History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

La flotte péloponésienne, après avoir rangé la côte et doublé le cap Sunion, alla mouiller devant Thoricos et Prasies[*](Deur dèmes de l'Àttique, situés sur la côte orientale de ce pays, en face de l'Eubée. Il y aussi une ville de Prasies en Laconie (II, lyi). ), d’où elle atteignit ensuite Oropos. Les Athéniens, malgré l’état de désorganisation de leurs équipages, conséquence inévitable des troubles civils, voulurent néanmoins secourir promptement la plus importante de leurs possessions ; en effet, depuis le blocus de l’Attique, l’Eubée était tout pour eux. Ils envoyèrent donc en grande hâte à Érétrie une flotte commandée par Thy-mocharès. Cette flotte, réunie aux vaisseaux qui étaient déjà à Érétrie, se trouva forte de trente-six voiles. Bientôt ehe fut contrainte de livrer bataille. Agésandridas, après le repas du matin, avait levé l’ancre d’Oropos, ville qui n’est séparée d’Érétrie que par un bras de mer large de soixante stades. Dès qu’il s’avança, les Athéniens commencèrent à s’embarquer, croyant leurs soldats dans le voisinage; mais ceux-ci n’ayant pas trouvé de vivres au marché, où les Érétriens avaient eu soin de ne rien laisser en vente, avaient été obligés d’aller dans les maisons situées à l’extrémité de la ville. Par là on avait voulu que l'embarquement v se fit avec lenteur, afin que les ennemis eussent le temps de fondre sur les Athéniens et les forçassent à combattre dans l’état où ils se trouveraient. Un signal avait été élevé d’Ërétrie pour indiquer à Oropos l’instant de mettre en mer. Ce fut dans cette situation que les Athéniens appareillèrent et engagèrent le combat en avant du port d'Érétrie. Ils tinrent quelques instants; mais ils ne tardèrent pas à être mis en fuite et jetés à la côte. Ceux d’entre eux qui cherchèrent un asile dans Erétrie, comme dans une ville amie, furent le plus maltraités; le peuple les massacra ; ceux au contraire qui gagnèrent le fort occupé par les Athéniens sur la terre d’Érétrie furent sauvés, de même que la partie de la flotte qui atteignit Chalcis. Les Péloponésiens prirent vingt-deux vaisseaux athéniens, tuèrent ou firent prisonniers les équipages, et dressèrent un trophée. Peu de temps après, ils insurgèrent toute l’Eubée, excepté Oréos que les

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Athéniens occupaient, et ils organisèrent le pays à leur volonté.