History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Lorsqu’il les eut ainsi tranquillisés et que la trêve fut expirée, Brasidas attaqua Lécythos. Les Athéniens n avaient pour toute défense qu’un méchant rempart et des maisons crénelées ; cependant ils ne laissèrent pas de résister le premier jour. Le lendemain , l’ennemi s’approcha en poussant devant lui une machine destinée à mettre le feu aux retranchements de bois. Les Athéniens, qui s’attendaient à ce qu’elle serait appliquée au point le- plus faible, lui opposèrent une tour de bois, qu’ils élevèrent sur un édifice déjà existant. Ils y transportèrent de grosses pierres avec quantité d’amphores et de jarres pleines d’eau ; enfin beaucoup d’hommes y montèrent; mais tout à coup l’édifice surchargé s’tffondra à grand bruit. Ceux des Athéniens qui étaient proches en conçurent plus de chagrin que de crainte ; mais les autres et surtout les plus éloignés, s'imaginant la ville prise sur ce point, s’enfuirent du côté de la mer et des vaisseau!.

Brasidas, voyant les créneaux abandonnés, accourut avec ses troupes, s’empara aussitôt du rempart, et fit main basse sur tous ceux qu’il y trouva. Les Athéniens montèrent sur des barques et sur des vaisseaux, évacuèrent la place et se retirèrent dans la Pallène. Il y a dans Lécythos un temple de Minerve. Au moment de livrer l’assaut, Brasidas avait fait publier qu’il donnerait trente mines d’argent [*](Deux mille sept cents francs. La mine était une monnaie de compte valant cent drachmes, soit quatre-vingt-dix francs. ) au premier qui escaladerait le mur. Attribuant la prise du fort à une puissance surnaturelle, il déposa les trente mines dans le temple de la déesse ; après quoi il rasa complètement Lécythos et en consacra le territoire à la divinité. U employa le reste de la saison à organiser les villes qu’il avait prises et à former de nouveaux

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plans de conquête. Avec cet hiver se termina la huitième année de la guerre.

Dès le printemps de l’année suivante [*](Neuvième année de la guerre, 423 av. J.-C.), les Lacédémoniens et les Athéniens firent une trêve d’un an. Les Athéniens voulaient par là empêcher Brasidas d’exciter de nouveaux soulèvements dans les villes alliées, avant qu’eux-mêmes fussent en mesure de s'y opposer; ils pensaient qu’au besoin cette trêve pourrait être prolongée. Les Lacédémoniens pénétraient à merveille leurs appréhensions. Ils espéraient qu’après ce répit apporté aux souffrances de la guerre, les Athéniens seraient plus enclins à la terminer par une paix définitive et à leur rendre leurs prisonniers. Ils tenaient essentiellement à les recouvrer pendant que la fortune leur était encore favorable. Ils sentaient bien que, si Brasidas poussait plus loin ses avantages et rétablissait l'équilibre, leurs prisonniers seraient perdus et eux-mêmes contraints de courir les chances de la lutte. Ils conclurent donc, pour eux et pour leurs alliés, la trêve suivante[*](Cet instrument, qui est moins un traité qu'un protocole, est évidemment composé de parties hétérogènes, savoir: d’un avant-projet, comprenant les instructions données aux plénipotentiaires, et dont les différents articles sont insérés textuellement, à mesure qu’ils sont admis par les partis contractantes. Viennent ensuite quelques points additionnels, proposés par les Lacédémoniens d’accord avec leurs alliés; puis le décret d’acceptaiioniah ^.Athènes, puis enfin l’échange des ratifications. ).

« En ce qui concerne le temple et l’oracle d’Apollon Pythien, notre avis est que chacun puisse en user librement, sans dol ni crainte, conformément aux lois de nos pères. — C’est aussi l’avis des Lacédémoniens et de leurs alliés ici présents. Ils s’engagent à faire le.ur possible pour obtenir, par ministère de héraut, l’adhésion des Béotiens et des Phocéens.

« En ce qui concerne les trésors du dieu, nous ne négligerons rien pour en découvrir les spoliateurs, en toute droiture et justice, nous conformant aux lois de nos pères, vous et nous, de même que ceux qui le voudront, tous en conformité des lois de nos pères.

« Les Lacédémoniens et leurs alliés conviennent que, si les Athéniens concluent la trêve, les deux partis demeureront dans leurs limites respectives, les uns et les autres conservant ce qu’ils possèdent présentement. Ceux de Coryphasion[*](La garnison athénienne établie à. Pylos. Le but de cette clause et des suivantes est de faire cesser les courses et brigandages partant- de ces différents points. ) ne dépasseront pas une ligne de démarcation allant de Bouphras à Tomée[*](Localités inconnues, qui devaient être voisines de Pylos. ). Ceux de Cythère ne communiqueront pas avec nos alliés, ni réciproquement. Ceux de Niséa et de Minoa ne dépasseront pas la route qui va de la porte de Nisos[*](Porte de Mégère, située près du» tombeau ou sanctuaire de l’ancien roi Nisos. ) au temple de Neptune et du temple de Neptune directement au pont de Minoa, les Mégariens et leurs alliés ne dépassant pas non plus ladite route ; les Athéniens conservant l’île qu’ils ont prise[*](L’île de Minoa. Vbyerliv. ΙΠ, ch. li. ),

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sans qu’il y ait aucune communication entre eux de part ni d’autre, conservant aussi ce qu’ils possèdent présentement à Trézène[*](La presqu’île de Méthone. Voyez liv. IV, ch. xly. ), conformément à la convention intervenue avec les Athéniens.

« Chacun aura l’usage de la mer le long de son territoire et de celui de ses alliés, les Lacédémoniens et leurs alliés ne naviguant pas avec des vaisseaux longs, mais seulement avec des bâtiments à rames du port de cinq cents talents [*](Manière d’évaluer le tonnage des vaisseaux de charge. Le talent, poids attique, valant trois kil., et le. tonneau mille kil., les bâtiments indiqués ici ne seraient que de quinze tonneaéx, ce qui paraît bien faible. Peut-être s’agit-il d’une mesure maritime plus considérable, mais dont nous ne connaissons pas la valeur. ).

« Les hérauts, ambassadeurs et toutes personnes de leur suite , se rendant à Athènes ou dans le Péloponèse pour traiter de la paix ou pour régler des différends, iront et reviendront, par mer ou par terre, sous assurance de la foi publique.

« Il ne sera reçu pendant la durée de la trêve aucun transfuge, libre ou esclave, ni par vous ni par nous.

« On offrira et on acceptera, de notre part et de la vôtre, les sentences d’arbitres conformément aux lois de nos pères, les litiges étant vidés par voie légale et non par les armes.

« Tel est l’avis des Lacédémoniens etvde leurs alliés. Si vous en avez un meilleur ou plus équitable, venez à Lacédémone nous l’exposer. Aucune des propositions justes que vous pourrez faire ne sera écartée par les Lacédémoniens et leurs allies. Seulement, que ceux qui viendront viennent avec des pleins pouvoirs, comme vous voulez que nous fassions de notre côté.

« La trêve durera une année.

« Le peuple athénien, sous la prytanie de la tribu Acaman-thide, Phénippos étant secrétaire, Niciadès épistate[*](Président de l’assemblée du peuple dans laquelle ce décret avait été rendu. On l’appelait aussi le prytane, parce qu’il était désigné chaque jour par le sort dans la fraction du conseil des Cinq-Cents qui exerçait la prytanie ou présidence. ), sur la proposition de Lâchés, au nom de l’heureuse fortune des Athéniens, a décrété : t De faire un armistice aux conditions énoncées par les Lacédémoniens et leurs alliés. Il a été convenu dans rassemblée que cette trêve sera d’un an à dater de ce jour, quatorzième du mois Élaphébolion[*](Neuvième mois athénien, correspondant à la fin de* mars et au commencement d’avriL ). Que, durant cet intervalle, des députés et des hérauts se rendront chez l’ùn et chez l’autre peuple pour conférer des moyens de terminer la guerre. Que les généraux et les prytanes convoqueront l’assemblée pour consulter avant toute chose les Athéniens sur la question de la paix, lorsqu’il se présentera une ambassade pour la cessation des hostilités. Que l’ambassade actuellement présente s’engagera séance tenante, et par serment, à maintenir la trêve pour le terme d’un an.

« Cette convention faite avec les Athéniens et leurs alliés a été conclue et jurée par les Lacédémoniens et leurs

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alliés le douze du mois Gérastien, style de Lacédémone [*](Ce mois lacédémonien paraît correspondre à la date indiquée en style attique au ahapitre précédent. Gn. voit pareil- lement (liv. V, ch. xix) une double date ajoutée au traité de paix. — Ce chapitre cm est ordinairement considéré comme historique. Cependant l’indication de la date d’après le calendrier lacédémonien et la rédaction générale prouvent qu’il n’est pas l’œuvre de Thucydide, mais que, sauf la dernière phrase, c’est un appendice du traité. ). Ont contracté et fait les libations, pour les Lacédémoniens : Tauros fils d’Ëchétimidas, Athénées fils de Périclidas, Philocha-ridas fils d'Éryxidaïdas ; pour les Corinthiens : Énéas fils d’O-cytos, Euphamidas, fils d’Aristonymos ; pour les Sicyoniens : Damotimos fils de Naucratès, Onasimos fils deMégaclès; pour les Mégariens : Nicasos fils de Cécalos, Ménécratès fils d’Am-phidoros; pour les Ëpidauriens : Amphias fils d’Eupaïdas; pour les Athéniens : les généraux Nicostratos fils de Diitré-phès, Nicias fils de Nicératos, Autoclès fils de Tolméos. »

Tels furent les termes de cette suspension d’armes, durant laquelle il y eut des pourparlers en vue d’une paix définitive.

Dans le temps même qu’avait lieu l’échange des ratifications , Scione, ville située dans lia Pallène, se détacha des Athéniens pour se donner à Brasidas. Les Scionéens se prétendent originaires de Pellène dans le Péîoponèse [*](Une des douze villes de la confédération achéenne. Voyez liv. II, ch. ix, note 1. ). A les entendre, leurs ancêtres, à leur retour de Troie , furent assaillis par la tempête qui dispersa les Grecs , et jetés sur la côte où ils s’établirent. Après leur défection, Brasidas passa de nuit dans leur ville. Il était précédé par une trirème amie, et lui-même suivait à distance dans un bngantin. C’était afin que, s’il rencontrait un bâtiment plus grand que le sien, la trirème prît sa défènse ; et que, s’il se présentait un navire de force égale, il s’attaquât de préférence à la trirème en permettant au brigantin de s’échapper. Arrivé heureusement à Scione, il convoqua les habitants et leur adressa les mêmes discours qu’aux Acanthiens et aux Toronéens. Il ajouta qu’ils méritaient les plus grands éloges, eux qui, enfermés dans la Pallène par les Athéniens qui occupaient Potidée, et réduits pour ainsi dire à l'état d’insulaires, n’avaient pas laissé dé courir au-devant de la liberté, sans attendre timidement que la nécessité les poussât vers leur avantage manifeste; que c’était l’indice du courage avec lequel ils sauraient soutenir les épreuves les plus fortes, une fois leurs affaires réglées selon leurs vœux ; qu’il les regarderait comme les plus fidèles amis de Lacédémone, et qu’il ne manquerait aucune occasion de les honorer.

Les Scionéens s’exaltèrent à ce langage et ne songèrent plus qu’à supporter bravement la guerre. L'enthousiasme se communiqua même à ceux qui, dans le principe, avaient désapprouvé le mouvement. On fit à Brasidas la réception la plus brillante. La ville lui décerna une couronne d’or comme au libérateur de la Grèce. Les simples particuliers

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ni ceignaient le front de bandelettes et lui offraient des pré-aie es comme à un athlète vainqueur. Pour le moment, il ne eur laissa qu’une faible garnison et repartit ; mais bientôt il eur fît passer des forces plus considérables; car il avait l'intention de faire avec eux une tentative sur Mende et sttr Poti-lée. Il pensait bien que les Athéniens ne laisseraient pas à 'abandon un pays qu’ils regardaient comme une île, et il vouait prendre les devants, en profitant des intelligences qu’il ivait nouées dans ces villes.