History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Après cette protestation, Archidamos ût ses préparatifs d’attaque[*](On a souvent cité le siège de Platée comme un échantillon de la poliorcétique des Grecs. C’est une erreur. Les Lacédémoniens étaient très-ignorants dans la tactique obsidionale. Ce siège, loin de faire règle, ne·doit être considéré, vu.sa bizarrerie et sa petitesse, que comme un trait tout à fait exceptionnel, destiné à faire sourirç de pitié tous les tacticiens d’Athènes. L’auteur pamt avoir voulu, par cette description, faire la contre-partie du siège4e Syracuse, que les Athéniens conduisent selon les principes. ). Il commença par faire abattre les arbres et entourer la ville d’une palissade, afin de rendre impossibles les sorties. Ensuite il éleva contre la muraille une terrasse [*](L’attaque des villes par le moyen de terrasses ou de plates-formes élevées en plan incliné jusqu’au niveau des murs de la place assiégée, était une tactique ancienne, que nous voyons employée parles Perses pour prendre les villes grecques d’Asie Mineure (Hérodote, I, clui). Cette méthode était depuis longtemps abandonnée pour la circonvallation, dont l’effet était beaucoup plus sûr. ) ; et, vu le grand nombre des bras, il comptait que la place serait bientôt prise. Des troncs d’arbres, coupés sur le Cithéron, furent placés en long et en travers sur les deux flancs de cet ouvrage, en guise de murs, pour prévenir les éboulements. L’intervalle fut rempli de bois, de pierres,·de terre, enfin de tout ce qui pouvait servir à le combler. Ce travail dura soixante-dix jours et autant de nuits sans interruption. Les travailleurs se relayaient à tour de rôle, les uns dormant ou prenant leurs repas, tandis que les autres apportaient des matériaux. Les chefs lacédémoniens, qui commandaient les troupes de chaque ville, pressaient l’ouvrage.

Les Platéens, voyant cette terrasse s’élever, construisirent

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une muraille de bois sur leur rempart, à l’endroit où il était menacé. Ils la garnirent de briques enlevées aux maisons voisines ; les pièces de bois servaient de lien et empêchaient que la hauteur de cette construction n’en diminuât la solidité. Ils suspendirent des peaux et des cuirs sur la face extérieure delà charpente, pour mettre les travailleurs et l’ouvrage à l’abri des traits enflammés. Cette construction s’élevait à une hauteur considérable ; mais la terrasse avançait avec non moins de rapidité. Les Platéens s’avisèrent alors d’un stratagème : ils percèrent leur muraille du côté de cette terrasse et se mirent à soutirer le remblai.

Les Péloponésiens, qui s’étaient aperçus de cette manœuvre, emplirent d’argile des corbeilles de roseaux et les jetèrent dans les interstices, d’où elles étaient moins faciles à extraire. Privés de cette ressource, les assiégés creusèrent, à partir de la ville, une galerie souterraine, qu’ils dirigèrent par conjecture sous la terrasse, et ils recommencèrent à entraîner les matériaux. Les assiégeants furent longtemps à s’en aperce-voir^Ils avaient beau entasser remblai sur remblai, c’était peine perdue ; la terrasse, minée par-dessous, s’affaissait constamment.

Les PlatéenS, craignant de ne pouvoir, malgré cela, résister à des forces tellement disproportionnées, eurent recours à un autre système. Ils cessèrent de travailler à la grande construction opposée à la terrasse ; mais ils élevèrent un second mur, en forme de croissant, en retrait du côté de la ville, et à partir des deux points où se terminait l’exhaussement de la muraille d’enceinte. Us pensaient que, si le grand mur venait à être emporté, le nouveau arrêterait l’ennemi et le forcerait de construire une seconde terrasse et de n’avancer qu’en découvrant ses flancs.

Les Péloponésiens, tout en continuant leurs travaux, firent approcher des machines. Une d’elles, placée sur la terrasse, ébranla un pan de la vaste construction, au grand effroi des assiégés ; d’autres battaient divers points de la muraille. Mais les Platéens les saisissaient avec des nœuds coulants et les attl· raient à eux ; ou bien ils suspendaient par les deux bouts de grosses poutres à des chaînes de fer, qui glissaient sur deux mâtereaux inclinés en saillie sur le mur. Ils hissaient la poutre jusqu’à ce que ses extrémités touchassent les mâtereaux ; puis, lorsque la machine allait frapper, ils lâchaient les chaînes, $ la poutre, tombant avec violence, brisait la tête du bélier.

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Les Péloponésiens, voyant que leurs machines étaient inutiles et qu’un mur s’élevait vis-à-vis de leur terrasse, jugèrent ces difficultés insurmontables. Ils se disposèrent donc à investir Platée. Mais auparavant, comme la ville était petite, ils essayèrent de l’incendier à la faveur du vent. Ils se munirent donc de fagots, et les lancèrent du haut de la terrasse, d’abord dans l’intervalle qui la séparait de l’enceinte, et qui se trouva bientôt comblé grâce à la multitude des bras ; ensuite ils en entassèrent dans la ville même, aussi loin qu’ils purent atteindre de la hauteur où ils étaient placés. Par-dessus ils jetèrent du soufre et de la poix et y mirent le feu. Il en résulta une conflagration telle qu’il ne s’en était jamais vu, du moins produite de main d’homme ; car il arrive quelquefois, sur les montagnes, que les forêts battues par les vents prennent spontanément feu par le frottement et deviennent la proie des flammes. L’embrasement fut immense ; et peu s’en fallut que les Platéens, après avoir échappé aux autres périls, ne succombassent à celui-ci. Il y avait une grande partie de la ville d’où l’on ne pouvait approcher ; et, si le vent eût soufflé dans cette direction, comme l’ennemi s’y attendait, c’en était fait de Platée. On prétend aussi qu’en ce moment il survint une forte averse, accompagnée de tonnerres, qui éteignit l’incendie et mit fin au danger.

Après cette tentative avortée, les Péloponésiens licencièrent une partie de leur monde ; le reste fut employé à construire une circonvallation, dont chaque contingent eut à exécuter une étendue déterminée. En dedans et en dehors, ils creusèrent un fossé dont la terre servit à faire fies briques. Lorsque le travail fut achevé, vers le lever de Γ Arcturus[*](Le lever héliaque (επιτολή) de ΓArcturus a lieu peu de jours avant l’équinoxe d’automne ; ce qui correspond à la date du 17 au 20 septembre. ), ils laissèrent des troupes pour garder la moitié de cet ouvrage ; l’autre moitié fut occupée par les Béotiens. Le gros de l’armée se retira et chacun regagna ses foyers. Déjà précédemment, les Platéens avaient fait passer à Athènes leurs enfants, leurs femmes, les vieillards et les hommes les moins valides. Il ne restait pour soutenir le siège que quatre cents Platéens et quatre-vingts Athéniens, avec cent dix femmes pour faire le pain. Tel était, en tout, le nombre des défenseurs de Platée, lorsque le siège commença. Il n’y avait dans la ville personne de plus, ni esclave ni homme libre.

Le ipême été, pendant les préparatifs du siège de Platée, les Athéniens, avec deux mille hoplites et deux cents cavaliers, firent une expédition contre les Chalcidéens du littoral

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de la Thrace et contre les Bottiéens. Le blé était mûr alors. C$tte armée était commandée par Xénophon fils d'Euripidès et par deux autres généraux. Arrivés devant Spartolos,[*](Ville de la péninsule Chalcidi que, située dans l’intérieur des terres, à peu de distance d’Olynthe, du côté N. O. ) ville de la Bottique, ils firent quelques dégâts dans la campagne. Ils s'attendaient à voir la ville se rendre à eux par suite d’intelligences pratiquées dans l'intérieur ; mais le parti contraire s’était adressé à Olynthe, d’où l’on avait envoyé une garnison composée d’hoplites et d’autres soldats. Cette garnison fit une sortie, et le combat s'engagea sous les -murs de Spartolos. Les hoplites chalcidéens et un certain nombre de leurs auxiliaires furent vaincus par les Athéniens et rejetés dans la place ; mais la cavalerie et les troupes légères des Chakidéens vainquirent les Athéniens des mêmes armes. Les Chalcidéens avaient avec eux des peltastes venus du pays de Crusis [*](District de la Chalcidique, longeant le golfe Thermaïque, au N. O. de Potidée. C’est le même pays qu’Hérodojte appelle Crosséa. ).

Le combat venait de finir, lorsqu’un renfort de peltastes arriva d’Olynthe. A cet aspect, les troupes légères de Spartolos, déjà fières de n’avoir pas été vaincues, s’animèrent d’un nouveau courage et chargèrent une seconde fois les Athéniens avec les cavaliers chalcidéens et le repfort survenu. Les Athéniens se replièrent sur les deux corps qu’ils avaient laissés à la garde des bagages. Quand les Athéniens faisaient un mouvement offensif, l’ennemi lâchait pied; venaient-ils à battre en retraite, il les pressait et les criblait de javelots. De son côté, la cavalerie châlcidéenné chargeait quand elle en trouvait l’occasion. Elle répandit l’effroi parmi les Athéniens, les mit en fuite et les poursuivit au loin. Les Athéniens se réfugièrent à Potidée ; et, après avoir relevé leurs morts par composition, ils repartirent pour Athènes avec le reste de leur armée. Ils avaient perdu dans cette action quatre cent trente hommes et tous leurs généraux. Les Chalcidéens et les Bottiéens érigèrent un trophée, recueillirent leurs morts, et se dispersèrent dans leurs villes.

Le même été, peu après ces événements, les Ambraciotes et les Chaoniens, désirant soumettre toute l’Acarnanie et la détacher d’Athènes, obtinrent des Lacédémoniens l’armement de cent vaisseaux alliés et l’envoi de mille hoplites en Acarnanie. Ils assuraient qu’en attaquant ce pays par mer et par terre, on empêcherait les Acarnaniens de la côte de se réunir à ceux de l’intérieur ; qu’une fois en possession de ΓΔ-carnanie, on s’emparerait aisément de Zacynthe et de Céphallé-nie, ce qui enlèverait aux Athéniens la facilité de faire le tour du Péloponèse ; qu’enfin il se pourrait qu’on prît Naupacte ellemême.

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Les Lacédémoniens persuadés envoyèrent aussitôt leurs hoplites et quelques bâtiments sous la conduite de Cnémosy encore navarque à cette époque [*](Il exerçait déjà la même fonction l’année précédente (ch. lxvi). Il devait donc avoir été prorogé dans le commandement. D’après la règle, la charge de navarque ou d’amiral des Lacédémoniens était annuelle (Thucydide, VIII, xx; Xénophon, IfeiL, I, vi). ). Leurs alliés eurent ordre de diriger au plus tôt sur Leucade leurs vaisseaux en état de tenir la mer. Les Corinthiens appuyaient chaudement les Ambraciotes leurs colons. Les vaisseaux de Corinthe, de Sicyone et des villes voisines étaient en armement ; ceux de Leucade, d’A-nactorion et d’Ambracie, arrivés les premiers au rendez-vous, les y attendaient. Cnémos, avec ses mille hoplites, trompa, dans sa traversée, la surveillance de Phormion, en croisière à Naupacte avec vingt vaisseaux athéniens, et prépara sans délai son expédition de terre.

Son armée se composait de Grecs et de barbares. Les premiers étaient des Ambraciotes, des Leucadiens, des Anactoriens et les mille Péloponésiens qu’il avait amenés. Quant aux barbares, c’étaient d’abord mille Chaoniens indépendants [*](Qui n’ônt point de rois. Les Chaonrens, les Thesprotes et les Molosses étaient les trois grandes tribus de l’Épire. Les Atintanes, les Paravéens et les Orestes étaient des peuplades situées au N. de l’Athamanie, entre l’Épire et la Macédoine. ), commandés par leurs chefs annuels, Photios et Nicanor, de la famille dominante. Avec les Chaoniens marchaient des Thes-protes également indépendants. Venaient ensuite des Molosses et des Atintanes, commandés par Sabylinthios, tuteur de leur roi Tharypas encore enfant, des Paravéens, conduits par leur roi Orœdos, auquel Antiochos, roi des Orestes, avait confié mille hommes de cette nation. Perdiccas avait aussi envoyé, à l’insu des Athéniens, mille Macédoniens ; mais ceux-ci arrivèrent trop tard.

Ce fut avec cette armée que Cnémos se mit en marche, sans attendre la flotte de Corinthe. Il traversa le pays des Argiens [*](Territoire d’Argos Amphilochicon. L’expédition, partie du golfe Ambracique, traversa l’Arcamanie du N. au S. La ville de Stratos était située sur l’Achéloos, à dix lieues au-dessus de son embouchure, à l’endroit où ce fleuve est guéable, parce qu’il se divise en plusieurs bras. ), pilla Limnéa, village sans défense, et se porta contre Stratos, principale ville de l’Acarnanie, dans la pensée que, s’il parvenait à s’en rendre maître, le reste du pays se soumettrait sans difficulté.

Les Acamaniens, informés qu’une armée nombreuse avait envahi leur territoire et que, du côté de la mer, une flotte ennemie les menaçait, ne réunirent point leurs forces ; chacun d'eux ne songea qu’à défendre ses foyers. Ils firent demander du secours à Phormion ; mais celui-ci répondit que, s’attendant d’un jour à l’autre à voir une flotte ennemie sortir de Corinthe, il ne pouvait pas laisser Naupacte à l’abandon.

Les Péloponésiens et leurs alliés se divisèrent en trois corps et s’avancèrent contre Stratos, avec l’intention de camper dans le voisinage de cette ville et de l’assaillir, à moins qu’elle n’entrât en accommodement. L’armée marchait sur trois colonnes

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formées, celle du centre, par les Chaoniens et par les autres barbares ; celle de droite, par les Leucadiens, les Anactoriens et leurs voisins ; celle de gauche, où était Cnémos, par les Pélopo-nésiens et par les Ambraciotes. Ces trois corps cheminaient à une assez grande distance l’un de l’autre ; quelquefois même ils se perdaient de vue. Les Grecs marchaient en bon ordre, toujours sur leurs gardes, et ne faisant halte qu’après avoir trouvé un campement convenable.^ Les Chaoniens au contraire, pleins de confiance en eux-mêmes et renommés pour leur bravoure dans cette partie du continent, n’avaient pas la patience d’établir un càmp ; mais, s’avançant comme un tourbillon avec les autres barbares, ils s’imaginaient emporter d’emblée la ville et en avoir tout l’honneur.

Les Stratiens, avertis de leur approche, pensèrent que, s’ils pouvaient les battre isolément, les Grecs se ralentiraient dans leur attaque. Ils dressèrent donc des embuscades autour de la ville ; et, lorsque les ennemis furent à portée, ils fondirent sur eux à la fois et de la place et des embuscades. Les Chaoniens épouvantés périrent en grand nombre. Les autres barbares, les voyant plier, lâchèrent pied et prirent la fuite. Les Grecs des deux corps d’armée ne s’aperçurent point de ce combat ; ils étaient fort éloignés et présumaient que les barbares avaient pris les devants pour choisir un campement. Lorsque les fuyards vinrent tomber au milieu d’eux, ils les recueillirent, ne formèrent qu’un seul camp, et se tinrent en repos le reste du jour. Les Stratiens, en l’absence du renfort qu’ils attendaient, ne les attaquèrent point en ligne ; ils se contentèrent de les harceler de loin à coups de fronde, ce qui les mit dans un grand embarras ; car on ne pouvait faire un pas sahs bouclier. Les Acarnaniens excellent dans ce genre de combat.