History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les signaux arborés de part et d’autre[*](Au commencement d’une action navale, l’usage était d’arborer pour signal un drapeau sur la rive voisine, où il restait déployé tant que durait le combat. La même chose avait lieu sur fbrre, quand l’action se passait sous les murs d’une ville. Voyez liv. I, ch. Lxm. ), on se joignit et l’action s’engagea. Des deiix côtés les tillacs étaient couverts d’hoplites, d’archers et de gens de trait, mais rangés suivant l'ancienne tactique et d’une manière défectueuse. On se battait avec acharnement, mais sans art; on eût dit que l’action se passait sur terre. Une fois aux prises, le nombre et l’entassement des vaisseaux ne permettaient pas de se dégager aisément. Toute l’espérance de la victoire résidait dans les hoplites qui garnissaient les ponts, d’où ils combattaient de pied ferme, tandis que les bâtiments restaient immobiles. On ne cherchait

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point à forcer la ligne ennemie[*](Manœuvre favorite des Athéniens. Elle consistait à percer la ligne de bataille, en endommageant les flancs des vaisseaux ennemis, puis à virer de bord pour les attaquer par derrière, en semant le désordre parmi eux. ); mais on apportait au combat plus de courage et de vigueur que d’habileté ; en un mot, ce n'était partout que tumulte et confusion.

Dans ce désordre, les vaisseaux d’Athènes voyaient-ils les Corcyréens pressés, ils accouraient pour intimider les ennemis; mais leurs généraux évitaient de prendre l'offensive, n’osant pas enfreindre leurs instructions. L’aile droite des Corinthiens fut très-maltraitée. Les Corcyréens, avec vingt-trois vaisseaux, la mirent en fuite, la dispersèrent et la poussèrent à la côte; puis, s’avançant jusqu’au camp, ils débarquèrent, brûlèrent les tentes désertes et pillèrent la caisse. Sur ce point, les Corinthiens et leurs alliés étaient donc vaincus et les Corcyréens vainqueurs; mais il en était tout autrement à la gauche, qu'occupaient les Corinthiens eux-mêmes, et où ils avaient un avantage décidé; car les Corcyréens, déjà inférieurs en nombre, étaient encore affaiblis par l’éloignement de leurs vingt vaisseaux détachés à la poursuite des ennemis. Les Athéniens, voyant leurs alliés ébranlés, les secoururent avec moins d’hésitation. Jusque-là ils s’étaient tenus sur la réserve; mais, quand la déroute fut décidée et que les Corinthiens s’acharnèrent sur leurs ennemis, chacun prit part à l’action; tout fut confondu; alors Corinthiens et Athéniens se virent forcés d’en venir aux mains ensemble.

Après la défaite, les Corinthiens ne s’arrêtèrent pas à remorquer les coques des bâtiments coulés; ils ne s’occupèrent que des hommes, et ce fut pour les massacrer bien plus que pour les faire prisonniers. Ignorant la défaite de leur aile droite, ils allaient tuant indistinctement amis et ennemis; comme les deux flottes étaient très-nombreuses et qu’elles couvraient une vaste étendue de mer, il n’était pas facile dans la mêlée de discerner les vainqueurs et les vaincus. Ce fut, pour le nombre des vaisseaux, le combat naval le plus considérable que les Grecs se fussent encore livré entre eux.

Les Corinthiens, après avoir poursuivi les Corcyréens jusqu’à terre, se mirent à rassembler les débris des navires et leurs propres morts. Ils en recueillirent la majeure partie et les amenèrent aux Sybota, port désert de la Thesprotide, où étaient postés les Barbares auxiliaires [*](On peut s’étonner que ce corps auxiliaire n’eût pas été placé par les Corinthiens à la garde de leur camp, pour l’empêcher d’être pillé. Dans l’attente d’une bataille navale, on cherchait à s’assurer de la côte la plus proche, afin de protéger les vaisseaux échoués ou de recueillir les hommes échftppés au naufrage. Comme la flotte corinthienne avait un long trajet à faire pour rejoindre celle des Cor-cyréens, les Barbares avaient dû suivre parallèlement le rivage et se trouvaient par conséquent assez éloignés du campement de la nuit. ). Cela fait, ils se rallièrent et cinglèrent de nouveau contre les Corcyréens. Ceux-ci, craignant une descente sur leur territoire, réunirent ce qui leur restait de bâtiments en état de service, y joignirent ceux qui n’avaient pas combattu, et, accompagnés des vaisseaux athéni

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ens, ils se portèrent à la rencontre de la flotte ennemie. Il était déjà tard et Ton avait chanté le péan [*](U s’agit ici du péan de guerre, hymne martial que les armées grecques chantaient avant le combat et après la victoire. Cette espèce de Marseillaise grecque était l'œuvre de Tynnichos de Chalcis, lequel, ainsi que Rougé Delisle, n’avait fait aucun autre poëme. Ce péan ne s’est pas conservé. Il y en avait un autre qu’on chantait pour invoquer Apollon dans les épidémies. Homère (Π., I, 473) parle de cette dernière espèce de péan, mais jamais de l’autre. Le péan attribué à Aristote et cité par Athénée est de la seconde espèce. ) comme signal d’attaque, lorsque soudain les Corinthiens se mirent à reculer, en voyant s’approcher vingt vaisseaux d’Athènes. C’était un renfort que les Athéniens avaient envoyé après le départ de leur première escadre; ils avaient craint, non sans raison, que les Cor-cyréens ne fussent vaincus, et que leurs dix vaisseaux ne fussent pas suffisants pour les défendre.