History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Le même été, dans le temps ôù divers motifs et surtout le rappel d'Alcibiade avaient porté au comble l’Irritation des Péloponésiens contre Tissapherne, qu'ils regardaient comme partisan déclaré d’Athènes, celui-ci, voulant apparemment dissiper ces fâcheuses impressions , prit le parti d’aller à Aspendos au-devant de la flotte phénicienne. Il engagea Lichas à l’accompagner et promit que son lieutenant Tamos fournirait en son absence les subsides à l’armée. Les opinions varient au sujet de ce voyage, et il n’est pas facile de savoir dans quelle intention Tissapherne se rendit à Aspendos, ni pourquoi, après y être allé, il n’en ramena pas les vaisseaux. Que la flotte phénicienne , forte de cent quarante-sept voiles, soit venue jusqu’à Aspendos, c’est un fait avéré; mais pour quel motif ne poussa-t-elle pas plus loin? à cet égard le champ est ouvert aux conjectures. Les uns prétendent qu’en s'absentant ainsi il était fidèle à son système d’affaiblir les Péloponésiens, et pour preuve ils citent l’extrême négligence apportée par Tamos dans le règlement de la solde ; d’autres, qu’en faisant venir les Phéniciens à Aspendos, il voulait spéculer sur leur retraite, sans avoir la moindre intention de les employer ; d’autres enfin, qu’il n’avait pas d’autre but que de répondre aux plaintes élevées contre lui à Lacédémone, en disant à sa décharge qu’il était allé bien réellement chercher cette flotte, dont la présence n’était pas une fiction. Quant à moi, ce qui me paraît le plus probable, c’est que, s’il n'amena pas la flotte

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phénicienne, ce fut pour rainer et paralyser la puissance des Grecs. Il les ruinait par les lenteurs que causait son absence, et maintenait l'équilibre entre les deux partis. S’il eût-voulu sérieusement mettre fin à la guerre , il ne tenait qu’à lui ; car en amenant la flotte", il eût selon toute probabilité donné la victoire aux Lacédémoniens , dont les forces navales balançaient presque celles d’Athènes. Enfin rien ne révéla mieux sa pensée que le prétexte allégué par lui pour n’avoir pas amené ces vaisseaux. A l’entendre, c’est parce qu’ib étaient moins nombreux que le roi ne l’avait ordonné ; mais, dans ce cas, il aurait d’autant mieux servi son maître en épargnant les finances royales et en atteignant le même but à moins de frais. Quoi qu’il en soit, Tissapherne se rendit à Aspendos où il trouva les Phéniciens. Sur sa demande, les Péloponésiens envoyèrent au-devant de cette flotte le Lacédémonien Philippos avec deux trirèmes.