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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text xml:lang="fre"><body><div type="edition" xml:space="preserve" n="urn:cts:pdlpsci:bodin.livrep.perseus-fre1" xml:lang="fre"><div n="3" type="textpart" subtype="book"><div n="3" type="textpart" subtype="chapter">
                  <head><hi rend="italic">CAPVT III</hi>DES MAGISTRATS.</head>
                  <p> NOVS auons dit des commissaires, &amp; de la difference qu’il y a entre les
                     commissaires' &amp; les officiers: par ce que l’ordre requeroit qu’on dist
                     premierement des commissaires, comme estans aùparauant qu’il y eust offices
                     establis. Car il est bien certain que les premieres Republiques estoient regies
                     par main souueraine<note place="margin">l.2.de orig.</note> sans loix, &amp;
                     n’y auoit que la parole, la mine, la volonté des Princes pour toute loy,
                     lesquels donnoient les charges en <note place="margin">Les premiers peuples
                        gouuernez sans loix.</note>paix &amp; en guerre à qui bon leur sembloit,
                     &amp; les reuoquoient aussi tost s'ils vouloient, affin que Ie tout dependist
                     de leur pleine. puissance, &amp; qu’ils ne fussent attachez, ny aux loix, ny
                     aux coustumes. Aussi Iosephe l'historien au second liure contre Appion, voulant
                     monstrer l'antiquité illustre des Hebrieux, &amp; de leurs loix dit, que le mot
                     de loy ne se trouue point en tout Homere : qui est bien vn argument que les
                     premieres Republiques n’vsoient que de commissaires, attendu que l’officier ne
                     peut ostre establi sans loy expresse, comme nous auons dit, pour luy donner
                     charge ordinaire &amp; limitee à certain temps: chose qui semble diminuer la
                     puissance du souuerain. Et pour ceste cause, les Roys &amp; Princes qui sont
                     plus ialoux de leur grandeur, ont accoustumé de mettre en toutes lettres
                     d’office vne clause ancienne, qui retient la marque de monarchie seigneuriale,
                     c’est à sçauoir, que l'officier iouyra de l’office, TANT qv’i L <pb n="289"/>
                     QV'IL NOVS PLAIRA. Et iaçoit que ceste clause ne serue de rien, en ce Royaume,
                     veu l’ordonnance de Loys XI. gardee inuiolablement, <note place="margin">La
                        clause, tant, qu’il nous plaira est à present inutile és letures
                        d’office.</note> &amp; qu’en Espaigne, Angleterre, Dannemarc, Suede,
                     Alemaigne, Poloigne, &amp; en toute l'Italie, pareille ordonnance est obseruee:
                     si est-ceque les secretaires d'estat ne l’oublient iamais. qui est vn grand
                     argument que toutes, charges anciennement eftoient en commission Nous dirons cy
                     apres si cela est expedient, comme plusieurs ont soustenu. Mais disons au
                     parauant du Magistrat que nous auons posé par nostre definition, estre
                     l’officier qui peut commander. Or il n’ya pas moins de confusion és autheurs,
                     entre l’officier &amp; le Magistrat, qu'il y a entre l’officier &amp; le
                     commissaire. Car combien que tout Magistrat soit officier, si estce que tout
                     officier n’est pas Magistrat, ains feulement ceux-là qui ont pouuoir de
                     commander. ce que le mot Grec SOME LANGUAGE TEXT signifie assez, comme qui
                     diroit commandeurs: &amp; le mot Latin Magistratus, qui est imperatif,
                     signifiant maistriser &amp; dominer. &amp; d’autant que le Dictateur estoit
                     celuy qui plus auoit de puissance de commander, les anciens l’appelloient
                        magister<note place="margin">Festus in verbo optima lege.</note> populi:
                     &amp; le mot de Dictateur signifie commandeur, comme qui diroit edictateur<note place="margin">Dionyl. Halicarn.</note>, car edicere c’eft commander. en
                     quoy se sont abusez ceux qui ont supposé les liures de la langue Latine soubs
                     le nom de Marc Varron, disans que le Dictateur s’appelloit ainsi, quia dictus
                     ab interrege: mais à ce compte le colonnel desgens de cheual s’appelleroit
                     aussi Dictateur, quia diceretur à Dictatore, comme il se voit par tout en Tite
                     Liue: &amp; faudroit qu’il s’appellast plustost Dictatus en signification
                     passiue, que Dictator en actif. I’ay cy dessus monstré que les significations
                     du Magistrat inuentees par les ieunes docteurs scholastiques, ne se pouuoient
                     soustenir, ny pareillement celle d’Aristore<note place="margin">OTHER TEXT
                        libr.3.politic.</note> qui appelle Magistrat celuy qui a voix deliberatiue
                     en iugement &amp; au conseil priué, &amp; puifTance de commander, &amp;
                     principalement, dit-il,;de commander. Mais au sixiesme liure de la Republique,
                     voyant qu’il y auoit vne infinité d'officiers qu’il appelle tous OTHER TEXT, il
                     s’est trouué fort empesché: d’autant qu'il y en a de necessaires, <note place="margin">OTHER TEXT</note> les autres à l'ornement &amp; splendeur de
                     la Republique<note place="margin">OTHER TEXT</note>: &amp; puis tous les
                     ministres des Magiftrats, sergens, huissiers, greffiers, notaires, lesquels il
                     appelle du nom commun de Magistrat, comme ceux qui ont puissance de commander.
                     &amp; passe plus outre, en ce qu’il dit, que tels ministres ont puissance de
                     commander, OTHER TEXT. Et toutefois en autre lieu<note place="margin">initio
                        lib 3.politic.</note> il demande, si les harangueurs, orateurs &amp; iuges
                     sont Magistrats: &amp; repond qu'on pourroit dire qu'ils ne font point
                     Magistrats, &amp; qu’ils n’ont point de part au commandement. C’est pourquoy
                     Caton d’Vtique chastiant les greffiers, contreroolleurs &amp; commis des
                     receueurs, ilvous doit fpuuenir,di- foit-il, que vous estes ministres, &amp;
                     non pas Magistrats, ainsi que dit Plutarque. Quaut aux prescheurs ou
                     harangueurs, qu'il appelle<note place="margin">OTHER TEXT</note> Ecclesiastes,
                     s'ils n’ont commandement &amp; par puissance ordinaire, il est bien certain <pb n="290"/> iuftice qu’ils ne font point Magistrats, mais le plus souuent ils
                     sont Magistrats: i’entends ceux-là qui auoient puissance és Republiques
                     populaires &amp; Aristocratiques de suader ou dissuader au peuple les choses
                     qui leur sembloient vtiles, qu’ils appelloient aussi Rhethoras : combien qu'en
                     Athenes, chacun particulier auoit puissance de parler<note place="margin">Plutar.in Phocione.</note>: mais en Rome cela n’estoit pas licite, si Ie
                     Magistrat qui presidoit à l'assemblee ne le permettoit. Et quant aux iuges ils
                     s'abusent aussi de dire qu’ils ne sont pas Magistrats, veu que plusieurs sont
                     magistrats: &amp; la diuision que l’Empereur<note place="margin">in auth.de
                        Iudic.</note> fait des iuges, c’est que Ies vns font Magistrats, Ies autres
                     non. Il faut donc confesser, qu’entre les personnes qui ont charge publique
                     &amp; ordinaire, les vns font magiftrats, les autres non : &amp; par ce que la
                     negation fait la diuision de sa nature vitieuse, nous auons dit que les
                     personnes publiques qui ont charge ordinaire limitee par loix ou par edits sans
                     commandement, sont simples officiers, que les derniers Empereurs
                        appelloient<note place="margin">lib.I.&amp; 12.C.</note> officiales. Les
                     anciens docteurs<note place="margin">Bart.in authent. vt ab illustri constitu.
                        23.Bald.in l.I.de offi. eius cui mandata nu.4.</note> ont suiui l’opinion
                     d’Accurse, qui ne met aucune diffinition ny distinction des officiers, ny des
                     commissaires, ny des magistrats: mais il dit simplement<note place="margin">ad
                        l.I.eod. &amp; in d. authent.</note> qu’il y a quatre fortes de magiftrats,
                     c’est a sçauoir, les illustres, les spectacles, les clarissimes &amp;
                     perfectissimes, ausquels il attribue tout commandement. qui sont plustost
                     qualitez honorables qu’on attribue selon la condition des personnes. combien
                     que ceste diuision de qualitez manque, attendu que les Patrices eftoient
                        plushonorez<note place="margin">l.I.de proximis sacrorum C.&amp; l.26. de
                        vsuris.C.</note>, &amp; marchoient deuant les illustres: &amp; ceux qu’ils
                     appelloient Augustales, estoient plus dignes que ceux qu’ils appelloient
                     clarissimi. &amp; de fait Ies dignitez eftoient ainsi<note place="margin">lib.
                        12. Cod. &amp; in authent. vt ab illustri.</note> ordonnees du temps des
                     Empereurs, depuis, &amp; long temps au parauant Iustinian, c’est à sçauoir,
                     Patricij, Illustres, Spectabiles, Augustales, Clarissimi, siue Speciosi &amp;
                     Perfectissimi: qui eftoient qualitez aussi bien attribuees aux<note place="margin">l.speciosas. de ver. signis.</note> particuliers comme aux
                     Magiftrats. Mais ce que dit Bartol<note place="margin">ad.l. nec magistratib.de
                        iniuriis.</note> qu’il y a certains qui ont Ia dignité fans charge, comme
                     les Comtes &amp; Marquis, ausquels toutefois il attribue commandement, &amp;
                     toute iustice, ne merite point de response, car il se contredit luy mesme trop
                     euidemment. Et est aussi peu probable quand il dit, que les maistres<note place="margin">ad l.omnes populi de iustitia.</note> d’eschole ont
                     iurisdiction sur leurs disciples, &amp; puissance d’establir statuts: &amp;
                     s’il estoit ainsi, la puissance domestique, &amp; discipline des familles
                     feroit du tout confuse auec la iurisdiction publique: ce que nous auons monstré
                     estre impossible. Alexandre le premier Iurisconsulte de son aage, a bien touché
                     plus pres de la vraye definition du Magistrat, en ce qu’il dit, qu’il ny a que
                     ceux-là magiftrats qui font iuges ordinaires. &amp; toutefois ce n’est pas
                     assez: car il y a tel magistrat qui a puissance de commander, qui n’a point de
                     iurisdiction ordinaire, comme les Censeurs &amp; les Tribuns du peuple: &amp;
                     au contraire, les anciens Pontifes, aussi bien que nos Prelats, estoyent iuges
                     ordinaires, ayans cognoissance vniuerselle des choses religieuses &amp;
                     sacrees. Ainsi peut-on voir, que les anciens &amp; nouueaux docteurs n’ont pas
                     traité ce poinct, ny touché <pb n="291"/> touche les difficultez, ny difference
                     des officiers, Magistrats &amp; commissaires comme la chose le meritoit bien .
                     Or combien que les definitions des Magistrats, officiers, &amp; commissaires ne
                     se trouuent point és lambeaux des Iurisconsultes: si est-ce qu’en plusieurs
                     endroits on peut remarquer leur aduis, &amp; par le discours des histoires. Car
                        Vlpian<note place="margin">l. I. si quis ius dicenti.</note> escrit qu’il
                     est permis à tous Magistrats de defendre leur iurisdiction par peines
                     iudiciaires, horsmis à ceux qu’ils appelloient Duumuiri. Qui n’est pas
                     feulement entendu des amendes pecuniaires, ains aussi de main<note place="margin">l. cum ab eo. ad l. Iul.pecul.</note> mise fus les biens
                     &amp; sus les personnes. Toutefois il appert, dira quelqu’vn, que Vlpian ayant
                     excepté les Duumuirs, qui eftoient en pareille puissance que les Escheuins des
                     communautez de ville, qui n’ont point de iurisdiction, les a neantmoins compris
                     au nombre des Magiftrats. &amp; a voulu dire que les Duumuirs auoient
                     iurisdiction: car pour neant feroient ils exceptez, s’ils n’eussent point eu de
                     iurisdiction. Toutefois le mesme Iurisconsulte en autre<note place="margin">l.I.l.dies.§.duas de damno.</note> lieu dit, que les Duumuirs n'auoient
                     aucune iurisdiction, ny cognoissance quelconque, sinon de receuoir les cautions
                     au besoin, &amp; mettre en saisine: qui tient plus, dit-il<note place="margin">l. iubere de iursdict.</note>, du commandement, que de la iurisdiction.
                     encores il dit, qu’ils ne sont en ce cas que simples<note place="margin">d.l
                        I.&amp; l.dies §.vbi.</note> commissaires des Preteurs, qui leur donnerent
                     ceste commission pour leur absence, asin d’obuier aux dangers eminens: comme en
                     cas pareil depuis on leur donna puissance<note place="margin">l.ius dandi de
                        tutorib.datis.</note> de donner tuteurs aux pauures mineurs, pour la
                     conseruation de leurs biens. Et s'ils auoient quelque commission outre cela,
                     c’estoit plus de quelque chose legere, que de puissance<note place="margin">l.
                        ea quæ. ad municipal.</note> de commander. Ce n’estoient donc pas proprement
                     Magiftrats. Et par consequent il s’enfuit, que tous Magistrats ayans
                     iurisdiction, ont puissance de condamner, saisir, executer. Ce qui semble auoir
                     esté anciennement ottroyé à tous Magiftrats par la loy Ateria Tarpeia<note place="margin">Dionys lib.8.Gell. lib. II. cap. I. Festus lib.14.in voce
                        peculatus.</note>, publiee Tan CCXCVII. apres la fondation de Rome, par
                     laquelle il fut dit, que tous Magistrats auroient puissance de denoncer
                     l’amende iusques a la somme de LVXI. sols: autant que deux boeufs ou trente
                     brebis eftoient estimez par la loy mesme. &amp; depuis croissant le reuenu
                     &amp; les richesses des Romains, les Magistrats hausserent les amendes<note place="margin">Liuius lib. 25. XXX. milia æris Fuluio mulcta dicta est à
                        magistratu.</note> sauf au menu peuple la decision<note place="margin">Dionysius lib.7.</note>, par la loy Icilia (qu’ils appelloient certatio
                     mulctae:) mais souuent il remettoit<note place="margin">Cicero Philip.2.</note>
                     l'amende, d’autant que la sentence du peuple condamnatoire à l’amende portoit
                     infamie : ce qui depuis fut abrogé<note place="margin">l.2.de modo mult.
                        C.</note>. Toutefois ie diray en passant, qu’il y a vne faute notable en
                     Festus Pompeius &amp; en Aule Gelle, qui est demeuree iusques icy à corriger,
                     où il y a XXX. boum &amp; duarum ouium, au lieu de xxx ouium. qui a fait
                     qu’Aule Gelle, ayant fuiui la faute des autres a dit, qu’il y auoit lors plus
                     de bœufs que de bestes à laine. Mais Denys<note place="margin">lib.10.</note>
                     d’Halycarnas monstre expressément, que la plus haute amende n'estoit que de
                     deux bœufs ou trente bestes à laine. Et au mesme lieu en Aule Gelle il y a vne
                     autre faute plus notable, où il dit multam, quae suprema dicitur in singulos ij
                        <pb n="292"/> 1 dies institutam fuisse: il faut rayer le mot dies: autlement
                     il n'eust pas esté licite au Magistrat de condamner pour plufieurs forfaits en
                     mesmeiour. mais le mot de singulos veut dire pour teste: de forte que si
                     plufieurs auoient offensé, le Magistrat pouuoit denoncer à chacun l’amende de
                     soixante six sols pour le plus. Encores y a vne autre faute, où il dit ouem pro
                     bouem, &amp; a figuré que ouis estoit de masculin genre. Ce qui n’estoit au
                     parauant la loy Tarpeia permis sinon<note place="margin">Doynis.lib.10.Festus
                        lib.14.</note> aux Consuls: car il n'y auoit lors, &amp; n’y eut de
                     LXXXVIII. ans apres aucun Preteur ny Ædile en Rome : veu que l’erection du
                     premier Preteur fut faite l'an de la fondation de Rome CCCLXXXVI. Ciceron<note place="margin">lib.2. de legib. Magistratus oinne iudicium &amp; auspicium
                        habento.</note> ayant fait des loix à son plaisir pour sa Republique à
                     l’exemple de Platon, en met vne par laquelle il donne à tous Magistrats
                     iurisdiction, &amp; auspices. Or celuy qui a iurisdiction à parler pro prement,
                     il a aussi dit vn<note place="margin">l. vlt. de offic. eius cui mand.</note>
                     Iurisconsulte, les choses sans lesquelles on ne peut exercer la iurisdiction,
                     c’est à scauoir puissance de commander : tellement que la iurisdiction des
                     anciens Pontifes &amp; de nos Euesques n’est qu’vne simple cognoissance: vray
                     est que les Euesques ont cognoissance beaucoup plus grande que Ies anciens
                     Pontifes, car ils peuuent emprisonner en leur parquet, &amp; condamner à la
                     torture, ores que les Magistrats facent executer leurs sentences. les anciens
                     Pontifes n’auoient point cela, ny cognoissance des mariages, ny de plufieurs
                     autres causes que les Euesques ont à present, comme nous dirons en son lieu.
                     Toutefois on peut dire que cela n’est pas general, que tous Magistrats ayent
                     puissance de commander: car<note place="margin">Gell. lib. 13. c. 12.
                        Magistratuum alij vocationem, alij præ hensionem tantum, alii neutrum
                        habent.</note> Messala Iurisconsulte, &amp; Marc Varron ont laisse par
                     escrit, qu’entre les Magiftrats les vns auoient puissance de donner
                     assignation, ou faire adiourner par deuant eux, &amp; pareillement main mise,
                     les autres auoient main mise seulement : &amp; qu’il y auoit aussi des
                     Magiftrats qui n'auoient ny l'vn ny l'autre: &amp; ceux qui n’auoient que main
                     mise n'auoient qu’vn simple sergent: ceux qui auoient l’vn &amp; l’autre,
                     auoient aussi leurs massiers: ceux qui n'auoient puifTance de faire adiourner,
                     ny de mettre en prison, ils n'auoient ny sergens ny massiers. quand ie dy main
                     mise i’entends la saisie de corps &amp; de biens. car la main mise est donnee à
                     plusieurs qui ont iurisdiction<note place="margin">Coustume de Sens.
                        &amp;c.</note> fonciere, qui n’ont pas puifTance de toucher aux personnes:
                     ce qui n’estoit pas anciennement par Ies loix des Romains, desquels il est icy
                     besoin de parler, &amp; discourir en brief leur puissance, pour esclaircir
                     comme en plein iour, la puissance de tous Magistrats en toute sorte de
                     Republique:chose qui n’a point esté encores touchee par nos Docteurs. Caries
                     grands <note place="margin">La puissance des Magistrats
                     Romains.</note>Magistrats, à sçauoir les Consuls, Preteurs, Censeurs, &amp;
                     entre Ies Commissaires Ie Dictateur, &amp; celuy qu’on appelloit Interrex,
                     &amp; les Gouuerneurs de Prouince auoient Massiers, &amp; par consequent ils
                     auoient puissance de faire adiourner par deuant eux chacun des particuliers,
                     &amp; les moindres Magistrats, horsmis les Tribuns. en oultre ils auoient
                     pouuoir de condamner à l’amende, saisir &amp; emprisonner à faute d’obeir. Les
                     mains. J <pb n="293"/> Les Tribuns n’auoient aucune puissance de faire assigner
                     personne par deuant eux, mais bien de constituer prisonniers, iusqu’aux Consuls
                     mesmes : comme L. Drusus Tribun, qui fist mettre en prison le Consul Philippe,
                     par ce qu’il l'auoit interrompu parlant au peuple: qui estoit<note place="margin">Dionys.lib.5.</note> crime de leze majesté, &amp; capital.
                     &amp; neantmoins ils n’auoient pas puissance de faire adiourner personne par
                     deuant eux: comme leur fist entendre le Iurisconsulte Labeo, lequel ne voulut
                     comparoir par deuant eux estant adiourné: &amp; dist pour ses defenses, que les
                     Tribuns n’estoient pas instituez pour auoir iustice &amp; iurisdiction, ains
                     feulement pour s'opposer à la violence, &amp; aux abus des autres Magistrats,
                     &amp; donner secours &amp; ay de aux appellans, qui eftoient iniustement
                     opprimez, &amp; emprisonner ceux qui ne voudroient deferer à l’opposition:
                     comme le Tribun Sempronius voyant que le Censeur Appius ne vouloit se demettre
                     de son office dix huict mois apres qu’il eut esté Censeur (suiuant la loy
                     Æmilia, qui auoit reduit le terme de cinq ans prefix à la Censure, au terme de
                     dix huict mois) luy dist qu’il le feroit mettre en prison, s’il n’obeissoit à
                     la loy Æmilia, du consentement des six autres Tribuns du peuple: mais Appius
                     ayant prattiqué trois Tribuns, qui s’opposerent au commandement des sept, il
                     demeura en son office. car l'opposition d’vn seul Tribun suffisoit pour
                     empescher les autres, s’il n’en estoit autrement ordonné par le peuple. C’est
                     pourquoy vn Tribun<note place="margin">Liuius lib.6.</note> parlant à la
                     Noblesse disoit: Faxo ne muet vox ista VETO, qua collegas nostros continentes
                     tam loeti auditis. &amp; peu apres, Contemni iam Tribunos plebis, quippe quae
                     pot estas IBM suam ISA vim transit intercèdent : non posse aequo iure agi, vbi
                     imperium penes illos, penes se auxilium tantum sit: nisi imperio communicato,
                     nunquam plebem in parte pari Reipublicae esse. Le peuple demandoit qu’il fust
                     aussi permis de faire vn Consul roturier. Ceste querelle dura quarante &amp;
                     cinq ans, pendant lesquels il ny eut point de Confuls. En quoy il semble que
                     les Tribuns n'auoient point de commandement: car ils demandoient qu’on fift vn
                     Consul roturier, afin que le peuple eust vn Magistrat de son corps, qui eust
                     pouuoir de commander: par ce que les Tribuns n’auoient que la voye
                     d’opposition. Toutefois on peut dire, que les Tribuns en ceste harangue là
                     faisoient leur puifTance plus petite qu’elle n'estoit: car<note place="margin">l.2.de in ius vocam.</note> Vlpian parlant proprement, &amp; en
                     Iurisconsulte dit, qu'il n’est pas licite d'appeller en iugement fans congé ou
                     commission du Magistrat, les i Consuls, Preteurs, Proconsuls, &amp; tous
                     autres, dit-il, qui imperium habent, &amp; iubere possunt in carcerem duci.
                     &amp; en autre<note place="margin">l. sed &amp; si. §.hæc clausula. ex quibus
                        causis maiores.l.nec magistratib.de iniuriis.</note> lieu, il repete les
                     mesmes mots. Et par ainsi nous conclurons, que les Magiftrats qui ont puissance
                     de mettre en prison, ores qu’ils n’ayent pas iurisdiction, qui font en termes
                     de droict Magistrats: comme les Tribuns en Rome, les Procureurs du Roy en ce
                     Royaume, les Auogadours à Venize. Et ne faut pas s’arrester à ce que dit
                     Plutarque aux Problemes, que les Tribuns n'auoient ny coche, ny selle d’yuoire,
                     ny massiers, qui estoient, dit-il, les marques des <pb n="294"/> Magiftrats:
                     car la principale marque estoit le commandement : ny aux propos du Consul
                     Appius, duquel parlant Tite Liue, Tribunus, inquit, viatorem mittit ad
                     Consulem, Consul lictorem ad Tribunum priuatum esse clamitans, sine imperio,
                     sine magistratu: car il disoit cela pour raualler la puissance des Tribuns. Et
                     neantmoins il se<note place="margin">Liuius lib.6.</note> trouua bien vn Tribun
                     si hardy, à sçauoir Licinius StoIo, qu’il contraignit le Dictateur Manlius, de
                     deposer la Dictature. &amp; vne autre fois ils firent mettre les<note place="margin">Florus epito.55.</note> deux Consuls en prison, pource qu'ils
                     n'auoient voulu enteriner la requeste des Tribuns, qui estoit d’exempter dix
                     soldats daller en guerre. Vray est que le<note place="margin">Dionys.lib.9.</note> pourpris &amp; territoire des dix Tribuns du peuple
                     eftoient les murailles de Rome: tellement que les Confuls M. Fabius, &amp; L.
                     Valerius, voyans qu’ils ne pouuoient leuer gens de guerre, obstant l’opposition
                     des Tribuns, commanderent de porter leurs sieges hors la ville, &amp; par ce
                     moyen firent ce qu’ils voulurent: toutefois les Tribuns entreprenoient fort
                     souuent par dessus leur puissance, iusques à faire edits &amp; defenses, comme
                     on peut voir en Tite Liue, mesmes au troisiesme liure, Communiter edicunt
                     Tribuni, nequis Consulem faceret: si quis fecisset, se id suffragium non
                     obseruaturos. qui est vn abus, &amp; entreprise fus la puifTance du peuple, de
                     luy defendre le chois libre &amp; entier des Magiftrats. d’auantage ils
                     faisoient iustice à tous venans, donnant assignation aux parties, comme s’ils
                     eussent eu puissance d’appeller par deuant eux. Cela se peut voir en<note place="margin">in Catone maiore.</note> Plutarque, où il dit, que les
                     Tribuns rendoient la iuftice au lieu qui s’appelloit Basilica Portia. Et
                     Asconius Pedianus dit, Tribunos, Quaestores, Triumuiros capitales, non in
                     sellis curulibus, sed in subselliis iura dixisse. &amp; mesmes<note place="margin">lib.I.OTHER TEXT.</note> Appian dit, que Drusus Tribun estoit
                     assidu à faire iuftice, &amp; rendre droict à chacun. Aussi le Iurisconsulte
                     met le Tribun du peuple entre les Confuls &amp; Preteurs, qui rendoient la
                     iuftice en Rome. C’est pourquoy Ciceron disoit, qu'on se porta pour appellant
                     aux Tribuns, vt de Praetoris iniuria cognoscerent. Et non seulement ils auoient
                     vsurpé la iurisdiction, ains aussi bailloient commissaires, &amp; faisoient en
                     plusieurs causes ceux qu’on appelloit AEdiles aedituos, leurs<note place="margin">Dionys.lib.6.Flor.epit.19.Gelli.lib.10.</note> lieutenans. Or
                     il est tout notoire, que nul ne peut establir lieutenans, ny donner
                     commissaires, que ceux qui ont la iurisdiction en<note place="margin">l.
                        more.l. solet.de iurisdict.</note> tiltre d’office: mais tout cela n'estoit
                     que par vsurpation, &amp; parabus, que le Iurisconsulte Labeo leur remonstra,
                     &amp; ne voulut onques, comme i’ay dit, comparoir par deuant eux. Nous ferons
                     mesme iugement des Ædiles, qu’on appelloit Curules, qui<note place="margin">Gell.lib.13.</note> n’auoient ny puifTance de faire adiourner par deuant
                     eux, ny d’apprehender aux corps: aussi n’auoient-ils ny massier ny fergent,
                     comme Varron &amp; Messala ont remarqué: &amp; neantmoins ils auoient vsurpé la
                     iurisdiction par la<note place="margin">§.proponebant de iure naturali.
                        institut.</note> souffrance des Preteurs, qui leur renuoyerent les causes
                     touchant les ventes des meubles: &amp; en fin aussi ils prindrent cognoissance
                     des immeubles, &amp; des femmes prostituees, qui ne pouuoient estre de ce
                     mestier, si elles ne l’auoient declaré aux Ædiles : ce qui eftoit gardé 4 d’an-
                        <pb n="295"/> d’ancienneté, afin que la honte en peust estranger plusieurs
                     mais depuis quelles eurent perdu la honte, &amp; que des plus illustres dames
                     Romaines oserent bien impudemment declarer aux Ædiles quelles vouloient se
                     prostituer, l'Empereur<note place="margin">Tacit.lib.2.</note> Tibere voulut
                     qu’on procedast contre elles par iustice. &amp; soubs Ie mesme<note place="margin">Tacit.lib.2.</note> Empereur, &amp; au mesme temps, les abus,
                     &amp; entreprises des Ædiles curules &amp; autres, fut reprimee, &amp; ordonné
                     iusques à quelle somme ils pouuoient saisir: ce qu’ils n’auoient pas de leur
                     ancienne institution: &amp; beaucoup moins de faire appeller par deuant eux,
                     iaçoit qu’ils eussent puissance de faire assembler le<note place="margin">Piso
                        Annalium lib. 4.&amp; Dionis. Halyca.</note> menu peuple. Quant aux
                     Questeurs, ie ne voy point qu’ils ayent iamais eu, ny entrepris d’auoir
                     iurisdiction, ny d’emprisonner: aussi Varron dit qu’ils ne l’auoient pas:
                     iaçoit que l'annee d’apres leur office expiré, on leur donnoit aucunefois le
                     gouuernement de quelque Prouince: comme au ieune Gracchus la<note place="margin">Plutar. in Gracchis.</note> Sardaigne. alors ils auoient
                     autant &amp; plus de puissance en leur gouuernement, que tous les<note place="margin">l.solent obseruare. de offic.procons.</note> Magistrats en
                     Rome: mais ce n'estoit que par forme de commission, comme tous gouuerneurs de
                     Prouince. Quant aux Censeurs, Ottoman &amp; Sigonius ont tenu qu’ils auoient
                     bien, ainsi qu’ils escriuent, potestatem, sed non imperium: chose impossible :
                     car le mot de Potestas en termes de droict, &amp; en la personne des
                     Magistrats, signifie tousiours commandement, <note place="margin">l.potestatis.de ver. signif.</note> Potestatis verbo, imperium in
                     magistratu significatur: &amp; mesmes Vlpian, <note place="margin">d.
                        l.solet.l.3. de iurisdict.</note> où il dit, que le gouuerneur de Prouince a
                     iurisdiction tresample, &amp; puissance de condamner a mort, il s’appelle
                     proprement Potestas. Or nous<note place="margin">Liuius lib.40.&amp; 43. Zonar.
                        tomo 2.</note> voy ons que les Censeurs souuent faisoient publier leurs
                     edits, c'est à dire commandemens, &amp; ordonnances qu’ils faisoient.
                        Aussi<note place="margin">apud. Gel. lib. 13. cap.12.</note> Varron &amp;
                     Messalla appellent les Consuls, Censeurs, Preteurs, Maiores Magistratus : tous
                     les autres Minores :&amp; dit<note place="margin">lib. 5. de lingua
                        latina.</note> plus, qu’il n’estoit pas en la puissance des Preteurs (qui
                     auoient commandement &amp; iurisdiction) de faire assembler l’armee de ville :
                     ce que pouuoient les Censeurs, Praetori exercitum vrbanum conuocare non licere,
                     Consuli, Censori, Interregi, Dictatori licere. Et lors que Hanibal assiegea
                     Rome, on fift vn edit, que tous ceux qui auoient esté Dictateurs, Consuls,
                     Censeurs, eussent puifTance de commander. Placuit, dit Tite Liue, omnes qui
                     antea Dictatores, Consules, Censoresve fuissent, cum imperio esse donec hostis
                     a muris discessisset. ce qu’on n'eust pas fait, si les Censeurs n’eussent eu
                     commandement quand ils eftoient en office, veu que ceux-là mesmes qui auoient
                     esté Preteurs n’eurent pas ceste puissance. Et si les Tribuns auoient
                     commandement, que Varron met au nombre des moindres Magiftrats, comment ne
                     l’auoient les Censeurs, qu’il appelle grans Magiftrats ? Et qui plus est<note place="margin">In Catone maiore.</note> Plutarque dit, que les Censeurs
                     auoient plus de puissance, que Magistrat qui fust en Rome : vray est que ie ne
                     m'arreste pas du tout à Plutarque lequel on trouue auoir bien souuent failly
                     aux antiquitez des Romains. mais ce qui a, peut estre, abusé plusieurs, c’eft
                     qu’ils n'auoient point de iurisdiction: quoy que die Augustin Ono- <pb n="296"/> phre, qu’ils auoient puissance de condamner de quelques crimes: &amp;
                     toutefois il ne les escrit point. Or il y a bien difference de iuger des
                     crimes, &amp; reprendre les moeurs. C’est pourquoy Ciceron disoit, que le
                     iugement des Censeurs faisoit bien rougir les personnes, mais rien plus. <note place="margin">lib.4. de Repub.apud Nonium.</note> Censoris iudicium nihil
                     ferè damnato affert praeter ruborem, itaque vt omnis ea iudicatio versatur
                     tantummodo in nomine, animaduersio illa ignominia dicta est. il ne dit pas que
                     la Censure touchast l'honneur pour le noter d’infamie, mais bien quelque
                     ignominie, que le Docteur Cuias a pris pour infamie: qui est fort differente de
                     l’ignominie. Charles<note place="margin">lib. 2. de iudiciis. cap.3.</note>
                     Sigon a fait mesme faute ou il definist ignominie estre infamie: &amp; au mesme
                     lieu il dit, qu’il y a des causes capitales qui portent infamie &amp; fans
                     crime: contre les principes du droict. car celuy qui eftoit condamné par
                     iugement public pour crime, il eftoit infame: &amp; le soldat cassé par le
                     Capitaine pour fa faute, n'estoit pas infame, mais ignominieux seulement,
                     iusqu’à ce que le Preteur en eust fait edit<note place="margin">l.I.de iis qui
                        notantur.</note> expres. les anciens<note place="margin">ad l I &amp; ad
                        l.palam. §.quæ de titu nuptia.</note> Docteurs ont appellé l’ignominie,
                     infamie de fait: de laquelle parlant le Iurisconsulte<note place="margin">l.2
                        de senat.</note> Cassius dit, qu’il pense que le Senateur raye du registre,
                     ne peut estre iuge ny tesmoin, s’il n’est restitué. il dit seputare. &amp;<note place="margin">d.l palam.</note> Vlpian vse aussi de mesme façon de parler
                     seputare et quae in adulterio deprehen sa est, &amp; absoluta notam obesse. car
                     il est bien certain que l’absolution oste l’infamie de droict, mais non pas
                     l’ignominie. &amp;<note place="margin">l. cognitionum de variis cog.</note>
                     Callistrate dit, qu’il pense aussi que la reputation, &amp; l’honneur est
                     aucunement diminué, quando quis ordine mouetur. Aussi Feste Pompee met trois
                     fortes de punition militaire, à scauoir deprehensa, castigatio, ignominia.
                     deprehensa, dit-il, castigatione maior, ignominia minor. &amp; la loy adiouste
                     parsus tout cela infamiam. Autrement si l’infamie, &amp; la note des Censeurs
                     ignominieuse eftoit tout vn, il faudroit que LXIIII. Senateurs, queles Censeurs
                     Lentulus &amp; Gellius rayerent du registre, &amp; debouterent du Senat, &amp;
                     CCCC. Cheualiers, qui furent par les Censeurs Valerius &amp; Sempronius cassez,
                     &amp; priuez des cheuaux &amp; gages qu’ils tiroient du public, fussent aussi
                     infames. &amp; qui plus est, il faudroit que tout le peuple Romain eust esté
                     infame par la Censure de Liuius Salinator, qui raya &amp; nota toutes les
                     lignees, &amp; comme dit<note place="margin">lib.2.</note> Valere Maxime, inter
                     aerarios retulit, par ce qu’ils l’auoient condamné par iugement public, &amp;
                     depuis fait Consul &amp; Censeur. il n’excepta que la lignee Metia, qui ne
                     l’auoit condamné ny absouls, ny iugé digne d’obtenir Magistrat. Il nota aussi
                     Claudius Neron son collegue en la Censure, qui luy rendit la pareille. Et pour
                     ceste cause<note place="margin">pro Cluent.</note> Ciceron disoit, lllud
                     commune proponam, nunquam animaduersionibus Censoriis banc ciuitatem ita
                     contentam , vt rebus indicatis fuisse. &amp; met vn exemple de L. Metellus
                     Senateur, qui fut debouté du Senat parles Censeurs, &amp; depuis fait Censeur:
                     &amp; puis il adiouste, Quod si illud iudicium putaretur vt caeteri turpi
                     iudicio damnati, in perpetuum omni honore ac dignitate priuantur. sic hominibus
                     ignominia notatis, neque ad honorem, neque in curiam reditus esset: timoris
                     enim causam, non vitae pœnam <pb n="297"/> nam in illa potestate esse
                     voluerunt. quare qui vobis in mentem venit haec appellare iudicia, quae a
                     populo Romano rescindi, abiuratis iudicibus repudiari, a Magistratibus negligi,
                     ab iis qui eandem potestatem adepti sunt solent commutari? II appert donc assez
                     qu’ils n'auoient point de iurisdiction: car mesmes les Preteurs<note place="margin">Cicero in prætura Vrbana.</note> cognoissoient des proces
                     d’entre les fermiers &amp; le public, &amp; des plaintes des fermiers, que les
                     Censeurs auoient establis. Aussi la iurisdiction n'a rien de commun auec la
                     force de commander, comme nous dirons en son lieu. &amp; pour ceste cause quand
                     les Cours de Parlement de ce Royaume verifient les lettres des gouuerneurs de
                     Prouinces, ils font adiouster sus le reply, qu'ils n’auront point de
                     iurisdiction contentieuse, ains seulement volontaire, c’est à dire que la force
                     de commander, la puissance, l'auctorité, la dignité leur demeurera, mais non
                     pas la iurisdiction. Ainsi pouuons nous dire que les Censeurs auoient
                     commandement, &amp; toutefois fans iurisdiction. Il y auoit bien d’autres
                     Magiftrats en Rome, qui<note place="margin">Cicero pro Cluent.
                        Valer.lib.8.cap.4.</note> auoient bien commandement &amp; iurisdiction des
                     causes criminelles, comme ceux qu’on appelloit Triumuiri capitales, mais ce
                     n’estoit que des estrangers ou esclaues seulement. vray est qu’ils<note place="margin">Valer lib. 5. c. 9.&amp; lib.6.cap.I.</note> entreprenoient
                     quelquefois fus les bourgeois, &amp; mesmes fus les Magiftrats. En outre ils
                     eftoient executeurs des iugemens de<note place="margin">Salust.in bello
                        Catil.</note> mort. Par ce discours des Magiftrats Romains, &amp; de leur
                     puissance, il appert, que plusieurs officiers eftoient appeliez Magiftrats, qui
                     n’auoient pas pouuoir de commander ny de saisir, &amp; neantmoins s’appelloient
                     Magistrats, tant es loix que par les histoires: de sorte que nostre definition
                     ne seroit pas generale, si ce n’estoit qu’on voulust faire vne subdiuision des
                     Magiftrats qui ont pouuoir de commander, &amp; ceux qui n’en ont point: mais il
                     n’est point de besoin, car la vraye proprieté du mot Magistrat emporte
                     commandement. Et qui prendra garde à la façon de parler des anciens Latins,
                     &amp; mesmes des<note place="margin">l.honor.de muneribus.</note>
                     Iurisconsultes, on trouuera qu’ils ont appellé les offices auec charge honneste
                     du mot Honores: Honor, dit Callistrate, est administratio Reipublicae cum
                     dignitate. &amp; ceux qui au oient outre l’honneur puifTance de commander, ils
                     estoient signifiez par le mot Imperia, comme on void en Tite Liue la Noblesse
                     se plaindre en ceste sorte, Salios ac Flamines sine imperiis, ac potestatibus
                     relinqui. il entend parle mot Imperia les grands estats de la ville, fust par
                     commission, ou en tiltre d’office, qui auoient Massiers, &amp; puissance de
                     commander: &amp; par le mot Potestates, il entend les gouuernemens de
                     Prouinces, que le lurisconsulte Vlpian appelle en propres termes<note place="margin">l.imperium.de iurisdict.</note> Potestates. ce que l’Empereur
                     Alexandre Seuere entendoit quand il dist tout haut, Non<note place="margin">Lamprid.</note> patiar mercatores potestatum. Ioint aussi que Ciceron
                     maistre de bien parler aux liures des loix, a mis celle-cy, Magistratus omnes
                     iudicium &amp; auspicium habento. en <note place="margin">Diuision des
                        Magistrats.</note>quoy il donne assez à entendre, que le Magistrat
                     proprement est celuy qui a puifTance de commander. Or tout ainsi qu'on peut
                     auoir charge publique fans honneur, corne les crieurs, fergens, trompettes (qui
                     eftoient <pb n="298"/> anciennement esclaues, &amp; de la famille des
                     Magiftrats fans tiltre d’office) &amp;mesmes les greffiers &amp; notaires
                     eftoient aussi esclaues des Magistrats ou de la Republique, iusques au temps
                        de<note place="margin">l.generali. de tabular.C.</note> Valentinian, qui ne
                     voulut plus que les esclaues fussent en ceste charge: ainsi on peut dire qu’il
                     y a des charges publiques auec honneur sans pouuoir de commander, comme les
                     Ambassadeurs, Conseillers du priué conseil, secretaires d'estat, &amp; des
                     finances. les anciens Ædiles, &amp; Questeurs, &amp; nos receueurs. les autres
                     ont charge honorable, &amp; iugent ayans cognoissance de plusieurs causes,
                     comme les anciens Pontifes Romains &amp; nos Prelats, les autres ont charge
                     honorable, &amp; puissance de commander, sans iurisdiction, comme les Tribuns
                     du peuple, les Censeurs &amp; nos gouuerneurs de pays, ensemble les Procureurs
                     du Roy. Il y en a d’autres qui ont charge publique, ordinaire &amp; honorable,
                     &amp; puissance de commander auec iurisdiction: &amp; sont ceux là qui
                     proprement s’appellent Magistrats, comme eftoient les deux Confuls &amp; les
                     Preteurs, qui surent<note place="margin">l.2.de orig.iuris.</note> multipliez
                     iusques à XVI. quant aux Dictateurs, gouuerneurs de Prouinces, &amp; ceux qu’on
                     appelloit interreges, &amp; Praefectos vrbi Latinarum feriarum causa: ils
                     auoient tien plus de puissance que tous les autres Magistrats que i’ay dit,
                     mais ce n’estoient pas Magistrats, ains seulement commissaires, comme nous
                     auons monstré cy dessus : iaçoit qu’on les appelloit aussi du nom commun de
                     Magistrats, non pas toutefois ceux qui parloient proprement. Et par ainsi il
                     appert, qu’on ne peut auoir commandement fans honneur : combien qu’il y a
                     plusieurs personnes publiques qui n’ont aucun commandement, &amp; toutefois
                     sont constituez en grande dignité, comme à Venize le Chancelier, les Procureurs
                     sainct Marc: &amp; en toutes Republiques les Conseillers d’estat, Ambassadeurs,
                     Pontifes &amp; Prelats, qui n’ont ny commandement ny iurisdiction, sont plus
                     respectez que les petits Preuosts &amp; plusieurs autres iuges qui n’ont
                     puissance de commander, &amp; iurisdiction contentieuse auec route iuftice
                     haute, moyenne &amp; basse. Il y a aussi des charges publiques qui n'ont ny
                     honneur ny commandement, ains au contraire tirent apres foy quelque deshonneur,
                     comme les bourreaux, qui eftoient contraints par les edits des<note place="margin">Cicero pro Rabirio perd.</note> Censeurs loger hors la ville,
                     apres que la charge des Massiers leur fut deferee pour l’execution de mort:
                     coustume qui est encores gardee à Thouloze &amp; en plufieurs autres villes. Il
                     y a d’autres charges qui ne sont gueres plus honnestes, &amp; toutefois
                     necessaires, &amp; proffitables à ceux qui les exercent, afin que le proffit
                     couure aucunement le deshonneur. Soubs ceste diuision sont compris generalement
                     toutes personnes publiques, qui font constituez en tiltre d’office, ou en
                     commission, ou en dignité simple, sans puissance de commander. Et en cas
                     semblable nous pourrons diuiser tous les offices &amp; dignitez selon la
                     diuersité des charges publiques que chacun a : les vns aux choses diuines, les
                     autres aux affaires d’estat: ceux cy à la iustice, ceux là aux finances : les
                     vns aux fortifications <pb n="299"/> tions &amp; reparations des places
                     publiques, les autres à Ia prouision des viures, &amp; choses qui font besoin,
                     qui à la guerre pour la tuition des sugets contre les ennemis, qui à la santé
                     publique, &amp; purgation des villes: qui aux voyes, riuieres, forests, ports
                     &amp; passages. toutes lesquelles charges publiques se peuuent donner ou en
                     tiltre d’office, ou en commission, ou en dignité simple sans commandement, ou
                     bien auec puissance de commander, ou à l'execution des commandemens, comme
                     soubs les ministres des Magistrats, Greffiers, Notaires, Huissiers, Voyers,
                     Sergens,Crieurs. Et generalement en toute Republique il y a trois poincts à
                     remarquer pour le regard de la creation des Officiers &amp; Magiftrats:
                     premierement celuy qui les fait: en second lieu de quelles personnes on esdoit
                     prendre: en troisiesme lieu la forme de les faire. quant au premier il
                     appartient à la majesté<note place="margin">l.I.ad l.Iul.de ambitu.</note>
                     souueraine, ainsi que nous auons dit en son lieu. quant au second poinct, il
                     appartient bien aussi à la majesté: mais toutefois on fuit ordinairement les
                     loix qui font establies à ceste sin, &amp; principalement en l'estat populaire
                     &amp; Aristocratique, où les Magistrats ne sont pris que des plus nobles ou des
                     plus riches, ou des plus aduisez en la charge qu'on leur donne, ou bien
                     indifferemment de toutes sortes de citoyens. Quant au troisiesme poinct, qui
                     est la forme de faire les officiers, il y a trois moyens, à sçauoir l'election,
                     le sort, &amp; les deux meslez ensemble. Et quant au fait de l'election, elle
                     se fait de viue voix, ou en leuant la main: &amp; la voix que les anciens Grecs
                     appelloient OTHER LANGUGE vsitee encores en Suisse: ou par tables&amp; billets,
                     ou par febues &amp; ballotes. Le sort se fait de certains citoyens, pour
                     paruenit à quelque Magistrat, ou de tous en certain aage. Quant au chois &amp;
                     au sort meslez ensemble, iaçoit qu’il ne fust pas vsité anciennement, si est-ce
                     qu’il est fort commun à present és estats Aristocratiques, mesmement à Genes
                     &amp; à Venize. Or la diuersité du chois &amp; du sort est encores plus grande
                     pour les iuges: car il se peut faire és estats populaires &amp;
                     Aristocratiques, que tous les citoyens en nom collectif iugent de chacun en
                     particulier, &amp; de la moindre partie de tous en nom collectif, prenant les
                     iuges au chois, ou bien au fort, ou bien par sort, &amp; par election, ou bien
                     que tous iugent de quelques vns estant choisis ou tirez au sort, ou par fort
                     &amp; par election: ou bien que certains citoyens iugent de tous les autres
                     estans choisis ou pris au sort, ou en partie par sort &amp; par election: ou
                     bien que quelques citoyens iugent de quelques vns, estans choisis ou tirez au
                     sort, ou par fort &amp; par election: ou bien on en prendra quelques vns
                     choisis de tous les citoyens, &amp; quelques vns pris au sort, pour iuger de
                     certains citoyens: ou bien on en prendra quelques vns de tous au sort, &amp;
                     quelques vns de certains citoyens par chois: ou bien on en prendra quelques vns
                     de tous, &amp; quelques vns de certaine qualité de citoyens par chois &amp; par
                     fort. Voila tous les moyens qu’on peut imaginer pour la varieté de ceux qui ont
                     charge publique, &amp; pour l'estat, qualité &amp; condition d’vn chacun, <pb n="300"/> &amp; la forme de les appeller, &amp; employer. L’orateur<note place="margin">Contra Ctesiph. OTHER TEXT.</note> Æschine faisant la
                     diuision des offices &amp; charges publiques d’Athenes, l'a tranché beaucoup
                     plus court, iaçoit qu’il y eust plus d’officiers qu’en Republique qui fust lors
                     pour son estendue. Il dit qu’il y auoit trois fortes d’officiers: les vns qui
                     estoient pris au sort, ou choisis: les autres qui auoient quelque charge
                     publique plus de trente iours, &amp; les surintendans des reparations &amp;
                     constructions des œuures publiques. les autres portez par les loix anciennes,
                     &amp; les commissaires choisis pour le faict de la guerre, ou de la iustice,
                     comme seroient les Magiftrats. Mais on ne peut pas iuger la diuersité des
                     officiers &amp; Magistrats par ceste diuision: non plus que par celle de
                     Demosthene, qui est toute diuerse à celle d’Æschines son aduersaire. car il dit
                     que ceux là sont Magiftrats qu’on tiroit au fort au temple de Thesee. &amp;
                     ceux à qui le peuple donnoit puissance de commander, ou qu’il elisoit
                     capitaines. la diuision de Varron &amp; de Messala est aussi cour- te:à sçauoir
                     qu’il y a deux fortes de Magiftrats: les grands &amp; les petits, ils
                     appelloient les grands Magiftrats, les Confuls, Preteurs, Censeurs, qui
                     eftoient eleus par les grands estats: &amp; les autres eftoient appeliez
                     petits, qui estoient faits par le menu peuple, &amp; la ceremonie des Auspices
                     estoit plus solennelle és vns qu’és autres. mais il faut trouuer les diuisios
                     essentielles, &amp; qui puissent seruir en toutes Republiques. comme celles que
                     nous auons posees touchant la charge des Magistrats. aussi pouuons nous diuiser
                     les Magistrats en trois sortes, pour le regard de leur puissance. les premiers
                     se peuuent appeller Magiftrats fouuerains, qui ne doiuent obeissance qu'a la
                     Majesté souueraine: Ies autres, Magistrats moyens, qui doiuent obeissance aux
                     Magistrats superieurs, &amp; ont commandement sut autres Magistrats. les
                     derniers sont ceux là qui doiuent obeissance aux Magistrats superieurs &amp;
                     n’ont commandement que sur les particuliers, comme nous declarerons cy apres.
                  </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>