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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text xml:lang="fre"><body><div type="edition" xml:space="preserve" n="urn:cts:pdlpsci:bodin.livrep.perseus-fre1" xml:lang="fre"><div n="3" type="textpart" subtype="book"><div n="5" type="textpart" subtype="chapter">
                  <head><hi rend="italic">CHAP. V</hi> De La Puissance des Magistrats sur les
                     particuliers.</head>
                  <p> NOVS auons dit que le Magistrat est l'officier qui a commandement public, or
                     celuy a commandement, lequel a puissance publique de contraindre ceux qui ne
                     veulent obeir à ce qu’il enioint, ou qui contreuient à ses defenses, &amp; qui
                     peut leuer les defenses par luy faites. car<note place="margin"> l. legis
                        virtus. de legib.</note> la loy qui dit, que la force des loix gist à
                     commander, defendre, permettre, de punir: est plus propre aux Magistrats qu’à
                     la loy, qui est muete: &amp; Ie Magistrat est la viue loy qui fait tout cela:
                     veu que la loy en foy ne porte que les commandemens ou defenses, qui seroient
                     illusoires, si la peine &amp; le magistrat n’estoient au pied de la loy, pour
                     celuy qui cotreuient. combien qu'a parler proprement la loy n’a rien que la
                     prohibition de les menaces à faute d’obeir: attendu que celuy qui commande
                     defend de contreuenir à son commandement. &amp; quant à Ia permission, ce n'est
                     pas loy: car la permission leue les defenses, de ne porte ny peine ny menasse,
                     sans lesquelles la loy ne peut estre: veu que loy ne signifie autre chose que
                     le commandement du souuerain., ainsi que nou's auons dit: de quelque menasse,
                     ou peine qui soit apposee en la loy, iamais pourtant la peine ne s’ensuit la
                     desobeissance, qu’il ne soit dit parla bouche du magistrat. de forte que toute
                     Ia force des loix gist en ceux qui ont le commandement, soit le Prince
                     souuerain, soit le magistrat* c'est à dire., puissance de contraindre les
                     sugets d’obeir, ou de les punir: en quoy gist l’execution des commandemens,
                        que<note place="margin"> Greek Text.</note> Demosthene appelloit les nerfs
                     de la Republique. I’ay dit puissance publique, pour la difference qu’il y a de
                     la puissance domestique: I’ay dit puissance de contraindre, pour la difference
                     de ceux qui ont cognoissance des causes,<note place="margin"> La force du
                        commandement gist en la contrainte.</note> qui iugent &amp; donnent
                     sentences, &amp; font citer par deuant eux: mais ils n’ont point de puissance
                     de contraindre, ny de mettre en execution leurs sentences de commandemens,
                     comme les anciens Pontifes, &amp; maintenant les Euesques: &amp; anciennement
                     les commissaires deleguez parles magistrats, auoient bien puissance de
                     cognoistre des causes qui leur estoient commises, &amp; de condamner, &amp;
                     mesmes souuent ils appelloient les parties par deuant eux: mais ils n’auoient
                     puissance de contraindre, ains ils enuoyoient leurs sentences aux magistrats,
                     pour les ratifier, ou casier, &amp; les faire<note place="margin"> l.à diuo.
                        prin.de re iudic.</note> executer si bon leur sembloit. c'est pourquoy la
                     loy dit, que celuy qui auoit par force enleué quelqu’vn qu’on menoit aux
                     commissaires donnez par les iuges, n'est point suget à la peine de la loy<note place="margin"> l.3. ne quis eum qui in ius vocat.</note> qu’il eust
                     encourue si le commissaire eust eu commandement: comme à present par nos
                     coustumes de ordonnances, les iuges commissaires ont puissance de commander, de
                     faire executer leurs sentences par les sergens de autres <pb n="317"/>
                     personnes publiques, en vertu des commissions qu'ils decernent, seelees de leur
                     cahet. mais les Euesques n'ayans aucune puissance de contraindre, enuoyent
                     leurs sentences pour executer aux magistrats: comme font en tout l'Orient les
                     Cadis, qui ont cognoissance de tous procés, &amp; n'ont aucune puissance de
                     contraindre, ains ils enuoyent leur iugemens aux Soubachis, qui ont le
                     commandement &amp; la force en main. Nous auons dit que la premiere coutrainte
                     de tous ceaux qui ont puisance de commander, est la main mise, tant sur les
                     personnes, que sur les biens que les anciens appelloient "Prehensio:" car ce
                     n'est rien de faire appeller par deuant soy, ny de iuger, ny de condamner à
                     l'amende, qui n'a la main-mise pour saisir les biens ou la personne de celuy
                     qui desobeist. Nous auons monstré que tel a main-maise, qui n'a pas puissance
                     de faire appeller par deuant soy, ny de cognoistre, ne de bailler main-leuee,
                     ny d'elargir ceux qu'il a mis en prison: comme nous auons monstré des Tribuns
                     du peuple, de XI. magistrats en Athens, du Triumuir capital en Rome, des
                     Auogadour en Venize, des gens du Roy, &amp; procureurs de ceux qui on droict de
                     fisque és autres Royaumes &amp; Republiques, &amp;des commissaires du Chastelet
                     de Paris, qui peuuent emprisonner, &amp; saisir, &amp; ne peuuent toutefois
                     bailler main-leuee: qui appartient seulement aux Magistrats, qui ont pouuoir de
                     condamner, &amp; absouldre, &amp; cognoistre les vns des biens, les autres des
                     biens &amp; de l'honneur, les autres des biens de l'honneur, &amp; des peines
                     corporelles iusques à la mort exlusiuement: les autres inclusiuement: &amp; qui
                     suget à l'appel, qui execute nonobstant l'appel. le denier degré est la
                     puissance de la vie &amp; de la mort, c'est à dire puissance de condamner à
                     mort, &amp; donner la vie à celuy qui a merité la mort.<note place="margin"> La
                        plus haute marque de la Maiesté.</note> que est la plus haute marque de
                     souueraineté, &amp; propre à la maiesté, priuatiuement à tous magistrats, comme
                     nous auons dit cy dessus. Ainsi peut-on iuger qu'il y a deux sortes de
                     commander par puissance publique: l'vne en souueraineté, qui est absoluë,
                     infinie, &amp; par dessus les loix &amp; au souuerain, qui est propre aux
                     magistrats &amp; à ceux qui ont puissance extraordinaire de commander, iusques
                     à ce qu'ils soient reuoquez, ou que leur commission soit expiree. Le Prince
                     souuerain ne recognoist, apres Dieu, rien plus grand que soymesmes: le
                     Magistrat tient apres Dieu, du Prince souuerain sa puissance, &amp; demeure
                     tousiours suget à luy &amp; à ses loix: les particuliers recognoissent apres
                     Dieu (qu'il faut tousiours mettre le remier) leur Prince souuerain, ses loix
                     &amp; ses Magistrats, chacun en son ressort. Soubs le nom de Magistrats
                     i'entends aussi ceux qui ont la iurisdiction annexee aux fiefs, attendu qu'ils
                     la tiennent aussi bien du Prince souuerain comme les Magistrats. de sorte qu'il
                     semble qu'il n'y a que les Princes souuerains qui ayent puissance de commander,
                     &amp; qui puissent vser proprement de ces mots, "Impero, &amp; iubeo," qui
                        signifioient<note place="margin"> notat Donatus in illud Andriæ, animo iam
                        nunc otioso esse impero. id est volo. &amp; iubeo te saluere, id est volo
                        &amp; iubeo. Terent. te saluere, id est quiscis an quæ iubeam faciat: Donat,
                        iubeam pro velim.</note> anciennement, <pb n="318"/> "volo, &amp; imperium,"
                     volonté. puis que le vouloir d vn chacun Magistrat, &amp; de tous ceux qui ont
                     puissance de commander, est lié, &amp; depend entierement du souuerain, qui le
                     peut alterer, changer &amp; reuoquer à son plaisir. &amp; pour ceste cause, il
                     n’y a pas vn Magistrat, ny tous ensemble, qui puissent mettre en leurs
                     commissions, Tel est nostre plaisir; &amp; la clause, sus peine de la mort,
                     qu'il n’y a que le Prince souuerain qui puisse vser en ses edits &amp;
                     ordonnances. Et de là est issu vne question notable, qui n'est point encores
                     decidee: à sçauoir si la puissance du glaiue, que la loy appelle "Merum
                     imperium" au Prince souuerain, &amp; inseparable de la souueraineté: &amp; que
                     les Magistrats n'ayent point "merum imperium," ains seulement l'execution de la
                     haute iustice<note place="margin"> Notable question disputee deuant l'Empereur
                        Henri VII.</note>: ou bien si telle puissance est propre aux Magistrats,
                     ausquels le Prince la communiquee. Ceste qu_eftion fut disputee entre Lothaire
                     &amp; Azon, les deux plus grands Iurisconsultes de leur aage, &amp; choisirent
                     pour arbitre l’Empereur Henry VII. lors qu’il estoit à Boulongne la Grasse, à
                     la peine d’vn cheual, que deuoit payer celuy qui seroit condamné par
                     l'Empereur. Lothaire emporta le prix d’honneur: mais la pluspart, &amp; presque
                     tous les autres Iurisconsultes, tenoient l’opinion d’Azon, disans que Lothaire
                     "Equum tulerat, sed Azo aequum." Et depuis il s’en est trouué qui ont<note place="margin"> Alciat. lib.2.paradox.c.6. &amp; capit. 1. Molinæ.§. 1.
                        glo.5.nu.58. in consuet. Paris.</note> tenu l’opinion de Lothaire, de sorte
                     que la question est demeuree indecise, qui toutefois doit estre bien entendue
                     pour la consequence quelle tire apres soy. La difficulté est venue de ce que
                     Lothaire &amp; Azo n’ont pas eu cognoissance de l'estat des Romains, desquels
                     ils exposoient les loix &amp; ordonnances, ny pris garde au changement suruenu
                     soubs les Empereurs. Car il est bien certain qu’auparauant il n’y auoit pas vn
                     Magistrat en Rome, ny tous ensemble, qui eussentla puissance du glaiue sur les
                     citoyens: &amp;, qui est beaucoup moins, ils n’auoient pas feulement puissance
                     de condamner vn citoyen aux verges, de puis la loy Portia, publiee à la<note place="margin"> Liuius lib.10.Cicero.pro Rabirio perduel. salust. in
                        Catilin.</note> requeste de Caton le Tribun du peuple, l’an de la fondation
                     de Rome CCCCLIIII. par laquelle le peuple osta non feulement aux Magistrats
                     ceste puissance, ains aussi s’en despoüilla soymesme, entant qu’il pouuoit,
                     permettant aux condamnez pour quelque crime que ce fust, de vuider le pays.
                     &amp; qui plus est, il n’y auoit pas vn seul Magistrat qui eust pouuoir de
                     iuger vn citoyen, s’il estoit question de l’honneur, ou d’vn crime public, car
                     le menu peuple s’en estoit reserué la cognoissance: &amp; s'il y alloit de la
                     vie, ou de perdre le droict: de bourgeoisie, il n’y auoit que les grands estats
                     du peuple qui en eussent la cognoissance, comme il estoit<note place="margin">
                        Cicero pro Rabirio. perd. &amp; pro domo sua.</note> ordonné par les loix
                     qu’on appelloit Sacrees. &amp; iaçoit qu’elles ne fussent gardees à la rigueur,
                     si estce que Ciceron pour y auoir contreuenu fut banni, &amp; perdit tour son
                     bien. Depuis le Dictateur Sulla publia les loix des iugemens publiques, par
                     lesquelles on erigea en tiltre d’offices ordinaires certain nombre de Preteurs,
                     qui deuoient iuger ce que le menu peuple iugeoit<note place="margin"> l.2. de
                        origine iuris.</note> auparauant, ou deputoit commissaires pour iuger: comme
                     des meurtres, des concus- <pb n="319"/> sions, du pecuIat, de leze majesté:
                     mais de celle forte que les Preteurs auoient leur leçon par escrit, &amp;
                        n’en<note place="margin"> Asconius in commentariis ad Ciceronem, Cic. pro
                        Cluentio in Verr.</note> pouuoient passer vn seul poinct. car ils tiroient
                     au sort certain nombre de iuges particuliers, de ceux qui pouuoient estre iuges
                     parles loix iudiciaires. &amp; apres auoir ouy deuant tout le peuple les
                     accusations &amp; defenses de part &amp; d’autre, on portoit à chacun iuge
                     trois tablettes de diuerses couleurs: en l’vneil y auoit vn A. en l’autre vn C.
                     en la troisiesme N. L. pour<note place="margin"> absoluo, condemno, non
                        liquet.</note> absouldre, ou condamner, ou bien ordonner qu’il en seroit
                     plus amplement enquis, ce qu’ils disoient "ampliare, &amp; amplius quaerere,"
                     auec vn vase, dans lequel ils iettoient l’vne des trois tablettes sans mot
                     dire: &amp; cela fait, on contoit: &amp; s’il y auoit plus de tables cottees
                     par C. le Preteur vestoitsa robe tissue de pourpre, &amp; montoit en vn haut
                     siege en place publique, &amp; au veu de tout le peuple<note place="margin">
                        Festus in verbo patum cauisse. quelques vns ont voulu corriget patrauisse,
                        sans propos.</note> prononçoit ces quatre mots, REVS PARVM CAVISSE VIDETVR,
                     c'est à dire, qu’il sembloit que l'accusé ne s'estoit pas gardé de mesprendre:
                     ou bien, "Non iure videtur fecisse:" ou, "Videtur prouinciam spoliasse."
                     c'estoit l’ancienne modestie &amp; forme de parler, de peur d'estre trouuez
                     menteurs: comme en ces mots, SI QVID MEI IVDICII EST, soudain la peine des loix
                     estoit executee: Ie condamné vuidoit le pays, les receueurs saisissoient son
                     bien. &amp; s’il n'obeissioit aux loix, Ie Triumuir capital le mettoit en<note place="margin"> simile est in l.1. ad S.C. Turpilianum, Si iudex
                        pronunciauit, calumniatus es, condemnauit eum, &amp; quamuis de pœna nihil
                        subiecerit, attamen legis potestas aduersus eum exercebitur.</note> prison.
                     Voila la forme ordinaire des condamnations publiques faites par les Magistrats:
                     par laquelle on peut iuger, que les iuges n’estoient que simples executeurs des
                     loix, fans pouuoir adiouster ny diminuer vn seul poinct. Mais quand le peuple
                     iugeoit, qui estoit tousiours extraordinairement, comme font tous ceux qui ont
                     la souueraineté, la peine estoit portee par la sentence: comme en celle-cy, SI
                     "M. Posthumius ante Cal. Maias non prodisset, neque exeusatus esset, videri eum
                     in exilio esse: ipsi aqua &amp; igni placere interdici." qui n'estoit pas la
                     peine des loix., mais du peuple. &amp; dura ceste forme quelque temps, apres
                     que la Republique fut changee de populaire en Monarchie: comme on peut voir du
                     temps de Papinian: qui a donné occasion à Lothaire &amp; Azon de disputer,<note place="margin"> l.1. de offi. eius cui mandat.</note> car il pose ceste
                     maxime, Que tout ce qui est attribué aux Magistrats par ordonnance, ou loy
                     speciale, il n'est pas en leur puissance de le commettre à personne: &amp; pour
                     ce les Magistrats, dit il, faillent en ce qu’ils commettent ceste charge à
                     d’autres, si ce n'est qu’ils soient absens: ce qui n'est pas, dit-il, de ceux
                     qui ont la puissance sans astriction de loix speciales, ains seulement en vertu
                     de leur office, qu’ils peuuent commettre, ores qu’ils soient presens. Voila ce
                     que dit Papinian, vsant du mot "Exercitionem publici iudicij": comme s’il
                     disoit, que ceux qui ont la majesté souueraine, se sont reseruez la puissance
                     du glaiue, &amp; en ont donné par loy speciale l'execution aux Magistrats:
                     c'est l’aduis de Lothaire: &amp; Azon entendoit par ces mots, que le droict
                     &amp; puissance du glaiue estoit attribué aux Magistrats. Or il n’y a doubte
                     que l’opinion de Lothaire ne fust veritable, quand il n'eust parlé que des <pb n="320"/> anciens Preteurs Romains, &amp; qu'il fust demeuré és termes de la
                     reigle de Painian. mais il a failly en ce qu'il a tiré en consequence ceste
                     maxime à tous Magistrats, qui depuis ont esté, &amp; qui sont par toutes les
                     Republiques, ayant la cognoissance des meurtres, voleries, concussions &amp;
                     autres crimes semblables, qui leur sont par l'erection de leur office
                     attribuez. Car les Empereurs &amp; Iurisconsultes ayans cognu à veüe d'œil less
                     inconueniens, &amp; iniustice qui se faisoit, de condamner tous les meurtriers
                     à mesme peine, ou les aboudre du tout, &amp; faire le semblable des autres
                     crimes, qu'ils appelloient Publiques, aduiserent pour le mieux, d'eriger
                     certains Magistrats, qui pourroient selon leur conscience, &amp; religion
                     croistre &amp; diminuer les peines, ainsi qu'ils verroient estre à faire par
                     raison. Et le premier ce fut Augustre, qui outre les tablettes cotecs A.C.N.L.
                     ordonna vne quatriesme tablette, par laquelle il estoit licite au iuge de
                     pardonner à ceux qui auoient failly par la fraude d'autruy, &amp; suyuant vn
                     faux testament, comme nous lisons en suetone. Ainsi peu à peu on quitta<note place="margin"> l.ordo. de public. iudic.</note> l'ordre, &amp; circuit
                     ancien porté par les loix iudiciaires, demeurant encores la peine establie par
                     chacune, sans qu'on la peust croistre ny diminuer<note place="margin"> l.1.ad
                        Turpil.</note>, horsmis ceux que i'ay dit. &amp; souuent les Empereurs
                        commettoient<note place="margin"> Tacit. &amp; Tranquil. in Tiberio. in
                        Vespasiano.</note> ou le Senat, ou les plus dignes Magistrats, pour
                     cognoistre extraordinairement des plus grands personnages, our des crimes les
                     plus qualifiez, &amp; les punir ainsi qu'ils verroient, &amp; iugeroient pour
                     le mieux, sans les obliger aux loix penales, &amp; ordinaires. &amp; du temps
                     de Papinian, l'Empereur Seuere<note place="margin"> l.1.de offic. præfec.
                        vrbi.</note> donna puissance au grand Preuost de Rome, de cognoistre
                     extraordinairement de tous crimes quel qu'il fussent, qui se commettoient
                     dedans, &amp; hors la ville quarante lieuës à la ronde. &amp; mesmes les
                     Preteurs, qui n'auoient cognoissance que des causes ciuiles, &amp; des crimes
                        particuliers,<note place="margin"> toto titul. de extraordinai.</note>
                     cognoissoient de plusieurs crimes extraordinaires par preuention auec le grand
                     Preuost: &amp; encores plus les gouuerneurs des Prouinces, qui auoient, comme
                     dit la loy, iurisdiction tresample, &amp; la puissance du glaiue, qui pour
                     ceste cause estoient appellez Potestats. d'autant qu'il n' auoit au paruant
                     l'erection du grand Preuost, que les gouuerneurs des Prouinces qui eussent la
                     puissance du glaiue: &amp; qui s'appellent encores à present Potestats. Or il
                     est tout notoire par les maximes de droict, que les Magistrats qui cognoissent
                     extraordinairement, peuuent condamner à telle peine qu'ils voudront, sans
                     fraude: comme dit la loy, "Hodie. de Pœnis." Il faut donc conclure que le grand
                     Preuost, &amp; les gouuerneurs de pays, &amp; tous ceux qui cognoissent
                     extraordinairement de crime public, soit par commission, soit en vertu de leur
                     office, ont la puissance de iuger, condamner ou absoudre. &amp; non pas
                     l'execution de la loy seulement, à laquelle ils ne sont point sugets pour ce
                     regard. Mais pour esclaircir ce poinct, il faut resoudre deux questions, à
                     sçauoir si l'office est à la Republique, ou bien au Prince souuerain, ou propre
                     à celuy qui en est pourueu, ou commun 321 au public, &amp; au suget. le second
                     poinct est, à sçauoir si la puissance qui est ottroyee par l’erection du
                     Magistrat est propre à celuy qui en est pourueu en qualité de Magistrat, ou si
                     elle est eu la personne du Prince, demeurant l’execution au Magistrat : ou
                     commune au Prince &amp; au Magistrat . Quant à la premiere question, il est
                     sans difficulté, que tous les estats, Magistrats &amp; offices appartiennent à
                     la Republique en proprieté (horsmis en la Monarchie seigneuriale) demeurant la
                     prouision à ceux qui ont la souueraineté., comme nous auons dit cy dessus:
                     &amp; ne peuuent estre appropriez au particulier, si ce n’est par l’ottroy du
                     souuerain, &amp; consentement des estats, confirmé d’vne longue possession à
                     tiltre de bonne foy. comme il s’est fait des Duchez, Marchisats, Comtez, &amp;
                     de toutes les iurisdictions feudales, qui anciennement estoient commissions
                     reuocables au plaisir du souuerain, &amp; peu à peu ont esté ottroyees aux
                     particuliers à vie, puis à eux &amp; à leurs successeurs masles, &amp; par
                     succession de temps aux femelles : en fin elles ont passe en forme de
                     patrimoine en plusieurs Royaumes. Si doncques on parle de la puissance du
                     glaiue, ou autre iurisdiction des feudataires, il n’y a doute que la proprieté
                     est à eux, en rendant la foy &amp; hommage, &amp; auoüant tenir du souuerain :
                     sauf le ressort &amp; droits de souueraineté. Il y a d’autres offi-<note place="margin">Les duchés, comtez, Marquisats, estoient anciennement simples
                        commissions.</note>-ces qui n’ont iurisdiction ny commandement, ains
                     seulement vne simple charge publique &amp; seruile, comme les quatre offices
                     des chauffecires en ce Royaume: les autres fiefs, comme plusieurs sergenteries
                     en Normandie. on a voulu aussi faire les Connestables de Normandie, &amp; de
                     Champaigne, &amp; les grands Chambellans hereditaires: mais les poursuiuans en
                     ont esté deboutez par plusieurs arrests : &amp; entre autres il y en a vn
                     solennel es registres de la Cour, donné l’an m.cclxxii.&amp; deux ans apres
                     Symon Comte de Montfort, fut debouté du droict successif, qu’il pretendoit pour
                     l’estat de Mareschal de la foy, que les seigneurs de Mirepoix s’attribuent en
                     leurs qualitez . Et d’autant qu’il y auoit certains Mareschaux de France, qui
                     vouloient continuer leurs estats en leurs successeurs, ils en furent deboutez
                     par arrest donné ep Parlement le xxii. Ianuier m.ccclxi. comme il se trouue és
                     registres de la Cour, où il est expressément dit, que les estats de Mareschaux
                     de France sont du domaine de la Couronne , &amp; l’exercice ottroyé aux
                     Mareschaux tant qu’ils viuroient. Or combien que la puissance des Mareschaux ne
                     soit que pour le faict de la guerre, comme il fut iugé par arrest du x v. iour
                     d’Aoust l’an m. cccclix. neantmoins la discipline militaire emporte auec soy la
                     puissance du glaiue, ores qu’elle ne soit attribuee par edit, ou loy expresse :
                     &amp; n’a rien de commun auec les edits &amp; ordonnances de la police, ny des
                     autres Magistrats. Car combien que la puissfance du glaiue, &amp; mesmes des
                     verges fust ostee à tous Magistrats Romains, par la loy Porcia. que nous auons
                     cottee cy dessus: neantmoins le Consul auoit toute puissance de la vie &amp; de
                     la mort sus les gendar- 322 mes, sans qu’il y eust aucun moyen d’appel, <note place="margin">lib 6. de militari ac domestica Rom.</note>comme dit Polybe,
                     &amp; pour ceste cause , dit-il, les Consuls ont puissance royale : mais il n’a
                     pas pris garde, que les Preteurs, Dictateurs, Questeurs, &amp; tous autres
                     Capitaines en chef, auoient mesme9 puissance. Aussi par les lettres du
                     Connestable de ce Royaume, la puissance du glaiue ne luy est pas ottroyee: mais
                     ayant la conduicte de la guerre, &amp; en son absence, les Mareschaux de
                     France, la puissance du glaiue leur est attribuee, sans laquelle la discipline
                     militaire ne peut estre maintenue : de laquelle puissance, par cy deuant
                     abusoient les simples Capitaines, tuant les soldats sans forme ny figure de
                     procés, iusques à ce que le Roy Henry leur eust fait defense d’en vser plus en
                     ceste sorte par edit expres, publié à la requeste du sieur Dandelot, lors qu’il
                     estoit Colonel des gens de pied. Si donc les Magistrats militaires, &amp;
                     Capitaines en chef, ont en toute Republique puissance du glaiue, sans aucune
                     limitation, ny restriction de la forme de proceder, ny des peines, pour la
                     varieté des crimes &amp; forfaits, le tout à leur discretion &amp; iugement, on
                     ne peut dire qu’ils soient simples executeurs de la loy, attendu qu’ils n’ont
                     point de loy à laquelle pour ce regard ils soient sugets : &amp; par
                     consequent, il faut conclure, que la puissance du glaiue est transferee en leur
                     personne, suiuant la reigle de Papinian: &amp; que par mesme suite ils peuuent1
                     commettre ceste puissance, ores qu’ils soient presens, &amp; en retenir ce que
                     bon leur semblera: çe qu’ils ne pourroient pas, si par loy speciale ils
                     estoient contraints d’en cognoistre eux-mefmes, &amp; suiure de mot à mot les
                     solennitez, &amp; peines portees par les ordonnances. C’est pourquoy la loy
                     dit, que le Preteur Vrbain auoit puissance de commettre qui bon luy sembloit,
                     ores qu’il fust present: ce que n’auoient pas les Preteurs des causes
                     publiques, car le Preteur Vrbain cognoissoit de toutes causes ciuiles &amp; des
                     criminelles (excepté les causes qu'on appelloit Publiques) entre les bourgeois
                     de Rome: comme aussi faisoit le Preteur estably pour les causes d’entre les
                     estrangers &amp; bourgeois, &amp; condamnoient, ou renuoyoient absouls ceux qui
                     estoient conuenus par deuant eux selon leur discretion, ployant, suployant,
                     &amp; corrigeant la rigueur &amp; douceur des loix. mais quand la loy leur
                     attribuoit quelque cause particulierement, ores que ce fust à leur conscience,
                     neantmoins ils ne pouuoient commettre en ce cas : comme on peut voir en
                        plusieurs<note place="margin">l.nec mandante.de tutorib. datis l.cum ii.sed
                        nec mandante de transact. l.&amp; si de offic. eius cui mand.</note>
                     exemples cotez par les Iurisconsultes. Ce poinct esclaircy nous achemine à la
                     decision de l’autre, c’est à sçauoir que la puissance ottroyee aux Magistrats,
                     en vertu de l’erection qui est faite de leur office est propre à l’office, ores
                     que l'office ne soit pas propre à la personne: car Papinian<note place="margin">l.1.§. qui mandatam.de offi.eius cui mand.l. &amp; si.eod.</note> disant
                     que les commissaires &amp; lieutenans n’ont rien de propre, ains qu’ils vsent
                     de la puissance &amp; iurisdiction de ceux qui les ont commis &amp; deputez,
                     monstre assez que la puissance est propre à ceux qui ont commis &amp; deputé,
                     soient Princes souuerains ou Magistrats. &amp; en cas pareil la loy disoit que
                     le 323 gouuerneur de pays a toute puissance, apres le Prince, en son
                     gouuernement, elle n’est donc pas seulement au Prince. Mais le neud de la
                     question depend principalement de ceste distinction, à laquelle les Docteurs
                     n’ont pas pris garde : c’est à scauoir, qu’il y a grande difference de dire,
                     que la puissance ou iurisdiction est propre au Magistrat , en qualité de
                     Magistrat, ou bien en qualité de particulier. car il ne s’ensuit pas si la
                     iurisdiction est propre au Preteur, que la Preture soit propre à la personne:
                     ains au contraire la<note place="margin">l.vnica. de offic. praefecti
                        august.</note> loy dit, qu’il a en depost, &amp; qu’il en est garde. ainsi
                     disons nous, Garde de la Preuosté, qui est parler proprement, &amp; monstrer
                     que les Estats &amp; Magistrats demeurent en possession, &amp; proprieté à la
                     Republique, comme le depost au seigneur, &amp; que la garde en eft baillee à
                     ceux qui en sont pourueus. &amp; pour mesme cause les Baillifs sont ainsi
                     appellez du mot de Bail, c’est à dire gardien: &amp; la Baillie ancienne de
                     Florence des dix deputez estoit garde de l’estat &amp; souueraineté. c’est
                     pourquoy la Cour de Parlement en l’arrest des Mareschaux de France cy dessus
                     coté, dist que leurs estats estoient du propre domaine de la Couronne, &amp;
                     l’exercice à eux tant qu’ils viuroient. Par ainsi nous pourrons decider la
                     question generale, &amp; sortir des termes de l’hypothese de Lothaire &amp;
                     d’Azon, qui n’ont parlé que de la puissance du glaiue, &amp; conclure, que
                     toutesfois &amp; quantes que les Magistrats, ou commissaires sont obligez par
                     les loix &amp; ordonnances, de commander, &amp; vser de la puissance qui leur
                     est baillee, en la forme &amp; maniere qu’il est prescript, soit en la forme de
                     proceder, soit en la peine, sans y pouuoir adiouster ny diminuer, en ce cas ils
                     ne sont que simples executeurs, &amp; ministres des loix &amp; des Princes,
                     n’ayans aucun pouuoir pour ce regard, soit pour le faict de la police ou de la
                     iustice, ou de la guerre, ou des traitez entre les Princes, ou des charges des
                     Ambassadeurs. &amp; en ce qui leur est permis, &amp; laisse à leur discretion,
                     en ce cas le pouuoir &amp; puissance gist en eux. Et tout ainsi qu’il y a deux
                     poincts principaux en toute Republique, que les Magistrats doiuent auoir deuant
                     les yeux, c’est à sçauoir la loy &amp; l’equité : aussi dirons nous qu’il y a
                     l’execution de la loy, &amp; le deuoir du Magistrat : que les anciens
                     appelloient Legis actionem, &amp; iudicis officium: lequel consiste à
                     commander, ou decreter, ou executer. &amp; tout ainsi que le mot Iudicium,
                     s’entend proprement de ce qui est ordonné par le Magistrat, suiuant les termes
                     de la loy : aussi le mot Decretum, s’entend proprement de ce que le Magistrat a
                     ordonné suiuant l’equité sans loy : &amp; pour ceste cause tous les arrests du
                     Prince s’appellent proprement<note place="margin">l.1. de
                        constitu.princip.&amp; Pauli libri decretorum in cognitionib. prolatorum
                        duntaxat ad principem refertur, cuius propria iurisdictio dicebatur
                        cognitio.</note> Decreta, &amp; non pas ludicia: car le Prince souuerain
                     n’est point suget à la loy. en quoy s’abusent ceux qui ont appellé Decreta
                     autre chose, que la sentence du Senat és deliberations resolues de son aduis:
                     ou l’arrest du souuerain Prince, ou de ce que le Magistrat a ordonné, sans
                     obligation de loy, ny coustume. Or telle proportion qu’il y a de la loy à
                     l’execution d’icelle, sem- 324 blable y a-il de l’equité au deuoir du
                     Magistrat. Et en cas pareil les Magistrats, és cas où ils n’estoient point
                     sugets à la loy, ressembloient aux arbitres: &amp;<note place="margin">Cicero
                        eleganter pro Quintio: &amp; in 3.offic. distinguit iudices ab arbitris iure
                        datis: vt Aristot. GREEK.</note> ceux qui estoient du tout attachez aux
                     loix, ressembloient aux iuges commis pour cognoistre du faict seulement, qui
                     n’auoient aucun pouuoir decognoistre du merite ny de la iustice de la cause. Or
                     l’vn est seruil, l’autre est noble : l’vn est. obligé à la loy, l’autre ne
                     l’est point : l’vn gist en faict, l’autre en droict : l’vn est propre au
                     Magistrat, l’autre est reserve à la loy: l’vn est escrit és loix, l’autre est
                     hors la loy : l’vn en la puissance, l’autre hors la puissance du Magistrat. Et
                     pour mieux remarquer ceste difference, la loy dit, qu’il n’est pas licite<note place="margin">l.cum prolatis.de re iudic.Felin. in e. cum non ab homine. de
                        iudiciis.</note> d’appeller de la peine, portee par les loix, prononcee par
                     le Magistrat, ains seulement de ce que le iuge a declaré coulpable l’accusé:
                     mais il est permis d’appeller de la peine decernee par le Magistrat. par ce que
                     la peine de la loy est du Prince, duquel il n’y a point d’appel. Voila
                     sommairement la distinction, par laquelle non seulement la question d'Azon
                     &amp; de Lothaire sont decidees, ains aussi vne infinité d’autres, qui
                     concernent la charge &amp; deuoir des Magistrats, esquelles plusieurs se sont
                     fort enueloppez: les vns pour auoir mesprisé la prattique, les autres pour
                     n’auoir rien veu en la Theorique, la plus part pour n’auoir entendu l’estat des
                     Romains , ores qu’ils fussent bien exercitez,.&amp; resolus en toutes les
                     parties du droict, neantmoins au faict des Magistrats, de leur puissance &amp;
                     auctorité ils se sont trouuez fort empeschez, Car mesmes du<note place="margin">§.1.glo.5.nu.58.de feudis.</note> Moulin, l’honneur des Iurisconsultes ,a
                     suiuy l’opinion d’Alciat &amp; de Lothaire, sans les distinctions que nous
                     auons posees, ou il adiouste, que la puissance de faire, Lieutenans en ce
                     Royaume a esté ostee aux Seneschaux &amp; Baillifs, par ce qu’ils ne sont que
                     simples vsagers, &amp; que l’vsager ne peut faire autre que luy vsager: qui est
                     vne raison sans apparence, comme nous auons monstré cy dessus: ioint aussi
                     qu’il n’y a pas cent ou six vingts ans pour le plus, que Charles vii. &amp;
                     viii. ont les premiers<note place="margin">Carol.7.at.105.&amp;
                        Carol.8.art.73.</note> erigé les Lieutenans des Baillifs &amp; Seneschaux en
                     tiltre d’office. Et si ceste raison auoit lieu, pourquoy est-ce que<note place="margin">d.l.1 de offic.eius cui.l solet.l.more.de iurisdict.</note>
                     Papinian dit expressement, que les Magistrats peuuent deputer &amp; commettre
                     en leur presence, tant &amp; si longuement, &amp; auec telle limitation qu’ils
                     voudront, des choses qu’ils ont en vertu de leur office, &amp; qui sont propres
                     à leur estat? or les estats &amp; offices estoient beaucoup moins propres,
                     &amp; moins affectez aux personnes qu’ils ne sont à present: car ils sont
                     perpetuels, &amp; en Rome ils ne duroient qu’vn an. &amp; neantmoins ils
                     commettoient qui bon leur sembloit, &amp; mesmes les Iurisconsultes ont
                        fait<note place="margin">toto titulo. de offi. eius cui.</note> liures
                     expres de ceux à qui la iurisdiction est commise : &amp; qui eussent esté
                     inutiles, si la raison de l’vsager au Magistrat estoit receuable. Quant aux
                     anciens Docteurs, ils se sont enueloppez de telle forte, qu’il appert<note place="margin">Bart. Folgos.Alexan. Paul. Castrens. in l.1. de offi. eius
                        cui. Cyn. in l. vnica. q. 4. qui pro sua iurisdict.C. Bald. in l. nec
                        quicquam.§.vbi decretum. de offi.proconsul. Io. andr. in addit. ad specul.
                        tit. de iudic. deleg.§. vlt. vers.item. ludo. Roman. in l.imperium. de
                        iurisdict. om. iudic. Anto. Imol. Panor. Felin.in cap. alias.&amp; in cap.
                        quod se des. de offi. de leg. Bald. in l.gesta col 1. de re iudic C. &amp;
                        in titul. de offi. de leg. dd. in d.cap. quod se des.</note> euidemment
                     qu’ils n’ont rien veu en l’estat &amp; gouuernement de la Republique des
                     Romains, sans lequel il est impossible de rien decider 325 touchant ces
                     questions. Car en ce que les Romains auoient proprement separé l’office du
                     Lieutenant en tiltre du commissaire particulier, &amp; de celuy à qui la
                     puissance estoit baillee par le Magistrat de commander, qu’ils appelloient
                     legatum, iudicem datum, &amp; eum cui mandata iurisdictio est, les Docteurs ont
                     tout confondu ensemble, soubs le mot de Delegué: qui seroit chose longue, &amp;
                     superflue à refuter, n’ayant autre but que traitter ce qui concerne l’estat,
                     &amp; debuoir des Magistrats en general. Or tout ainSi qu’anciennement on
                     s’efforçoit de lier les mains au Magistrats, Gouuerneurs, Ambassadeurs,
                     Capitaines, Lieutenans, &amp; les obliger de suiure les loix, l’instruction, la
                     forme prescripte, &amp; les peines sans rien y adiouster ny diminuer:
                     maintenant on fait tout le contraire, car il n’y a pres que Republique ou les
                     peines ne soient en l'arbitrage, &amp; puissance des magistrats. &amp; presque
                     en toutes causes ciuiles, tous les interests sont arbitraires, sans auoir
                     esgard aux peines portees par les anciennes loix des Romains, ny aux decisions
                     de l’interest ciuil, que l’Empereur Iustinian voulant resouldre en vne<note place="margin">l.vnica. de sentent. quae pro eo quod interest.C.</note> loy,
                     pour contraindre les magistrats soubs la puissance des loix, a esté cause de
                     troubler tous les Iuges &amp; Iurisconfultes qui ont voulu suiure sa loy,
                     impossible, &amp; incompatible auec les loix anciennes : &amp; en fin on a esté
                     contraint de laisser le tout à la conscience, &amp; religion des iuges, pour la
                     varieté infinie des causes, des temps, des lieux, despersonnes: laquelle
                     infinité ne peut estre comprise en loix ny ordonnances quelconques. Et iaçoit
                     qu’il y a quelques peines &amp; amendes portees par les edits, auec defense de
                     les diminuer, neantmoins les magistrats souuent passent outre: comme pour
                     l’edit des faussaires, que le Roy François i. a fait, y mettant la peine de
                     mort, soit en causes ciuiles ou criminelles, les Parlemens, Baillifs, &amp;
                     Seneschaux qui l’ont publié, verifié, &amp; enregistré purement &amp;
                     simplement, ne le gardent point, ayant cognu par trait &amp; succession de
                     temps, qu’il estoit inique, pour la varieté infinie des causes, qui ne soufrent
                     iamais semblable decision. I’ay dit cy dessus qu’on erigea<note place="margin">lege lectoria apud Censorinum.</note> vn officier nouueau à Rome, qui
                     estoit le Preuost de la ville, auec puissance de corriger, suployer, &amp;
                     amender les coustumes &amp; ordonnances, en ce qui concernoit sa iurisdiction.
                     &amp; chacun an le nouueau Preteur en la Tribune aux harangues, apres auoir
                     remercié le peuple de<note place="margin">Cicero in prima orat. in
                        Rullum.</note> l’honneur qu’il auoit receu, faisoit entendre lesedits qu’il
                     auoit progetez: puis il les faisoit pendre en lieu public. Toutesfois ce
                     n’estoient pas loix, car ny les estats, ny le menu peuple, ny le Senat, ny les
                     Consuls, ny les autres Preteurs,ny les Tribuns, ny les successeurs au mesme
                     office, n’y estoient aucunement obligez : ains seulement les particuliers,
                     &amp; en ce qui touchoit la puissance du Preteur. C’est pourquoy disoit
                     Ciceron. Qui plurimum edicto trïbuunt : legem annuam appellant : tu plus edicto
                     complecteris quam lege. car le Magistrat, pour grand qu’il soit, ne peut
                     deroger à la loy, &amp; moins encores icelleabroger. &amp; ne faut pas entendre
                     que le<note place="margin">l.penult. de iustitut.</note> Iurisconsulte, quand
                     326 il dit que le Preteur pouuoit corriger, amender, ou suployer les loix:
                     qu’il eust pouuoir de deroger à icelles, ou les casser : qui estoit le plus
                     haut poinct de la souueraineté: mais cela s’entend de la declaration des loix
                     obscures, &amp; en ce qu’elles pouuoient estre equitablement ployees, sans
                     toutesfois les rompre ny contreuenir à icelles. C’est pourquoy la<note place="margin">l.non est ambigodum de bonorum posses.</note> loy dit
                     generalement, que le Preteur ne pouuoit iamais donner la possession des biens à
                     ceux qui par les loix &amp; ordonnances ne pouuoient estre heritiers. aussi
                     n'estoit-il pas en la puissance des Preteurs, ny de tous les magistrats
                     ensemble faire aucun heritier: car cela se faisoit en<note place="margin">§.sed
                        remota in in stitut. de bonor. l. lege obuenite. de ver. signif.</note>
                     vertu des loix seulement : par lesquelles le<note place="margin">l.&amp; ex
                        diuerso de rei vendic.</note> magistrat declaroit la succession appartenir à
                     tel ou tel. Et combien que plusieurs edits fussent bien plus equitables que les
                     loix, si est-ce que le premier Preteur qui vouloit (sans auoir egard aux edits
                     de tous ses predecesseurs) en pouuoit faire de tous nouueaux, ou bien remettre
                     en vsage les loix qui ia estoient enuieillies. Qui fut la cause que le Tribun
                        Æbutius<note place="margin">Gellius lib.16.</note> presenta requeste au
                     peuple, qui passa en force de loy, à ce que les articles des loix des douze
                     Tables, qui n’estoient plus en vsage par traict de temps, fussent par loy
                     expresse cassez &amp; abolis, ce qui n’eust pas esté fair, si les Preteurs en
                     vertu de leurs edits, eussent peu deroger aux loix. Et mesmes les Preteurs qui
                     auoient fait les edits n’y estoient aucunement sugets, ains ne laissoient pas
                     de iuger tout le contraire: ce que Ciceron reprochant a Verres disoit, Ille
                     nulla religione motus, contràquàm edixerat, decernebat. Combien que ceste
                     reproche n’eust pas grande apparence : car tout ainsi que nul n’est suget à la
                     loy qu’il donne, aussi peut-il pour bonne &amp; iuste cause deroger à icelle.
                     mais quelques annees auparauant il auoit esté ordonné par le<note place="margin">Asconius Paedi. in Cornelianam. Dio. lib.26.</note> peuple, à
                     la requeste du Tribun Cornelius, que chacun Magistrat seroit contraint de
                     garder ses edits en iugeant: ce qui retranchea beaucoup des ports, &amp;
                     faueurs que faisoient les Magistrats à qui bon leur sembloit. Toutesfois ceste
                     loy estant publiee, contre l’aduis de<note place="margin">Ascon.eod
                        loco.</note> plusieurs, &amp; contre la<note place="margin"> l. A Titio §.
                        nulla. de verb.oblic.</note> nature des loix, qui ne peuuent iamais obliger
                     ceux qui les ont faictes, fut bien tost aneantie : aussi ceste loy ne se trouue
                     point en tout le droict, iaçoit<note place="margin">l.1.quod quisque
                        iuris.</note> que les magistrats pour leur fait particulier fussent
                     contraints de soufrir les mesmes edits, iugemens, &amp; ordonnances qu’ils
                     auoient donnez, &amp; fait pratiquer aux autres : mais non obstant cela,
                     tousiours la liberté demeura aux Magistrats de deroger a leurs edits, soit
                     qu’ils fussent publiez pour l’annee qu’ils estoient Preteurs, ou pour vn mois,
                     ou pour peu de iours. Et gencralement la<note place="margin">l.quod iussi. de
                        re iudic.l.si opus.de noui operis.l.qui vetante.de regul.</note> loy dit,
                     que le magistrat peut reuoquer son mandement, &amp; defendre ce qu’il a
                     commandé: iaçoit qu’il ne puisse reuoquer ce qu’il a iugé &amp; prononcé auec
                     cognoissance de cause. En quoy se sont mespris plusieurs qui ont appelle le
                     simple commandement du magistrat praeceptum, non pas edictum, qui n’est autre
                     chose, disoit<note place="margin">in lib.delingua lat.</note> Varron, quam
                     Magistratus iussum: &amp; ont pensé que tel commandement verbal n’obligeoit
                     point, suiuant<note place="margin">Bartol. in l.pater filium.§.Iulius.de
                        legat.2. Cynum praeceptorem secutus. Durandus in tit. de sententius.§.mista.
                        secutus Iacobum Rauennam</note> l’opinion des anciens Do- 327 cteurs. Si
                     cela estoit veritable, pourquoy la loy<note place="margin">l.praetor ait §. ait
                        praetor. de noui operis.</note> commanderoit elle . d’obeir au simple
                     mandement du Magistrat, sans auoir egard si le mandement est iuste ou iniuste.
                     Et le Iurisconsulte<note place="margin">seruo.§cum praetor. ad Trebel.c. cum
                        venissent. de restitut. in integrum.</note> Metian disoit, Reipublicae
                     interesse, vt iniustis, &amp; ambitiosis decretis pareatur. combien que tous
                        les<note place="margin">Plato.in Critone. Cic. pro Cluentio &amp; lib.3.de
                        leg.</note> anciens Philosophes &amp; Legislateurs, n’ont rien plus
                     estroittement recommandé. Or il y a plus d’apparence d’obeir au simple
                     mandement verbal, qui n’est que pour vn iour, qu’aux mandemens qui sont pour vn
                     an, comme estoient tous les edits des Magistrats: d’autant que l’vn est de plus
                     facile execution que l’autre. Qui plus est les loix, les ordonnances, les
                     decrets, les sentences de soy n’obligent personne, si la commission, c’est à
                     dire, le commandement n’est au pied. Et les Magistrats Romains s’empeschoient
                        fort<note place="margin">Cicero, num Praetor iudicare solet de beri?</note>
                     peu à iuger, ains seulement commandoient qu’on obeist aux sentences de ceux
                     qu’ils commettoient pour iuger. Si donques leur mandement verbal n’eust obligé
                     personne, ils n’eussent point esté obeis. C’est pourquoy la<note place="margin">l.t.si quis ius dicenti non obtemperane rit.</note> loy permet à tous
                     magistrats, de condamner à l’amende si on ne leur obeist, sans distinction du
                     mandement verbal, ou de la commission qui a traict, ou des ordonnances qu’ils
                     font, ou des iugemens qu’ils donnent. De cest erreur en est issu vn plus grand,
                     car les vns se glissans auec les autres, ont<note place="margin">Bart.Bald. in
                        l. vt vim de iustitia. Zasius ad §. quadrupli. de action. dd. in l.memi
                        nerint vnde vi. C. &amp; in a. q. 1. Iaso. ad l.t. quod praetor. ne quis cum
                        qui in ius.</note> tenu qu’il est licite de resister de fait &amp; de force
                     aux magistrats, vim inferentibus (c’est le mot dont ils vsent) soit en iustice,
                     soit hors iugement. or la difference est bien grande entre l’vn &amp; l’autre.
                     car le Magistrat hors iugement, &amp; hors la qualité de Magistrat, n’est rien
                     plus qu’vn particulier: &amp; s’il outrage personne on luy peut resister, ainsi
                     que la loy le permet: mais en executant sa charge en son ressort, &amp;
                     n’excedant point sa iurisdiction, il n’y a doubte qu’il faut obeir: soit à
                     droict ou à tort, comme<note place="margin">d l.praetor ait §. ait praetor de
                        noui operis.</note> dit la Loy. s’il excede son ressort ou son pouuoir, on
                     n’est pas<note place="margin">l. vlt. de iurisdict.</note> tenu luy obeir, si
                     l’excez est notoire de faict: ains il se faut pouruoir par oppositions &amp;
                     appellations. s’il n’y a point lieu d’appel, ou qu’il passe outre, sans y auoir
                     esgard, ny deferer au superieur, en ce cas il y a distinction, ou le grief est
                     irreparable, ou bien il se peut reparer : si le grief se peut reparer, il n’est
                     pas licite de faire aucune resistance: si le cas est irreparable, comme s’il
                     est question de la vie ou de peine corporelle, &amp; que le Magistrat voulust
                     passer outre à l’execution sans deferer à l’appel, en ce cas il seroit licite
                     de resister, non pas pour offenser le Magistrat, ains seulement pour defendre
                     la vie de celuy qui seroit en danger, &amp; que la defense fust sans fraude.
                        <note place="margin">Bald. in l. si quis filio.§ 2.de iniusto rupto. Bart.
                        in l.vt vim. de iust. Innocent. in cap. si quando. &amp; in cap.
                        pastoralis.de offic. delegati. ext. l.t. vnde vi.C.</note> autrement il
                     n’est pas permis de resister au Magistrat en l’execution tortionnaire des
                     biens, ores qu’il excedast son pouuoir, &amp; qu’il ne deferast à l’appel, ou
                     qu’il fist iniure: attendu qu’on se peut pouruoir par appellations, par
                     requestes ciuiles, par actions<note place="margin">l. nec magistratibus.de
                        iniuriis.</note> d’iniures, &amp; autres moyens iustes &amp; legitimes. Mais
                     il n'y a loy diuine ny humaine, qui permette de reuanger ses iniures, de fait
                     &amp; de force contre les Magistrats, comme quelques<note place="margin">Specul
                        in tit de citat §. sed numquid. Felin. in cap. ex literis de restitut.
                        spoliat. Decius consil.459. Afflict. lib. 1. consuet. Neapol. tit. l. nu.
                        78. Bart.in l. prohibitum. de iure fisci.</note> vns ont pensé: qui 328 font
                     ouuerture aux rebelles pour troubler tout vn estat: car s’il est permis nu
                     suget de se reuanger de fait &amp; de force contre les Magistrats, on vsera des
                     mesmes arguments pour resister aux Princes souuerains, &amp; fouler les loix
                     aux pieds. Or les loix ont tousiours eu la voye de fait en si grand horreur,
                     que mesmes elles ont<note place="margin">l.1.l si de fundo. de vi &amp; vi
                        armat.l.si pignore § si praedo. de pignora.l.t.§.si praedo.l. bona fides. de
                        posit.l.ita vt si fur vel praedo commod.</note> reftitué les voleurs &amp;
                     brigands, es lieux qu’ils auoient iniustement occupez, si par force ils en
                     estoient chassez: &amp; ont debouté<note place="margin">l. si quis in tantam ad
                        l.Iul.de vi. C l. extatquod nutus.l. quem admodum.§. 1. ad l. aquil. l. ex
                        stipulatione. de acquir. vel amitt. pos.l.vnie. de suffrag. C. l. dotis.
                        solutio l. in reb. de iuredot. C.</note> les vrays Seigneurs de leurs
                     droicts, quand ils ont procedé par voye de fait. &amp; mesmes en cas d’exploits
                     domaniaux, le Seigneur doibt faire proceder par ses Iuges. Car la plus saine
                     opinion est, que les Seigneurs particuliers, quelque iurisdiction qu’ils ayent,
                        ne<note place="margin">ex l. creditores. ad l. Iul. de vi priu. contra Molm.
                        §. 1. glo. 4. nu 7. in consuetud. paris.</note> peuuent exploicter que par
                     leurs officiers, s’il est question de leur fait .Et la<note place="margin">l.non est singulis. de regul.</note> loy qui dit qu'il ne faut pas
                     permettre aux particuliers, ce qui peut estre fait par le magistrat, porte sa
                     raison, ne occasio sit maioris tumultus faciendi. Aussi la loy des xii. tables
                     qui dit, VIS IN POPULO ABESTO, ne s’entend pas seulement de la force, &amp;
                     violence par armes , ains aussi quand on<note place="margin">l. creditores. de
                        vi priuata.l. in rebus de iuredot. C.</note> veut auoir ses choses,
                     autrement que par la voye de iustice. Et s’il n’est pas licite au vray
                     Seigneur, d’aposter mesme son cachet aux choses qui luy appartiennent, estans
                     en la possession d’autruy, comment seroit-il licite au Seigneur feodal, de
                     saisir &amp; exploicter le fonds, duquel la proprieté est à autruy? Dauantage
                        la<note place="margin">l.1. ne quis in sua causa. C.</note> maxime de droict
                     naturel ne soufre pas que personne soit iuge en son fait. Or de ceste question
                     en depend vne autre, touchant la puissance &amp; auctorité du Magistrat, à
                     sçauoir, s’il peut condamner celuy qui luy fait iniure : qui est encores<note place="margin">Bart. Bald. Alberic. Salic &amp; in l. qui iurisdictioni de
                        iurisdic. Panor. Butrio Felin. Barbat. Decius in ca. cum venissent de iudic.
                        Oldrad consil.7.</note> indecise. Toutesfois sans entrer plus auant en
                     dispute, il est, &amp; a tousiours esté licite à tous Magistrats<note place="margin">l.t. si quis ius dicenti. l. item apud.§. adiicitur de
                        iniuriis. Angel. in l. qui iurisdictioni. de iurisdict. cap 1. de
                        poenis.</note> exerçans leur estat, ou commission, de condamner &amp;
                     chastier ceux qui parlent à eux temerairement, &amp; proceder contr’eux par
                     amendes &amp; saisies de corps &amp; de biens, selon la puissance &amp;
                     iurisdiction à eux donnee: si l’iniure n’estoit telle, qu’elle meritast
                     punition corporelle, alors les magistrats doibuent depoüiller la personne
                     publique, &amp; receuoir Iustice de la main<note place="margin">d.l qui
                        iurisdictioni. &amp; l.t. ne quis in sua causa.</note> d’autruy : si ce
                     n’est que l’iniure soit faicte à vn corps, &amp; college de Iuges souuerains:
                     en ce cas. ils pourroient cognoistre &amp; iuger le crime: non pas pour vanger.
                     l’iniure faicte à eux, ains à la Republique, qui est offensee beaucoup plus que
                     ceux qui foustiennent la personne des magistrats. Et iaçoit que la loy dit, que
                     l’action d’iniures se remet aisément, &amp; par soufrance qu’elle est bien tost
                     enseuelie, cela s’entend des particuliers, &amp; non pas des personnes
                     publiques, &amp; mesmement des magistrats, lesquels on ne peut outrager, sans
                     encourir crime de leze<note place="margin">l.3.ad l. Iul maiest.</note>
                     majesté. Et pour ceste cause le crime commis en la personne du magistrat,
                     l’indignité du fait, &amp; la peine croissent. ie di en la personne du
                     Magistrat, non pas seulement quad il exerce son estat: ains aussi en quelque
                     lieu qu’il soit portant les marques de magistrat, ou qu’il soit cognu pour tel,
                     il doibt estre inuiolable, &amp; comme 329 disoient les anciens Latins
                     Sacrosanctus : aussi Ia loy publiee pour la seurete des magistrats, s’appelloit
                     Horatia de sacrosanctis Magistratibus, conceuë en ces termes<note place="margin">Liuius lib.3. Dionysius lib.5. lata anno ab V.C.
                        ccciiii.</note> Qui Tribunis plebis, Ædilibus, Judicibus nocuerit, eius
                     caput Joui sacrum esto: familia ad aedem Cereris, Liberi, Liberaeque venum ito.
                     les vns ont voulu dire , que le mot de Iudices s’entend des Consuls, qui
                     estoient seuls iuges alors entre tous les magistrats: en quoy il y a bien
                        quelque<note place="margin">Cicero lib.3. de legib. &amp; Varro lib.2. de
                        lingua lat. Festus lib. 14. Regio imperio duo sunto iique praeeundo.
                        iudicando, iudicando, consulendo Praetores Iudices, Consules, appellanto.
                        Liuius lib.3. Nondum illis temporibus Consules dicebantur iudices, sed
                        Praetores.</note> apparence : car ils s’appelloient premierement Preteurs
                     &amp; puis Iuges, &amp; apres que’leur iurisdiction pour la ville fut attribuee
                     à vn Preteur special, ils furent appeliez Consuls : mais toutesfois il semble
                     que la loy ayant mis les Iuges apres les Tribuns, &amp; les petits voyers (car
                     les grands voyers, qu’ils appelloient Aediles curules, n’estoient encores
                     erigez) a voulu comprendre tous les iuges, attendu mesmes que la loy n’est pas
                     publiee à la requeste d’vn Tribun, au mespris des Consuls, ains par le Consul
                     Horace, car xliiii. ans auparauant la loy Iunia<note place="margin">Dionis.lib.6. Liuius lib. 2. Cicero pro Sextio.</note> sacrata auoit esté
                     publiee pour la seureté des Tribuns: ioint aussi que la personne des Iuges, qui
                     ont la puissance des biens, de la vie, &amp; de l’honneur, est beaucoup plus
                     sugette aux dangers, que des autres officiers. &amp; pour ceste cause la loy
                     n’a pas dit qui tueroit les Iuges, ains qui les outrageroit tant soit peu,
                     c’est à dire nocuerit. &amp; fait bien à noter, qu’il n’est pas dit en exerçant
                     leur estat seulement, car ce seroit ouurir la porte pour les tuer en tout autre
                     lieu. Et celuy s’est abuzé, lequel ayant recueilly les arrests de la Cour, a
                     pensé qu’vn gentil-homme auoit esté condamné par arrest, d’estre trainé sus vne
                     claye, &amp; puis auoir le poing couppé, &amp; son corps mis en pieces, son
                     bien confisqué, &amp; cinq cens liures d’amende enuers le Conseiller, pour
                     l’auoir frappé sus le bras d’vn coup d’espee lors qu’il l’interrogeoit. Car on
                     sçait assez que ce n’est pas la coustume de venir pour estre interrogé l’espee
                     au costé. Mais si le Magistrat estoit en habit deguisé,ou incogneu, ou si la
                     nuict il rodoit les rues, comme faisoit Aulus Hostilius Ædile, qui<note place="margin">Gellius.</note> fut mal traitté faisant effort à la porte
                     d’vne courtisane: &amp; renuoyé auec sa courte honte quand il en fist sa
                     plainte au peuple : en ce cas l’outrage a luy fait, ne doibt pas estre puni
                     comme fait au magistrat. car mesmes vn certain Tribun du peuple ayant voulu
                     attenter à l’honneur d’vne fille, fut pris par le Triumuir capital, &amp; par
                        luy<note place="margin">Valer.max. lib. 8.</note> puni comme vn esclaue ou
                     estranger, &amp; delaisse par les autres Tribuns ses collegues, iaçoit que les
                     loix sacrees portoient defenses sus la vie d’offenser le Tribun, ny commander
                     qu’il fust puni pour chose que ce fust. &amp; en cas pareil si le Magistrat
                     estoit masqué, &amp; les particuliers masquez portants les marques de
                     Magistrats: comme il se faisoit en Rome<note place="margin">Herodian. in
                        Commodo.</note> durant la feste de Cybelle, l’iniure faite au Magistrat ne
                     seroit point punie comme faite au Magistrat. hors ces cas là, le Magistrat
                     doibt estre tenu pour tel, en quelque lieu qu’il soit. Et non seulement il
                     n’est pas licite d’offenser, ny outrager les magistrats de fait,ny de parole,
                     ains il est necessaire de les respe- 330 cter &amp; honnorer, comme ceux à qui
                     Dieu donne ceste puissance. Ce que les Romains anciennement faisoient bien
                     d’autre sorte, qu’il ne se fait à present : car mesmes les Censeurs noterent
                     d’ignominie, &amp; degraderent vn bourgeois Romain de son ordre, pour auoir
                     respiré &amp; baàillé vn peu trop haut en leur<note place="margin">Valer.max.lib.2.</note> presence. &amp; au Senat des Areopagites, il estoit
                     defendu de rire : comme dit l’Orateur Æschine contre Timarque. Vn autre nommé
                     Vectius fut tué sus le champ, pour ne s’estre leué lors que le Tribun<note place="margin">Plutar.in vita Grac chor. Veturium vocat.</note> du peuple
                     passoit deuant luy. Et de fait l’Empereur Valentinian appelle sacrilege de ne
                     faire honneur aux Magistrats. Aussi lisons nous, que le fils de Fabius Max.
                     voyant son pere de loing venir à luy, &amp; que les massiers pour la reuerence
                     paternelle, n’osoient le faire descendre de cheual, luy fist commandement<note place="margin">Plutar. in Fabio.</note> dedescendre: le pere obeissant
                     ambrassa son fils, l’estimant d’auantage que s’il eust fait autrement. car la
                     puissance domestique doibt ployer, dit la loy, <note place="margin">l nam quod
                        attinet. ad Trebel.</note> soubs l’auctorité publique. .Vray est que les
                     eftats alors se donnoient à la vertu, &amp; non pasau plus offrant. mais
                     pourtant s’ils sont acheptez, il ne faut pas que soubs ce voile, on vienne à
                     mespriser le Magistrat: ce qui ne se peut faire sans vn mespris de Dieu, qui
                     donne ceste puissance en quelque sorte que ce soit. Et pour ceste cause Dieu
                     parlant à Samuel, ce n’est pas toy, dit-il, ains c’est moy qu’ils ont mesprisé.
                     Et si les moqueurs ne sont touchez de la crainte de Dieu, si est-ce qu’ils ne
                     peuuent nier qu’il ne soit plus que necessaire d’obeir, respecter, &amp;
                     honnorer les Magistrats pour la tuition des Republiques, &amp; societé des
                     hommes. ce que les anciens ont figuré, comme dit Æschine, par la Deesse
                     Pitarchie, qui signifie l’obeissance des sugets aux Princes &amp; Magistrats,
                     laquelle ils ont appellee femme de Iupiter Sauueur: duquel mariage fut
                     engendree Felicité. Aussi doibt le Magistrat donner si bonne opinion de luy, de
                     sa iustice, prudence, &amp; suffisance, que les sugets ayent occasion de
                     l’honnorer, &amp; ne souffrir pas que pour son indignité, l’honneur de la
                     Republique soit foulé: car le crime en la personne d’vn Magistrat double. Et de
                     fait Solon en vn article<note place="margin">Laertius.</note> de ses loix
                     permist de mettre à mort le Magistrat, qui seroit trouué yure : qui monstre
                     combien le vice estoit alors blasmé, &amp; la bonne opinion requise es
                     Magistrats. ce que plusieurs s’efforcent d’euiter par trop grande rigueur &amp;
                     seuerité de peines : les autres veulent gaigner la faueur en pardonnant. mais
                     l’vn &amp; l’autre est reprouué par la<note place="margin">l.respiciendum de
                        poenis.</note> loy. En quoy plusieurs se sont mespris, lesquels ayans la
                     puissance des peines sans loy, ont pensé quel’equité gist en douceur, contre la
                     rigueur des loix: combien que l’equité est de telle nature, qu’elle n’a rien de
                     commun auec la rigueur, ny auec la misericorde : mais elle resemble la reigle
                     Lesbienne, laquelle estant de plomb, ploye aussi bien d’vn costé que d’autre.
                     Si le forfait est plus grand que les peines apposees aux loix ordinaires, le
                     Magistrat qui cognoist extraordinairement, doibt croistre la 331 peine: si la
                     faute est moindre, il doibt adoulcir la peine : &amp; non pas affecter<note place="margin">d.l.respiciendum.</note> le tiltre de Magistrat pitoyable,
                     qui est l’vn des vices à fuir autant, voire plus que la cruauté. car la
                     cruauté, bien qu’elle soit à blasmer, retient les sugets en l’obeissance des
                     loix : &amp; la trop grande doulceur, fait mespriser les Magistrats &amp; les
                     loix, &amp; le Prince qui les a establies. c’est pourquoy la loy de Dieu defend
                     expressément d’auoir pitié du pauure en iugement. Il y en a d’autres qui iugent
                     bien, &amp; ne se lachent point aller à la pitié, à laquelle les hommes
                     naturellement sont plus enclins qu’à la rigueur, mais ils ne sçauent pas tenir
                     la grauité seante au Magistrat : comme il s’est trouué de nostre aage l’vn des
                     premiers Magistrats de ce Royaume, lequel au plus haut siege de iustice, &amp;
                     alors mesmes qu’il condamnoit à mort, il donnoit quelque traict de risee.
                     Auguste faisoit bien autrement, car combien qu’il fust estimé fort entier,
                     &amp; droict en Iustice, si est-ce qu’il ne condamnoit iamais à mort qu’en
                     souspirant, comme dit Seneque. Les autres au contraire, se cholerent,
                     menassent, &amp; iniurient ceux qu’ils iugent: comme faisoit ordinairement
                        Claude<note place="margin">Tranquil.in Claudio.</note> l’Empereur, qui getta
                     vn iour le tranche-plume aux yeux de celuy qu’il iugeoit, auecques vn visage
                     plus bestial qu’Imperial. non pas que le vueille blasmer les cohortations &amp;
                     reprehensions acerbes, que le Magistrat doibt faire aux accusez, alors mesmes
                     qu’il veut vser de punition plus doulce, enuers ceux qui par erreur ont failli,
                     car c’est vne des choses les plus requises au Magistrat, de faire entendre la
                     grauité des fautes, tant affin que les coulpables cognoissent ce qu'ils ont
                     merité, que pour les induire à repentance. &amp; en ce faisant la punition a
                     moins d’acerbité, &amp; plus de profit, comme Papyrius<note place="margin">lib.9.</note> Cursor, que Tite Liue met par dessus tous les hommes de son
                     aage, qui auoit vne dignité incroyable de bien commander, &amp; neantmoins la
                     seuerité dont il vsoit, estoit entremeslee d’vne grauité doulce, ainsi qu’il
                     fist cognoistre à vn Capitaine des Prenestins, qui estoit venu au secours apres
                     la bataille, Papyrius luy monstra son visage, auec vne parole qui faisoit
                     trembler vn chacun, &amp; soudain commanda au Massier de deslier la masse. le
                     Capitaine n’attendoit que la mort, &amp; neantmoins Papyrius dit au Massier
                     qu’il coupast vn escot, qui empeschoit de se pourmener: &amp; condamna le
                     Capitaine à vne bonne amende qu’il paya tres-volontiers, pensant qu’on luy eust
                     donné la vie: &amp; si on l’eust fait mourir il y auoit danger de faire
                     reuolter les alliez. ce qu’il n’eust pas pardonné à vn Romain. mais tout ainsi
                     qu’il y a grande difference entre les fautes qui se font en guerre &amp;
                     ailleurs: car, comme disoit vn ancien Capitaine, on ne peut faillir deux fois
                     en guerre: auffi faut-il que les Magistrats militaires, vsent bien d’vne autre
                     façon de commander, de punir, d’executer les peines qu’on ne fait en paix:
                     d’autant que la discipline militaire doibt estre beaucoup plus seuere que la
                     domestique. Non pas toutesfois que la rigueur doibue passer en cruauté: com-
                     332 me il s’est trouué plusieurs capitaines qui ne se monstroient iamais
                     vaillans qu’à tuer les soldats sans les ouyr. comme Seneque<note place="margin">in lib.3. de ita.____</note> met vn acte de Pson proconsul, pour vn exemple
                     de cruauté signalee enuers les soldats: ayant veu vn soldat qui retournoit seul
                     au camp, le condamna à mourir, pour ce qu’il estoit retourné au camp sans
                     compagnon, preiugeant qu’il l’auoit tué : le soldat affermoit qu’il venoit
                     apres luy : Pison ne voulant receuoir ceste excuse l’enuoya au supplice: sus le
                     poinct qu’on estoit de l’executer, son compagnon se presente plein de vie:
                     alors le Capitaine qui auoit charge de faire executer, retourne au Proconsul
                     auec les deux soldats: le Proconsul irrité les fait tous trois mourir: le
                     premier par ce qu’il auoit esté condamné : le second par ce qu’il auoit esté
                     cause de la condemnation : &amp; le Capitaine, par ce qu’il n’auoit obeï. de
                     forte que pour l'innocence d’vn homme, il en fist mourir trois. ce n’est pas
                     vser iustement, mais abuser tres-cruellement de sa puissance: mais la cruauté
                     d’autant estoit plus detestable, qu’il ny auoit moyen d’appel, ny de requeste
                     ciuile, obstant la rigueur de la discipline militaire. </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>