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                  <head><hi rend="italic">CAPVT VI</hi> DE LA PVISSANCE QVE LES Magistrats ont les
                     vns les autres.</head>
                  <p> EN TOVTE Republique bien ordonnee il y a trois degrez de Magistrats. le plus
                     haut est de ceux qu’on peut appeller souuerains : qui ne recognoissent que la
                     majesté supreme. les moyens obeïssent aux vns, &amp; commandent aux autres. le
                     plus bas degré est de ceux qui n'ont aucun commandement sur les magistrats,
                     ains seulement sur les particuliers sugets à leur ressort. Et quant aux
                     magistrats souuerains, les vns ont puissance de commander à tous Magistrats
                     sans exception: les autres ne recognoissent que la majesté, &amp; n’ont pouuoir
                     que sus les magistrats sugets à leur iurisdiction. Quant aux Magistrats
                     souuerains, qui ont pouuoir sur tous les autres : &amp; ne recognoissent que le
                     souuerain, il y en a fort peu, &amp; moins à present qu’anciennement, pour le
                     danger qu’il y a que l’estat soit enuahi par celuy qui tient soubs sa puissance
                     tous les sugets, &amp; n’a plus qu’vn degré pour monter a la souueraineté:
                     &amp; principalement si le Magistrat, qui a ceste puissance est seul, &amp;
                     sans compagnon, ayant la force en main, comme le grand Preuost de l'empire,
                     qu’ils appelloient Praefectum Praetorio, lequel auoit commandement sur tous les
                     magistrats par tout l’empire, &amp; cognoissoit des<note place="margin">Flauius
                        Vopiscus in Floriano.</note> appellations de tous Gouuerneurs &amp;
                     Magistrats, &amp; n’y auoit point d’appel de luy. <note place="margin">l.1. de
                        offi. praes. praetor.</note>iaçoit que les premiers qui eurent cest estat,
                     n’estoient que capitaines des legions Pretoriaines, comme Seius Strabo, le
                     premier qui 333 fut pourueu de c’est office soubs Auguste : &amp; Seianus soubs
                     Tibere. Mais les Empereurs qui furent apres, leur donnerent peu à peu toute
                     puissance, comme à leurs Lieutenans generaux &amp; amis plus intimes, se
                     deschargeant sur eux de la cognoissance de toutes affaires, &amp; des causes
                     qu’ils auoient accoustumé de iuger. Qui fut la cause d’en pouruoir les plus
                     grands Iurisconsultes, comme Martian soubs Othon, Papinian soubs Seuere, Vlpian
                     soubs Alexandre, deuant qu’on eust diuisé les armes d’auecques les loix, &amp;
                     les gens de iustice, d’auecques les capitaines . Depuis l’estat de grand
                     Preuost fut diuisé<note place="margin">lib.1.C.</note> en deux, &amp; puis en
                     trois, pour amoindrir leur puissance. Autant pouuons nous dire des grands
                     Maires du Palais, &amp; des Princes de France en ce Royaume, &amp; du
                     Lieutenant general du Roy: ausquels on pourroit aucunement aparager le premier
                     Bascha en Turquie, &amp; le grand Edegnare en Ægypte, soubs la principauté des
                     Sultans : mais le premier Bascha cede aux enfans du Prince qui commandent,
                     &amp; president en l’absence du pere : &amp; le grand Edegnare n’auoit point de
                     commandement sur les capitaines des forteresses, non plus qu’en Turquie, ny en
                     ce Royaume, ny en l’estat de Venise, ny en Espagne. Aussi la puissance
                     souueraine de commander à tous magistrats &amp; officiers sans exception, ne se
                     doit donner à vn seul, si ce n’est en cas de necessité, &amp; par commission
                     seulement, comme on faisoit anciennement aux Dictateurs: &amp; maintenant aux
                     regens en l’absence, fureur, ou bas aage des Princes souuerains. Ie di en
                     l’absence, car il est bien certain qu’en la presence du souuerain, toute la
                     puissance des magistrats &amp; commissaires cesse, &amp; n’ont aucun pouuoir de
                     commander, ny aux sugets, ny les vns aux autres. Et tout ainsi que tous fleuues
                     perdent leur nom, &amp; leur puissance à l’amboucheure de la mer : &amp; les
                     lumieres celestes en la presence du Soleil, &amp; aussi tost qu’il s’approche
                     de l’horizon, perdent leur clarté, en sorte qu’ils semblent rendre la lumiere
                     totale qu’ils ont empruntee du Soleil. ainsi voyons nous, que celuy qui porte
                     la parole pour le Prince souuerain, foit au conseil priué, soit en Cour
                     souueraine, soit aux estats, se mettant à ses pieds, vse de ces mots, LE ROY
                     VOVS DICT. Et si le Roy estoit absent, le Chan-<note place="margin">En presence
                        du souuerain toute la puissance des magistrats est tenue en
                        soufrance.</note>-celier, ou President tenant la place du Roy par dessus
                     touts les Princes, prononceroit suiuant l’aduis de la pluralité, au nom de la
                     Cour, ou du corps &amp; college ayant puissance de commander, &amp;
                     iurisdiction ordinaire. Et d’autant que le Chancelier Poyet, President au grand
                     conseil, en l’absence du Roy vsoit souuent de ceste forme de parler, LE ROY
                     VOUS DICT, fut accusé de leze majesté, outre les autres poincts d’accusation.
                     En quoy plusieurs s’abusent, qui pensent que la verification des edicts,
                     lettres, ou priuileges, est faicte par la Cour, quand le Roy y est present,veu
                     que la Cour a les mains liees, &amp; qu’il ny a que le Roy qui commande. C’est
                     pourquoy celuy qui porte la parole pour le Roy, dit en ceste forte, Le Roy vous
                     dict, que sur le reply de ces lettres se- 334 ra mis, qu’elles ont esté leuës,
                     publiees, &amp; en registrees, ouy sur ce son Procureur : sans y mettre, ce
                     requerant, ny consentant: car l’aduis du procureur ne sert de rien, le maistre
                     present. Aussi lisons nous qu’en l’assemblee des estats du peuple Romain, touts
                     les magistrats baissoient les faisseaux &amp; masses en signe d’humilité, &amp;
                     parloient debout au peuple assis: monstrant qu’ils n’auoient aucun pouuoir de
                     commander. Et tous Magistrats procedoient par requestes vsant de ces mots,
                     VELITIS IVBEATIS. Et le peuple quand il donnoit son consentement à haute voix,
                     deuant la loy Cassia tabellaria, vsoit de ces mots, Omnes qui hic assident,
                     volumnus iubemusque. Et les tablettes portoient ces lettres A, &amp; V, R,
                     antiquo, vti rogas. Et en cas pareil, le peuple d’Athenes estoit assis, alors
                     que les magistrats parloient<note place="margin">Plutar. in Phocione.</note>
                     tout debout. Mais dira quelqu’vn, s’il est ainsi que les magistrats n’eussent
                     aucun pouuoir de commander aux particuliers, ny les vns aux autres en la
                     presence de ceux qui auoient la souueraineté, pourquoy est-ce que le Tribun du
                     peuple enuoya son huissier au Consul Appius pour luy imposer silence? &amp; le
                     Consul pour luy rendre la pareille, luy enuoya son massier, criant tout haut
                     qu’il n’estoit pas magistrat? le responds que souuent tel debat aduenoit entre
                     les magistrats, mesmement entre les Consuls &amp; Tribuns: mais il ne faut pas
                     pourtant conclure, que l’vn eust puissance de commander à l’autre en presence
                     du peuple: comme il fut bien remonstré au premier President le Maistre, sus le
                     differend des habits, entre le Parlement &amp; la Cour des Aydes, qui debuoient
                     accompagner le Roy, il aduint au President de faire deffenses, &amp; vser de
                     commandement enuers la Cour des Aydes: iaçoit que le Roy ne fust pas si pres,
                     qu’il peust ouyr le commandement : toutesfois on dist: au President, qu’il
                     n’auoit rien à commander au lieu où estoit le Roy, quand ores il eust eu
                     commandement sus la Cour des Aydes. Encores peut-on dire, que si les magistrats
                     n’auoient puissance de commander, ils ne seroient plus magistrats : &amp; la
                     prerogatiue des presseances ne seroit pas si soigneusement gardee en la
                     presence du Roy, comme elle est. Ie di que les magistrats demeurent en leurs
                     offices, &amp; par consequent en leurs dignitez &amp; honneurs : &amp; n’y a
                     que la puissance de commander suspendue: comme en cas pareil le Dictateur
                     estant nommé, touts les magiftrats demeuroient bien en leurs estats &amp;
                     offices, mais la puissance de commander estoit tenue en soufrance : &amp; aussi
                     tost que la commission du Dictateur expiroit, ils commandoient : ce qu’ils
                     n’eussent fait, si le magistrat &amp; office leur eust esté osté reellement
                     &amp; de faict. Qui seruira de response à ce qu’on pourroit tirer en argument
                     ce qu’on list és anciens autheurs, Creato dictatore, magistratus abdicant: qui
                     ne s’entend que de leur puissance, qui estoit suspendue pour vn peu de temps.
                     Et la raison est generale, que la puissance du moindre soit tenue en soufrance,
                     en la presence du superieur : car autre- 335 ment le suget pourroit commander
                     contre la volonté du seigneur: le seruiteur contre le gré du maistre: le
                     magistrat contre l’aduis du Prince : chose qui feroit preiudice ineuitable à la
                     majesté souueraine, si ce n’estoit que le Prince depouillast la personne de
                     souuerain, pour voir commander ses Magistrats : comme l’Empereur Claude souuent
                     alloit voir les magistrats en public &amp; sans se deguiser, se mettoit au
                     dessoubs d’eux; leur quittant le plus digne<note place="margin">Tranquil in
                        Claud.</note> lieu: ou bien que le Prince voulust soufrir iugement de ses
                     officiers, luy present. Car la<note place="margin">l est receptum de iurisdic.
                        l. si quis in conscribendo. de pactis.</note> maxime de droit qui veut que
                     le magistrat esgal,ou superieur puisse estre iugé par son compagnon, ou
                     inferieur, quand il s’est soubmis à sa puissance, a lieu en la personne de
                     touts Princes souuerains, pour estre iugez, non seulement par les autres
                     Princes, ains aussi par leurs sugets. Car iaçoit que ceux-là peuuent iuger en
                     leur cause, à qui Dieu a donné puissance de disposer sans iugement, comme
                     disoit Xenophon: <note place="margin">lib.3. GREEK l &amp; hoc Tiberius de
                        haeredib. insti. l. serui de furtis ff.</note> neantmoins il est beaucoup
                     plus seant à leur majesté de soufrir iugement de leurs magistrats, que se faire
                     iuges de soy-mesme. Mais affin que la majesté ne soufre aucune diminution de sa
                     grandeur, &amp; que la splendeur du nom Royal n’ebloüisse les yeux des iuges,
                     il a esté sagement aduisé en ce Royaume, que le Roy ne plaideroit que par
                     procureur, c’est à dire, qu’il ne seroit iamais en qualité. ce que depuis les
                     autres Princes ont fuiuy. Vray est que le procureur du Roy plaidant pour le Roy
                     en qualité de particulier, comme s’il obtient lettres en forme de recision, il
                     doibt laisser la place du procureur du Roy, &amp; se mettre au barreau des
                     Pairs de France. Ce que i’ay dict que les magistrats n’ont point de puissance
                     en la presence du Roy: s’entend aussi quand leurs commissions s’addressent aux
                     sugets de leur iurisdiction, lors qu’ils sont à la Cour, suitte, &amp; pourpris
                     d’icelle: ce qui est gardé bien estroittement. Mais on peut demander, si le
                     magistrat peut defendre au suget d’approcher de la Cour, au ressort de son
                     territoire. Celà n’est pas sans difficulté. toutesfois sans entrer plus auant
                     en dispute, ie di que le magistrat bannissant le coulpable hors le territoire
                     de sa iurisdiction, où le Prince peut estre alors, il luy defend aussi
                     d’approcher de la Cour: mais il ne peut specialement luy faire defense
                     d’approcher de la Cour: en quoy la reigle de Papinian a lieu, qui dit, Expressa
                     nocent, non expressa non nocent. Et me souuient qu’on trouua bien estrange à la
                     Cour, &amp; mesme le Chancelier del’Hospital, que les commissaires deputez au
                     iugement du President Lalemand, luy firent defenses d’approcher de dix lieues à
                     la ronde de la Cour. &amp; fut dit qu’il n’y auoit magistrat ny Cour souueraine
                     qui peust faire telles defenses. Et peut estre ce fut l’vne des principales
                     causes, pour laquelle le President Lalemand, au conseil duquel i’estois, obtint
                     lettres de reuision . Car non seulement il seroit trop dur &amp; inhumain,
                     d’oster la voye de requeste au suget enuers son Prince, qui est de droict diuin
                     &amp; naturel : ains aussi ce seroit faire vn preiudice 336 à la majesté
                     souueraine, comme i’ay dit cy dessus. Et combien que les cours souueraines
                     bannissent hors du Royaume, &amp; aux lieux où ils n’ont point de puissance,
                     contre le droit<note place="margin">l. telegatorum de poeni. ff.</note> commun:
                     si est-ce que l’arrest n’auroit point d’effect, si le Roy, au nom duquel les
                     Parlemens iugent, ne donnoit la commission: aussi tous les arrests en forme
                     commencent par le nom du Roy. Or tout ainsi qu’en la presence du Prince la
                     puissance de tous Magistrats est tenue en souffrance: aussi est elle en la
                     presence des Magistrats superieurs &amp; commissaires, qui ont puissance de
                     commander aux inferieurs. comme on peut voir en ce Royaume, où les Presidens
                     &amp; Conseillers, chacun en leur ressort, &amp; les maistres des requestes, en
                     tous les sieges de iustice, horsmis es Cours souueraines, ont puissance de
                     commander aux Seneschaux, Baillifs, Preuosts, &amp; autres Magistrats
                     inferieurs: se mettans en leur siege de iustice, &amp; peuuent iuger, ordonner,
                     &amp; commander comme superieurs aux inferieurs, &amp; leur faire defenses de
                     passer outre : ce qui est general à tous magistrats superieurs, comme dit la
                     loy, <note place="margin">l. iudicium soluitur de iudic. ff.</note> Iudicium
                     soluitur, vetante eo qui iudicare iusserat, vel qui maius imperium in ea
                     iurisdictione habet. Le mot imperium ne signifie pas seulement puissance de
                     commander, ains aussi le Magistrat mesmes. &amp; quand Ciceron<note place="margin">ad atticum lib.2.</note> a dit, maius imperium à minore
                     rogari ius non est: il vouloit dire, que le Magistrat, ou Commissaire egal en
                     puissance, ou superieur, n’est tenu de respondre par deuant son collegue, ou
                     moindre que luy. qui est la maxime des anciens, que le Iurisconsulte Messala
                     declaire par exemples. A minore imperio, maius : aut à maiore collega rogari
                     iure non potest. quare neque Consules, aut Praetores, Censoribus : neque
                     Censores, Consulibus, aut Praetoribus turbant, aut retinent auspicia : at
                     Censores inter se, rursus Praetores, Consulésque inter se, &amp; vitiant, &amp;
                     obtinent. Voila les mots de Messala, qu’il dit auoir transcripts du x iiii.
                     liure de C. Tuditanus. mais il y a faute en ce qu’il dit apres, Praetor &amp;
                     si collega Consulis est, neque Praetorem, neque Consulem iure rogare potest. Il
                     faut mettre Praetor &amp; si collega Praetoris est. si ce n'estoit qu’on
                     voulust sauuer ceste lecture en disant, que les Consuls, Preteurs, &amp;
                     Censeurs estoient collegues, quia soli iisdem auspiciis, iisdem comitiis, id
                     est, maioribus creabantur: caeteri minoribus auspiciis &amp; comitiis. mais ce
                     mot de collega, où il est question de commandement, ne se peut ainsi prendre.
                     aussi iamais il ne se trouuera que le Preteur fust collegue, ny compagnon du
                     Consul. mais bien au contraire, l’appel du Preteur alloit au Consul: comme nous
                     lisons que le Consul Æmylius Lepidus cogneut de l‘appel intergeté du Preteur
                     Oreste, &amp; cassa<note place="margin">Valer.lib 7. C.7.&amp; lib 5. C. 4.
                        Plin. lib. 7. C. 36. Festus in verbo pietati.</note> son iugement. nous
                     voyons aussi que le triomphe<note place="margin">Valer. lib. 2. cap 3.</note>
                     fut adiugé au Consul Luctatius, pour auoir commandement sur le Preteur Valere,
                     comme celuy qui estoit soubs sa puissance. Aussi le Consul auoit douze
                     Massiers, &amp; les Preteurs n’en auoient que deux : &amp; ceux qu’on enuoyoit
                     aux prouinces n’en auoient que six, que les Grecs pour ceste cause appelloient
                     GREEK. Cela se peut voir par la loy Laetoria, 337 que nous trouuons en Censorin
                     : Praetor vrbanus duos lictores apud se habeto, isque ad supremum solis occasum
                     ius inter ciues dicito. Or il ne suffist pas de sçauoir que les Magistrats
                     egaux en puissance, n’ont rien à commander l’vn sus l'autre, &amp; moins
                     encores à leurs superieurs, par la reigle de droict<note place="margin">l. 3.
                        §. vlt. l.nam &amp; magistratibus de arbitris l. apud de manumiss. vindic.l.
                        minor. de minorib.</note>: mais il faut aussi sçauoir, si le collegue, ou le
                     moindre, ou celuy qui n’est pas collegue, ayant toutefois mesme pouuoir en son
                     ressort , peut empescher les actes de l’autre. car souuent les Magistrats
                     tombent en differend pour telles prerogatiues. &amp; la difference est bien
                     grande entre commandement &amp; empeschement, ou opposition. les collegues
                     n’ont point de puissance l’vn sus l’autre, &amp; toutefois l’vn peut empescher
                     l’autre. comme le Preteur Pison , qui estoit iuge entre les estrangers &amp;
                     bourgeois, fist apporter son siege pres celuy de Verres iuge entre les
                     bourgeois, pour s’opposer aux iniques &amp; iniurieux iugemens<note place="margin">Asconius &amp; Cicero in praetura vrbana.</note> qu’il
                     donnoit: de forte que les bourgeois procedoient volontairement par deuant
                     Pison, comme il estoit alors permis . C’est pourquoy Ciceron en l’vne de ses
                     loix dit, Magistratus nec obedientem, &amp; nociuum ciuem, multa, verberibus,
                     vinculisque coerceto, nisi par, maiorve potestas prohibescit. Encores ne
                     suffist il pas de dire prohibescit, car le Magistrat egal en puissance, ne peut
                     rien faire deuant son collegue, s’il ne consent expressément, ou qu'il se
                     soumette à sa puissance: comme il ap-<note place="margin">Antinomie accordee
                        sans oster la negation.</note>-pert en ce que dit Paul Iurisconsulte, Apud
                     eum cui par imperium est manumitti<note place="margin">l. apud. de manumissis.
                        l apud de manumissi vind.</note> non posse. le docteur Cuias a tranché la
                     negation, comme en plusieurs autres lieux, &amp; toutefois il est dit en autre
                     lieu, Praetorem apud Praetorem manumittere non posse. &amp; n’y a point
                     d’antinomie en ce que dit<note place="margin">l.1.de offi. consulis.</note>
                     Vlpian, que le Consul peut affranchir en presence de l’autre Consul, veu que
                     cela s’entend au iour que celuy qui affranchist, a le commandement, &amp; les
                     massiers : par ce qu’ils n’auoient iamais puissance en mesme iour, comme dit
                     Feste Pompee, &amp; se peut voir en plusieurs lieux<note place="margin">Liuius
                        de Claudio Nerone &amp; Liuio Salinatore. Plutar. in Æmilio. Festus in verbo
                        maiorem Consulem. l. Caesar dici putat eum penes quem fasces sint.</note>,
                     soit qu’ils fussent d’accord ou en discord. car Liuius, surnommé le Saunier,
                     emporta le triomphe par dessus Neron fon collegue au Consulat, d’autant qu’il
                     commandoit ce iour là, dit Tite Liue, &amp; neantmoins la bataille fut donnee
                     du commun consentement de l’vn &amp; de l’autre. &amp; mesmes les dix
                     commissaires, qui dresserent les loix des xii. tables, commandoient l’vn apres
                        l’autre<note place="margin">Liuius lib.1.</note> seulement. Or la reigle qui
                     veut que les collegues s’empeschent l’vn l’autre, est fondee en raison
                     generale, de tous ceux qui ont quelque chose en commun, celuy qui empesche a
                     plus de force<note place="margin">l. in re communi de regul. l. Sabinus com
                        diuid. l. per. fundum rusticor. dd. in c. cum omnes de constitut. l.
                        fistulam. vrbanorum praediorum.</note>, &amp; sa condition en ce cas est
                     meilleure que de celuy qui veut passer outre: qui fait aussi qu’entre plusieurs
                     loix, celle qui defend est la plus forte. Quand ie dy en puissance egale, cela
                     s'entend aussi en nombre egal : car en tous corps &amp; Colleges, soient
                     Magistrats, ou particuliers la pluspart l’emporte. Et par ainsi le moindre
                     nombre du College des Magistrats ne peut empescher la plus grand part. Et quand
                     tous les collegues estoient d’vn aduis, on mettoit ces mots PRO COLLEGIO. 338
                     Mais s'il est vray ce que nous auons dit, pourquoy Messala dit-il, Consulem ab
                     omnibus Magiftratibus concionem auocare posse, ab eo neminem : deinde Praetorem
                     ab aliis praeter quàm a Consulibus: minores Magistratus nusquam, nec concionem,
                     nec commitiatum auocasse. Il s’ensuit que l’empeschemcnt &amp; opposition des
                     moindres Magistrats., ou egaux en puissance , ne pouuoit empescher les actions
                     des plus grands. Il y a response, que l’euocation gist en commandement, &amp;
                     non pas l’opposition, comme nous dirons tantost: mais deuant que passer outre,
                     ce que dit Messala n’a <note place="margin">Magistrats egaux s’empeschent par
                        opposition.</note> point de lieu pour le regard des Tribuns du peuple: que
                     nous auons monstré auoir qualité de Magiftrats, &amp; puissance de conuoquer le
                     menu peuple, &amp; contraindre les Consuls de deferer à leur opposition, non
                     pas par puissance de commander, mais par emprisonnement de leurs personnes,
                     &amp; saisie de leurs biens, comme nous lisons que le Senateur Seruilius,
                     adressant sa parolle aux Tribuns, dist, Vos Tribunipleb. Senatus appellat, vt
                     in tanto discrimine Reipublicae dictatorem dicere Consules pro vestra potestate
                     cogatis. Tribuni pro collegio pronuntiant, placere Consules Senatus dicto
                     audientes esse, aut in vincula se duci iussuros. Et tant s’en faut que les
                     Consuls eussent puissance d’empescher l’assemblee du menu peuple euoqué par les
                     Tribuns, qu’il n’estoit pas seulement en leur puissance de les interrompre
                     quand ils parloient au peuple, sus peine de la vie, par la loy Icilia<note place="margin">Dionysius lib. 7.</note>, si celuy qui auoit interrompu le
                     Tribun en sa harangue ne payoit l’amende au vouloir du Tribun: comme le Tribun
                     Drusus fist cognoistre au Consul Philippe, qu’il fist mettre en prison, pour
                        <note place="margin">L’opposition du Tribun empeschoit tous les magistrats
                        &amp; ses collegues mesmes.</note> l’auoir interrompu. Encores y a-il vne
                     exception pour le regard des Tribuns du peuple, en ce que nous auons dit, que
                     la pluspart d’vn College de Magistrats emporte la moindre : car vn seul Tribun
                     pouuoit empescher les actes de tous ses compaignons, en vertu de son
                     opposition: &amp; les actes d’vn feul auoient leur effect, s’il n’y auoit
                     opposition des autres: comme on peut voir en Tite Liue<note place="margin">lib.
                        43.</note>, où il dit que les fermiers du domaine furent deschargez,
                     rogatione sub vnius Tribuni nomine promulgata: &amp; en ce que dit le Tribun
                     Sempronius, Ego te, inquit, Appi, in vincula duci iubebo, nisi Æmyliae legi
                     parueris: approbantibus sex Tribunis actionem collegae, tres auxilio fuerunt,
                     summaque invidia omnium solus censuram gessit. Aussi voit-on que neuf Tribuns
                     d’vn commun consentement, furent d’aduis qu’on enuoyast querir les forces de
                     Pompee, pour reprimer la puissance de Ciceron, qui estoit redoutable à la
                     Republique, apres qu’il eut donné la chasse à Catilina : mais Caton Tribun du
                     peuple s’opposa<note place="margin">Plutar. in Cicer. Liuius lib. 48. Cic. in
                        prouinc. consulat.</note>, &amp; luy seul empescha l’execution du decret de
                     ses collegues. Et alors que Scipion l’Asiatique fut accusé, il n'y eut que
                     Sempronius Gracchus qui empeschast qu’on ne l’emprisonnaft. Comment, dira
                     quelqu’vn, vn seul Tribun pouuoit-il empescher les actions du Senat &amp; des
                     Consuls, &amp; mesmes de tous ses collegues? Il est certain, si les autres
                     Tribuns ne presentoient requeste au peuple, tendant <pb n="339"/> Afin que le
                     Tribun fust destitute de son estat: comme il fut fait à Marc<note place="margin">Plutar.in Gracchis.</note> Octaue Tribun du people, pour
                     l’opposition qu’il forma contre la requeste de Tiberius Gracchus, aprouuee de
                     tous ses compaignons, &amp; receüe du people. C’est puorquoy Tite Liue disoit,
                     Faxo ne iuuet vox ista Veto, qua collegas nostros tam læti concinnentes
                     auditis. Contemni iam Tribunosplebis, quippe potestas tribunitia suam ipsa vim
                     frangat intercedendo . Mais cela s’entend quand l’opposition du Tribun
                     regardoit le public: car s’il estoit question de son fait particulier en ciuil
                     ou criminel, on n’y auoit point d’egard, &amp; souffroit condamnation, si l’vn
                     de ses compaignons ne l’empeschoit:comme on peut voir du Tribun L.Cota, qui ne
                     vouloit plaider, ny payer, fiducia sacrosanctæ potestatis: mais ses collegues
                     luy denoncerent, qu’ils aideroient aux creanciers, s’il ne vouloit payer:
                     autrement l’opposition d’vn collegue empeschoit de passer outre. Vray est que
                     peu à peu par coustume, on pratiqua la maxime vsitee en tous corps &amp;
                     collegues, à sçauoir que la pluspart des Tribuns estant d’accord, ne fust
                     empeschee par l’opposition d’vn, ou de la moindre partie: comme on peut voir en
                     ce que dit Tite Liue, Ex auctoritate Senatus latum est ad populum, ne quis
                     templum aram ve iniussu Senatus, aut Tribunorumplebis maioris partis dedicaret.
                     &amp; par la loy<note place="margin">Liuius lib.39.Iustin.de attilian.tutore.
                        institut.</note> Attilia, il estoit porté, que le Preteur, &amp; la pluspart
                     des Tribuns du peuple, decerneroient tuteurs aux femmes, &amp; aux pupilles. Et
                     ceste coustume print tellement force, que le<note place="margin">Dio.lib.40.</note> Senat fist mettre en prison Q. Pompeius Rufus Tribun du
                     peuple, voulant empescher l’assemblee des Estats:qui estoit enfraindre les loix
                     sacrees, comme nous auons dit cy dessus. autrement on n’eust pas eu la raison
                     d’vn seditieux Tribun, s’opposant aux actions des autres Magistrats. C’est
                     pourquoy le Consul voulant assembler les grands Estats faisoit publier son edit
                     à son de trompe, portant defenses à tous Magistrats moindres que luy, de
                     prendre garde aux auspices: c’est à dire à la disposition de l’air, &amp; au
                     vol des oiseaux, pour coniecturer si la chose qu’on entreprenoit estoit
                     agreable à leurs Dieux: car s’il tonnoit tant soit peu, ou que l’vn des
                     assistans tombast du mal caduc, qui pour ceste cause estoit appellé Mal
                     comitial, le peuple s’en alloit sans rien faire. c’estoit la charge des
                     Augures, qui pouuoient bien denoncer, mais ils n’auoient pas droict
                     d’opposition, comme les Magistrats egaux en puissance, ou plus grands. &amp; si
                     les Magistrats estoient inferieurs à celuy qui tenoit les Estats, leur
                     opposition ne pouuoit empescher qu’on ne passast outre: mais les actes estoient
                     vicieux &amp; sugets à<note place="margin">Varro vitiosa comitia, vitio creatos
                        magistratus, Cicero Phil.2.Augures nuntiationem habent, cęteri magistratus
                        spectionem. Sed Festus Pompeius ait spectionem, siue aspectionem Augures
                        habuisse, non tamen vt alios impedirent nuntiando.</note> recision: de sorte
                     que Caius Figulus Consul auec son collegue, apres auoir esté eleu, presté le
                     serment, &amp; mené l’armee iusques en Espaigne, furent rappellez, &amp;
                     destituez par<note place="margin">Cic.lib.2.de natura Deor. &amp; 2.de
                        legib.</note> arrest du Senat: par ce que les Augures auoient denoncé à
                     Tibere Gracchus Consul, que les auspices estoient contraires alors qu’il tenoit
                     les Estats, &amp; ne laissa de passer outre. Et afin que la pluralité des
                     oppositions, &amp; denonciations n’empeschast l’vne l’autre: il n’estoit pas
                     licite de prendre (FOOTNOTE #7 MISSING) <pb n="340"/> Garde aux auspices, ny
                     denoncer, ny s’opposer plus d’vne fois en vn iour. Mais quant aux autres
                     actions des Magistrats, l’opposition des Tribuns les arrestoit: &amp; si on
                     vouloit passer outre, ils procedoient par voye de faict: &amp; quelquefois il
                     s’y faisoit des meurtres: comme le Preteur Asellisu portant faueur aux
                     debteurs, fut tué en sacrifiant, par la sedition des creanciers, ayant pour
                     chef vn Tribun du peuple. Et tout ainsi que pendant, &amp; au parauant l’acte,
                     les oppositions des Magistrats egaux, ou superieurs l’empeschent: aussi apres
                     les actes, le moyen d’appel est, &amp; a tousiours esté en toute Republique, du
                     moindre au plus grand Magistrat, chacun en son ressort &amp; iurisdiction. Et
                     s’il n’est pas en la puissance du moindre Magistrat de commander au plus grand,
                     ny d’empescher ses actions: aussi ne peut-il<note place="margin">l.3.si
                        aduersus rem iudic.C.l.minor.autem.de minor.</note> restituer contre le
                     iugement du superieur, ny corriger ses actes, ny cognoistre des<note place="margin">l.I.§.si quis.de appel.</note> appellations intergettees de
                     luy, non plus que de son collegue: ains au contraire si le commis, ou
                     lieutenant d’vn Magistrat est pourueu d’vn estat en pareil degré que le
                     Magistrat, la commission, &amp; charge de lieutenant cesse:&amp; les actes par
                     luy encommencez sont interrompus &amp;<note place="margin">l.iudicium
                        soluitur.de iudic.</note> resolus. Et iaçoit que cela n’est pas gardé à la
                     rigueur, si est-ce que s’il y va de la vie, ou de l’honneur, on y doit prendre
                     garde. Et s’il aduient au moindre Magistrat, ou collegue, ou egal en puissance,
                     de prendre cognoissance, &amp; receuoir les accusations de son collegue ou
                     superieur, il peut prendre à partie, &amp; faire appeller en action d’iniure le
                     Magistrat &amp; l’accusateur. Et pour ceste cause Cesar n’estant que Preteur,
                     accusé par deuant vn Questeur d’auoir eu part à la coniuration de Catiline,
                     fist mettre en prison le iuge &amp; l’accusateur &amp; les fist condamner en
                     grosses amendes: &amp; mesmement le Questeur quod apud se maiorem potestatem
                     compellari passus esset, dit<note place="margin">in Iulio.</note> Suetone. Et
                     par arrest de Parlement du VII. Ianuier M.D.XLVII. defenses furent faites à
                     tous iuges subalternes d’vser d’aucunes defenses enuers les iuges Royaux, &amp;
                     sugets du Roy: autrement que les iuges Roy aux pourroient proceder contr’eux
                     par voyes de droict. Mais on peut icy doubter, si le Magistrat inferiuer, qui
                     peut estre commandé par le superieur, peut aussi estre commandé par le
                     lieutenant du superieur. Plusieurs penseroient que cela est sans difficulté,
                     attendu que les lieutenans ne commandent rien en leur nom, &amp; ne le peuuent
                     aussi, ains, au nom du Magistrat duquel ils tiennent la place, auquel le
                     Magistrat inferieur doit obeissance. &amp; s’il estoit permis aux Magistrats
                     inferieurs desobeir aux lieutenans des superieurs, les particuliers par mesme
                     raison s’en voudroient exempter, qui seroit renuerser tout l’estat. Toutfois on
                     pourroit dire aussi, que les lieutenans des Magistrats erigez en tiltre
                     d’office, ont puissance de commander en leur nom, &amp; en ceste qualité
                     contraindre les Magistrats inferieurs. neantmoins ie dy que les lieutenans ne
                     peuuent commander, ny decerner commission en leur nom propre: &amp; s’ils font,
                     les Magistrats inferieurs ne sont tenus d’y obeir. cela a esté iugé par arrest
                     de la Cour de Parlement, à la re- <pb n="341"/> Queste du Seneschal de Touraine
                     contre son lieutenant, qui fut constraint d’ottroyer les commissions au nom du
                     Seneschal. cela estoit bien sans difficulté au parauant l’ordonnance de Charles
                     VII. Que les lieutenans estoient instituez &amp; destituez par les Seneschaux:
                     mais le doubte suruint, quand ils furent erigez en tiltre d’office, ayans
                     puissance du Roy, &amp; non du Seneschal. Mais il ne faut pas pourtant presumer
                     que le Prince ait voulu oster la puissance aux Seneschaux &amp; Baillifs, ce
                     qui ne pouuoit estre fait que par edit de supression: ains au contraire,
                     l’erection de lieutenans, en qualité de lieutenans, estab list de plus en plus
                     la puissance des Seneschaux &amp; Baillifs. Et combien que le Senat de Rome,
                     &amp; puis les Empereurs s’attribuerent l’auctorité de donner lieutenans aux
                     gouuerneurs de pays: neantmoins la loy dit, Apud legatum Proconsuls non est
                     legis actio. Aussi pouuons nous dire, que la force de commander n’est point en
                     la personne des lieutenans. Et cela est si certain, que le Magistrat se mettant
                     au siege d’autruy n’a pas puissance de<note place="margin">l.&amp; si prætor.de
                        offic.eius cui.l.3.de offic.Proconsul.</note> commander en son nom. Qui fait
                     qu’il n’y a<note place="margin">l.I.quis &amp; à quo.</note> iamais d’appel du
                     lieutenant, à celuy duquel il tient la place:iaçoit que le Magistrat puisse
                     cognoistre de l’iniure &amp; entreprise de son lieutenant: car le lieutenant
                     n’a pas toute la cognoissance du Magistrat duquel il tient la place. &amp;
                     moins anciennement qu’à present:où les lieutenans des gouuerneurs de pays
                     n’auoient aucune puissance de punir<note place="margin">l.si quid erit.de
                        offic.Proconsul.</note> corporellement. Aussi les lieutenans du Prince en
                     guerre, bien qu’ils ayent commandement sur les Princes du sang, si est-ce que
                     s’ils contreuiennent aux loix militaires, la cognoissance en appartient au
                     souuerain, ou bien au chapitre des Cheualiers de l’Ordre, s’il y va de
                     l’honneur, ou de la vie. Et en plus forts termes, quand il est question de la
                     discipline ecclesiastique, seulement les Euesques ne sont pas tenus de
                     respondre par deuant les Officiaux, ou Vicaires generaux des Archeuesques:comme
                     il a esté iugé pour les Euesques de Troye &amp; de Neuers par arrest du<note place="margin">l’an 1550.&amp; 1553.</note> Parlement de Paris: par lequel
                     il fut dit, qu’ils n’estoient tenus d’obeir sinon aux Archeuesques en personne.
                     Ce que I’ay dit de la puissance des Magistrats superieurs aux inferieurs,
                     s’entend en leur territoire, en leur siege, &amp; au faict de leur
                     iurisdiction: hors laquelle ils sont<note place="margin">l.3.de
                        offic.præsid.l.vlt de iurisd.</note> priuez &amp; particuliers, sans
                     puissance, ny commandement. Mais on peut demandet si les magistrats egaux en
                     puissance, ou collegues sont aussi egaux enhonneurs &amp; presseances. Ie dy
                     que l’vn n’a rien de commun auec l’autre: &amp; souuent ceux qui sont les plus
                     honorez ont moins de puissance:<note place="margin">La prerogatiue d’honneur
                        n’a rien de commun auecla puissance.</note> quiest l’vn des plus beaux
                     secrets d’vne Republique, &amp; mieux gardé à Venize qu’en lieu du monde, entre
                     les Consuls le premier designé Consul estoit le premier nommé aux actes
                     publiques &amp; aux fastes, &amp; auoit la presseance:autrement c’estoit le
                     plus aagé, iusqu’ à la loy<note place="margin">Nicephor.lib.7.So
                        zomen.lib.I.cap.9.l.I.de iure deliber.C.l.I.de iis qui numero
                        liber.C.Tacit.lib.56.Tranq.in August.</note> Pappia, qui donna la
                     prerogatiue d’honneur au Consul marié: ou s’ils estoient tous deux mariez, à
                     celuy qui auoit le plus d’enfans, qui suploient le nombre des ans. Et entre les
                     Preteurs, celuy qu’on appelloit Vrbanum estoit le premier, &amp; te <pb n="342"/> Noit la place des Consuls, assembloit le Senat, tenoit les<note place="margin">Festus in verbo maiorem.</note> grands estats. &amp; entre
                     les dix Archontes egaux en puissance, il y en auoit vn quon appelloit Archon
                     eponymos, qui passoit deuant tous les autres, &amp; les actes publiques
                     estoient auctorisez de son nom. Ainsi pouuons nous dire, qu’entre tous les
                     Parlemens de ce Royaume, le Parlement de Paris a la prerogatiue d’honneur par
                     dessus tous, &amp; s’appelle encores la Cour des Pairs de France, ayant
                     cognoissance des Pairs, priuatiuement à tous autres. Et combien que du temps de
                     Charles VIII. Le grand Conseil maniast les affaires d’estat, si est-ce que par
                     edit expres, le Roy ordonna qu’en tous edits &amp; mandemens où il seroit fait
                     mention de la Cour de Parlement &amp; du grand Conseil, la Cour seroit
                     tousiours premise. L’edit est verifié le XIII. Iuin M. CCCCXCIX. &amp; mesmes
                     entre tous les Procureursdu Roy, celuy du Parlement de Paris a tousiours eu la
                     prerogatiue d’honneur par dessus tous autres, qui doiuent tous serment aux
                     cours souueraines, horsmis le Procureur general au parlement de Paris, qui ne
                     doit serment sinon au Roy. Aussi voit-on que le Connestable de France &amp; le
                     Chancelier, ores qu’ils n’ayent rien à commander l’vn sus l’autre, &amp; qu’ils
                     soient vis à vis l’vn de lautre en séance, &amp; en marchant coste à coste,
                     neantmoins le lieu d’honneur est reserué au Connestable, qui est à la dextre
                     dueant le Roy, &amp; le Chancelier à la senestre. Si ce n’est qu’on voulust
                     dire qu’il a ce lieu pour tenir à dextre l’espee du Roy. Mais outre cela au
                     sacre &amp; couronnement du Roy, &amp; au ceremonies où il y a lieu de
                     precedence, le Connestable passe duant le Chancelier, qui est suiuy du grand
                     Maistre de France. Ce que I’ay mis en passant pour exemple, &amp; non pas pour
                     traiter des honneurs. Mais d’autant que nous auons dit que les Magistrats egaux
                     en puissance, ou qui ne tiennent rien l’vn de l’autre, ne peuuent estre
                     commandez les vns par les autres:on peut doubter si entre plusieurs Princes, ou
                     conseigneurs, l’vn peut estre corrigé par l’autre ayant offensé. car la
                     iurisdiction de sa nature est<note place="margin">l.imperialem §.præterea.de
                        proh.feud.alin.</note> indiuisible, &amp; les seigneurs d’vne mesme iustice
                     ont autant de puissance l’vn comme l’autre, &amp; chacun pour le<note place="margin">Bart.in l.inter tu sores.de administ.tut.</note> tout a
                     puissance entiere. ce qui n’est pas entre les Princes, ou Magistrats, qui ont
                     leurs charges, ou territoires diuisez, &amp; qui n’ont rien à commander l’vn à
                     l’autre: &amp; beaucoup moins quand plusieurs Magistrats en corps &amp; College
                     ont vne charge tous ensemble:car pas vn d’eux n’a puissance, ny commandement,
                     si ce n’est par commission du College, qui luy soit donnee expressément. Il y
                     en a plusieurs qui<note place="margin">Felin.in cap.prudentiam.nu.4.de
                        offic.deleg.</note> tiennent que l’vn des seigneurs peut estre corrigé par
                     ses conseigneurs, comme ayant per du sa iustice par sa faute: comme il a esté
                     iugé à la Rote de<note place="margin">Rotæ decis.253.in nouis.Angel.in l.est
                        receptum.de arbitr.idem tenet.</note> Rome. Le iugement se peut bien
                     soustenir, mais la raison n’est pas bonne. Car de dire qu’il a perdu sa iustice
                     ayant offensé, ce seroit<note place="margin">l.nimis propere.de execut.rei
                        iudic.Cod.</note> executer dueant que iuger, &amp; despoüiller le seigneur,
                     ou le Magistrat de son estant deuant que l’auoir ouy. Et quand bien les
                     menasses, peines &amp; decrets irritans portez par les loix, auroient force de
                     chose iugee com- <pb n="343"/> Me quelques-vns ont pensé, si est-ce au’il faut
                     tousiours cognoistre du faict: &amp; s’il est confessé, eoncores faut-il que
                        la<note place="margin">l.I.de confes.C.</note> sentence soit prononcee par
                     la bouche du iuge: qui ne peut estre competent de celuy qui est egal à luy en
                     puissance, comme nous quons monstré cy dessus, suiuant la plus saine opinion,
                     &amp; de la pluspart des<note place="margin">Bart.in d.l.inter
                        tutores.Andr.Barbat.ad Bartolum ita consuluisse tradit.contra Baldum in
                        d.§.pręterea Bartol.suam sententiam confirmat. ex l.si vt certo.§. si duo,
                        quem Panorm. Buttio, Imola in ca. prudentiam sequuentur. castrensis in l.est
                        receptum. De iurisdict.&amp; in l.cætera.§.si duob.delegat.I.Dominicus
                        geminian.in cap.2.de arbitris.lib.6.Ancara.in cap.postulast.de foro
                        compet.</note> Iurisconsultes: sans auoir egard à ce que les autres disent,
                     qu’il faut que chacun soit iugé où il a failly, car cela<note place="margin">Felin.in d.cap.prudentiam &amp; Panor.in c.inferior.de maioritate.</note>
                     s’entent s’il n’y a empeschement legitime. Cela ne reçoit point de difficulté,
                     si la pluspart du corps &amp; College des Magistrats est d’accord: car en ce
                     cas ils pourront iuger &amp; chastier l’vn des collegues, ou la moindre parite
                     du College, comme il se faisoit au Senat Romain, apres l’ordonnance de
                     l’Empereur Adrian. &amp; se fait en toutes les Cours de ce Royaume. Mais cela
                     ne se peut faire entre plusieurs seigneurs: car ayant chacun iurisdiction<note place="margin">l.si vnus iudicatum solui.d.l.2.§.ex iis.</note> pour le
                     tout, ils ne peuuent iuger sinon l’vn apres l’autre, &amp; ne peuuent auoir
                     qu’vn siege de iustice, si le seigneur<note place="margin">Molin.in
                        consuet.feud.</note> dominant ne le permet. qui est la difference de la
                     iustice à la seruitude que chacun peut ioüir pout le tout, &amp; en mesme
                     temps: mais non pas de la iustice, comme<note place="margin">Bart.in d. l inter
                        tutores. Butrio.Imola. Panor Dominic.Gemin.Felin.in d.c. prudentiam.Bald.in
                        ca.vno.delegatorum.de offic.delegati.</note> quelques-vns ont pensé, qui ont
                     excepté les Duchez, Marquisats &amp; Comtez, qui ne souffrent point de diuision
                     par les anciens droits des fiefs. Mais il n’est pas icy besoin de regeter
                     l’opinion de ceux qui ont attaché la iurisdiction aux fiefs, afin de ne sortir
                     des termes de nostre traité. Il suffira de dire en passant, que la iustice
                     tient si peu di fief, que le Prince souuerain vendant ou donnant vn fief de
                     quelque nature qu’il soit, n’est point reputé donner ny vendre la iurisdiction:
                     comme il a esté iugé plusieurs fois. &amp; passé en force d’edit fait par
                     Philippe le Bel: encores que la donation fust pitoyable: ce que<note place="margin">Bald.in cap.quanto.de iud.Oldtad.consil.252.</note> plusieurs
                     auoient excepté. Puis donc que les Magistrats egaux en puissance, ou qui ne
                     tiennent rien les vns des autres, ne peuuent estre commandez, ny corigez les
                     vns par les autres, ny les seigneurs iusticiers d’vne mesme iustice, il faut
                     que le Magistrat superieur, ou le seigneur iusticier dominant en prenne la
                     cognoissance: ou s’il est question d’executer les iugemens des vns sur le
                     territoire des autres, ils doiuent vser de prieres honnestes, comme sont les
                     Princes souuerains entr’eux par commissions rogatoires, n’ayans puissance ny
                     commandement hors leurs frontieres, &amp; beaucoup moins que les Magistrats
                     entr’eux, qui qeuuent, en cas de refus, estre contraints par le superieur. Les
                     commissions rogatoires peuuent estre du moindre au superieur, ou egal en
                     puissance, pour executer, ou souffrir executer le iugement donné hors son
                     territoire, offrant en son endroit, où l’occasion se presentera, faire le
                     semblable. C’est la forme qui est, &amp; a esté gardee de toute<note place="margin">l.episcopale.de episcopali audi.c.Romana §.contrahente.de
                        foro compet.lib.6.l.iudices.de fide in stru.C.Oldrad.cons.167.lib.2.q.3
                        Felin.in cap.significasti.de offic.deleg.</note> ancienneté. Toutefois il
                     semble que soubs l’Empire Romain, il estoit besoin, pour faire executer vn
                     mandement, ou sentence hors le territoire, obtenir lettres de l’Empereur: veu
                     que la<note place="margin">i.à diuo.§.sententiam.de re iudic.</note> loy dit,
                     Sententiam Romæ dictam, possunt Præfides in prouinciis, si hoc iussi fuerint,
                     exequi: car combien que le mot Iubere<note place="margin">Donat.in illud
                        Terent.quis scis an quę iubeam sponte faciat?iubeam pro velim.</note>
                     signifie proprement vouloir, si est-ce qu’il ne se peut ainsi prendre 344 au
                     passif. mais il est beaucoup plus seant d’vser de prieres, que de commencer par
                     contrainte, comme disoit Marc Aurele à celuy qui se plaignoit de son
                     compaignon, sans luy en auoir parlé: Alloquere illum,<note place="margin">l.quidam hiberus vrbanorum prædior.</note>  dit-il, ne rem iniustam faciat.
                     d'autant que la contrainte du superieur en tel cas, donne occasion de
                     querelles, &amp; ialousies entre les Magistrats, qui tournent bien souuent au
                     grand dommage des sugets, &amp; des honneur de la Republique: caries vns, en
                     despit des autres, dechargent leurs passions sur les innocens: comme le Consul
                     Marcel, qui en despit de Cesar fist foüeter quelques habitans de Nouocome, pour
                     leur faire cognoistre, comme il disoit, que Cesar n’auoit peu leur donner le
                     droict de bourgeoise Romaine. Et si le different suruient entre les Magistrats
                     souuerains, c’est au grand dommage des pauures sugets, comme i’ay veu vn
                     different entre le Parlement de Paris &amp; de Bourdeaux sur l'execution d’vn
                     arrest donné au Parlement de Paris, que le Parlement de Bourdeaux permist estre
                     executé en son ressort, à la charge que s’il y auoir opposition, le parlement
                     de Bourdeaux en cognoistroit. l’executeur voulant passer outre par dessus
                     l’opposition, il y eut appel du condamné, qui fut par luy releué au parlement
                     de Bouudeaux, &amp; fut neantmoins anticipé au parlement de Paris, le different
                     des deux parlemens fut renuoy é par le Roy au grand Conseil: qui iugea que le
                     parlement de Paris deuoit cognoistre de l’appel. car chacun doit estre
                     interprete de sa volonté: &amp; tout ainsi qu’il n’y a que le Prince qui peut
                     declarer ses<note place="margin">l.I l.non dubium.de legib.C.</note> loix,
                     &amp; mandemens: aussi le Magi- strat doit declarer sa<note place="margin">l.I.§.vlt.de prætor.stipul.</note>  sentence. Et si les Magistrats ne
                     veulent auoir egard aux requestes &amp; annexes, ny soufrir l’execution des
                     mandemens d’autruy en leur ressort, il faut auoir recours au<note place="margin">Alexan.Bart.Cuma.in l àdiuo.de re iudic.l I.de seruis
                        fugit.Aufre.q.411.Tolos.Felin.in cap.vlt de foro compet.</note>  superieur.
                     Enquoy plusieurs se sont abusez, qui ont pensé qu'vn Magistrat peut contraindre
                     l’autre hors son ressort, de soufrir l’execution des mandemens d’autruy: &amp;
                     appliquent les mots de la loy<note place="margin">in
                        d.§.sententiam.vbi.dd.</note>  (si hoc iussi fuerint) aux Magistrats: qui
                     s’entendent de l’Empereur aux gouuerneurs de pays. car la maxime de droict
                     touchant les mandemens, &amp; commissions, s'entendent des lieux, où celuy qui
                     commande a pouuoir de commander. or est-il qu’il n’y a point de commandement
                     hors le ressort, ou hors le pouuoir de celuy qui commande. Par cy deuant on
                     auoir accoustumé de prendre lettres Royaux, qu'ils appellent Pareatis, quand il
                     estoit question d’executer les mandemens des Magistrats Royaux au territoire
                     des feigneurs iusticiers, mais ceste coustume est abolie, &amp; souuent les
                     Cours de<note place="margin">Arrests de Bourdeaux 1517.Mars 5.&amp;
                        1519.Decembre 3 &amp; 1525.Ianuier 23.&amp; de Grenoble.Guido Papus
                        q.346.</note>  parlement ont defendu d’en vser, parce que la maiesté du
                     souuerain est en cela diminuée aucunement. Mais quelques vns ont doubté, si les
                     Magistrats inferieurs peuuent faire executer leurs mandemens fans le congé du
                     superieur, auquel l’appel estoit deuolu, &amp; ce apres la desertion d'iceluy,
                     &amp; le temps coulé, qui estoit prefix pour releuer, &amp; faire la
                        poursuite:<note place="margin">Erreur du mot Fatalia.</note>  qu’ils
                     appellent Fatalia; mal à propos d’vn erreur enuieilly, &amp; faute inueteree,
                     de ceux qui ont tourné le Code &amp; les Authentiques de Grec en Latin, ayant
                     leu. 345 GREEK TEXT, pour GREEK TEXT, c'est à dire iours prefix, &amp; iours
                     d'assigna tion, que la loy des douze<note place="margin">Cicero lib.3.offic.si
                        status dies cum hoste. Sic appellabant GREEK TEXT.idem Cicero GREEK TEXT
                        rata &amp; certa decreta pro quo vsurparunt GREEK TEXT, quod fatum
                        significat : sed in optimis exemplaribus legitur GREEK TEXT.</note>  Tables
                     appelloit statos dits, stata tempora. aussi iamais Iurisconsulte, ny homme
                     parlant Latin n’a vsé de ceste forme de parler, mais bien ils ont dit dies
                     sesionum, dies continuos. &amp; pour les defauts emportans gain de cause, ils
                     ont dit edicta peremptoria, in l. ad peremptorium. de iudic. ff. &amp; cest.
                     erreur est demeuré iusques icy à corriger. Or pour resoudre nostre question, ie
                     dy qu’il n’est point necessaire que le Magistrat inferieur ait licence, comme
                     il se faisoit par cy deuant par lettres qu’ils appelloient de iustice, abolies
                     par l’ordonnance de Charles VII. si ce n’est que le Magistrat superieur eust
                     fait defenses particulieres d’executer: en ce cas il est besoin que les
                     defenses soient leuees deuant que passer outre. car autrement il n’est
                        point<note place="margin">Felin.in ca.ex parte.de
                        rescript.ext.col.5.nu.9.</note>  requis que l’appel soit declaré desert par
                     le Magistrat superieur, pour l’execution de la sentence, d’autant que la
                     desertion eft acquise par la loy, &amp; non pas en vertu de la sentence du
                     Magistrat. Et la dignité des Magistrats supérieurs n’est point offensee parles
                     inferieurs, quand il n’y a point defenses particulieres, pour la reuerence
                     desquelles les Magistrats inferieurs doiuent sursoir l’execution, si la
                     retardation n’estoit perilleuse à la Republique: auquel cas on peut passer
                     outre, ores qu’il fust question de la vie: puis apres, dit la<note place="margin">l.si quis filio.§.4.de iniusto.rupto.</note>  loy, il faut en
                     efcrire: autrement si le Magistrat ne defere à l'appel, quand il eft question
                     de la vie, il merite peine<note place="margin">l.addictos.de
                        episcop.audient.C.Faber.in l. a proconsu-lib.de appel.C.</note>  capitale,
                     &amp; mesmes par la loy<note place="margin">Cicero.pro Rabrio perduel.</note> 
                     Sempronia le Magistrat estoit coulpable de leze majesté, pour n’auoir deferé à
                     l’appel, ores qu'il ne fust question que des verges. Tout ce que nous auons dit
                     des Magistrats, &amp; de l'obeissance que doiuent les vns aux autres, s’entend
                     des Magistrats d’vne mesme Republique. Que dirons nous donc des Magistrats de
                     diuerses Republiques, si les vns ont condamné leur suget, les autres ausquels
                     il s’est retiré, doiuent-ils executer Ia sentence sans cognoistre du merite de
                     la cause? I’ay veu ce differend aduenir au Parlement de Paris, pour vn marchant
                     François condamné à Venize par defaux &amp; contumaces, à la requeste d’vn
                     Venitien, qui vint en France demander l’execution du iugement, ayant obtenu
                     commission rogatoire de la Seigneurie, comme les Princes &amp; seigneuries ont
                     accoustumé d’en vser en tel cas, par vn deuoir mutuel, que tous Princes ont à
                     la iustice, de laquelle ils tiennent leurs sceptres &amp; couronnes. la cause
                     estoit ciuile, &amp; sembloit à plusieurs qu’il n’estoit besoin de s’enquerir
                     s’il estoit bien iugé, &amp; qu’on feroit tort à la Seigneurie de Venize, qui
                     pourroit vser de semblable circuit, &amp; examiner les arrests des Magistrats
                     de France, &amp; les casser, plustost par ialousie de l'estat, que pour
                     l'iniquité d’iceux. Mais d’autant que le marchant François estoit condamné par
                     defaux, on voulut sçauoir s’il auoit contracté à Venize, ou s’il estoit submis
                     à la seigneurie &amp; iurisdiction des Venitiens pour ce regard, &amp; si les
                     defaux estoient bien &amp; deuëment acquis selon les ordonnances de Venize,
                     &amp; rien plus. Toutefois s’il estoit que- 346 stion de l’honneur ou de la
                     vie, on ne doit pas executer les iugemens des Magistrats estrangers, si on n’a
                     cognu du merite de la cause, &amp; veu les charges. car mesmes l’Empereur<note place="margin">l.diuus Adrianus.de custod.reor.</note>  Adrian manda aux
                     gouuerneurs de Prouince, qu’ils eussent à cognoistre derechef (ce qu’il appelle
                     GREEK TEXT) de ceux qui estoient condamnez par les lrenarches sugets à vn mesme
                     Prince. Ce que i’ay dit est bien estroitement gardé es Republiques de Suisse,
                     Geneue, Venize, Luques &amp; Genes. Car tous les<note place="margin">Bald in
                        l.2.de seruis fugit.C.Odost.in authen.qua in prouincia.vbi de crimine.C
                        Iacob.Bellouisi. in §.contrahentes.de foro compet.nu.115.Aflic.in constitut.
                        Neapol. Lib.2.tit.3.nu.88.Chassan.in consuetu.Burgun.tit 12.nu
                        14.Fulgos.consil.149.col.2.Boer.decis.29.Paul.Eleazar.Imol.in
                        Clement.pastoralis.de re Iudic.Aufrer.in addit.capel.Tolos.q.319.Bart.in
                        l.qui sepulchri.de sepulchro violato.Angel.in l.hæres abseus de Iudic
                        Felin.in cap.vlt.de foro compet.nu.II.</note>  Iurisconsultes depuis trois
                     cens ans, on dit qu’il n’y est point tenu: c’est bien dit si on parle de
                     l’obligation ciuile, de laquelle tous Princes souuerains sont exempts: mais ils
                     tranchent tout outre sans aucune distinction: &amp; n’y en a<note place="margin">Bal.in l.I.vbi de crimine.C.</note>  qu’vn qui mette vne
                     condition, pourueu que le Prince où s’est retiré le coulpable en face la
                     iustice. Or s’ils confessent que tout Prince est tenu de faire iustice, par
                     obligation diuine &amp; naturelle, il faut aussi confesser qu’il est tenu
                     rendre le suget d’autruy à son Prince naturel: non seulement pour auerer le
                     fait plus aisément, &amp; descouurir les coniurez, &amp; participans, en quoy
                     le recolement &amp; confrontation est necessaire: ains aussi pour la punition
                     exemplaire qui se doit faire sur les lieux. car c’est du moins qu’on doit
                     chercher que la mort du coulpable en matiere de iustice. Et si les Magistrats
                     en mesme Republique sont tenus par obligation mutuelle prester l’espaule, &amp;
                     tenir la main forte à la poursuitte, &amp; punition des meschans: pourquoy les
                     Princes seront-ils exempts de l’obligation, à laquelle la loy de Dieu &amp; de
                     nature les astraint? Muhamed, surnommé le Grand, estant aduerty que le
                     meurtrier qui auoir assassiné lulian de Medicis en pleine Eglise, s’estoit
                     retiré à Constantinople. ille fist prendre, &amp; renuoya pieds &amp; poings
                     liez à Florence. Ce n’estoit pas pour crainte qu’il eust des Florentins. Et
                     tousiours en ce Royaume on a de coustume renuoyer les coulpables fuitifs aux
                     Princes, &amp; seigneuries qui en font instance, s’il n’y va de l'estat. car en
                     ce cas le Prince n’y est pas tenu. à quoy se peuuent raporter trois arrests:
                     l’vn du Parlement<note place="margin">allegué par Boyer in
                        consuet.Biturig.§.21.de iurisdict.</note> de Paris, l’autre de<note place="margin">Oldrad.notat consil.124 Faber.alium quoque notat tempore
                        Benedicti.vi.Pap.in §.est &amp; inter.de Publicis.</note>  Rome, Contre le
                     Roy d’Angleterre, qui demandoit son suget fuitif, ce qui luy fut denié: le
                     troisiesme est du Parlement de<note place="margin">Boer.decis.29.</note> 
                     Thouloze. quant à celuy de Rome, il estoit alors fondé en la souueraineté du
                     siege de Rome sus le Royaume d’Angleterre. Mais hors les termes d’estat, &amp;
                     quand il n’est question que de la peine publique, il n’y a Prince qui ne soit
                     tenu rendre le suget d'autruy: comme il fut iuge par arrest du Parlement de
                     Bourdeaux, l’an M.D. XV III. le XXIIII Decembre, prononcé en robes rouges:
                     combien qu’en plusieurs traitez cela eft expressément articulé, comme au traité
                     fait entre les Suisses &amp; Charles V. Empereur comme Duc de Milan, le VII.
                     article porte la clause expresse de rendre les coulpables fuitifs. Et pour
                     ceste cause le Roy Henry, apres auoir vsé de prieres enuers les feigneurs de
                     Geneue par son Ambassadeur, pour luy renuoyer Baptiste Didato receueur general
                     de Roüan, qui auoit emporté les deniers de la recepte, il protesta aux
                     seigneurs de Berne, en la protection desquels estoit alors la sei- <pb n="347"/> Gneurie de Geneue, qu’il vseroit du droict de represailles. les Geneuois au
                     parauant auoient resolu au grand conseil des deux cens, de ne le renuoyer
                     aucunement :mais depuis ils changerent d’aduis, &amp; le renuoyerent, estant
                     sommez par les Bernois. Ie tiens que c’est vne iniure faite à l’estat d’autruy,
                     s’il appert que le fuitif soit coulpable. Comme il en print aussi à la lignee
                     de Beniamin qui fut exterminee horsmis six cens, pour auoit refusé de rendre
                     les coulpables qu’on leur demandoit. Et pour ceste cause nous trouuons que les
                     Hippotes estans requis de rendre les meuritriers de Phoc Beotien, pour en auoir
                     fait refus aux Thebains, furent par eux assiegez, pris, pillez leur ville rasee
                     de fond en comble, &amp; les habitans reduits en seruitude, &amp; vendus comme
                     esclaues. Mais si le Prince auquel s’est retire le fuitif, trouue qu’il soit
                     iniustement poursuiuy, il ne doit pas le rendre. Car mesmes il est defendu par
                     la loy de Dieu de rendre l’esclaue qui s’en est fuy en la maison d’autruy, pour
                     euiter la fureur de son maistre. </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>