History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les tyrans établis dans les cités grecques, uniquement occupés de leurs intérêts, de leur sûfeté personnelle et de l’agrandissement de leur maison, se contentaient de vivre en sécurité dans l’enceinte de leurs villes. A part quelques entreprises contre leurs voisins, aucun d’eux ne fit rien de remarquable ; j’excepte les tyrans de Sicile, qui élevèrent très-haut leur puissance [*](Le plus puissant des anciens tyrans de la Sicile fut Gélon de Syracuse, qui remporta sur les Carthaginois une grande victoire près de la ville d’Himéra en Sicile, le même jour, dit-on, que fut gagnée par les Grecs la bataille de Salamine (30 septembre 480 av. J. C.). ). Ainsi,pendant uneloDgue suite d’années,tout concourut à mettre la Grèce dans l’impossibilité de réunir ses forces pour quelque grande opération; l’isolement empêchait l’esprit de conquête.

Mais enfin les tyrans d’Athènes et ceux qui avaient si longtemps opprimé presque toute la Grèce furent tous renversés par les Lacédémoniens, à l'exception des tyrans de la Sicile [*](Les Lacédémoniens expulsèrent les Cypsélides de Corinthe, Lygdamis de Naxos, Eschînes de Sicyone, Symmachos de Thasos, Aulis de Phocide, Aristogénès de Milet, enfin les Pisistratides d’Athènes. ). Quant à Lacédémone, depuis sa fondation par les Do-riens qui l’habitent[*](Thucydide parle encore, au livre V, 16, de la fondation de Lacédémone par les Doriens. Il veut dire leur établissement dans cette ville; car elle existait longtemps avant l’invasion dorienne; mais elle était peu considérable, tandis que les Doriens en firent la capitale du pays. ), elle fut travaillée de dissensions plus qu’aucune autre ville à nous connue ; ce qui ne l’empêcha pas de se donner de bonnes lois et de se préserver de la tyranuie, et cela dès les temps les plus anciens: car plus de quatre cents ans se sont écoulés jusqu’à la fin de la guerre actuelle, depuis que cette ville est régie par la même constitution [*](On fixe communément à 885 av. J. C. l’époque de la législation de Lycurgue. La guerre du Péloponèse finit en 404. Donc Thucydide rapproche de 81 ans la date de Lycurgue. ). C’est là le secret de son ascendant et de sa force. t

Il s’était passé peu d’années depuis l’extinction de la tyrannie en Grèce, quand se livra la bataille de Marathon entre les Mèdes et les Athéniens [*](L’expulsion des Pisistratides eut lieu en 510 av. J. C. ; la bataille de Marathon en 490. ). Dix ans après, le Barbare s’avança de nouveau avec sa grande armée pour asservir la Grèce. Devant l’imminence du danger, les Lacédémoniens, alors les plus puissants des Grecs, se mirent à la tête des peuples qui s'armèrent pour la défense commune ; tandis que les Athéniens, à

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l'approche des Mèdes, prirent le parti d'abandonner leur ville, •emportèrent leurs effets, et, montant sur leurs navires, devinrent hommes de mer.

Lorsque le Barbare eut été repoussé par les forces combinées de la Grèce, ceux des Grecs qui avaient secoué le joug des Perses ou pris part à la lutte ne tardèrent pas à se diviser entre Athènes et Lacédémone, les deux États qui avaient déployé le plus de forces, l’un sur terre, l'autre sur mer. Pendant quelque temps ces deux puissances marchèrent d’accord; mais ensuite elles se brouillèrent; et, soutenues par leurs alliés respectifs, elles en vinrent à des hostilités déclarées. Dès lors le reste des Grecs, au moindre différend qui éclatait entre eux, venaient se ranger dans l’un ou l’autre parti. De cette façon, tout l’intervalle compris entre les guerres médiques et la guerre actuelle, les Lacédémoniens et les Athéniens le passèrent dans une continuelle alternative de trêves et de combats, soit entre eux, soit avec les alliés qui les abandonnaient. Aussi acquirent-ils une parfaite expérience des armes en se formant à l’école des dangers.