de la convention, massacré de sang-froid, violation de votre promesse d’épargner les prisonniers si nous respections vos campagnes, et vous venez dire que c’est nous qui sommes dans nos torts et que vous ne méritez aucunes représailles ! Il n’en sera rien, si du moins ces juges font leur devoir; mais vous recevrez le juste salaire de votre conduite.

« Nous sommes entrés dans ces détails, ô Lacédémoniens, afin de motiver à vos yeux la sentence que vous allez rendre, et de légitimer plus encore aux nôtres la vengeance qui nous anime. Ne vous laissez pas attendrir par l’énumération de leurs anciens services, si tant est qu’ils soient réels. Les bienfaits passés peuvent être un moyen de défense pour les victimes d’une injustice ; mais ils doivent attirer une double . animadversion sur les auteurs d’actes infâmes, parce que leur crime est un démenti donné à leurs mérites précédents. Que leurs doléances et leurs supplications ne leur soient d’aucun secours, non plus que leurs appels aux sépulcres de vos pères et à leur propre abandon. A notre tour, nous évoquerons notre jeunesse impitoyablement massacrée, elle dont les pères sont morts à Goronée pour entraîner dans votre parti la Béotie, ou, vieux et délaissés dans leurs demeures solitaires, vous supplient bien plus fortement de les venger. La pitié n’est due qu’à l’infortune imméritée ; une souffrance aussi juste que la leur doit être au contraire un sujet de joie.

«Pour ce qui est de leur isolement actuel, ils ne doivent

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l’imputer qu’à eux-mêmes. Ils ont sciemment repoussé les meilleurs alliés, foulé aux pieds les plus saintes lois par un esprit de haine plutôt que de justice. Même aujourd’hui la satisfaction qu’ils nous auront donnée ne sera pas équivalente à leur crime ; elle sera fixée par la loi, car ce n’est point, comme ils le disent, à la suite d’un combat et les mains étendues qu’ils se sont livrés, mais en vertu d’une convention formelle et en se soumettant à un jugement.

« Lacédémoniens, prêtez main forte à la loi des Grecs, qu'ils ont violée ; et, comme nous avons souffert de cette violation, récompensez le zèle dont nous avons fait preuve. Qu’il ne soit pas dit que nous avons été supplantés dans votre amitié par la séduction de leurs discours. Montrez aux Grecs par un grand exemple qu’à vos yeux le langage ne prévaudra jamais sur les actes : louables, une courte mention leur suffit; coupables, jl leur faut de belles phrases pour voile. Mais si des chefs, comme vous aujourd’hui, savent établir contre les coupables des jugements expéditifs, on cherchera moins à pallier des actions criminelles par des discours pompeux. »

Ainsi parlèrent les Thébains. Les juges lacédémo-niens décidèrent qu’on s’en tiendrait à la question de savoir si, dans le cours de la guerre, les Platéens leur avaient rendu quelque service. A leur avis, pour se conformer à l’ancien traité conclu par Pausanias après la défaite des Mèdes, ils auraient dû rester en repos avant la guerre, et plus tard accepter la proposition de demeurer neutres aux termes du même traite; ce à quoi ils n’avaient pas voulu consentir. Ils pensaient que les Platéens, en repoussant leurs justes exigences, s'étaient mis en dehors des traités et s’étaient attiré leur infortune. Es les firent donc comparaître l’un après l’autre et leur demandèrent si, dans le cours de la guerre actuelle, ils avaient rendu quelque service aux Lacédémoniens et à leurs alliés. Sur leur réponse négative, on les emmenait à la mort. Il n’y en eut aucun d'excepté. On égorgea de la sorte non moins de deux cents Platéens, outre vingt-cinq Athéniens qui avaient soutenu le siège avec eux. Les femmes furent réduites en esclavage.

Quant à la ville, les Thébains la donnèreüt à habiter pour une année à des Mégariens exilés pour cause de sédition [*](C’étaient des membres du parti aristocratique, exilés par la faction contraire et réfugié^ à Pagæ. Voyez liv. IV, ch. lxvi. ) et à ceux des Platéens qui s’étaient déclarés pour eux et n’avaient pas été enveloppés dans la ruine de leur patrie. Plus tard ils rasèrent complètement Platée. Avec les matériaux, ils construisirent près du temple de Junon un hospice de deux cents

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pieds en long et en large, avec deux étages de logements[*](Maison de refuge, sorte de kan destiné à héberger les voyageurs. Sur cette manière de sanctifier les spoliations publiques, voyez liv. II, ch. xxvii, note 1. ). Ils employèrent à cette construction la charpente et les portes des maisons de Platée. Les ustensiles d'airain et de fer trouvés dans la ville servirent à faire des lits consacrés à Junon. Un temple de marbre, large de cent pieds, fut aussi élevé en l’honneur de cette déesse. Les terres furent confisquées et affermées pour dix ans au profit des Thébains.

Le motif principal, pour ne pas dire Tunique, du peu de sympathie que les Lacédémoniens témoignèrent pour Platée, fut le désir de complaire aux Thébains, dont ils croyaient avoir besoin pour la guerre commencée récemment.

Ainsi périt Platée, quatre-vingt-treize ans après qu’elle était entrée dans l'alliance d’Athènes [*](On doit conclure de là que l’alliance de Platée et d’Athènes (Hérodote, VI, cvm) eut lieu en 519 av. J. C. Les Platéens échappés à la catastrophe furent transplantés par les Athéniens à Scione (IV, cxx). Après la paix d’Aiitalfcidas (387 ans av. J. C.), Platée fut rebâtie, puis détruite de nouveau, en 374, par les Thébains. Elle sortit encore une fois de ses ruines. Plus tard, sous Alexandre le Grand, les Platéens se vengèrent de Thèbes en concourant activemênt à sa prise et en obtenant du roi de Macédoine l’arrêt de sa complète destruction. ).