History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Vers la même époque, les Athéniens envoyèrent sur les côtes de Locride trente vaisseaux destinés à protéger l’Eu-bée. Leur chef était Cléopompos fils de Clinias. Il opéra des descentes, ravagea divers points du littoral, s’empara de Thro-nion où il prit des otages, et défit à Alopé un corps de Locriens qui essaya de lui résister.

Dans ce même été, les Athéniens expulsèrent les habitants d’Égine, hommes, femmes et enfants. Ils les accusaient d'avoir été une des principales causes de la guerre ; d’ailleurs, Ëgine avoisinant le Péloponèse, il leur semblait prudent d’occuper eux-mêmes cette île. Ils y envoyèrent donc, quelque temps après, une colonie athénienne[*](C’est probablement alors que de la dîme prélevée pour légitimer cette spoliation, les Athéniens firent construire le fameux temple d’Égine, dont les ruines subsistent encore, et dont les statues frontonales se voient à Munich. Ce temple était consacré à Minerve, comme le prouvent les deux grandes figures de cette déesse, au centre des deux frontons. Les groupes représentent des sujets athéniens; l’architecture est de l’ancien style attique; enfin la situation du temple, élevé loin de la ville et en face d’Athènes, est une preuve qu’il ne fut pas l’œuvre des Êginètes indépendants. Le PanheUénion d’Éaque, avec lequel cet édifice a été souvent confondu, était sur le cime du mont Panhellénien (Saint-Élie), la plus haute sommité de l’ile, et où se trouve encore aujourd’hui la clôture d’un terrain consacré. ). AuxËginètes expulsés les Lacédémoniens cédèrent la ville et le territoire de Thyréa, en haine des Athéniens, comme aussi en reconnaissance des services que les Ëginètes avaient rendus à Lacédémone lors du tremblement de terre et du soulèvement des Ilotes [*](Voyez liv. I, ch. ci, et liv. IV, ch. lvi. ). La Thy-réatide est située sur les confins de l’Argolide et de la Laconie ; elle s’étend jusqu’à la mer. Un certain nombre d’Êginètes s’établirent en ce lieu ; les autres se dispersèrent dans toute la Grèce.

Le même été, à l’époque de la pleine lune, seul moment où ce phénomène paraisse possible, le soleil s’éclipsa après midi et remplit de nouveau son disque, après avoir pris la forme d'un croissant et laissé percer quelques étoiles[*](C’est l’éclipse que les tables de Pingré placent le· 3 août 431 av. J. C. ).

Ce fut encore dans ce même été que les Athéniens

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nommèrent proxène [*](Les proxènes ou hôtes publics, qu’on a quelquefois assimilés à nos consuls de commerce, étaient des agents que les différents États grecs désignaient dans les villes étrangères avec lesquelles ils entretenaient des relations. Les fonctions des proxènes consistaient essentiellement à recevoir et à héberger les ambassadeurs de l'État dont ils exerçaient la proxénie, et à les introduire dans les assemblées publiques de la ville où ils résidaient; ce qui suppose qu’ils étaient citoyens de cette dernière. La proxénie était ordinairement héréditaire. Ainsi: la famille d’Alcibiade exerça longtemps à Athènes la proxénie des Lacédémoniens. Voy. VI, lxxxix. ) et appelèrent chez eux l’Abdéritain Nym-phodoros fils de Pythès, dont Sitalcès avait épousé la sœur, et qui jouissait d'un grand crédit auprès de ce monarque. Ils l’avaient jusque-là regardé comme leur ennemi; mais ils cédèrent au désir de gagner l’amitié de Sitalcès, fils de Térès et roi des Thraces. Ce Térès, père de Sitalcès, fut le fondateur de l’empire des Odryses, dont il étendit la domination sur la majeure partie de la Thrace, quoiqu’un grand nombre de Thraces soient encore indépendants. Ce même Térès n’a rien de commun avec Téréus, mari de Procné, fille de Pandion roi d’Athènes. Ils n’étaient point de la même Thrace. Téréus habitait à Daulis, dans le pays aujourd’hui appelé Phocide et peuplé jadis par des Thraces. C’est là que les femmes commirent leur attentat contre Itys [*](Itys, fils de Téréus et de Procné, fut tué par sa mère, qui fit cuire son corps et le donna à manger à Téréus, pour se venger de l’infidélité de celui-ci. ) ; d’oii vient que plusieurs poètes, en parlant du rossignol, l’ont nommé l’oiseau de Daulis [*](Nous n’avons à ce sujet aucune citation d’auteur grec; mais cette location se trouve dans Ovide (Uéroïdes, XV, 144, ad Liv. 106) et dans Catulle (lxv, 14), qui l’avaient sans doute empruntée aux Grecs. ). D’ailleurs il est vraisemblable que Pandion chercha un gendre qui, voisin de lui, pût donner ou recevoir promptement du secours, et ne s'adressa pas aux Odryses, séparés par bien des journées de chemin. Térès, dont le nom même diffère de Téréus, fut le premier roi puissant des Odryses. C’est avec son fils Sitalcès que les Athéniens firent alliance, afin qu’il les aidât à réduire Perdiccas et les villes du littoral de la Thrace. Nymphodoros vint à Athènes, traita pour Sitalcès et obtint le droit de cité en faveur de Sadocos, fils de ce prince. Il promit de faire cesser la guerre de Thrace et d'engager Sitalcès à envoyer aux Athéniens des cavaliers et des peltastes de ce pays. Il réconcilia aussi Perdiccas avec les Athéniens en les décidant à lui rendre Thermé. A l’instant Perdiccas marcha contre les Chalcidéens, de concert avec les Athéniens et avec Phormion. C’est ainsi que Sitalcès, fils de Térès et roi des Thraces, devint l'allié des Athéniens, de même que Perdiccas, fils d’Alexandre et roi de Macédoine.

Cependant les Athéniens, avec leurs cent vaisseaux, croisaient autour du Péloponèse. Ils s’emparèrent de Sollion[*](Sollion ou Solion (Strabon, X, p. 459), place maritime de l’Acarnanie, située à l’opposite de Leucade, et colonie de Corinthe· ), place qui appartenait aux Corinthiens, et la donnèrent avec son territoire aux Paléréens, à l'exclusion des autres Acarnaniens Ils prirent aussi d’assaut Astacos, en chassèrent le tyran Évar chos et firent entrer cette ville dans leur alliance. De là ils cin glèrent vers Céphallénie, qu’ils réduisirent sans combat. Cette Ile est située dans le voisinage de l’Acarnanie et de Leucade ; elle renferme quatre villes, qui sont celles des Paléens, des Crâniens, des Saméens et des Pronnéens. Bientôt après la flotte reprit la route d’Athènes.

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L’automne finissait, lorsque les Athéniens en corps de nation, citoyens et métèques, envahirent la Mégaride sous la conduite de Périclès fils de Xanthippos. Les cent vaisseaux qui avaient fait le tour du Péloponèse se trouvaient alors à Égine. Dès qu'on apprit sur cette flotte que ceux de la ville étaient en masse à Mégare, on fit voile pour les rejoindre. Jamais armée athénienne n’avait présenté un si magnifique coup d’œil. La ville était alors dans tout son éclat et n’avait pas encore souffert de la peste. Les Athéniens à eux seuls ne comptaient pas moins de dix mille hoplites, non compris les trois mille qui assiégeaient Potidée. Les métèques faisant le service d'hoplites étaient près de trois milles à quoi il faut ajouter la troupe, fort considérable, des soldats armés à la légère, Après qu’on eut dévasté une bonne partie de la Mégande, on se retira. Dans la suite et durant tout le cours de cette guerre, les Athéniens renouvelèrent chaque année ces incursions en Mégaride avec leurs cavaliers ou avec toutes leurs forces, jusqu’au moment oùNiséa tomba en leur pouvoir (a).

A la fin du même été, les Athéniens construisirent un fort à Atalante, île voisine des Locriens-Opontiens et auparavant déserte. Ils voulaient protéger l’Eubée contre les pirates d’Oponte et du reste de la Locride. Tels furent les événements qui se passèrent dans l’été, depuis l’évacuation de l’Attique par les Péloponésiens.