History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les Athéniens et Phormion, partis de l’Acarnanie et arrivés à Naupacte, retournèrent à Athènes au commencement du printemps. Ils conduisaient, indépendamment des vaisseaux qu’ils avaient pris, tous les combattants de condition libre, faits prisonniers dans les batailles navales. Ceux-ci furent échangés homme pour homme.

Là-dessus se termina cet hiver, ainsi que la troisième année de la guerre que Thucydide a racontée.

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[*](Quatrième année de la guerre. Troisième invasion de l’Attique par les Péloponésiens, ch. i.Lesbos, excepté Méthymne, se révolte contre les Athéniens, ch. n-vi.Expéditions maritimes des Athéniens contrç le Péloponèse, Œniades et Leucade, ch. vii.Les Péloponésiens reçoivent les Lesbiens dans leur alliance; discours des députés de Lesbos, ch. vm-xv.Envoi d’une flotte athénienne contre le Péjoponèse, ch. xvi.Forces maritimes déployées par les Athéniens, ch. xvii.Les Athéniens commencent le siège de Mytilène, ch. xvm.Dans l’hiver, les Athéniens s’imposent une première contribution de guerre et envoient Lysiclès lever le tribut chez les alliés, ch. xix.Évasion d’une partie des Platéens assiégés, ch. xx-xxiv.Envoi du Lacédémonien Saléthos à Mytilène, ch. xxv.Cinquième année de la guerre. Quatrième invasion de l’Attique par les Péloponésiens, ch. xxvi.Reddition de Mytilène, ch. xxvii-xxvui.Une flotte péloponésienne fait une apparition en Ionie, ch. xxix xxxii.Pachès lui donne la ohasse, ch. xxxni-xxxiv. Il envoie à Athènes mille Mytiléniens prisonniers, ch. xxxv.Les Athéniens condamnent à mort tous les Mytiléniens; nouvelle assemblée à ce sujet, ch. xxxvi.Discours de Cléon, ch. xxxvu-xl. Discours de Diodotos, ch. xli-xlviii.Les Athéniens se contentent de punir les coupables et de confisquer les terres de Lesbos, ch. xLix-L.Nicias s’empare de Minoa, ch. li.Reddition de Platée, ch. lu.Discours des Platéens, ch. liii-lix.Réplique des Thébains, ch. lx-lxvii.Les Platéens sont mis à mort et leur ville rasée, ch. lxviii.Sédition de Corcyre, ch. lxix-lxxii.Digression sur les troubles de la Grèce, ch. lxxxii-lxxxv.Envoi d’une flotte athénienne en Sioile, ch. lxxxvi.Dans l’hiver, recrudescence de la peste à Athènes, ch. lxxxVii.Expéditions des Athéniens en Sicile et des Rhégiens contre les îles d’Éole, ch. lxxxviii. Sixième année de la guerre. Tremblements de terre et inondations sur divers points de la Grèce, ch. lxxxix.Les Athéniens s’emparent de Messine, ch. xc.Expédition maritime contre le Péloponèse et contre Mélos, ch. xci.Fondation d’Héraclée-Tra-chinienne, ch. xcn-xcm.Expédition malheureuse de Démosthène en Étolie, ch. xciv-xcvm.Expédition des Athéniens contre Locres, ch. xdix.Tentative infructueuse des Lacédémoniens et des Êto-liens contre Naupacte, ch. c-cn.Dans l’hiver, combats en Sicile. ch. cm.Purification de Délos, ch. civ.Guerre des Acamaniens et des Ambraciotes, ch. cv-cxiv.Affaires de Sicile, ch. cxy. Éruption de l’Etna, ch. cxvi.)

L'été suivant [*](Quatrième année de la guerre, an 428 av. J.-C.), à l'époque de la maturité des blés, les Péloponésiens et leurs alliés, sous la conduite d’Archidamos, fils de Zeuxidamos et roi des Lacédémoniens, firent une expédition en Attique. Ils y campèrent et ravagèrent le pays. La cavalerie athénienne saisissait, comme d’ordinaire, toutes les occasions d'attaquer les emnemis. Elle empêchait leurs troupes légères de s’écarter du camp, et d'infester les environs de la ville. Les Péloponésiens restèrent en Attique aussi longtemps qu’ils eurent des vivres ; ensuite ils repartirent, et chacun regagna ses foyers.

L’invasion des Péloponésiens était à peine terminée, lorsque Lesbos, à l’exception de Méthymne, se souleva contre les Athéniens[*](On voit par ce qui suit cfue cette défection fut i’ou-vrage du parti aristocratique. ). Ce projet, déjà conçu avant la guerre, mais repoussé alors par les Lacédémoniens, dut se réaliser plus tôt que les Lesbiens n'auraient voulu. Leur intention, était, avant tout, d’obstruer l’entrée de leurs ports, d’élever des murailles, de construire des vaisseaux, enfin d’attendre l’arrivée de tout ce qui devait leur venir du Pont-Euxin, savoir des archers, des vivres et d’autres objets qu’ils avaient demandés. Mais l'entreprise fut dénoncée par les Ténédiens, leurs ennemis, par les Méthymniens et même par quelques citoyens de Mytilène, hommes de parti et proxènes des Athéniens. Ils firent savoir à Athènes qu’on forçait tous les habitants de Lesbos à se concentrer dans Mytilène, qu’on activait la défection, de concert avec les Lacédémoniens et les Béotiens, unis aux Lesbiens par l’identité de race [*](Ces deux peuples étaient de race éolienne. Lesbos considérait la Béotie comme sa métropole, parce que c’était de ce pays qu’était parti Penthilos fils d’Oreste, conducteuy de la colonie éolienne dont Lesbos fut le centre. Voyez Hérodote, liv. VII, ch. clxxvi. ) ; enfin que, si l’on n’y mettait ordre, Lesbos serait perdue sans retour.

Les Athéniens, écrasés par la peste et par la guerre, qui. naissante encore, était déjà dans toute sa force, regardaient comme une affaire grave d’avoir de plus sur les bras Lesbos, qui pôssédait une marine et une puissance encore intacte. D’abord ils refusèrent d’ajouter foi à ces accusations, par la seule raison qu’ils eussent voulu les trouver fausses. Mais une ambassade qu’ils envoyèrent aux Mytiléniens n’ayant pas obtenu iju’ils cessassent leurs préparatifs et la concentration des Lesbiens à Mytilène, ils conçurent des craintes et se décidèrent à

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prendre les devants. Une flotte de quarante voiles était prête à cingler contre le Péîoponèse, sous le commandement de Cléip-pidès fils de Dinias et de deux autres généraux. Elle eut ordre de se rendre immédiatement à Lesbos. On savait que les Myti-léniens en corps de nation devaient célébrer, hors de leur ville, une fête en l’honneur d’Apollon Maléen [*](Ainsi appelé parce que le temple de ce dieu était situé près du promontoire Maléa, pointe méridionale de l’île de Lesbos. ), et l’on pensait qu’avec un peu de promptitude il serait possible de les surprendre. Si ce projet réussissait, rien de mieux ; dans le cas contraire, on ordonnerait aux Mytiléniens de livrer leurs vaisseaux et de raser leurs murailles ; s’ils refusaient, on leur ferait la guerre. La flotte partit. Il se trouvait alors à Athènes dix trirèmes my-tiléniennes, venues comme auxiliaires en vertu de l'alliance. Les Athéniens les saisirent et mirent leurs équipages en état d’arrestation. Heureusement pour les Mytiléniens, un homme passa d’Athènes en Eubée, se rendit par terre à Gérestos [*](Port situé près du promontoire du même nom, à l’extrémité méridionale de l’Eubée, où était un temple de Neptune. ), y trouva un vaisseau marchand qui mettait à la voile, et, favorisé par le vent, parvint en trois jours d’Athènes à Mytilène [*](La distance entre ces deux villes est de cent quatre-vingt-douze milles nautiques de soixante au degré. ). Il annonça aux Mytiléniens l’attaque dont ils étaient menacés. En conséquence, ils s’abstinrent de sortir pour la fête, et prirent des mesures défensives en barricadant les travaux ébauchés des murs et des ports.

Les Athéniens arrivèrent peu de temps après. Leurs généraux, voyant l’état des choses, notifièrent aux Mytiléniens les ordres dont ils étaient porteurs; et, sur leur refus d’obéir, ils se disposèrent à la guerre. Ainsi pris au dépourvu et brusquement forcés de combattre , les Mytiléniens s'avancèrent sur leurs vaisseaux à quelque distance du port, dans le dessein d’engager la bataille ; mais ils furent mis en fuite par les Athéniens. Ils entrèrent donc en pourparlers avec les généraux pour obtenir, s’il se pouvait, à des conditions acceptables, l’éloignement de la flotte. Les généraux athéniens y consentirent, ne se croyant pas en mesure de faire la guerre à toute l’île de Lesbos. Un armistice fut conclu. Des députés mytiléniens, parmi lesquels se trouvait un des dénonciateurs que le repentir avait saisi, se rendirent à Athènes pour solliciter le rappel de la flotte, en s’engageant à rentrer dans le devoir. Mais, comme on se défiait du succès de cette démarche, on fitpartir en même temps pour Lacédémone une trirème portant d’autres députés. Ceux-ci échappèrent à la flotte athénienne qui mouillait à Maléa au nord de la ville[*](Il est évident qu’il n’est pas ici question du promontoire Maléa, pointe méridionale de l’ile de Lesbos. Si la leçon est exacte, il faut admettre qu’il y avait un autre endroit du même nom. situé au N. de Mytilène. Ce serait le seul passage où un tel endroit aurait été mentionné. Voyez ch. vi. ) ; et, après une traversée des plus pénibles, ils arrivèrent à Sparte, où ils réclamèrent des secours.

Les députés envoyés à Athènes revinrent sans avoir rien

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obtenu. Alors les Mytiléniens prirent les armes, de concert avec le reste de nie, excepté la ville de Méthymne. Celle-ci avait fourni des renforts aux Athéniens, de même qu’Imbros, Lemnos et un certain nombre d’autres alliés[*](Les deux îles d’Imbros et de Lemnos avaient été colonisées par les Athéniens cinq cents ans av. J. C. Leurs habitants étaient considérés comme citoyens d’Athènes. Voyez liv. VII, ch. lvd. ). Les Mytiléniens firent une sortie générale contre le camp des Athéniens, et engagèrent une action où ils n’eurent pas le désavantage. Ils n’osèrent cependant pas bivaquer sur le champ de bataille[*](Manière ordinaire de constater la victoire, en obligeant l’ennemi à demander une trêve pour enlever ses morts, et par là à s’avouer vaincu. Comparez liv. IV, ch. cxxxiv. ); mais ils rentrèrent dans leurs murs et ajournèrent toute espèce de mouvement offensif jusqu’à l’arrivée des secours qu’ils attendaient du Pélo-ponèse. Méléas de Lacédémone et Herméondas de Thèbes venaient d’aborder à Lesbos. Envoyés avant la défection, ils n’avaient pu devancer la flotte athénienne ; mais ils avaient réussi à pénétrer dans le port sur une trirème après le combat. Ils conseillèrent d’envoyer des députés sur une seconde trirème; ce qui fut fait.

Cependant les Athéniens, encouragés par l’inaction de l’ennemi, appelèrent à eux leurs alliés. Ceux-ci vinrent avec d’autant plus d’empressement qu’ils n’entrevoyaient pour Lesbos aucune chance favorable. Les Athéniens mouillèrent au sud de Mytilène, établirent des deux côtés de la ville un camp retranché et bloquèrent les ports [*](L’ancienne ville de Mytilène était dans une petite île, séparée de la grande île de Lesbos par un canal maintenant comblé. Cette petite île formait deux baies, l’une au S. et hors de la ville, l’autre au N., plus vaste et servant particulièrement de port. Cette dernière était protégée par un môle, qui existe encore aujourd’hui en grande partie. Ce sont là les deux ports de Mytilène. ). La mer se trouva ainsi fermée aux Mytiléniens ; en revanche ils demeurèrent maîtres de la terre (avec les autres Lesbiens qui étaient déjà venus à leur secours), hormis le rayon des camps athéniens. Maléaservait aux assiégeants d’ancrage et de marché [*](Ici encore il n’est pas possible de songer au promontoire Malée, situé à 70 stades de Mytilène, et par conséquent beaucoup trop éloigné pour un marché. Nouvelle raison pour admettre l’existence d’un second lieu du même nom et plus rapproché de la ville. Peut-être était-ce la dénomination du port septentrional. ). Telles furent les premières opérations du siège de Mytilène.