History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
« Tels sont les titres que nous avons à faire valoir auprès de vous, titres suffisants d’après les lois de la Grèce. De plus, nous pouvons faire appel à votre reconnaissance, et nous autoriser d’un ancien service, dont nous demandons aujourd’hui la réciprocité. N’étant pas vos ennemis, il n’est pas à craindre que nous nous .fassions une arme contre vous de cette reconnaissance, et nous ne sommes pas assez vos amis pour en abuser. Lorsque jadis, antérieurement aux guerres Médiques, vous manquiez de vaisseaux longs pour lutter contre Ëgine, vous en reçûtes vingt des Corinthiens [*](Ce fait est rapporté par Hérodote (VI, lxxxix). Cette guerre d’Egine et d’Athènes se place quatre cent quatre-vingt-onze ans av. J. C., l’année qui précéda la bataille de Marathon. ). Ce service, joint à celui que nous vous rendîmes en empêchant les Péloponésiens de secourir Samos, vous permit de triompher des Éginètes et de punir les Samiens. Or cela se passait dans une de ces circonstances, où les hommes, tout entiers à la poursuite de leurs ennemis, oublient tout pour ne songer qu'à la victoire; ils regardent alors comme ami quiconque les sert, fût-il auparavant leur ennemi, et comme adversaire quiconque les contrarie, fût-ce même un ami ; car ils sacrifient jusqu’à leurs intérêts domestiques pour satisfaire leur passion du moment.
« Réfléchissez à ces faits, et que les plus jeunes d’entre vous, après les avoir vérifiés auprès de leurs aînés, se disposent ï nous payer d'un juste retour. Et qu’on ne s’imagine pas que, si notre cause est légitime, votre intérêt, en cas de guerre, serait différent du nôtre. L’intérêt bien entendu consiste à faire le moins de fautes possible. D’ailleurs, cette perspective de guerre, dont les Corcyréens vous font peur afin de vous décider à une injustice, est encore incertaine ; et il serait peu sage d’encourir pour ce motif, de la part des Corinthiens, une inimitié certaine et immédiate. Mieux vaudrait dissiper les défiances soulevées au sujet de Mégare[*](Il ne s’agit pas ici du décret contre Mégare, qui ne fut rendu que l’année suivante, mais de la défection des Mégariens , qui, à la suite d’une guerre avec Corinthe, avaient quitté l’alliance de Lacédémone pour celle d’Athènes. Les Corinthiens en avaient été fort irrités contre les Athéniens. Voyez üv. I, ch. cm. ) ; un dernier service rendu à propos, quelque léger qu’il soit, suffit pour effacer une offense grave.
« Ne soyez pas séduits par l’offre qu’ils vous font d’une marine puissante. On assure bien mieux sa position en respectant ses égaux qu’en se laissant entraîner, par un apparent avantage, à poursuivre un périlleux avenir.