History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése. Bétant, Élie-Ami, translator. Paris: Librairie de L. Hachette, 1863.

Les dix-huit vaisseaux athéniens qui étaient à Sestos comprirent, aux signaux des vigies et au grand nombre des feux allumés tout à coup sur le territoire ennemi, que les Péloponésieus entraient dans l’Hellespont. Sa conséquence, et sans attendre la fin de la nuit, ils se dirigèrent de toute leur vitesse sur Ëléonte, en côtoyant la Chersonèse et tâchant de gagner le large avant la rencontre des ennemis. Ils échappèrent aux seize vaisseaux péloponésiens qui étaient à Abydos, bien que ceux-ci eussent reçu des leurs qui s’avançaient l’ordre d’avoir l’œil ouvert sur les mouvements des Athéniens ; mais, au point du jour, ils furent aperçus par la flotte de Mindaros, qui aussitôt leur donna la chasse. La plupart se sauvèrent dans la direction d’Lmbros et de Lemnos; mais quatre vaisseaux qui fermaient la marche furent atteints devant Ëléonte. L’un d’eux alla s’échouer près du sanctuaire de Protésilas[*](Le tombeau de Protésilas, le premier des héros grecs qui mourut au siège de Troie, était'situé à la pointe méridionale de IaChersonèse de Thrace. Avec le temps il fut considéré comme un sanctuaire et un oracle. ) et fut pris avec ceux qui le montaient; deux autres furent capturés sans leurs équipages; le quatrième, qui était vide, fut brûlé devant Imbros.

Ensuite les Péloponésiens, ayant rallié les vaisseaux d’Abydos et porté leur flotte au nombre de quatre-vingt-six voiles, assiégèrent Ëléonte le même jour; mais n’ayant pu s’en rendre maîtres, ils se retirèrent à Abydos.

Cependant les Athéniens, trompés par leurs vigies et ne présumant guère que la flotte ennemie passât à leur insu, battaient à loisir les murailles d’Érésos. Mieux informés, ils levèrent à l’instant le siège et se portèrent en toute hâte vers l’Hellespont. Deux vaisseaux péloponésiens qui Ί dans l’ardeur de la poursuite , s’étaient aventurés en pleine mer, vinrent donner au milieu d’eux et furent pris. Arrivés un jour trop tard, les Athéniens mouillèrent à Ëléonte, recueillirent les bâtiments réfugiés à Imbros et se préparèrent au combat pendant cinq jours.

Ensuite l’action s’engagea de la manière suivante. Les Athéniens, rangés en file, serraient la côte en se dirigeant vers Sestos; les Péloponésiens, qui les avaient aperças d’Abydos, s’avancèrent à leur rencontre. Quand le combat parut imminent, les Athéniens se déployèrent le long de la Chersonèse,

479
depuis Idaeos jusqu'à Arriarta, aveo soixante-seize vaisseaux. Les Péloponésiens en firent autant, depuis Abydos jusqu’à Dardanos, avee quatre-vingt-huit. A l’aile droite des Péloponé-siens étaient les Syracusains, à l’autre aile Mindaros en personne avee les bâtiments qui marchaient le mieux. Du côté des Athéniens, Tbrasylos occupait la gauche, Thrasybulos la droite ; au centre étaient les autres généraux, chacun à son rang. Les Péloponésiens se hâtèrent d’entamer le combat.Leur aile gauebe débordant la droite dçs Athéniens, ils voulaient, s’il était possible, leur fermer la sortie du détroit, les charger au centre et les pousser à la côte qui est peu éloignée. Mais les Athéniens, devinant leur intention, s’étendirent du côté où les ennemis manœuvraient pour les enfermer, prirent l’avance et les déhordèrent. Leur aile gauche avait déjà dépassé le promontoire nommé Cynosséma[*](Pointe de la Chersonèse de Thrace, un peu à ΓΕ. de Madytos. Son nom (le Tombeau de la chienne) dérive d’Hécube, qui, dans l’excès de sa douleur, fut métamorphosée en chienne, et à laquelle on avait élevé un tumulus en cet endroit. ). Ce mouvement· laissait faible et dégarni le centre de leur ligne, déjà, inférieur en nombre à l’ennemi; de plus, le contour du Cynosséma, formant un angle aigu, ne permettait pas d’apercevoir ce qui se passait au delà.

Les Péloponésiens, ayant donc enfoncé le centre, poussèrent à la côte les vaisseaux athéniens, suivirent les ennemis à terre et eurent sur ce point une supériorité marquée. Thrasybulos, qui avait sur les bras un grand nombre de vaisseaux, était dans l’impossibilité de se porter de l’aile droite au secours du centre. Tbrasylos ne le pouvait pas davantage de l’aile gauche ; car le promontoire de Cynosséma lui masquait entièrement la vue, quand il n’aurait pas été empêché par les vaisseaux syracusains et antres qu’il avait en tète et qui n’étaient pas inferieurs aux siens. A la fin cependant, les Péloponésiens qui, dans Γentraînement du succès, poursuivaient les ennemis dans toutes les directions , commencèrent à se mettre en désordre sur quelques points. Thrasybulos, qui s’en aperçoit suspend aussitôt son mouvement allongé; et, tournant vers les vaisseaux qui le menacent , il les attaque brusquement et les force à prendre la fuite. Il se porte ensuite vers le point où les Péloponésiens ont l’avantage, surprend leurs vaisseaux épars, les enfonce et les met en dé rente, sans résistance pour la plupart. Au même instant, les Syracusains pliaient devant la division de Tbrasylos ; ils s’enfuirent encore plus vite lorsqu’ils virent la défaite des autres.