History of the Peloponnesian War
Thucydides
Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.
Les Corinthiens n’écoutèrent aucune de ces propositions; mais à peine leurs vaisseaux furent-ils équipés et leurs alliés présents, qu’ils firent partir un héraut chargé de déclarer la guerre à Corcyre, levèrent l’ancre avec soixante-quinze vaisseaux etMeux mille hoplites, et cinglèrent vers Ëpidamne, avec l’intention de livrer bataille aux Corcyréens. La flotte avait pour chefs Aristéus fils de Pellichos, Callicratès fils de Callias et Timanor fils de Timanthès; l’armée de.terre, Archétimos fils d’Eurytimos et Isarchidas fils d’Isarchos. Lorqu’ils furent à Action, sur le territoire d’Anactorion, à l’endroit où s’élève le temple d’Apollon et où s’ouvre le golfe Ambracique, ils virent venir à eux dans une nacelle un héraut envoyé par les Corcyréens pour leur défendre de passer outre. En même temps les Corcyréens armaient leurs vaisseaux, garnissant de ceintures[*](En termes de marine, la ceinture d'un navire est un renfort adapté extérieurement à la coque des vieux bâtiments pour en consolider les bordages. ) les plus vieux, pour qu’ils fussent en état de tenir la mer, et radoubant les autres. Le héraut ne leur rapporta de la part des Corinthiens aucune réponse pacifique. Aussi, dès que leur flotte, forte de quatre-vingts navires (il y en avait quarante au siège d’Épidamne), fut prête à partir ils appareillèrent, et, rangés en ligne, engagèrent le combat. Ils mirent les Corinthiens en pleine déroute et leur détruisirent quinze vaisseaux. Le hasard voulut que, le même jour, ceux qui assiégeaient Ëpidamne l’amenassent à capituler. On convint que les étrangers seraient vendus et les Corinthiens mis aux fers jusqu’à nouvel avis.
Après ce combat naval, les Gorcyréens dressèrent un trophée à Leucimme[*](Pointe méridionale de l’île de Corcyre; elle s’appelle encore aujourd’hui Leukimo. Le trophée d’une victoire navale était la carcasse d’un vaisseau ennemi, qu’on tirait sur le rivage et qu’on dédiait à une divinité. Le trophée d’uhe victoire sut terre consistait dans une panoplie ou armure complète prise à l’ennemi, et qu’on érigeait autour d’un pieu planté sur un champ de bataille, à l’endroit où la déroute avait commencé. Dans les guerres entre Grecs, ces sortes de monuments étaient toujours temporaires; en ne les relevait pas lorsqu’ils venaient à être abattus. ), promontoire de Corcyre, et mirent à mort leurs prisonniers, excepté les Corinthiens, qu’ils chargèrent de chaînes. A dater de cette victoire et depuis la retraite des Corinthiens et de leurs alliés, les Corcyréens devinrent les maîtres de tous ces parages. Ils cinglèrent vers Leucade, colonie de Corinthe, et ravagèrent le pays; ils allèrent ensuite brûler Cyllène, chantier des Éléens, pour punir ces derniers, d’avoir fourni aux Corinthiens, des vaisseaux et de l’argent ; enfin, pendant la plus grande partie du temps qui suivit le combat naval, ils eurent l’empire de la mer et firent beaucoup de mal aux alliés de Corinthe. Sur la fin de l'été, les Corinthiens, voyant leurs alliés en souffrance, expédièrent une flotte et une armée qui vinrent stationner à Action et à Chimérion en Thesprotide [*](Port et promontoire de l’Épi re, près de l’embouchure du fleuve Achéron, vis-à-vis de la pointe méridionale de Corcyre. ), pour couvrir Leucade et les autres villes amies. Les Corcyréens, de leur côté, allèrent camper au promontoire Leucimme avec des troupes et des vaisseaux; mais ni les uns ni les autres ne prirent l’offensive. Ils se contentèrent de s’observer pendant le reste de l’été; l’hiver venu, ils regagnèrent leurs foyers.