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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text xml:lang="fre"><body><div type="edition" xml:space="preserve" n="urn:cts:pdlpsci:bodin.livrep.perseus-fre1" xml:lang="fre"><div n="3" type="textpart" subtype="book"><div n="4" type="textpart" subtype="chapter">
                  <head><hi rend="italic">CAPVT IIII</hi> DE L’OBEISSANCE QVE DOIT le Magistrat aux
                     loix, &amp; au Prince souuerain.</head>
                  <p> ‘ v&gt;- v *. . ■ • r ob PVIS que le Magistrat, apres le souuerain, est la
                     personne ne principale de la Republique, &amp; sus lequel se deschargent ceux
                     qui ont la souueraineté, luy, communiquant l'auctorité, la force &amp; la
                     puissance de commander, c’est bien raison deuant que passer, outre, de toucher
                     brieue- ment quelle obeissance il doit au Prince fouuerain;qui <note place="margin">Difference entre le prince, le Magistrat, &amp; le
                        particulier.</note>est la premiere partie de son deuoir. Et la difference
                     est à remarquer entre Je Prince souuerain, les Magistrats &amp; les
                     particuliers:d’autant que le souuerain n’ainen plus grand ny egal à soy, voyant
                     tous les sugets soubs sa puissance: Ie particulier n’a point de sugets fus
                     lesquels il ait puifTance <pb n="301"/> publique de commander: mais le
                     magistrat soustenant plusieurs personnes change souuent de qualité, de port, de
                     visage, de façon de faire: &amp; pour s'aquitter de sa charge, il est besoin
                     qu’il scache comment il faut obéir au souuerain, ployer soubs Ia puissance des
                     magistrats, superieurs à soy, honnorer ses esgaux, commander aux sugets,
                     defendre les petits, faire teste aux grands, &amp; iustice à tous.<note place="margin"> Magistratus virum.</note> C'est pourquoy les anciens
                     disoient que le magistrat descouure quelle est la personne: ayant à iouer comme
                     en vn theatre public, &amp; en veue d’vn chacun, beaucoup de personnages: aussi
                     pouuons nous dire, que la personne fait cognoistre quel est Ie Magistrat: car
                     fil est tel qu’il doibt, il rehausse la dignité du Magistrat: s'il en est
                     indigne, il rauale l’auctorité d’iceluy, &amp; la majesté du souuerain. &amp;
                     comme dit Tite Liue du Magistrat indigne de sa charge: non "qui sibi honorem
                     adiecisset, sed indignate sua vim, acius Magistratui quem gerebat dempsisset."
                     Or pour sçauoir quelle obeissance doibt le Magistrat au souuerain, il est
                     besoin defçauoir quel est le mandement du souuerain. Car les mandemens du
                     Prince font diuers: les vns portent edits &amp; loix perpetuelles pour toutes
                     personnes, de quelque qualité &amp; condition quelles soient: ou pour quelques
                     personnes, &amp; pour quelques temps par maniere de prouision. les autres
                     emportent quelque priuilege cotre les edits pour vn seulement, ou bien peu de
                     sugets: ou quelque bien-fait qui n'est point contre la loy: ou bien loyer aux
                     bons, ou peine aux mauuais: ou quelque office, ou quelque commission: ou bien
                     declarant quelque edit ou priuilege, ou bien pour faire la guerre, ou publier
                     la paix: ou pour faire leuee de gens de guerre, ou pour dresser estapes: ou
                     pour leuer tailles, aydes, subsides, creües, nouueaux imposts ou empruns: ou
                     pour enuoyer ambassades pour se coniouyr, ou condouloir du bien ou des
                     infortunes des autres Princes: ou pour traitter mariages, alliances, ou autres
                     choses semblables: ou pour construire &amp; fortifier les places fortifiables,
                     reparer les ponts, chemins, ports, &amp; passages: ou pour iuger quelques
                     procez: ou pour executer quelques mandemens: ou pour enteriner lettres de
                     iustice, restituer les mineurs, Ies maieurs, les condamnez, ou pour abolition
                     generale, ou particulière, ou remission ou lettres de pardon, qui font
                     differentes. desquels mandemens cy dessus declarez, y en a qui contiennent
                     diuerses especes: comme les priuileges, &amp; bien-faits, soit pour quelque
                     don, ou exemption &amp; immunité de toutes charges, ou de quelques vnes, ou
                     exoines, ou lettres d'estat, ou pour auoir droict: de bourgeoisie, ou de
                     legitimation, ou de noblesse, ou de cheualerie: ou de foires, ou de corps &amp;
                     college: ou autre chose semblable. Toutes lesquelles lettres se peuuent
                     resouldre en deux sortes, c'est à sçauoir, en lettres de commandement, ou
                     lettres de iustice: combien que la clause, Si VOUS MANDONS, est aussi bien aux
                     vnes comme aux autres: comme en cas pareil le mot Latin IVBEMVS estoit aussi
                     bien aux lettres de iustice, comme aux lettres de grace &amp; de faueur: comme
                     on peut voir aux loix, &amp; lettres <pb n="302"/> patentes des Empereurs de
                     Grece. Mais les lettres de grace, ou qui procedent de la seule puissance &amp;
                     auctorité du Prince, sont proprement appellees en ce Ryoaume Mandemens, &amp;
                     les secretaires qui les expedient, secretaires des commandemens: &amp; les
                     lettres de iustice, le plus souuent sont expediees par les autres secretaires,
                     &amp; la difference du grand &amp; petit seel, &amp; mesmes en la pluspart la
                     varieté de cire, &amp; de queüe simple ou double, ou le seel pendant en soye de
                     diuerses couleurs fait cognoistre la difference des lettres. Ie sçay bien que
                     les Latins appelloient "mandata Principum, ceque nous appellons en nostre
                     langue Instructions aux gouuerneurs, capitains, ambassadeurs, &amp; autres qui
                     vont en quelque charge, ainsi se prende le mot de MANDATA en<note place="margin"> Constitut. 17. &amp; in I. mandatis de poenis. ff.</note>
                     droict, ou l'Empereur Iustinian dit, qu'il auoit composé vn liure des
                     mandemens, ou commandemens pour les gouuerneurs de prouince. Mais laissant la
                     subtilité des mots, examinons la force des clauses portees par les lettres
                     patentes &amp; mandemens comme est celle cy, A TOVS PRESENS &amp; à venir.
                     ceste clause est apposee seulement aux lettres, qui sont faites pour auoir
                     trait perpetuel: &amp; non pas aux edits qu'on fait par maniere de pouision, ny
                     aux commissions, ou autres lettres de prouision. cela est bien notoire mais
                     ceste clause TANT QV'A SVFFIRE FOYVE, est bien de plus grande importance, &amp;
                     ordinairement apposee és lettres qu'on appelle de Iustice, par laquelle le
                     Prince laisse à la discretion de celuy à qu'il addresse ses lettres, pour les
                     enteriner ou casser, selon que sa conscience &amp; l'equité le iugera. ce qui
                     n'est point és lettres de commandement, qui n'attribuent rien à celuy auquel
                     elles s'adressent, si ce n'est quelquesfois la cognoissance du fait seulement,
                     SI VOVS APPERT DE CE QVE DICT EST, &amp;c. Tellement qu'on peut dire les
                     lettres de Iustice, ores qu'elles soient ottroyees par le Prince, ne porter
                     aucun mandement, ny contrainte quelconque au Magistrat, à qui elles sont ad
                     dressees: ains au contraire par les<note place="margin"> Philip.
                        Constit.attic.II.&amp; Carol.VII. art.66.</note> ordonnances de Charles VII.
                     &amp; Philippe le Bel, il est defendu aux iuges d'y auoir esgard, si elles ne
                     sont equitables. Et combien que la mesme forme de lettres de iustice, soient
                     ottroyees en Angleterre, qu'ils appellent Briefs de iustice, &amp; en Espagne,
                     &amp; autres Royaumes, si est-ce neantmoins que cela s'est plustost fait pour
                     le profit particulier de quelques vns, que pour la grandeur &amp; accroissement
                     de la majesté des Roys ( qui les ottroyent par forme de bien fait) ou pour
                     necessité qu'il en soit: puis que le tout est remis en la puissance du
                     Magistrat apres l'ottroy de lettres: ce qui n'est pas auparauant l'ottroy
                     d'icelles. Qui fut la cause que les estats tenus à Orleans presenterent
                     requeste au Roy, pour retrancher ceste formalité de lettres, qui ne neuient
                     qu'à la foule du peuple, sans que le Roy ny le public en tire aucun profit.
                     Aussi les anciens Grecs &amp; Latins, n'ont iamais cognu ceste forme de lettres
                     de iustice: mais les Magistrats sus la requeste de parties, faisoient autant
                     303 que nos iuges sus l’ottroy des lettres de iustice. &amp; la clause, Tant
                     qu'a suffire doyue, est celle mesme qui est portee par les edits des<note place="margin"> l.1. exquila. causis maior.</note> Preteurs en ceste forme,
                     SI QVA MIHI IVSTA CAVSA VIDEBITVR. Vrav est que la puisance de corriger,
                     suployer, &amp; declarer les loix, concernans la iurisdiction ciuile, ensemble
                     de restituer &amp; releuer ceux qui auoient esté circonuenus, ou qui auoient
                     failli aux formalitez des loix (puissance qui estoit donnee aux Preteurs par
                     l’erection de leur magistrat, comme dit<note place="margin"> l. penult. de
                        iustitia.</note> Papinian) ressent ie ne sçay quoy des marques de la majesté
                     souueraine: &amp; pour ceste cause on appelloit le droict des Preteurs, droict
                     honorable, que les<note place="margin"> Bartol. Alexan. Alberic. ad l. Imperium
                        de iurisdict.</note>, Docteurs appellent Noble-debuoir. Quant à la
                     déclaration &amp; correction des edits &amp; ordonnances, nous auons dit que
                     cela appartient à ceux qui ont la souueraineté: mais quant aux restitutions,
                     &amp; tout ce qui concerne les lettres de iustice, il n’y a pas grande
                     apparence que le Prince souuerain s'en empesche, ou pour mieux dire les
                     officiers des Chanceliers sous le nom du Prince. I'excepteray seulement
                     quelques lettres de iustice, qui passent soubs Ie grand seel, &amp; ausquelles
                     la clause que i’ay dit, Tant qu'a suffire doyue, est inseree: laquelle clause
                     depleut à certain personnage tenant l’vn des plus hauts degrez d’honneur en ce
                     Royaume, qui n’entendoit point la force d’icelle, &amp; la voulut rayer, disant
                     que la majesté du Roy estoit diminuee, mais il estoit excusable, n’ayant pas
                     bien leu les ordonnances de nos Roys. Et comment seroit diminué la majesté des
                     Roys pour ce regard, veu mesmes que les anciens Roys d’Egypte faisoient iurer
                     les Magistrats de n’obeir iamais à leurs mandements, fils commandoient de iuger
                     iniquement, ainsi que nous lisons aux sentences des Roys d’Egypte rapportees
                     par Plutarque. Puis donc que l'enterinement, ou rescision des lettres de
                     iustice, adressees soubs le nom du Roy aux Magistrats, depend de leur equité
                     &amp; discretion., il n'est pas besoin d’en dire d’auantage. Mais quant aux
                     lettres de commandement, qui ne portent que la question du fait simple, sans
                     attribuer la cognoissance au magistrat du merite d’icelles, il n'est pas sans
                     difficulté., si le magistrat estant informé du fait, comme il estoit porté
                     parla teneur des lettres, les doit verifier ou executer estant iniustes. &amp;
                     la difficulté est encores plus grande quand les lettres n’attribuent puissance
                     au magistrat, ny du fait, ny du merite de l’ottroy: &amp; mesmement s'il y a
                     mandement expres. Car quelquesfois les Princes vsent de prieres enuers les
                     magistrats, par lettres particulieres de cachet, pour accompagner les lettres
                     de commandement iniustes: &amp; bien souuent és lettres patentes les prieres
                     font accompagnées de commandemens. Nous vous prions, &amp; neantmoins
                     commandons: enquoy il semble que le Prince deroge à sa majesté, si la chose est
                     iuste, on à la loy de Dieu &amp; de naturel elle est iniuste. Or iamais le
                     Magistrat ne doibt estre prié, pour faire son debuoir, ny déprié pour ne faire
                     chose qui soit inique &amp; deshonneste. comme disoit Caton le Censeur: ioint
                     aussi que le com- <pb n="304"/> mandement est incompatible auec les prieres.
                     Donc pour resouldre ce poinct, si les lettres du Prince n’attribuent aucune
                     cognoissance au Magistat, ny du fait, ny du droite ains seulement l'execution
                     luy en est donnee, le Magistrat n’en peut prendre aucune cognoissance, si les
                     lettres ne font notoirement<note place="margin"> Rotæ decis. 3. de except.. in
                        nouis. Felin. in cap. de cætero col.2. Pano. eod. col. 7 Hostiens. &amp;
                        Imola in c. cum concingat. de rescript.</note> faulses, ou<note place="margin"> Imol. in Clement. 1. de re Iudic. col. 9. Bartol. in l. à
                        diuo. de re iudic. text. in cap. pastoralis. de rescri. ext.</note> nulles,
                     ou contre les loix de nature, comme si le Prince commandoit aux Magistrats de
                     faire mourir les innocens, ou tuer les enfans, ainsi que Pharaon &amp; Agrippa:
                     ou de voler &amp; piller les pauures gens: comme de nostre aage ie Marquis
                     Albert, entre ses nobles cruautez faisoit planter des gibets aux villes qu’il
                     auoit forcees, &amp; commandoit aux soldats de piller &amp; voler les habitans
                     sus peine d'estre pendus: ores qu’il n'eust cause veritable, ny vray-semblable
                     de prendre les armes. Or si le suget d’vn seigneur particulier, ou iusticier
                     n'est pas tenu<note place="margin"> l.vlt. de iurisdict.</note> d’obeir en
                     termes de droit si le Seigneur ou le Magistrat passe les bornes de son
                     territoire, ou de la puissance qui luy est donnee, ores que la chose qu’il
                     commande fust iuste &amp; honneste, comment seroit tenu le Magistrat d'obeir,
                     ou d'executer les mandemens du Prince en choses iniustes &amp; deshonnestes?
                     car en ce cas le Prince franchist &amp; brise les bornes sacrees de la loy de
                     Dieu &amp; de nature. Si on me dit, qu’il ne se trouuera<note place="margin">
                        Bald. in l.nuptæ de Senator. &amp; in l. imperium. de iurisdic. Innocent. in
                        cap. quæ in ecclesiarum. de constit.</note> point de Prince si mal apris,
                     &amp; n'est pas à presumer qu’il voulust commander chose contre la loy de Dieu
                     &amp; de nature: il est vray, car celuy pert le tiltre &amp; l’honneur de
                     Prince, qui fait contre le debuoir de Prince. Nous auons monstré par cy
                        deuant<note place="margin"> cap. de la souueraineté.</note> que le Prince ne
                     peut rien contre la loy de nature, touché les distinctions qu’on peut faire és
                     loix humaines, &amp; que veut dire la puissance absoluë, &amp; quel poix a la
                     clause des lettres patentes, TEL EST NOSTRE PLAISIR, qui peuuent esclarcir la
                     question touchant l'obeissance du Magistrat enuers le Prince, qui depend
                     aucunement de la puissance du Prince sus le Magistrat, en laquelle nous ne
                     voulons entrer, ains feulement remarquer le debuoir du Magistrat en l'execution
                     des mandemens du souuerain. Mais il y a quelquesfois de fi meschans Magistrats,
                     qu’ils font pis qu’il ne leur est commandé, comme il est tout notoire d’vn qui
                     eut mandement de leuer quatre vingt mil francs sus vne Prouince
                     extraordinairement, il en leua iusques à quatre cens mil &amp; plus: &amp; en
                     receut bon loyer. Et toutesfois Tibere l’Empereur quoy qu’il fut appele cruel
                     Tyran, reprist aigrement le gouuerneur d’Egypte d’auoir plus leué de deniers
                     qu’il ne luy estoit mandé, disant "Tonderi meas oues, non cutem detrahi volo."
                     Si donc le mandement du Prince n'est point contraire aux loix de nature, le
                     magistrat le doibt executer, ores qu’il soit contraire au droit des gens, qui
                     peut estre changé &amp; alteré par la loy ciuile: qui ne concerne point la
                     iustice, &amp; l'equité naturelle que le Prince ne peut alterer, ains seulement
                     le profit &amp; vtilité soit publique ou particuliere. Car combien que nous
                     ayons dict que le Prince doibt garder le ferment par <pb n="305"/> luy fait à
                     son peuple, s'il s'est obligé par serment, &amp; ores qu'il ne fust obligé par
                     serment, neantmoins il doibt garder les loix de l'estat, &amp; Republique où il
                     est souuerain: toutesfois il ne faut pas conclure, que si le Prince
                     contreuvient en tel cas à son debuoir, que le Magistrat ne luy obeisse: car ce
                     n'est pas au Magistrat de prendre cognoissance, ou contreuenir aucunement à la
                     volonté de son Prince és loix humaines, ausquelles le Prince peut deroger. Mais
                     si le Magistrat cognoist que le Prince casse le plus iuste, ou le plus
                     profitable edict pour donner lieu au moin iuste &amp; moins proufitable au
                     public, il peut tenir l'execution de l'edict ou mandement en soufrance, iusques
                     à ce qu'il ait fait ses remonstrances, comme il est tenu de fair, non pas vne,
                     mais deux &amp; trois fois: &amp; si nonobstant ces remonstrances le Prince
                     veut qu'il soit passé outre, alors le Magistrat le doibt executer, voire dés la
                     premiere iussion, si le delay estoit perilleux. Et à cela se doibt raporter ce
                     que disoit<note place="margin"> in cap. cum inceperit. de offi.deleg.</note>
                     Innocence auparauant qu'il fust Pape, qu'il faut executer les mandemens du
                     Prince, ores qu'ils soient iniques: ce qui <note place="margin"> can. non
                        licet. 10. distinc. Bald. in cap. cum adeo de rescript. ait obediendum si
                        ius est positiuum.</note> s'entend de la Iustice &amp; vtilité ciuile, non
                     pas si le mandement est contraire à la loy naturelle. Et la mesme
                     interpretation doibt seruir à l'opinion des<note place="margin"> glo. &amp;
                        Cynus in l.vlt.si contra ius vel vtilitatem pub.C. dd. in l.1. de constitut.
                        princip. ff. &amp; in cap. quæ in ecclesiarum. de constitution.</note>
                     Docteurs, quand ils disent que le Prince peut deroger au droict naturel, qu'ils
                     entendent le droict des gens &amp; constitutions communes des autres peuples:
                     affin que soubs vmbre de l'auctorité des Docteurs, ou de l'equiuocation du
                     droict naturel, on ne vienne temerairement à faire breche à la loy de Dieu
                     &amp; de nature. Et si on dit que la loy<note place="margin"> l.vlt. si contra
                        ius. C.</note> de l'Empereur Anastase mande expressément, que les Igues
                     &amp; Magistrats ne soufrent pas seulement qu'on produise les lettres, &amp;
                     rescripts ottroyez aux particuliers, contre les edicts &amp; ordonnances
                     generales: ie responds que cela s'entend s'il n'est expressément derogé à
                     l'ordonnance generale: &amp; nonobstant la derogation, le Magistrat doibt faire
                     ses remonstrances au Prince: &amp; combien que la chose soit dommageable au
                     public, &amp; contre les loix &amp; ordonnances, si doibt-il passer outre à la
                     seconde iussion, suyuant les termes de la loy<note place="margin"> authent. de
                        manda. princ.§. deinde &amp; authent. vt nulli iudicum. §. &amp; hoc. Bald.
                        in l. puniri. si contra ius. C. l. vlt. sententiam rescindi.C. Bart. in
                        trac. de re presal.q.6. &amp; in authent. vt determinatus sit
                        iudic.Bal.consil.309.Ancharam consil.235. &amp; 399. </note> de l'Empereur,
                     à l'exemple de laquelle l'edict de Charles neufiesme a esté faict, touchant les
                     remonstrances des Magistrats au Prince. &amp; long temps auparauant Theodose le
                     grand auoit fait vne loy à la requeste de sainct Ambrois, par<note place="margin"> l.si vindicari. de pœnis.C.</note> laquelle il veut que
                     l'execution de ses lettres patentes &amp; mandemens soient tenuës en soufrance
                     XXX. iours apres la signification d'icelles, quand il est mandé de punir
                     quelques vns plus rigoureusement que de coustume: pour autant qu'on auoit fait
                     mourir sept mil Thessaliens, au mandement de Theodose, pour la rebellion du
                     peuple &amp; meurtres commis en la personne des Magistrats. Et de là est venu
                     la coustume d'obtenir anciennement trois<note place="margin"> cap. literis. de
                        rescript.</note> rescripts du Pape, qu'on appelloit monitoires, iussoires,
                     &amp; executoires. Nous ferons mesme iugement, si le Prince mande par ses. <pb n="306"/> lettres patentes qu'on procede à l'execution de la peine de ceux
                     qui auront contreuenu à ses edits &amp; ordonnances, par longue soufrance du
                     Prince ou des Magistrats, car la soufrance du Prince &amp; conniuence des
                     Magistrats, au veu &amp; sceu desquels les ordonnances sont enfraintes, remet
                     la peine meritee par la loy, laquelle ne peut<note place="margin">l.2. quæ sit
                        longa consuet.C.</note> autrement estre infirmee par l'abus de ceux qui ont
                     contreuenu. Et par ainsi le Magistrat ne doibt pas proceder temerairement à la
                     peine, auparauant que d'auoit fait republier les ordonnances decheuës par sa
                     faute. mais bein le Prince doibt proceder contre les Magistrats, qui par
                     negligence ont laissé aneantir ses edits. autrement ce seroit chose fort
                     inique, &amp; ressentant sa tyrannie de faire des edits, &amp; apres les auoir
                     mesprisez vn long temps, soudain proceder contre ceux qui par exemple auroient
                     contreuenu, voyant que les premiers n'auoient esté punis. Ce fut l'vn des
                     traits de la tyrannie du cruel Neron, &amp; des anciens Tyrans. &amp; au
                     contraire le bon Empereur Traian<note place="margin"> Plin.lib.10.epist.</note>
                     manda à Pline gouuerneur de Natolie, faire publier derechef les edits qui
                     estoient aucunement enseuelis par la contrauention ou erreur des sugets, &amp;
                     soufrance des Magistrats: par ce que l'erreur commun<note place="margin">
                        l.3.de suppel lega.I.2. deo ffi. præt.</note> est tenu pour loy, si ala loy
                     de nature<note place="margin"> Bartol. Alexan. Alberic. in d.l. barbarius. de
                        offi. prætoris &amp; in l. regula de iuris ignorant.</note> ne resiste à
                     l'erreur que on pretend. Mais dira quelqu'vn, le Magistrat doibt il obeissance
                     aux mandements qu'il croit estre contre nature, ores qu'ils ne soient point
                     contraires à icelle: car la iustice &amp; raison qu'on dit naturelle, n'est pas
                     tousiours si claire qu'elle ne trouue des aduersaires: &amp; bien souuent les
                     plus grands Iurisconsultes s'y trouuent empeschez, &amp; du tout contraires en
                     opinions, &amp; les loix des peuples sont quelquesfois si repugnantes que les
                     vns donnent loyer, les autres punissent pour mesme fait. les liures, les loix,
                     les histoires en sont pleines, &amp; seroit chose infinie de les coter par le
                     menu. Ie responds à cela, si ce que les anciens disoient a lieu, qu'on ne doibt
                     iamais faire ce qu'on dout estre iuste, ou iniuste, à plus forst raison doibt
                     auoir lieu quand on tient pour certain, que la chose que le Prince commande est
                     iniuste par nature. Mais le Magistrat, quand il est question de la iustice
                     ciuile seulement, doit verifier &amp; mettre en eecution les mandemens, ores
                     qu'il pense qu'ils soient ciuilement iniques. C'est pourquoy en toute
                     Republique, on fait iurer tous les Magistrats de garder les loix &amp;
                     ordonnances: affin qu'ils ne mettent pas en dispute, ce qu'on doit tenir pour
                     resolu. C'estoit la coustume des Romains, quand les anciens magistrats
                     receuoient le serment des nouueaux, deuant qu'ils entrassent en charge: &amp;
                     cela se faisoit au temple du Capitole apres les sacrifices. autrement le
                     Magistrat perdoit son estat si dedans cinq iours il ne faisoit le<note place="margin"> Liuius in fine libri 31.</note> serment, &amp; le Magistrat
                     qui tenoit les estats du peuple, contraignoit en particulier ceux qui auoient
                     empesché la publication d'vne loy, de iurer qu'ils la<note place="margin">
                        Appian. lib.1.ciuil.1498.le XV. Iuing.</note> garderoient sur peine d'estre
                     bannis. Ainsi L. Metellus Numidicus fut banni par arrest du peuple, n'ayant
                     voulu iurer les loix publiees à la requeste du Tribun Saturnin. &amp; lors que
                     les <pb n="307"/> ordonnances de Loys XII. furent publiees en Parlement, pour
                     ce qu'il y en auoit plusieurs qui ne les trouuoient pas bonnes, le Procureur
                     general requist qu'elles fussent gardees, &amp; que defenses fussent faites de
                     les reuoquer en doubt, sus peine de leze majesté, comme il se trouue aux
                     registres de la Cour. c'estoit apres la publication des ordonnances. Mais
                     d'autant que Loys XI. auparauant auoit vsé de menaces griefues enuers la Cour
                     de Parlement, qui refusoit publier &amp; verifier quelques edicts qui estoient
                     iniques, le President Lauacrie, accompagné de bon nombre de conseillers en
                     robbes rouges, all faire ses plaintes &amp; remonstrances, pour les menaces
                     qu'on faisoit à la COur. le Roy voyant la grauité, le port, la pignité de ces
                     personnages qui se vouloient demettre de leur charge, plustost que verifier les
                     edits qu'on leur auoit enuoyez, s'estonna, &amp; redoubtant l'auctorité du
                     Parlement, fist casser les edicts en leur presence, les priant de continuer à
                     faire Iustice, &amp; leur iura qu'il ne enyoyroit plus edict qui ne fust iuste
                     &amp; raisonnable. Cest acte fut de bien grande importance pour maintenire le
                     Roy en l'obeissance de la raison. qui autrement auoit tousious vsé de puissance
                     absoluë, &amp; deslors mesmes qu'il n'estoit que Dausin, il enuoya querir les
                     Presidens de la Cour, &amp; leur dist qu'ils eussent à affacer la clause DE
                     EXPRESSO MANDATO, que la Cour auoit fait mettre sus la verification des
                     priuileges ottroyez au COmté du Maine, autrement qu'il ne sortiroit de Paris
                     que cela ne fust faict, &amp; qu'il laisseroit la commission que le Roy luy
                     auoit donnee: la Cour ordonna qu les mots seroient effacez, mais affin qu'on
                     peust voir ce qui estoit biffé, elle ordonna que le registre seroit gardé, que
                     se trouue encores en la sorte qu'il fut ordonné, en date du XXVIII. Iuillet
                     M.CCCXLII. Or les mots DE EXPRESSO MANDATO, &amp; "de expressissimo mandato,"
                     &amp; quelquefois "multis vicibus iterato," que se trouuent fort souuent és
                     registres des cours souueraines, sus la publication des edicts, ont telle
                     consequence, que tels edicts &amp; priuileges ne sont gardez, ou bien tost
                     apres oubliez &amp; delaissez par soufrance des Magistrats: &amp; par ce moyen
                     l'estat a esté conserué en sa grandeur, qui autrement fust ruiné par les
                     flateurs des Princes, qui arrachent tout ce qu'ils veulent: &amp; les Roys
                     estants bien aises quelquesfois qu'on a vsé de ces restrictions ont tousiours
                     esté bien aymez des sugets, sans que la verification portast effect au suget ny
                     d'esobeissance au Roy à bien parler, ny charge à la conscience des Magistrats.
                     Encores peut-on doubter si le Magistrat est receuable à quitter son estat,
                     plustost que verifier vn edict, vne commission, vn mandement qu'il tient pour
                     certain estre iniuste, &amp; contre la raison naturelle, quand la Iustice
                     d'iceux est reuoquee en doubte, &amp; mesmement si plusieurs tiennent que
                     l'edict soit iuste, au contraire des autres. Car les bonnes &amp; viues raisons
                     sortent d'vn cerueau bien resolu, qui n'est qu'en bien peu d'hommes sages &amp;
                     entendus, &amp; qui se trouuent tous- <pb n="308"/> -iours en moindre nombre
                     que les autres. Ie dy en ce cas, que le magistrat n'est pas receuable, s'il ne
                     plaist au Prince souuerain, à quitter son estat, ains doibt estre contraint
                     d'obeir aux mandements du Prince, si la iustice d'eceux estant reuoquee en
                     doubte, est approuuee de la pluspart des magistrats, qui ont charge de verifier
                     les edicts. autrement s'il estoit permis de quitter son estat, plustost que de
                     passer vn edict approuué des autres, on feroit vne perilleuse ouuerture à tous
                     les sugets de refuser &amp; regetter les edicts du Prince: &amp; chacun en sa
                     charge pouroit quitter la Republique au danger, &amp; l'exposer à la tempeste,
                     comme vn nauire sans gouuernail, soubs vmbre d'vne opinion de Iustice qui, peut
                     estre, seroit affectee d'vn cerueau bisarre sans propos, sinon pour faire
                     contre carre à l'opinion commune.<note place="margin"> Saincte ordonnance de
                        Loys XII.</note> C'est pourquoy entre les lüables ordonnances faictes par
                     Loys XII. il y en a vne qui porte, que si les Iuges sont de trois ou plusieurs
                     opinions, ceux qui tiendront la moindre, seront contraints se reduire &amp;
                     ranger du costé de l'vne des plus grandes, pour conclure les arrests. la Cour
                     se trouua empeschee sus la verification de l'ordonnance, pa ce qu'il sembloit
                     fort dur, &amp; bien estrange à plusieurs de forcer la conscience des Iuges és
                     faits qui sont remis à leur prudence &amp; religion. Toutesfois apres auoir
                     consideré l'inconuenient qu'on voyoit ordinairement reüssir, pour la varieté
                     d'opinions, &amp; que le cours de la Iustice, &amp; la conclusion des arrests
                     estoit souuent empeschee, la Cour verifia l'ordonnance, laquelle par succession
                     de temps a esté trouuee fort iuste &amp; vtile. aussi estoit-ce le coustume des
                     anciens de se reduire, ores qu'ils ne fussent contraints, comme lon peut voir
                        en<note place="margin"> lib.epist.8</note> Pline d'vn iugement où partie des
                     Iuges auoient condamné le coulpable à mort: l'autre l'auoit absouls à pur &amp;
                     à plein, l'autre l'auoit banni pour quelque temps. ceux qui auoient
                     absouls&amp; condamné à mort se reduisirent au bannissement. Et en telles
                     disputes, la reigle des sages ne peut faillir, qui veut que de deux choses
                     iustes on suyue la plus iuste, &amp; de deux inconueniens qu'on fuye le plus
                     grand. autrement il n'y auroit iamais de fin aux actions des hommes. Aussi peut
                     on dire que la iustice d'vne loy n'est point proprement naturelle, si elle est
                     obsure &amp; reuoquee en doubte. car la vraye iustice naturelle, est plus
                     luysante que la splendeur du Soleil. Et neantmoins depuis l'ordonnance de Loys
                     XII. ie n'ay point entendu qu'il y ait eu Magistrat qui se soit voulu demettre
                     de son estat, craignant d'estre forcé de tenir vne opnion contre sa conscience,
                     alors mesmes que les estats de Iustice estoient donnez à la vertu.
                     l'rondonnance de Loys XII. n'a pas contraint les Iuges de iuger contre leur
                     conscience, ains tacitement leur a permis de se demettre plustost de leur
                     estat. mais ie dy qu'il pouuoit iustement le faire. Pour mesme cause les
                     procureurs du Roy souuent ont contraint les Iuges de garder les ordonnances,
                     ores que tous les Iuges fussent de contraire aduis. &amp; me souuient que le
                        <pb n="309"/> President d’vne des chambres des enquestes de Toulouze nommé
                     Barthelemi, voyant tous les Conseillers de sa chambre de mesme opinion en vn
                     procez, &amp; directement contre l’ordonnance, il les contraignit apres auoir
                     fait assembler routes les chambres de changer d’opinion, &amp; iuger selon
                     l'ordonnance. Toutesfois en ce cas, ou l’iniustice seroit euidente au fait qui
                     se presenteroit, les sages Magistrats ont accoustumé d’en aduertir le Roy, pour
                     declarer son ordonnance: qui est LAN des poincts concernans la majesté: &amp;
                     n’appartient pas au Magistrat de passer par dessus l'ordonnance,<note place="margin"> l. placuit de iudic. C.l.1. de legib. C.</note> ny disputer
                     d’icelle, estant claire &amp; sans difficulté, ains il la faut bien estudier,
                     pourl’executer de poinctt en poinct. autrement si le Magistrat iuge contre
                     l’ordonnance sciemment, la loy le note<note place="margin">l.1. ad
                        Turpil.</note> d’infamie: &amp; s'il fait par ignorance, ou ne pensant point
                     que son iugement soit contraire à l’ordonnance, il n'est point infame pour
                     cela, mais neantmoins son iugement demeuroit<note place="margin"> l. cum
                        prolatis de re iudicat.</note> nul de soy. de sorte qu’il n'estoit point
                        besoin<note place="margin"> l. si expressim quando appellare non est
                        neces.</note> anciennement d’en appeller. Or la difference est bien notable
                     entre les edits &amp; ordonnances publiees, &amp; celles qui sont enuoyees pour
                     publier, car tous Magistrats par le serment qu’ils font quand on les reçoit,
                     iurent garder les ordonnances, &amp; s'ils font autrement, outre la peine
                     apposee aux edits qu’ils encourent, ils font aussi sugets à la note d’infamie,
                        comme<note place="margin"> can infames. 21. q.5.</note> panures. mais aux
                     edits &amp; mandements non publiez, &amp; qu’on leur apporte pour verifier, ils
                     ont liberté de les examiner, &amp; faire leurs remontrances au Prince deuant
                     que les publier, comme nous auons dit cy dessus, encores qu’il ne soit question
                     que de l’interest particulier de quelqu’vn: à plus forte raison s'il y va de
                     l'interest &amp; dommage que peut soufrir, ou de l’vtilité qui peut reussïr à
                     la Republique: laquelle si elle est fort grande, couure aucunement l’iniustice
                     de l'edict, comme disoient les anciens, mais il ne faut pas proceder fi auant
                     que le profit pour grand qu’il soit commande à la raison, ny suiure les
                     Lacedemoniens qui n’auoient autre iustice que l’vtilité publique, ainsi que
                        dit<note place="margin"> Plutar.in Alcibiad.</note> Plutarque, pour laquelle
                     il n’y auoit serment, ny raison, ny iustice, ny loy naturelle qui tint en leur
                     endroit, quand il alloit du public.<note place="margin"> Il vaut mieux quiter
                        l'estat que d'obeir à chose qui soit contraire à la loy de nature.</note> Il
                     est beaucoup plus expedient pour la Republique, &amp; plus seant pour la
                     dignité du Magistrat de se demettre de l'estat (comme fist le Chancelier de
                     Philippe II. Duc de Bourgongne) que de passer vne chose inique: combien que le
                     Duc voyant la constance inuariable de son Chancelier, qui vouloit quitter les
                     seaux, reuoqua le mandement par luy fait, &amp; souuent ceste constance &amp;
                     fermeté des magistrats. a sauué l’honneur des Princes, &amp; retenu la
                     Republique en sa grandeur, quand il y va de l’equité naturelle.. Mais s'il n'y
                     a plus de remede aux fautes du Prince souuerain, &amp; qu'il mande aux
                     magistrats que ses actions soient exeusees enuers les sugets, il vaut beaucoup
                     mieux obeir, &amp; en ce faisant, couurir &amp; enseuelir la memoire d’vne
                     meschanceté ia faite, qu’en le refusant l’irriter pour faire pis, &amp; getter
                     le manche apres la coignee: comme fist Papinian <pb n="310"/> grand Preuost de
                     l’Empire, &amp; tuteur ordonné aux Empereurs Caracala, &amp; Geta, par le
                     testament de l’Empereur Seuere: auquel Caracala manda d’exeuser enuers le
                     Senat, le meurtre par luy commis en la personne de Geta son frere: il n’en
                     voulut rien faire, &amp; trencha sa response courte, disant<note place="margin"> Spartian.</note> qu’il n'estoit pas fi facile d'exeuser, que de faire vn
                     parricide. l’Empereur irrité de ceste response l’enuoya tuer, &amp; ne cessa
                     desiors en auant de tuer, meurtrir. &amp; tyranniser sans contredit. Et si
                     Papinian eust: couuert ce qui ne pouuoit plus se corrigerai eust sauué sa vie,
                     &amp; fait contrepoix aux tyrannies &amp; cruautez de l’Empereur, qu’il auoit
                     tousiours eu en grand honneur, &amp; respecté bien fort. I’ay bien voulu
                     remarquer ceste faute que fist Papinian, laquelle plusieurs ont haut loué, sans
                     prendre garde, que la resistence qu’il fist ne profita rien, &amp; apporta vn
                     dommage irreparable aux affaires de l’Empire: estant priué d’vn si grand
                     personnage, &amp; qui pouuoit plus que nul autre, pour estre Prince du sang,
                     &amp; le plus grand Magistrat. Si les choses eussent esté entieres, &amp; que
                     l'Empereur luy eust mandé de faire mourir Geta, ou qu’il ne trouuast point
                     mauuais s'il tuoit, alors il y eust eu iuste cause de mourir plustost, que
                     d’obeir ny consentir le parricide fraternel. Mais Seneque &amp; Burra
                     gouuerneurs de Neron, seront tousiours blasmez d’auoir conseillé<note place="margin"> Tranquil. in Nerone &amp; Tacit. lib.14.</note> à Neron de
                     tuer sa mere, ayant failli à la faire noyer, &amp; le conseil, &amp; le
                     mandement, &amp; l'execution d’vn tel acte tousiours seront iugez detestables.
                     Mais posons le cas que le Prince ait donné mandement, qu’on ait ia commencé à
                     executer, s'il vient à reuoquer son mandement, le magistrat doibt il differer à
                     passer outre? on diroit de prime face qu’il faut sursoir sans passer outre,
                     suiuant les maximes de droit: Ie di que cela souffre distinction, c'est à
                     sçauoir si la chose se peut laisser sans dommage du public: mais si elle est
                     tellement acheminee, qu’on ne la puisse laisser fans danger euident de la
                     Republique, le magistrat doibt passer outre: comme nous auons dit cy dessus au
                     fait de la guerre: &amp; à ce propos le Consul Marcel<note place="margin">
                        Liuius lib.24.</note> disoit, "Multa magnis ducibus sicut non aggredienda:
                     ita semel aggressis non dimittenda. " Mais si le magistrat suiuant le mandement
                     à luy fait, a commencé d'executer les condamnez, ou ceux que le Prince a
                     commandé mettre à mort, il doibt sursoir l'execution, si le mandement est
                     reuoqué: &amp; ne faire pas comme le Consul Fuluius, lequel ayant pris Capoue,
                     comme il faisoit flaistrir, &amp; puis decapiter les Senateurs Capouans, on luy
                     apporta lettres du Senat Romain, qu’il eust à desister &amp; sursoir
                     l'execution: il mit les lettres au sein sans les lire, se doubtant bien du
                     contenu d’icelles, &amp; continua de faire mourir<note place="margin"> Liuius
                        lib.26.</note> le surplus iusques à LXXX. Vray est que le Senat n’auoit
                     aucune puissance de rien commander aux Consuls, comme nous auons dit cy dessus:
                     &amp; toutesfois le plus souuent on obeissoit au Senat. La cause principale
                     pour laquelle les Gantois firent mourir les XXXVI. hommes de leur loy, apres la
                     more de Charles Duc de Bourgongne. fut pour auoir condamné vn <pb n="311"/>
                     homme à mourir depuis la mort du Duc, sans confirmation de leur office, iaçoit
                     que cela ne fust point necessaire. Or tout ce que nous auons dit s'entend
                     seulement des lettres de commandement, ne portant aucune cognoissance de fait.
                     mais que dirons nous quand les lettres au narratif d'icelles emportent quelques
                     faits qui ne sont point notoires, ou pour le moins qui sont ingognus au
                     Magistreat? Il faut distinguer, s'il est mandé au magistrat de cognoistre de la
                     verité du fait ou non, ou bien si la cognoissance du fait luy est defendue
                     expressément par les lettres. Quant au premier, il n'y a doubte<note place="margin"> l.vniuersa de diuersis rescript.C.ca. ex parte.de rescript.
                        ext.</note> que le Magistrat doibt congnoistres si le narratif des lettres
                     est veritable.<note place="margin"> Le magistrat doibt cognoistre de la verité
                        du faict.</note> quant au second, quelques vns en ont doubté, mesmement s'il
                     est porté, que le Prince estant bien informé de la verité, a commandé qu'on
                     passast à l'execution des lettres: toutesfois la plus saine opinion est, que le
                     magistrat en l'vn &amp; l'autre cas doibt cognoistre de la verité du faict. car
                     quand il n'y a ny defense ny commandement de cognoistre du fait, ores qu'il
                     soit porté qu'on passe à l'execution, le magistrat doibt cognoistre du fait,
                     &amp; affin que les magistrats n'en pretendissent cause d'ignorance, l'Empereur
                        Constantin<note place="margin"> l.4. si contra ius vel vtilitatem. C.</note>
                     en fist vn edit expres. &amp; quant à l'autre poinct s'il est porté qu'on
                     procede à l'exectuion estant le Prince bien informé de la verité du faict:
                     neantmoins le magistrat doibt cognoistre de la verité nonobstant la clause que
                     i'ay dit, qui ne doibt empescher la cognoissance, ny faire aucun preiudice<note place="margin"> Paul. Castrens. consil. 156.Alexand.consil.10. lib. 7.
                        Panor. in cap. ad audientiam col. 3. de præscripti. Innocent. in cap.
                        inquisitioni fine de sentent. excommuni.</note> à vn tiers, &amp; beaucoup
                     moins au public, encores moins à la verité, &amp; generalement en terms de
                     droit les clauses narratiues des mandemens, commissions, loix, priuileges,
                     testaments, sentences, ne peuuent faire aucun preiudice à la verité.<note place="margin"> l.epistol. de pactis.</note> Et combien que pendant la
                     tyrannie des Sforces, ils firent vne ordonnance,<note place="margin"> Bossius
                        sentaor Mediolanens. tit. de Principe.</note> que foy &amp; creance entiere
                     seroit adioustee aux mandemens, &amp; lettres du Prince, si est-ce qu'elle fut
                     cassee, depuis que les Sforces furent chassez de l'estat de Milan par les
                     François. Et s'il faut adiouster foy au narratif des lettres, &amp; mandements
                     du Prince, celà ne se peut entendre<note place="margin"> Castrens. consil. 158.
                        examinato. col. vlt. Decius consil. 168. col. vlt.. Felin. in cap. cum
                        venissent de iudic. col.2.nu 7.Curtius senior. consil. 49. &amp; seq.</note>
                     que de la declaration de leurs edicts, commissions, mandemens, ou iugemens: que
                     nul ne peut<note place="margin"> l.imperiali l.3.l.humanum de legib. C. l.vlt.
                        eod. l. placuit. de iudic.</note> declarer qu'eux mesmes: combien que telles
                     declaration sont plustost dispostitions que narrations. mais si le Prince
                     afferme par ses lettres, que celuy qui les a impetrees est sçauant, ou homme de
                     bien, le magistrat n'y doibt auoir aucun<note place="margin"> l. vt gradatim de
                        munerib. Bald. in l. præscriptione. si contra ius. C. Innocent. in cap.
                        super literis de rescript. Bart. in l. Aurelius. §. sticho. de liberat.
                        legat.</note> esgard, ains doibt s'enquerir de la verité. car le Prince
                     entend qu'il soit tel. mais si le Prince a donné vn estat, ou vne commission à
                     quelqu'vn, cestui-là est estimé digne, &amp; n'apparient pas au magistrat de
                     s'en enquerir: <note place="margin"> l. disputare. de crimine sacrileg. C. l.
                        quidam consulebant. de re iudic.</note> si le Prince ne le permet, ou que la
                     coustume ne soit telle, comme elle fut depuis en Rome, <note place="margin"> l.
                        vt gradatim. de muneribus.</note> &amp; par tout maintenant, mesmement pour
                     le regard des iuges. ce qu'on faisoit anciennement pour les Senateurs du temps
                     de Theodoric Roy des Gots, lequel escriuant au Senat Romain pour receuoir vn
                     nouueau Senateur, dit, "Admittendos in Senatum, examinare <pb n="312"/> cogit
                     sollicitus honor Senatus," comme nous lisons en Cassiodore. Et s'il y a chose
                     qui soit faulse, portee parle mandement du Prince, ottroyé au au profit des
                     impetrans, le magistrat les doibt du tout casser: Encores seroit-il bien requis
                     en toute Republique, que l’ordonnance<note place="margin"> in cap. de rescript.
                        in constitutionib. Mediolan.</note> de Philippe de Valois pour le regard des
                     dons, &amp; de Milan pour toutes choses, fust entretenue: par laquelle il faut
                     que l’impetrant donne à entendre ce qu’il a auparauant obtenu, ou autre que
                     luy, touchant le fait porté parles lettres s'il ne l’auoit ignoré. Et d’autant
                     que les mandemens qui portent plus grande consequence au public, sont les
                     priuileges, dispenses, exemptions, &amp; immunitez, les Magistrats doibuent fur
                     tout y veiller. Et principalement és estats populaires, ou l’inequalité causee
                     par priuileges, tire apres foy les seditions populaires, &amp; bien souuent la
                     ruine des Republiques. Et pour ceste cause, il y auoit vne loy aux douze tables
                     qui defendoit d’ottroyer aucun priuilege, ny dispense sus peine de la vie,
                     sinon par les grands estats du peuple: "Priuilegia nisi commitiis centuriatis
                     ne irroganto,<note place="margin"> Cicero pro domo.</note> qui secus faxit
                     capital esto." Depuis l’Empereur Constantin<note place="margin"> l.nec damnosa.
                        de precib.C.</note> refermant au peuple disoit, qu’il ne faut pas obtenir
                     mandement qui soit dommageable au fisque, ou contraire aux ordannances. combien
                     que touts priuileges sont dire&amp;ement contraires aux ordonnances, autrement
                     ce ne seroient pas priuileges. Et s'il est: question de les passer apres la
                     seconde iussion, encores faut il donner coup, &amp; les declairer le plus
                     estroittement que faire se pourra,<note place="margin"> ca.vlt.de filiis
                        præsbyter. Andr.Panor. Bal. Butrio imol. in cap. causamquæ. de
                        rescript.Felin. eod. col 10.</note> comme chose odieuse,<note place="margin"> l. si quando de iuoffi. testa.C. l.2.§. merito ne quid in loco
                        publico.</note> &amp; contraire<note place="margin"> l. quod vero l.ius
                        singulare de legib.</note> au droit commun: &amp; non pas les tirer en
                     consequence, comme par cy deuant ont fait les gens de iustice &amp; les clercs,
                     qui ont<note place="margin"> Accurs. Bart. Angel. in l. milites. de re iudic.
                        decisio. capel. Tolos. 246. Panor. in cap. olim de restitut. &amp; in cap.
                        1. de cleric. ægrot.</note> tiré à leur profit les priuileges ottroyez aux
                     gensdarmes: vsant de ces beaux mots gendarmerie forense, gendarmerie celeste,
                     &amp; ont chargé tout le fais fus les pauures paysans, ausquels on debuoit
                     plustost communiquer les priuileges. Il n'est icy besoin d’entrer en la dispute
                     des priuileges, qui seroit chose infinie: mais il suffist generalement en
                     passant d’aduertir les magistrats, de prendre garde aux lettres qui portent
                     quelque priuilege, &amp; les examiner plus diligemment qu’on ne fait, quelque
                     bon rapport que face le Prince de celuy qui obtient le priuilege: car on sçait
                     allez que les Princes bien souuent n’ont iamais cogneu ceux qui arrachent les
                     priuileges, combien qu’il n’y a ruse ny subtilité qu’on n’ait cherchee pour
                     frauder les loix,, &amp; abuser de Ia religion du Prince, &amp; des Magistrats,
                     comme il s'est inuenté vne clause à Rome, DE MOTV PROPRIO," qui a coulé en
                     toute l’Europe: car il n’y a Empereur ny Roy, lors qu’il est question de rompre
                     vne loy, ou casser vn edict, &amp; faire place aux dispenses &amp; priuileges
                     qui n’adiouste ces mots, de nostre propre mouuement<note place="margin"> Clause
                        pernicieuse. "De motu proprio."</note>: ores que les Princes ayent esté
                     importunez, &amp; quasi forcez d’ottroyer ce qu’on leur a demandé. On sçait
                     assez qu’il y a tousiours des tesmoings au camp Fiori, qui deposent de la
                     vertu, <pb n="313"/> probité, sçauoir, &amp; preudhommie d'vn qui sera au bout
                     du monde, pour faire glisser la clause DE MOTV PROPRIO, qui excuse tous
                     impetrans de lettres, ores qu'elles fussent tresiniques<note place="margin">
                        cap. si motu proprio de præben. lib.</note>, &amp; en vertu de ceste clause,
                     la cognoissance des subreptions &amp; obreptions cesse: si nous receuons
                     l'opinion de quelques<note place="margin"> Clementin. si Romanus. eod. decis.
                        rotæ 282.</note> vns trespernicieuse &amp; dangereuse à vn estat, &amp; à
                     laquelle en ce Royaume on n'a iamais eu egard, qu'il n'ait tousiours esté
                     licite s'enquerir de la verité du faict. Et d'autant qu'il estoit facile de
                     circonuenir le Prince, &amp; les Magistrats quand les mandemens, lettres
                     patentes, &amp; rescripts auoient tract perpetuel, il a esté sainctement
                     ordonné qu'elles ne seroient receuables apres l'an reuolu<note place="margin">
                        cap. plerunque de rescript.ext. Felin in cap. eam te. de rescrip. col.3.
                        Panormit. in cap. dilectus. 2. de præbend. Masuer. in practic. titul. de
                        literis notat. §. item literæ cap. vt debitus de appel. cap. vt nostrum eod.
                        cap. si capitulo de concess. præb.</note>, &amp; qu'elles n'auroient aucun
                     effect, iusques à la verification ou execution d'icelles. Et me semble que
                     l'ordonnance de Milan est encores meilleure, c'est à sçauoir que les mandemens,
                     &amp; lettres patentes adressees au Senat, ne soient receuables l'an reuolu: ny
                     celles qui s'addressent aux Magistrats apres le mois expiré: &amp; que non
                     seulement on mette l'an &amp; le iour, ains aussi l'heure, comme il se fait
                     quasi par tout en Alemaigne, suiuant l'opinion de plusieurs<note place="margin"> Accurs. in glo. vlt. in l. si ex pluribus §. vlt. de solut. Baldus laudat
                        in l. imperator. 1. commentario primo. &amp; in l. vlt. col. 4. de edicto.
                        diui Adri. C. Io An. Panor. Imol Butrio in cap. pastoralis de rescri. ext.
                        text. in cap si à sede.</note> Iurisconsultes, pour clorre les procés, &amp;
                     differens qui suruiennent pour les dons, offices &amp; benefices ottroyez en
                     mesme iour à plusieurs. Le troisiesme poinct de nostre distinction estoit,
                     quand le Prince defend expressément par ses lettres patentes, de prendre aucune
                     cognoissance des faict portez au narratif d'icelles, ores que les faicts soient
                     faux, ou doubteux: sçauoir si le Magistrat en doit prendre cognoissance. il
                     semble qu'il en doit cognoistre: car nous auons dit, qu'il peut &amp; doit
                     cognoistre, &amp; s'enquerir des faicts portez par les rescripts, ores que le
                     Prince declare sçauoir la verité. Ie dy neantmoins qu'il est à presumer qu'il a
                     esté circonnuenu, &amp; que s'il eust bien sceu, qu'il n'eust pas affermé le
                     vray pour le faux. comme s'il donnoit vne iudicature à vn soldat, ou vn estat
                     de Capitaine à vn aduocat, ny l'vn ny l'autre ne doit estre receu par le
                     Magistrat, ny ioüir du bien-faict, s'il est ainsi que le soldat s'est dit
                     aduocat, &amp; l'aduocat s'est dit soldat: attendu que la qualité prentendue
                     auroit donné<note place="margin"> Bart. in l. si pater de hæredib. instituend.
                        C. Bald. in l. eam quam de fidei commiss.C.text. in l. cum tale de condit
                        &amp; demonstra §.quod autem.</note> occasion au Prince de s'abuser. Mais
                     quand le Prince defend au Magistrat de prendre cognoissance du faict, on doibt
                     presumer qu'il a bien entendu ce qu'il faisoit, &amp; qu'il n'a pas voulu que
                     le Magistrat en print cognoissance. mais bien pourra-il vser du remede que nous
                     auons dit cy dessus, &amp; remonstrer au Prince la verité, &amp; l'importance
                     de son mandement: &amp; s'estant acquitté de son debuoir, obeir si luy est
                     mandé derechef: autrement la majesté du Prince souuerain seroit illusoire,
                     &amp; sugette aux Magistrats. Combien qu'il n'est pas taut à craindre que la
                     majesté soit dimunuee, que les autres Magistrat soient induits, &amp; puis le
                     peuple à des- <pb n="314"/> obeir au Prince, qui tire apres soy la ruine de
                     l'estat. Si on me dit qu’il ne faut pas que le Prince commande rien qui soit
                     inique, ie le confesse, &amp; ne faut iamais, s’il est possible, que le Prince
                     commande rien qui soit suget mesmes à reprehension, ny à calomnie: où s’il
                     cognoist que ses Magistrats soient de contraire aduis, &amp; qu’il faudra vser
                     de contrainte en leur endroit. Car par ce moyen le peuple ignorant est esmeu à
                     desobeissance, &amp; à mespris des edits &amp; ordonnances, comme estans
                     publiees, &amp; receues par force, &amp; impression. Mais il est question de
                     sçauoir que doit faire le Magistrat, si Ie Prince contreuenant à son debuoir,
                     commande quelque chose contre l'vtilité publique, contre la iustice ciuile,
                     pourueu qu’il n’y ait rien contre la loy de Dieu &amp; de nature. Et s’il est
                     ainsi que le moindre Magistrat doit estre obei, ores qu’il commande chose
                     inique, "ne Praetoris maiestas contempta videatur", comme dit la loy, combien
                     plus doit-on obeir au Prince souuerain de la majesté duquel depend tous les
                     Magistrats? Or cecy est repeté en plusieurs<note place="margin">
                        l.prætor.ait.§. ait. prætor de noui operis l.penult. de iustitia. l.
                        seruo.§. cum prætor. ad Trebel.ff.</note> loix, qu’il faut obeir au
                     Magistrat, soit qu’il commande chose iuste ou iniuste, suiuant I’aduis de tous
                     Ies sages<note place="margin"> Plato in Critone. Cicero pro Cluentio.</note>
                     qui en ont escrit. Et à ce propos disoit Ciceron<note place="margin"> lib.de
                        legib.</note> quoy qu’il fust ennemy capital des Tribuns du peuple, qu’il
                     faut obeir a l’opposition inique des Tribuns "quo nihi, inquit, praestantius.
                     impediri enim bonam rem melius est, quam concedi male." &amp; au parauant il
                     auoit dit, "nihil exitiosius ciuitatibus, nihil tam contrarium iuri, ac
                     legibus, nihil minus ciuile est, &amp; humanum, quam comporta, &amp; constituta
                     Repub. quicquam agi per vim." Et qui est celuy qui ne sçait qu'on a veu les
                     sugets s’armer contre le Prince souuerain, voyans Ia desobeissance &amp; refus
                     que faisoient les Magistrats de verifier, &amp; executer ses edits &amp;
                     mandemens? Toutefois on crie, l'edict est pernicieux au public, nous ne
                     pouuons, ny ne deuons le verifier: cela est bon à remonstrer: mais voyant Ie
                     vouloir du Prince ferme &amp; immuable, faut il mettre vn estat au hazard?
                     faut-il se laisser forcer? il seroit plus honneste de quitter l'estat &amp;
                     l’office. Mais y a-il chose plus dangereuse ny plus pernicieuse, que la
                     desobeissance &amp; mespris du suget enuers le souuerain? Nous conclurons donc
                     qu’il vaut beaucoup mieux ployer soubs la majesté souueraine en toute
                     obeissance, qu’en refusant les mandemens du souuerain, donner exemple de
                     rebellion aux sugets: gardant les distinctions que nous auons cy dessus posees:
                     &amp; mesmement quand il y va de l’honneur de Dieu, qui est &amp; doit estre à
                     tous sugets plus grand, plus cher, plus precieux que les biens, ny la vie, ny
                     l’honneur de tous les Princes du monde. Et pour sçauoir comme il s’y faut
                     porter, entre plusieurs exemples, nous auons celuy de Saül, qui commanda de
                     mettre à mort les Prestres sans cause, il n’y eut pas vn qui voulust obeir,
                     horsmis Doeg, qui tout seul en fist l’execution. Nous auons vn tresbel exemple
                     de Petronius gouuerneur de Surie, qui receut mandement de mettre la statue de
                     l’Empereur Caligula au plus beau lieu du <pb n="315"/> temple de Hierusalem, ce
                     qui auoit esté fait en tous les temples de l’Empire<note place="margin">
                        Exemple memorable de la prudence da magistrat, &amp; constrance d'vn
                        peuple.</note>: mais les luifs ne l'auoient iamais souffert en leurs
                     temples, &amp; auoient getté, rompu &amp; brisé toutes les images, &amp;
                     iusques aux boucliers des Empereurs qu’on y auoit mis par force. De quoy irrité
                     Caligula vsa de mandement expres, &amp; rigoureux. Petronius assemble les
                     vieilles bandes des garnisons, &amp; met sus vne puissante armee pour executer
                     sa commission. Les luifs laissant les villes &amp; la culture de la terre, s’en
                     allerent à grandes trouppes, luy remonstrer qu’il ne deuoit pas tant craindre
                     vn homme mortel, que de commettre vne meschanceté si detestable contre la
                     majesté de Dieu: &amp; le suppliant receuoir en bonne part leur confiance, qui
                     estoit de mourir deuant que de voir cela. Petronius toutes fois leur dist qu’il
                     y alloit de sa vie: &amp; pour les estonner fist marcher son armee à Tyberias,
                     où le peuple accourut de toutes parts desarmé, &amp; resolu de mourir deuant
                     que voir l’image mise au temple, baissant les testes deuant l’armee de laquelle
                     il auoit enuironné tout le peuple. mais voyant ceste fermeté, &amp; l’affection
                     si ardente à l’honneur de Dieu, il fut tout changé: &amp; leur promist qu’il
                     enuoyeroit ses remonstrances à l’Empereur, &amp; mourroit plustost, que
                     d’executer la commission, en racheptant fa vie au prix du sang innocent de tant
                     de peuples. Nonobstant les remonstrances, l’Empereur luy enuoya mandement
                     iteratif, auec menaces rigoureuses de luy faire souffrir tous les tourments
                     dont il se pourroit aduiser, s’il n’executoit la commission. mais le nauire qui
                     portoit la commission fut destourné par la tempeste; &amp; ce pendant les
                     nouuelles arriuerent à Petronius que l’Empereur auoit esté occis: &amp; en
                     ceste sorte le sage gouuerneur s'estant acquitté de fa conscience enuers Dieu,
                     &amp; de son deuoir enuers son Prince, &amp; enuers les sugets d’vne pitié
                     grande, fut diuinement guarenty des cruautez dont il estoit menassé. Mais aussi
                     faut-il bien prendre garde, que le voile de conscience &amp; de superstition
                     mal fondee, ne face ouuerture à la rebellion. car puis que le Magistrat a
                     recours à sa conscience sus la difficulté qu’il fait d’executer les mandemens,
                     il fait finistre iugement de la conscience de son Prince: il faut donc qu'il
                     soit bien asseuré de la loy de Dieu, qui ne gift pas en mines. Ie mettrois
                     d’autres exemples, si ie ne craignois que ceux qu'on appelle Payens, ne nous
                     fissent honte: car l’amour feruent de l’honneur de Dieu, est tellement attiedy,
                     &amp; puis refroidy par succession. de temps, qu’il y a danger qu’en fin il ne
                     gele du tout. <pb n="316"/>
                  </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>