History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Quand on connut à Athènes les événements de l’Eubée, on fut dans la dernière consternation. Ni le désastre de Sicile, tout affreux qu’il parut dans le temps, ni aucun autre revers n'avait encore causé une pareille épouvante. L'armée de Samos était en pleine révolte ; plus de vaisseaux, plus d’équipages ; dans la ville, la désunion ; la guerre civile près d’éclater ; enfin, pour comble de disgrâce, on venait de perdre une flotte et, ce qui était encore pis, l’Eubée, l’Eubée plus précieuse à elle seule que l’Attique elle-même. Comment ne pas éprouver un profond découragement ? Ce qui augmentait encore les alarmes, c’était la crainte que les ennemis, enhardis par leur victoire, ne cinglassent directement contre le Pirée dépourvu de vaisseaux ; à chaque instant on s’attendait à les voir arriver. S’ils eussent été plus audacieux, ce leur eût été chose aisée ; leur présence eût accru la division entre les citoyens ; le blocus eût forcé les soldats de Samos, quoique hostiles à l’oligarchie, de venir au secours de leurs parents et de la république entière; dès lors l’Hellespont était aux ennemis, de même que l’Ionie, les îles, tous les pays jusqu’à l’Eubée, en un mot la totalité de l’empire des Athéniens. Mais ce ne fut pas la seule occasion où les Lacédémoniens se montrèrent pour les Athéniens les plus commodes adversaires. L’extrême différence de caractère de ces deux peuples, l’un vif et audacieux, l’autre circonspect et timide, procura un immense avantage aux Athéniens, surtout dans une lutte maritime. C’est ce que firent bien voir les Syracusains ; ce peuple qui avait avec les Athéniens plus de ressemblance que tout autre, fut aussi celui qui leur fit la plus rude guerre.