History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

A son retour de Macédoine à Torone, Brasidas trouva les Athéniens déjà maîtres de Mende. Jugeant désormais impossible de pénétrer dans la Pallène pour y porter secours, il se tint en repos A Torone et mit cette ville en état de défense.

Pendant qu’il faisait son expédition dans le Lyncos, les Athéniens avaient donné suite à leur projet d’envoyer une flotte contre Mende et Scione. Cette flotte, forte de cinquante vaisseaux, parmi lesquels dix de Chios, portait mille hoplites athéniens, six cents archers, mille mercenaires thraces et d’autres péltastes levés chez les alliés du pays. Les généraux étaient Nicias, fils de Nicératos, et Nicostratos, fils de Diitréphès. Partis de Potidée, ils prirent terre près du temple de Neptune et marchèrent contre les Mendéens. Ceux-ci, renforcés par trois cents Scioaéens et par les Péloponésiens auxiliaires, en tout sept cents hoplites sous les ordres de Polydamidas, étaient campés hors de la ville sur une colline escarpée. Nicias, à la tête de cent vingt Méthonéens armés à la légèie, de soixante hoplites athéniens d’élite et de tous les archers, essaya de gravir la colline par un sentier; mais il reçut une blessure et ne put se faire jour. Nicostratos réitéra l’attaque avec toute l’armée par un chemin plus long; mais, en abordant cette position difficile, il fut mis dans le plus grand désordre, et peu s'en fallut que le reste de l’armée ne fût défait. Les Athéniens, étonnés de cette résistance opiniâtre, se retirèrent et établirent un camp. La nuit venue, les Mendéens rentrèrent dans leur ville.

Le lendemain, les Athéniens tournèrent la côte et

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allèrent aborder du côté qui regarde Scione[*](En doublant le cap Posidoni on, sur les deux pentes duquel était bâtie ‘la ville de Mende. ). Ils s’emparèrent du faubourg et ravagèrent la campagne durant toute la journée, sans que personne s’y opposât ; c’est qu’il y avait de l'agitation dans la ville. Pendant la nuit, les trois cents Scionéens s’en retournèrent chez eux. Le jour suivant, Nicias, avec la moitié de l’armée, se porta sur les limites de Scione et ravagea le pays,, pendant que Nicostratos, avec le reste des troupes, bloquait la porte d’en haut, qui conduit à Potidée. Les Mendéens et leurs auxiliaires se trouvaient postés dans cet endroit en dedans des murs. Polydamidas les range en bataille et les exhorte à faire une sortie. Mais un homme de la faction du peuple déclare qu’il ne sortira pas et qu’il n’à que faire de combattre. Polydamidas le saisit par le bras et le tire à lui ; l’autre résiste. Aussitôt le peuple furieux prend les armes, court sur les Pélo-ponésiens et sur leurs partisans et les met en déroute. Effrayés de cette brusque attaque et voyant les portes s’ouvrir aux ennemis, les Péloponésiens se crurent victimes d’un complot organisé. Ceux qui ne périrent pas dans la mêlée se réfugièrent dans la citadelle restée en leur pouvoir. L’armée athénienne tout entière—Nicias était revenu de son excursion—se jeta dans la ville ; et, comme celle-ci n’avait pas été ouverte par capitulation, elle fut livrée au pillage, ni plus ni moins que si elle eût été prise d’assaut. Ce ne fut pas sans peine que les généraui empêchèrent le massacre des habitants. Après cela ils invitèrent les Mendéens à rétablir l’ancien prdre de choses et à juger eux-mêmes les citoyens qu’ils regardaient comme les auteurs de la rébellion; enfin ils bloquèrent la citadelle en tirant un mur d’une mer à l’autre, et ils y laissèrent des troupes de siège.

Maîtres de Mende, ils marchèrent contre Scione. Les habitants réunis aux Péloponésiêns sortirent à leur rencontre et prirent position en avant de la ville sur une éminence escarpée, dont les ennemis étaient obligés de s’emparer avant de commencer l’investissement. Les Athéniens assaillirent cette éminence et en délogèrent ceux qui l'occupaient. Ils y campèrent eux-mêmes, érigèrent un trophée et procédèrent à la circonvallation. Ils étaient depuis peu à l’ouvrage, lorsque les y auxiliaires assiégés dans la citadelle de Mende forcèrent le poste du bord de la mer et arrivèrent à Scione pendant la nuit. Ils se dérobèrent pour la plupart aux Athéniens campés sous les murs et s’introduisirent dans la place.

Pendant qu’on travaillait à l'investissement de

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Scione, Perdiccas conclut, par le ministère d'on héraut, un accord avec les généraux athéniens. Il avait entamé cette négociation, en haine de Brasidas, immédiatement après sa retraite du Lyncos. Le Lacédémoniea Ischagoras était sur le point d’amener par terre des renforts à Brasidas. Dés que l'accord avec Perdiccas fut conclu, Nicias pressa ce prince de donner aux Athéniens un gage de fidélité ; et, comme Perdiccas ne demandait pas mieux que de fermer aux Péloponésiens l’accès de ses Ëtats, il agit auprès de ses hôtes de Thessalie, qui étaient toujours les hommes les plus marquants. Par leur moyen, il arrêta la marche de l'armée et les préparatifs, si bien que les Péloponésiens n'essayèrent pas même de traverser la Thessalie. Cependant Ischagoras, Aminias et Aristéus se rendirent de leurs personnes auprès de Brasidas. Ils avaient mission des Lacédémoniens d'examiner l’état des affaires, et amenaient avec eux de jeunes Spartiates, auxquels, contrairement à l'usage, on devait confier le gouvernement des villes, afin qu’il ne fût plus entre les mains d'hommes sans aveu. Cléaridas, fils de Cléony-mos, fut établi gouverneur à Amphipolis, et Ëpitélidas[*](Le même est appelé Pasitélidas au liv. V, ch. in, où ce nom est répété trois fois. ), fils d'Hégésandros, à Torone.

Le même été , les Thébains démantelèrent la ville de Thespies, sous prétexte qu’elle inclinait vers le parti d’Athènes. De tout temps ils avaient eu ce dessein. L’occasion leur parut favorable, parce que la fleur de la jeunesse thes-pienne avait péri dans le combat livré aux Athéniens[*](La bataille de Délion, où les Thespiens avaient été particulièrement maltraités. Voyez ch. xcvi. ).

Ce fut aussi dans le même été que le temple de Junon à Argos fut incendié par l’imprudence de la prêtresse Chrysis, qui s’endormit après avoir placé près des guirlandes une lampe allumée. Le feu prit sans qu’on s’en aperçût, et le temple tout entier devint la proie des flammes. Chrysis, redoutant la colère des Argiens, se sauva cette nuit même à Phlionte. Les Ar-giens, conformément à la loi, établirent une autre prêtresse, nommée Phaïnis. Lorsque Chrysis prit la fuite, il y avait huit ans et demi que la guerre était commencée[*](On a vu liv. II, ch. n, que les Argiens comptaient les années civiles d’après la série des prêtresses de Junon, et que Chrysis, au commencement de la guerre, était en charge depuis quarante-huit ans. ).

Sur la fin de l’été, l’investissement de Scione fut achevé. Les Athéniens y laissèrent des troupes de siège, et le reste de leur armée se retira.

L’hiver suivant, les Athéniens et les Lacédémoniens se tinrent en repos par respect pour la trêve; mais les Mantinéens et les Tégéates, assistés de leurs alliés, se livrèrent un combat àLaodicion dans l'Oresthide [*](Territoire de la ville d’Oresthéion, fondée par Oresthéus, fils de Lycon. Elle était dans le district de Ménale en Arcadie. Voyez liv. V, ch. lxiv. ). La victoire fut indécise : des deux côtés, l'une des ailes eut l’avantage. Les deux partis dressèrent

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un trophée et envoyèrent des dépouilles à Delphes. Il est vrai que le nombre des morts fut grand de part et d’autre, que le succès fut balancé et que la nuit seule sépara les combattants ; néanmoins, les Tégéates bivaquèrent sur le champ de bataille et dressèrent un trophée dans le premier moment,tandis que les Mantinéens se retirèrent à Boucolion, et n’érigèrent le leur que plus tard.

L’hiver tirait à sa fin et Ton touchait au printemps, lorsque Brasidas fit une tentative sur Potidée. Il s’en approcha de nuit et parvint à appliquer une échelle sans être aperçu. Il avait profité du moment où la sentinelle allait remettre la clochette à son plus proche voisin, et n’avait pas encore regagné son poste[*](A certaines heures de la nuit, les sentinelles des remparts faisaient la ronde, en se transmettant de main en main une clochette qu’elles agitaient, afin de s’assurer qu’aucune d’elles n’était endormie. ). Mais il fut découvert, et se retira promptement sans tenter l’escalade ni même attendre qu’il fît jour.

Là-dessus l’hiver finit, et avec lui la neuvième année de la guerre que Thucydide a racontée.