History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les alliés étaient alors assemblés à Lacédémone. Ceux d’entre eux qui n’avaient pas adhéré au traité furent invîtes

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par les Lacédémoniens aie faire sans retard; mais ils persistèrent dans leur refus, en se fondant sur ce que les conventions n'étaient pas équitables. Les Lacédémoniens, désespérant de les convaincre, les congédièrent et ouvrirent pour leur propre compte des négociations d’alliance avec les Athéniens. Us y furent poussés par deux motifs : d’abord il ne fallait plus songer au renouvellement de la trêve avec les Argiens ; car ils avaient rejeté les propositions d’Âmpélidas et de Lichas, apparemment dans la pensée que les Lacédémoniens sans les Athéniens étaient peu redoutables ; en second lieu, l’alliance avec Athènes était le meilleur moyen de prévenir l’agitation dans le reste du Péloponèse qui, s’il l’avait pu, n’aurait pas manqué de se jeter dans les bras des Argiens[*](Je lis Ἀργείους au lieu de Ἀθηναίους, quoiqu’il n’y ait point de variante, parce que je ne comprends pas cette inclination générale des Péloponésiens pour Athènes. Comparez la fin du oh. xiv. ). Il y avait alors des députés athéniens à Lacédémone ; des conférences furent entamées avec eux ; on se mit d’accord, et l’alliance suivante fut conclue sous la foi du serment.

« Les Lacédémoniens seront alliés[*](11 manque des Athéniens, parce que le texte du traité a été transcrit de la colonne d’Athènes, où l’addition était superflue. ) pour cinquante ans, aux conditions énoncées ci-après :

« Si quelque agresseur entre à main armée sur les terres des Lacédémoniens, les Athéniens iront à leur secours avec toutes leurs forces et par tous les moyens possibles.

« S’il se retire après avoir dévasté la campagne, les Lacédémoniens et les Athéniens le tiendront pour ennemi; les deux États lui feront la guerre et, ne la termineront que d’un commun accord ; le tout conformément à la justice , avec zèle et sans fraude.

« Si quelque agresseur entre à main armée sur les terres de Athéniens, les Lacédémoniens iront à leur secours avec toutes leurs forces et par tous les moyens possibles.

« S’il se retire après avoir dévasté la campagne, les Lacédémoniens et les Athéniens le tiendront pour ennemi ; les deux États lui feront la guerre et ne la termineront que d’un commun accord; le tout conformément à la justice, avec xèle et sans fraude.

« Si les esclaves se soulèvent, les Athéniens secourront les Lacédémoniens avec toutes leurs forces et par tous les moyens possibles.

« Les présentes conventions seront jurées de part et d’autre par les mêmes personnes qui ont juré le précédent traité. Ce serment sera renouvelé chaque année; pour cet effet, les Lacédémoniens se rendront à Athènes à l’époque des Dionysies, et les Athéniens à Lacédémone à l’époque des Hyacinthies [*](Sur les Dionysies ou fêtes de Bacchus à Athènes., voyez liv. Jff, ch. xv, note 6. Les Hyacinthies étaient une des plus grandes fêtes de Sparte, instituée en mémoire de la mort prématurée du héros national Hyacinthe, filsd’Œbalos. On la célébrait en grande pompe, durant trois jours, à Amyclæ en Laconie, à la fin du moisHécatom-héon (juin-juillet). ).

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« Deux colonnes seront érigées, l’une à Lacédémone près du temple d’Apollon dans l’Amycléon, l'autre à Athènes dans l'acropole près du temple de Minerve.

« Si les Lacédémoniens et les Athéniens jugent à propos de faire quelque addition ou quelque retranchement au présent traité d’alliance, ils le pourront, pourvu que ce soit d’un commun accord.

« Ont juré,,pour les Lacédémoniens : Plistoanax, Agis, Plistolas, Damagétos, Chionis, Métagénès, Acanthos, Daïthos, Ischagoras, Philocharidas, Zèuxidas, Antippos, Alcinadas [*](Au ch. xix, dans une énumération identique, on lit Alcinidas. ), Tel-lis, Empédias, Ménas, Laphilos; pour les Athéniens : Lampon, Isthmionicos, Lâchés, Nicias, Euthydémos, Proclès, Pythodo-ros, Hagnon, Myrtilos, Thrasyclès, Théagénès, Aristocratès, Iolci os, Timocratès, Léon, Lamachos, Démosthène. »

Cette alliance fut conclue peu de temps après le traité de paix. Les Athéniens rendirent aux Lacédémoniens les prisonniers de l’île. Là-dessus commença l'été de la onzième année[*](La onzième année de la guerre correspond à 421 av. J. C. ). Ici se termine le récit de la première guerre, qui avait duré dix ans consécutifs.

Après le traité de paix et d’alliance entre les Athéniens et les Lacédémoniens, traité qui mit fin à la guerre de dix ans et fut conclu sous l’éphorat de Plistolas à Lacédémone et sous Varchontat d’Alcéos à Athènes, la paix fut rétablie entre les États qui en avaient accepté les conditions. Mais les Corinthiens et quelques villes du Péloponèse cherchèrent à brouiller les affaires, et bientôt l’on vit s’élever des difficultés nouvelles entre les Lacédémoniens et leurs alliés. Avec le temps, les Lacédémoniens devinrent suspects aux Athéniens, parce qu’ils n’exécutaient pas certaines clauses du traité. Pendant six ans et dix mois[*](Les hostilités ne recommencèrent que dans Vété de Ja dix-huitième année (liv. VI, ch. cv; liv. VII, ch. xvm), c'est-à-dire plus de sept ans après la première paix. Aussi plusieurs commen-tateurs regai dent-ils la donnée du passage actuel comme inexacte, et proposent dans le texte divers changements. Il est superflu d’y avoir recours, si Ton admet que Thucydide a eu en vue ici la résolution prise par les Lacédémoniens d’envahir l’Attique (liv. VI, ch. xcm), résolution qui eut lieu dans l’hiver de la dix-septième année, six ans et dix mois après la paix. ), les deux peuples s’abstinrent, il est vrai, d’agressions directes; mais au dehors ils se firent tout le mal compatible avec une réconciliation mal assurée, jusqu’à ce qu’enfin ils furent amenés à rompre la paix conclue après les dix ans d’hostilités, et en vinrent de nouveau à une guerre ouverte.

Le même Thucydide, citoyen d’Athènes, a continué la relation des événements dans l’ordre où ils ont eu lieu, par étés et par hivers, jusqu’au moment où les Lacédémoniens et leurs alliés renversèrent définitivement la domination d’Athènes et s’emparèrent du Pirée et des longs murs [*](Ce passage prouve que Thucydide comptait pousser son histoire jusqu’à cette époque, en ajoutant à son ouvrage un neuvième livre, dont il avait sans doute rassemblé les matériaux. ). La durée totale de la guerre jusqu’à cette époque fut de vingt-sept ans. On aurait tort d'en retrancher l'intervalle de la trêve. Il suffit

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d'envisager la succession des faits pour reconnaître cju’on ne saurait avec raison donner le nom de paix à un état de choses dans lequel ne furent faites de part ni d’autre toutes les resti· tution» convenue»; dan» lequel les deux parties eurent, bien de» reproches à s'adresser, par exemple à l’occasioil· de la guerre deMantinée et d’Épidaure[*](Voyez ch. xxxm et liii. · ); dans lequel enfin lea alliés du littoral de la Thrace ne posèrent point les armes, et les Béotiens ne se lièrent que par des armistices de dix jours[*](C’est-à-dire renouvelés de dix en dix jours. ). Si donc à la première guerre· de dix ans on réunit la fausse paix qui la suivit et la guerre qui vint ensuite, on. trouvera le nombre d’années que j’ai indiqué et quelques jours en sus. De toutes les assertions qui reposaient sur des oracles, ce fut la seule que l’événement justifia; je me souviens que, dès l’origine de cette guerre, et pendant sa durée, plusieurs personnes annonçaient qu’elle devait se prolonger trois fois neuf ans.

Quant à moi, j’ai assisté à toute sa durée, jouissant de la plénitude de mes facultés et donnant une attention soutenue au spectacle que j’avais sous les yeux. J’ai passé vingt années loin de ma patrie, à la suite de mon commandement d’Amphi-poiis[*](Voyez liv. IV, ch. civ. L’exil de Thucydide commença au mois de janvier 423 av. J. C. ). Mêlé aux affaires des deux partis , j’ai dû à mon exil de voir de plus près celles du Péloponèse, et à mes loisirs de mieux étudier les faits. Je vais donc rapporter les événements qui succédèrent à cette première guerre de dix hnnées, la rupture de la trêve et la reprise des hostilités.

La paix de cinquante ans et l’alliance qui la suivit une fois conclues, les députés du Péloponèse, venus à Lacédémone pour cet objet, quittèrent cette ville et regagnèrent leurs foyers. Les Corinthiens se rendirent d’abord à Argos, où ils s’abouchèrent avec quelques-uns des citoyens. Ils leur représentèrent qu’en faisant un traité de paix et d’alliance avec les Athéniens, naguère leurs ennemis jurés, les Lacédémoniens avaient en vue, non l’intérêt, mais l’asservissement du Péloponèse; que c’était aux Argiens de le sauver , en statuant que toute ville grecque et indépendante, qui offrirait de soumettre ses différends à un arbitrage, pourrait conclure avec Argos une alliance défensive ; qu’il fallait élire un petit nombre de citoyens et les munir de pleins pouvoirs, sans porter la question devant l’assemblée .du peuple, pour ne pas s’exposer à ses refus. A les entendre, beaucoup de villes ne demandaient pas mieux que d’entrer dans cette ligue par haine pour Lacédémone. Après cette communication, les Corinthiens s’en retournèrent cher eux.

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Les Argiens qui avaient reçu ces ouvertures les communiquèrent aux magistrats et au peuple fl’Argos. Il fut décidé qu’on élirait douze citoyens, autorisés à conclure une alliance avec tous ceux, des Grecs qui le voudraient, excepté toutefois les Athéniens et les Lacédémoniens, qui ne seraient admis que sut un arrêté du peuple. Ces mesures furent accueillies par les Argiens avec d’autant plus de faveur qu’ils se voyaient à la veille d’une guerre avec Lacédémone, leur traité avec cette ville touchant à sa fin. D’ailleurs , ils aspiraient à se placer à la tête du Péloponèse. Lacédémone à cette époque était complètement déconsidérée à cause de ses revers ; les Argiens au contraire jouissaient d’une prospérité parfaite , ayant su demeurer étrangers à la guerre contre Athènes et recueillir les fruits de cette neutralité. C’est ainsi que les Ar-giens ouvrirent leur alliance à tous les Grecs qui voulurent y entrer.