History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Mais, sur le soir, ils reçurent la nouvelle que les vaisseaux du Péloponèse et de la Sicile, au nombre de cinquante-cinq, allaient paraître. Les Siciliens, pressés par le Syracusain Hermocratès de porter le dernier çoup à la puissance d’Athènes, avaient envoyé vingt vaisseaux de Syracuse et deqx de Séli-nonte. Ceux qu’on armait dans le Péloponèse se trouvant prêts, les deux escadres réunies avaient été confiées au Lacédémonien Théraménès, pour être conduites au nav arque Astyochos. Ces vaisseaux touchèrent premièrement à Léros[*](Le texte reçu porte Έλεόν, nom parfaitement inconnu. On a proposé d’y substituer celui de Léros, île qui se trouve è l’entrée du golfe Iasique, et qui, bien qu’assez éloignée de Milet, peut cependant être considérée comme en avant de cette ville, puisque, pour une flotte venant du Péloponèse, elle est le dernier endroit de mouillage av^pt d’arriver à Milet. On voit d’ailleurs, au ch. xxvn, que c’est de Léros (ici la leçon est certaine) que les Athéniens reçoivent la nouvelle de l’apparition de la flotte péioponésienne. ), île située en avant de Milet ; ensuite, ayant appris que les Athéniens étaient sous les murs de cette place, ils entrèrent dans le golfe d’iasos, afin de se procurer de plus amples renseignements. Parvenus à Tichiussa sur le territoire de Milet, ils y passèrent la nuit et apprirent les détails du combat par Alcibiade, qui vint lqs y joindre à cheval. Alcibiade avait assisté à cette rencontre, où il avait combattu pour les Milésiens, à côté de Tissapherne. Il exhorta les Péloponésiens, s’ils ne voulaient pas ruiner les affaires en Ionie et ailleurs, à secourir promptement Milet pour l'empêcher d’être bloquée.

Il fut donc résolu qu’on s'y porterait sitôt qu’il ferait jour. Cependant les Athéniens avaient reçu de Léros des nour velles précises de la flotte ennemie. Phrynichos, un de leurs généraux, voyant ses collègues disposés à l’attendre et h livrer une bataille navale, déclara que, pour lui, il n’en ferait rien, et qu’il s’opposerait de tout son pouvoir à une pareille imprudence. « Puisqu’on peut, disait-il, connaître plus tard le nombre exact des vaisseaux ennemis et préparer à loisir les moyens de défense, ce serait folie que de se mettre en danger par fausse honte ; il n’y a point de déshonneur pour la marine athénienne à reculer à propos ; il y en aurait bien davantage à être vaincue ; c'est alors que la république serait exposée, non pas seulement à la honte, mais à un danger imminent; après les revers antérieurs, à peine était-il permis, avec des forces éprouvées, de prendre l’offensive sans y être absolument contraint; à plus forte raison, comment serait-il pardonnable de se jeter de gaieté de cœur dans des périls volontaires? » Il conseillait d’embarquer au plus tôt les blessés, les troupes de terre et le matériel de siège, d’abandonner, pour alléger les navires, tout le butin fait sur le territoire ennemi, et de cingler vers Samos, d'où l’on pourrait, une fois la flotte réunie, faire des courses à l'occasion.

Cet avis ayant prévalu, on l’exécuta sur-le-champ. Ce ne fat pas seulement alors, mais dans la suite et dans tout le reste de

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sa carrière, que Phrynichos fit preuve de sagacité. Les Athéniens s’éloignèrent donc de Milet dès le soir même, laissant leur victoire incomplète. Les Argiens, furieux de leur échec, partirent immédiatement de Samos pour retourner chez eux.

Au lever de l’aurore, les Péloponésiens quittèrent Tichiussa et abordèrent à Milet, où ils restèrent un jour. Le lendemain, ils rallièrent les vaisseaux chiotes qui avaient accompagné Chalcidéus et que l’ennemi avait poursuivis, et retournèrent à Tichiussa pour prendre les gros bagages qu’ils y avaient laissés[*](Dans la perspective d’une bataille navale, à la , veille de laquelle on déposait toujours à terre les grandes voiles des vaisseaux et les agrès les plus encombrants. ). A peine y étaient-ils arrivés, que Tissapherne survint avec son armée de terre, et leur persuada de cingler contre Iasos, résidence d’Amorgès son ennemi. Ils attaquèrent à Timproviste cette place, où Ton ne s’attendait pas à voir paraître d’autres vaisseaux que ceux des Athéniens, et s’en emparèrent. L’honneur de la journée revint aux Syracusains. Amorgès, bâtard de Pissouthnès, révolté éontre le roi, fut pris vivant et livré à Tissapherne, avec pouvoir de le mener au roi, selon l’ordre qu’il en avait reçu. Les Péloponésiens pillèrent Iasos, où ils firent un immense butin, car c’était une ville extrêmement opulente. Ils firent venir les mercenaires d’Amor-gés, dont la plupart étaient Péloponésiens ; et loin de leur faire aucun mal, ils les incorporèrent dans leur armée. La place fut remise à Tissapherne, ainsi que les prisonniers, tant esclaves qu’hommes libres, moyennant un statère darique par tête[*](Monnaie d’or, frappée par le roi Darius fils d’Hystaspe, et équivalente à vingt drachmes attiques, soit dix-huit francs. ). Les Péloponésiens revinrent ensuite à Milet. Ils envoyèrent à Chios, par voie de terre jusqu’à Ërythres et avec les mercenaires d’Amorgès, Pédaritos, fils de Léon, venu de Lacédémone pour prendre le commandement de Chios ; celui de Milet fut donné à Philippos. Là-dessus l’été finit.

L’hiver suivant, Tissapherne, après avoir mis Iasos en état de défense, se rendit à Milet. Là, selon l’engagement qu’il avait pris avec Lacédémone, il paya un mois de solde aux équipages de tous les vaisseaux, à raison d’une drachme atti-que par homme; pour le reste du temps, il ne voulut donner que trois oboles, jusqu’à ce qu’il en eût référé au roi ; promettant, avec son autorisation, de donner la drachme entière. Le général syracusain Hermocratès fut seul à réclamer; car Théra-ménès, n’étant pas navarque, mais seulement chargé de remettre la flotte à Astyochos, prit médiocrement à cœur la question de la solde. Toutefois, il fut convenu que, par groupe de cinq vaisseaux, on donnerait aux équipages une légère somme en sus des trois oboles par homme : en effet, Tissapherne

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payait trois talents par mois pour cinq vaisseaux, et pour le surplus une somme proportionnelle[*](A deux cents hommes d’équipage par trirème, la solde d’un mois pour cinq vaisseaux, à raison de trois oboles ou d’une demi-drachme par jour et par homme, n’aurait fait que quinze mille drachmes. Tissapherne donnait trois talents ou dix-huit mille drachmes; il y avait donc un excédant mensuel de trois mille drachmae, à répartir entre’les mille hommes qui formaient l’équipage des cinq vaisseaur. Ainsi chaque matelot recevait par mois dix-huit drachmes, au lieu de trente qu’il aurait eues, si la solde promise eût été payée intégralement. ).