History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Après la perte de la bataille, les Péloponésiens se réfugièrent d’abord vers le fleuve Midios et ensuite à Abydos. Les Athéniens ne prirent qu’un petit nombre de bâtiments ; car le

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peu de largeur de l’Hellespont procura aux ennemis des retraites voisines. Mais rien ne pouvait arriver plus à propos que cette victoire navale. Jusqu’alors les Athéniens avaient redouté la marine péloponésienne, à cause de leurs revers consécutifs et du désastre de Sicile ; depuis ce moment, ils cessèrent de se défier d’eux-mêmes et de faire cas des forces maritimes des ennemis. Ils leur prirent huit vaisseaux de Chios, cinq de Corinthe, deux d’Ambracie, deux de Béotie, un de Leucade, un de Laconie, un de Syracuse et un de Pellène ; ils perdirent de leur côté quinze vaisseaux. Ils érigèrent un trophée sur le promontoire de Cynosséma, recueillirent les débris, rendirent aux ennemis leurs morts par composition, et dépêchèrent une trirème pour annoncer cette victoire à Athènes. L’arrivée de ce bâtiment, apportant la nouvelle d’un succès inespéré, releva les courages abattus par les récentes infortunes de l’Eubée et par les dissensions intestines. Les Athéniens pensèrent qu'avec du zèle il était encore possible de prendre le dessus.

Le quatrième jour après ce combat naval, les Athéniens , qui avaient radoubé à la hâte leurs navires, cinglèrent de Sestos vers Cyzique , insurgée contre eux. Ils aperçurent à l’ancre devant Harpagion et Priapos les huit vaisseaux venus de Byzance. Ils fondirent sur eux, défirent les troupes qui étaient débarquées et s'emparèrent de ces bâtiments. Arrivés à Cyzique, ils firent rentrer sous leur obéissance cette ville ouverte et la frappèrent d'une contribution.

Pendant ce temps, les Péloponésiens passèrent d’Abydos à Ëléonte et reprirent ceux de leurs vaisseaux capturés qui étaient encore intacts; les autres avaient été brûlés par les Éléontins. Ils envoyèrent Hippocratès et Épiclès en Eubée pour ramener la flotte qui s’y trouvait.

Sur ces entrefaites, Alcibiade, avec ses treize vaisseaux, revint de Caunos et de Phasélis à Samos, annonçant qu’il avait empêché la flotte phénicienne de se joindre aux Péloponésiens et cimenté les bonnes dispositions de Tissapherne pour Athènes. Il équipa neuf bâtiments outre ceux qu’il avait déjà, leva une forte contribution sur Halicarnasse et fortifia Cos ; après quoi, il établit un gouverneur dans cette dernière ville et regagna Samos à l’approche de l’arrière-saison. Lorsque Tissapherne apprit que la flotte péloponésienne avait passé de Milet dans l’Hellespont, il partit lui-même d’As-pendos et s’achemina vers l'Ionie.

Pendant que les Péloponésiens étaient dans l'Hellespont, les

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habitants d’Antandros, Éoliens d'origine, ayant à se plaindre d’Arsacès, lieutenant de Tissapherne , firent venir par terre, à travers le mont Ida, des hoplites d’Abydos, qu’ils introduisirent dans leur ville. Cet Arsacès avait indignement traité ceux des Déliens qui s’étaient établis à Atramyttion, lorsque les Athéniens les avaient expulsés de Délos pour purifier cette île[*](Voyez liv. V, ch. i. ). Sous prétexte de combattre un ennemi qu’il ne désignait pas, il avait mis en réquisition les principaux d’entre eux, les avait emmenés sous les dehors de l’amitié et de l’alliance; puis, saisissant le moment de leur repas, il les avait fait envelopper par ses gens et percer de traits. Cette action fit craindre aux Antandri ens qu’un jour il ne se portât contre eux à quelque violence analogue ; et, comme ils ne pouvaient plus supporter les charges qu’il leur imposait, ils chassèrent sa garnison de leur citadelle.

Tissapherne, sentant que cette expulsion était l’ouvrage des Péloponésiens, non moins que ce qui s’était passé à Milet et à Cnide[*](Voyez liv. VIII, ch. lxxxiv. ), dont ses garnisons avaient été pareillement chassées , les crut définitivement brouillés avec lui, et appréhenda de leur part quelque nouveau dommage. D’ailleurs il ne voyait pas sans dépit que Pharnabaze, qui les avait appelés depuis moins de temps et à moins de frais que lui, en tirât contre les Athéniens de plus grands services. Il résolut donc de les aller trouver dans l’Hellespont, afin de se plaindre des événements d’Antandros et de se disculper de son mieux au sujet de la flotte phénicienne et des autres griefs articulés contre lui. Il se rendit en premier lieu à Ëphèse, où il offrit un sacrifice à Diane.

Quand l’hiver qui suit cet été aura pris fin, la vingt et unième année de la guerre sera terminée[*](Cette dernière phrase a été probablement ajoutée par une main étrangère, pour indiquer le point d’interruption où Thucydide a laissé son histoire. ).