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                  <head><hi rend="italic">CHAP. VII</hi> De Ceux Qui Sont en PRotection, &amp; la
                     difference entre les alliez, estrangers, &amp; sugets.</head>
                  <p> Nous auons dit quelle différence y a entre les sugets, les bourgeois, &amp;
                     les estrangers. disons maintenant des alliez, &amp; premierement de ceux qui
                     font en protection: par ce qu’il n’y a pas vn, de ceux qui ont escrit de la
                     Republique, qui aye touché ceste corde, qui est toutefois des plus necessaires
                     pour entendre l’estat des Republiques. Le mot<note place="margin"> Que signifie
                        protection.</note> de Protection en general, s'estend a tous sugets, qui
                     font en l'obeissance d’vn Prince, ou seigneurie souueraine: comme nous auons
                     dit, que le Prince est obligé de maintenir par la force des armes, &amp; des
                     loix ses sugets en seureté de leurs personnes, biens, &amp; famille: &amp; les
                     sugets par obligation réciproque, doiuent à leur Prince, foy, sugetion,
                     obeissance, ayde, &amp; secours. c'est la premiere, &amp; la plus forte
                     protection, qui soit car la protection des maistres enuers leurs esclaues: des
                     patrons enuers leurs afranchis des seigneurs enuers leurs vassaux, est beaucoup
                     moindre, que des Princes enuers leurs sugets: d’autant que l'esclaue,
                     l'afranchi, le vassal, doit la foy, hommage, &amp; secours à son seigneur, mais
                     c'est apres son Prince souuerain, duquel il est homme lige. aussi le soldat
                     doit obeissance, &amp; secours à son Capitaine, &amp; merité la mort s'il ne
                     luy fait bouclier au besoin: la loy vse du mot "Protexit"<note place="margin">
                        l.omne delictum de re militari.ff.</note>. Mais en tous les traitez, le mot
                     de Protection est special; &amp; n’emporte aucune sugetion de celuy qui est en
                     protection: ny commandement du protecteur, enuers ses adherans, ains seulement
                     honneur, &amp; réference des adherans, enuers le protecteur, qui a pris la
                     defense, &amp; protection sans autre diminution de la majesté des adherans, fus
                     lesquels le protecteur n’a point de puissance. Aussi le droict de protection
                     est plus beau, plus honorable, &amp; plus magnifique, que tous les autres. Car
                     le Prince souuerain, le maistre, le seigneur, le patron, tirent profit, &amp;
                     obeissance, pour la defense des sugets, des esclaues, des afranchis, des
                     vassaux: mais le protevteur se contente de l’honneur, &amp; recognoiffance de
                     son adherant: <pb n="74"/> &amp; s'il en tire autre profit, ce n'est plus
                     protection. Et tout ainsi que celuy qui preste, ou accomode autruy de son bien,
                     ou de sa peine, s'il en reçoit profit questuaire, ce n'est ny prest, ny
                     accommodation, ains vn pur loüage<note place="margin"> l.rogasti.§.si tibi. de
                        rebus credit.l.1.§. si conuenerit depositi.l.Lucius eod.ff.</note> d’homme
                     mercenaire. aussi celuy qui a liberalement promis faire quelque chose pour
                     autruy, est obligé d’accomplir sa promesse sans aucun loyer la raison de la loy
                        est<note place="margin"> l.1.mandati.ff.</note>, "quia officio merces non
                     debetur." Or il n’y a promesse plus forte. que celle qui est faite de defendre
                     les biens^ la vie, &amp; l’honneur du foible contre le plus puissant: du
                     pauure, contre le riche: des bons affligez, contre la violence des meschans.
                     C'est pourquoy Romule Roy des Romains, ordonnant l'estat de ses sugets, pour
                     Ies nourrir en paix &amp; repos, assigna à chacun des cent gentils-hommes qu’il
                     auoit choisis pour son conseil priué, le surplus des autres sugets, pour les
                     maintenir en leur protection &amp; sauuegarde., tenant pour execrable celuy,
                     qui laisseroit la defense de son adhérant, &amp; de fait les Censeurs notoient
                     d’ignominie ceux qui auoient quitté leurs<note place="margin"> Dionysius Halic.
                        lib.2.Tullius in diuinatione.</note> adherans. Et qui plus est laloy des XII
                     tables portoit la peine des interdits. "Si patronus clienti fraudem faxit,
                     sacer esto." Plutarque dit bien que les adherans bailloient de l’argent aux
                     patrons pour marier leurs filles: mais il se peut faire qu’il s'est mespris,
                     &amp; qu’il a pris les adherans pour afranchis, car Dionysius Halicarnassæus
                     n'en dit rien. Depuis les grans seigneurs de Rome, commencerent aussi a prendre
                     en leur protection, qui l’vne, qui l’autre ville, comme la maison des Marcels,
                     auoit en sa protection la ville de Syracuse: la maison des Antoines auoir
                     Boulongne la grasse: &amp; les estrangers en cas pareil, qui frequentoient la
                     ville de Rome, auoient aussi leurs protecteurs, qui prenoient leur succession,
                     comme par droit de Aubeine, s'ils mouroient en Rome, comme il a esté dit cy
                     dessus. Et appelloit on les adherans, "Clientes," &amp; les protecteurs,
                     Patrons, pour la similitude qu’il y auoir entre les vns &amp; les autres: mais
                     il y a difference notable. car l'affranchi doit lés coruees au patron, &amp;
                     peut estre reduit en seruitude, s'il est ingrat: l’adherant ne doit point de
                     coruees, &amp; ne peut perdre fa liberté pour estre ingrat. l’afranchi doit vne
                     partie de ses biens à son patron, ayant suruescu l’afranchi: l’adherant ne doit
                     rien de fa succession au protecteur. Et combien que le vassal aye beaucoup de
                     choses semblables à l'adherant, de sorte que plusieurs ont fait vne confusion
                     de l’vn &amp; l’autre: si est-ce qu’il y a bien différence: car le vassal doit
                     la foy, hommage, ayde,secours, &amp; honneur au seigneur: &amp; s'il commet
                     felonie, ou qu’il desauoüe son seigneur, ou pour vu dementir<note place="margin"> Par arrest du parlement de Paris prononcé en robbes rouges
                        contre Grançois Partenay le 23. Decembre 1565.</note> par luy donné à son
                     seigneur, il perd son fief, qui est acquis au seigneur par droit de commis,
                     l’adherant n’ayant aucun fief du protecteur n'est point en ceste crainte.
                     Dauantage si le vassal est homme lige, il est naturel suget, &amp; doit non
                     feulement la foy &amp; hommage, ains aussi sugetion &amp; obeissance au
                     seigneur, &amp; Prince souuerain, de laquelle il ne peut se départir, sans Ie
                     consentement de son Prince; ores qu’il deguerpist le fief, les adherans <pb n="75"/> ne sont point en ces termes, &amp;ne sont en rien sugets aux
                     Protecteurs. Le sinple vassal, soit Pape, Roy, ou Empereur, est suget d'autruy,
                     &amp; doit<note place="margin"> Bald.in.l.sed si hac§. si libertus de ia ius
                        vocand.</note> seruice au seigneur duquel it tient fief, iaçoit qu'il
                     puisse, en quittant le fief, s'exempter<note place="margin"> cap. vnico. de
                        vassalo qui contra constitut.Lotharij.</note> de la foy, &amp; hommage. le
                     simple adherant, s'il est Prince souuerain, il ne doit ny seruice, ny
                     obeissance, ny hommage au protecteur. Le droit de vasselage est nouueau, &amp;
                     depuis la venue de Lombars en Italie: car au parauant il ne s'en trouue rien
                     qu'on puisse asseurer. Le droit de protection est tresancien, &amp; au parauant
                     Romule, qui l'emprunta de Grecs: car il estoit vsité en Thessalie, Egypte,
                     Asie, Sclauonie, comme nous lisons és anciens<note place="margin"> Dionys.
                        Halic.lib.2. Varro lib.I.de re rustica.</note> auteurs. Le vassal au
                     contraire reçcoit des heritages, &amp; des fiefs du seigneur: duquel il ne peut
                     estre exempté de la foy &amp; hommage qu'il doit, ores que le Prince souuerain
                     ergeast le fief de son arrierevassal en Comté, Duché, Marquisat, Principauté,
                     comme il a esté<note place="margin"> l'an 1565.</note> iugé par arrest du
                     parlement de Paris. En quoy s'est abusé celay<note place="margin"> Conan.
                        lib.2.</note> qui a tenu, que Cesar en ses Memoires appelle "soldurios &amp;
                     deuotos," les vassaux, veu qu'il n'y a aucune mention de fief: ioint aussi
                     qu'ils estoient vrais &amp; naturels sugets: car leur vie, leurs biens, &amp;
                     leurs personnes estoient consacrez à leur seigneur: qui est la vraye marque de
                     sugetion, que le vassal, &amp; arriere-vassal doiuent seulement au Prince
                     souuerain, non pas en qualité de vassaux, ains en qualité de sugets naturels,
                     qui doiuent courir la mesme fortune que leur Prince, viure &amp; mourir pour
                     luy, s'il est besoin, ores que le vassal y foit obligé plus specialement que
                     les autres sugets. Qui sont tous argumens necessaires pour monstrer, que les
                     droits de patronnage, de vasselage, &amp; de protection, de doiuent pas estre
                     confondus, iaçcoit qu'ils ayent quelque similitude ensemble: car le vassal,
                     &amp; l'adherant doiuent la foy au seigneur, &amp; protecteur, &amp; l'vn à
                     l'autre reciproquement<note place="margin"> cap.vnico.de
                        format.fideliat.cap.I.si de feudodefuncti.</note> obligez, bien que le
                     seigneur ne soit pas tenu de<note place="margin"> l. serui. in
                        l.imperialem.</note> prester le serment de fidelité au vassal verbalement,
                     comme le protecteur doit à l'adherant, &amp; se garde solennellement en tous
                     les traitez de protection. Aussi le seigneur, &amp; le vassal doiuent deliuerer
                     lettres l'vn à l'autre, comme le protecteur &amp; l'adherant sont obligez à
                     bailler lettres de protection l'vn à l'autres, mesmenent si la protection est
                     d'vn Prince souuerain, enuers l'autre, mesmenent si la protection est d'vn
                     Prince souuerain, enuers l'autre: &amp; doiuent estre renouuelllees à la venue
                     d'vn Prince souuerain, de laquelle nous auons à traiter, il semble que le
                     Prince ou peuple souuerain, qui s'est mis en la protection d'vn autre, est son
                     suget. S'il est suget, il n'est plus souuerain, &amp; ses sugets seront aussi
                     sugets du protecteur. Et quelle sugetion veut on plus grande, que se mettre en
                     la sauuegarde d'autruy, &amp; le recognoistre pour superieur? car la protection
                     n'est autre chose, que la confederation, &amp; alliance de deux Princes, ou
                     seigneuries souueraines, en laquelle l'vn recognoist l'autre superieur: l'vn
                     est receu en la sauuegarde de l'autre. ou bien 76 quand le suget d’vn Prince se
                     retire en la terre d’vn au treuil eft aussi en sa protection, de forte que s'il
                     est poursuiuy par l’ennemi, &amp; pris prisonnier en la terre d’vn autre Prince
                     souuerain, il n'est point prisonnier du poursuiuant, comme il fut iugé par la
                     loy des armes, au pourparlé de paix, qui fut entre le Roy de France &amp;
                     l’Empereur Charles v. l’an M. D. L. V. quand il fut question des prisonniers
                     imperiaux, que les François auoiet pris au Comté de Guynes, qui estoit lors en
                     la sugetion des Anglois: il fut soustenu parle chancelier d’Angleterre, qu’ils
                     ne pouuoient estre tenus prisonniers, estans en la terre, &amp; protection des
                     Anglois. combien que le contraire se pouuoit dire: car iaçoit qu’il ne fust
                     permis de quester, ny leuer la proye en la terre d’autruy, si est-ce qu’il est
                     permis l’ayant leuce, la poursuiure fus le fond d'autruy: vray est qu’il y a
                     vne exception, si le seigneur ne l’empesche, comme de fait le Milor Grei,
                     gouuerneur de Calais, &amp; de Guynes, estoit suruenu durant la poursuite,
                     &amp; print en sa garde ceux que les François auoient pris. Or en ce cas le mot
                     de Protection, n'est pas pris en sa proprieté, car il n’y a point de
                     protection, s'il n'est conuenu, &amp; ne peut le Prince estranger prendre le
                     suget d’autruy en sa protection, si ce n'est du consentement de son Prince,
                     comme nous dirons tantost. Mais il faut au parauant resoudre celle question, si
                     le Prince souuerain se mettant en la protection d’vn autre, perd le droict de
                     souueraineté, &amp;s'il deuient suget d’autruy: car il semble qu’il n'est pas
                     souuerain, recognoissant plus grand que soy. Toutefois ie tiens qu'il demeure
                     souuerain, &amp; n'est point suget. &amp;: ce poinct est decidé par vne
                        loy<note place="margin"> l.non dubito. de captiuis, vbi negatoi detrahenda
                        venit ad fidem archetypi.</note> qui n’a point sa pareille, &amp; qui a esté
                     alteree en diuerses leçons: mais nous suiurons l’original des Pandectes de
                     Florence-, qui tient que les Princes souuerains, qui au traité d’alliance
                     recognoissent le protecteur plus grand que soy, ne sont point leurs sugets. Ie
                     ne doute point, dit la loy, que les alliez, &amp; autres peuples vsans de leur
                     liberté, ne nous soient estrangers, &amp;c. Et combien qu’au traité des alliez
                     par alliance inegale., il soit expressément dit, que l’vn contregardera la
                     maiesté de l’autre, cela ne fait pas qu’il soit suget, non plus que nos
                     adherans, &amp;r clients ne font pas moins libres que nous, ores qu’ils ne
                     soient egaux à nous, ny en biens. ny en puissance, ny en honneur: mais la
                     clause ordinaire inseree aux traitez d’alliance inegale, portant ces mots:
                     "Comiter maiestatem<note place="margin"> in d.l.non dubito. Cicero pro Balbo
                        hanc clausulam interpretatur.</note> conseruare," n’emporte autre chose,
                     sinon qu’entre les Princes alliez, l’vn est plus grand, &amp; premier que
                     l’autre. &amp; non pas que ce mot signifie "communiter," comme disoit la partie
                     aduerse de Cornelius Balbus: &amp; ne signifie pas aussi sans dol &amp; sans
                     fraude, comme dit Charles<note place="margin"> lib.1.cap.1.de antiquo iure
                        Italiæ.</note> Sigon, mais c'est à dire que les moindres alliez respectent
                     les plus gras en toute modestie. Voila la loy rapportee mot pour autre: ou il
                     appert euidemment, que la protection n’emporte point de subiection, mais bien
                     supériorité, &amp; prerogatiue d’honneur. Et pour entendre ce poinct plus
                     clairement, &amp; la nature des traitez, &amp; alliances, nous pouuons dire que
                        <pb n="77"/> tous trairez entre Princes se sont auec les amis, ou ennemis,
                     ou neutres, les traitez entre ennemis se sont pour auoir paix, &amp; amitié, ou
                     trefues: &amp; composer les guerres entreprises pour les seigneuries, ou pour
                     les personnes, ou pour reparer les iniures, &amp; offenses des vns enuers les
                     autres., ou bien pour le droict de commerce, &amp; hospitalité, qui peut estre
                     entre les ennemis, pendant les trefues. Quant aux autres qui ne sont point
                     ennemis, les traitez qui se font auec eux, sont par alliance egale, ou inegale.
                     en celle cy l'vn recognoist l’autre superieur au traité d alliance: qui est
                     double, à sçauoir quand l'vn recognoist l’autre par honneur, &amp; n'est point
                     en sa protection: ou bien que l’vn reçoit l'autre en protection: &amp; l'vn,
                     &amp; l'autre, est tenu de payer quelque pension, ou donner quelquefecours: ou
                     bien ils ne doiuent ny pension, ny secours. Quant aux alliez par alliance
                     egale, que les Latins disoient "AEQVO FOEDERE,"<note place="margin"> Que c'est
                        d'alliance esgale.</note> l’equalité s'entend, quand l'vn n'est en rien
                     superieur à l’autre au traité, &amp;r que l'vn n’a rien sus l’autre, pour la
                     prerogatiue d'honneur, ores que l’vn doiue plus ou moins faire ou donner que
                     l’autre, pour le secours que l’vn doit à l’autre. Et en ceste forte de traitez,
                     il y a tousiours traité d’amitié, commerce, &amp; hospitalité, pour heberger
                     les vns auec les autres, &amp; traffiquer ensemble de toutes marchandises, ou
                     de certaines especes seulement, &amp; à la charge de certains imposts accordez
                     par les traitez. Et l’vne &amp; l’autre alliance est double, à sçauoir
                     defensiue seulement, ou defensiue &amp; offenfiue: &amp; peut estre encores
                     l'vn &amp; l’autre sans exception de perfonne, ou bien auec exception de
                     certains Princes. la plus estroicte est celle, qui est offensiue, &amp;
                     defensiue., enuers tous, &amp; contre tous, pour estre amy des amis, &amp;
                     ennemy des ennemis: &amp; le plus souuent l’ordre est donné, les traitez de
                     mariages des vns auec les autres: mais encores l’alliance est plus forte quand
                     elle est de Roy à Roy, de Royaume à Royaume, &amp; d’homme à homme, comme
                     estoient anciennement les Roys de France &amp; d’Espaigne, &amp; les Roys
                     d'Escosse &amp; de France. C'est pourquoy les Ambassadeurs de France
                     respondirent à Edoüard IIII. qui estoit chasse du Royaume d’Angleterre, que le
                     Roy ne luy pouuoit aider, d’au tant que les alliances de France &amp;
                     d’Angleterre estoient faites auec les Roys &amp; les Royaumes, de sorte que le
                     Roy Edoüard chasse, la ligue demeuroit auec le Royaume, &amp; le Roy qui
                     regnoit. c'est l’effect de ces mots: Auec tel Roy, ses pays, terres, &amp;
                     seigneuries, qui sont quasi en tous les traitez. mais il faut aussi que les
                     traitez soient publiez és cours souueraines, ou parlemens, &amp; ratifiez par
                     les estats du consentement du procureur general: comme il fut arresté au traité
                     fait entre le Roy Loys XI. &amp; Maximilian Archiduc l’an M.CCCCLXXXII. La
                     troisiesme sorte d’alliance est de neutralité, qui n'est defensiue, ny
                     offiensiue, qui peut estre entre quelques sugets de deux Princes ennemis, comme
                     ceux du Franche-comté ont alliance de neutralité auec la maison de France,
                     &amp; sont asseurez en temps de guerre: en laquel- <pb n="78"/> alliance fut
                     compris le pays de Bassigny par l’abscheid de Bade, l’an M. D. LV. en accordant
                     par le Roy la renouation d’alliance de neutralité pour le Franche-comté. Et
                     toutes les susdites alliances sont perpetuelles, ou limitees à certain temps,
                     ou pour la vie des princes, &amp; quelques annees d’auantage, Comme il s’est:
                     tousiours fait és traittez d alliance accordez entre les Roys de France, &amp;
                     les Seigneurs des ligues. Voila la diuision generale de tous les traittez qui
                     se font entre les Princes, soubs laquelle sont comprises toutes les alliances
                     particulieres. Car quant à la diuision des Ambassadeurs Romains, pour parlé de
                     paix entr’eux, &amp; Antioque le grand, elle est trop courte: "Tria sunt, " dit
                     Tite Liue; "genera fœderum: vnum cum bello victis dicerentur leges: alterum cum
                     pares belo aequo fœdere in pacem &amp; amicitiam venirent: tertium cum qui
                     nunquam hostes fuerunt, ad amicitiam foedere coeunt, qui neque dicunt, neque
                     accipiunt leges. ". Tous les autres qui ne sont ny sugets, ny alliez, sont
                     coalliez, ou ennemis, ou neutrès sans alliance, ny hostilité. &amp; tous
                     généralement, s'ils ne sont sugets, soient alliez, coalliez, ennemis, ou
                     neutres, sont estrangers. les coalliez sont les alliez de nos alliez, qui ne
                     sont pas pourtant nos alliez, non plus que le compagnon de nostre associé,
                     n'est pas nostre<note place="margin"> l.socius sociij: pro socio ff.</note>
                     compagnon: &amp; toutefois ils font tousiours compris au traité d'alliance en
                     termes généraux, ou specialement: comme les seigneurs de trois ligues grises,
                     anciens alliez des Suisses, furent compris en termes exprès au traité
                     d’alliance, fait l’an M. D. XXI. entre le Roy François I. &amp; les
                        Suisses<note place="margin"> Alliance des Suisses.</note> en qualité de
                     coalliez: mais l’an M. D. L. ils furent alliez à la maison de France, &amp;
                     compris au traite d'alliance renouuellee entre le Roy Henry &amp; les Suisses,
                     en qualité d’alliez par alliance egale, en pareil degré, &amp; pension que les
                     Suisses, à sçauoir trois mil liures pour chacune ligue, pour oster les
                     partialitez qui estoient entre les vns &amp;les autres. car combien que les
                     Sussies fussent alliez des ligues grises par alliance egale, par le traité fait
                     entre les Grisons &amp; les sept petits Cantons l’an M. CCCCXCVIII. si est-ce
                     toutefois qu’ils contraignoient les seigneurs des ligues grises d’obeir aux
                     abscheids arrestez en leurs diettes, comme ils ont fait encores depuis: qui fut
                     cause à peu près de rompre l’alliance entre les Grisons &amp; Suisses l’an M.
                     D. LXV. non pour autre cause, comme disoientles Grisons, que pour faire
                     cognoistre aux Suisses, qu’ils estoient egaux en alliance: mais la verité est,
                     que l’Empereur prattiquoit cela soubs main, &amp; donna onze mil escus aux plus
                     factieux des Grisons pour en venir à chef, comme ils confesserent depuis estans
                     appliquez à la torture, &amp; furent condamnez en dix mil escus d’amende, comme
                     i’ay apris des mémoires, &amp; lettres de l'Ambassadeur de France, qui lors
                     estoit vers Ies Grisons. Nous auons aussi l’exemple de ceux de Genesue, qui
                     furent comprises traitez d'alliance faits entre la maison de France &amp; les
                     Bernois, en la protection desquels ils estoient lors &amp; ont esté depuis l’an
                     M.D.XXVII. iusques à l’an M.D.L.VIII. qu’ils s’exempterent de là pro <pb n="79"/> tection, &amp; traiterent alliance égale, &amp; tousiours ont esté compris
                     es alliances en qualité de coalliez. Or tout ainsi que les alliances
                     offensiues, &amp; defensiues, enuers tous, &amp; contre tous sans exception,
                     sont les plus estroictes qui soient: aussi la plus simple alliance, est de
                     simple commerce &amp; traffique, qui peut estre entre les ennemis: car combien
                     que la traffique soit du droit des gens, si est-ce qu’elle peut estre defendue
                     par chacun prince en son pays, &amp; pour ceste cause les princes vsent pour ce
                     regard de traitez particuliers, &amp; octroient quelques priuileges &amp;
                     libertez: comme le traité de trafique, qui est entre la maison de France, &amp;
                     les villes maritimes des Osterlings: &amp; des Milannois auec les Suisses,
                     ausquels ils sont tenus par les traitez de commerce<note place="margin">
                        Traicté de commerce entre les Roys de France &amp; les Osterlins.</note>,
                     liurer certaine quantité de grain, à certain pris porté par les traitez., que
                     les Ambassadeurs François plusieurs fois ont voulu faire casier, pour la
                     difficulté que faisoient les Suisses d’entrer fus le Milannois, voyans que le
                     Senat de Milan faisoit defenses de transporter les viures du pays: &amp;
                     mesmement l’an M.D.L. lors que les officiers de Milan défendirent le traitéjes
                     Suisses furent à vn poinct: près de traiter alliance defensiue pour le
                     Milannois, ou pour le moins alliance de neutralité: sans laquelle alliance de
                     neutralité, le suget pris par les estrangers, qui ne seroient alliez en forte
                     quelconque, ny declarez ennemis, doit rançon<note place="margin"> l.post
                        liminium.</note>: &amp; s'il est pris par les alliez amis, ou alliez en
                     neutralité, il n'est point prisonnier, comme dit la loy<note place="margin"> l.
                        post liminium de captiuis.ff.</note>. Quand ie dy ennemi, i'entends qui a
                     denoncé, ou bien auquel on a denoncé la guerre ouuertement<note place="margin">
                        l.hostes de captiuis.&amp; de verb.sig.</note>, de parole, ou de faict.
                     quant aux autres ils font estimez voleurs ou pirates, auec lesquels le droit
                     des gens ne doit auoir aucun lieu, Anciennement il y auoit aussî traicté
                     d'alliance pour auoir iustice, mesmement en Grece: toutesfois peu à peu la
                     porte de Iustice a esté ouuerte à tous estrangers. Mais en quelque forte
                     d’alliance que ce soit, tousiours la souueraineté de part &amp; d’autre est
                     reseruee: autrement celuy qui reçoit la loy, est suget à celuy qui la donne,
                     &amp; Ie plus foible obeit au plus fort: ce qui ne se faict pas és traictez
                     d’alliance egalle: carie plus foible, est égal au plus grand, &amp; ne le
                     cognoist aucunement: comme on peut voir au traité d alliance egale, fait entre
                     le Roy de Perse, &amp; la seigneurie de Thebes:<note place="margin"> Plutar.in
                        Pelopida.</note> car combien que le Roy de Perse, estendist sa puissance
                     depuis l’Indie Orientale, iusques au far de Constantinople. &amp; que les
                     Thebains n’eussent que le pourpris de leur ville, &amp; la Beoce: si est-ce
                     neantmoins que l’alliance fut egalle. Quand ie dy que le protecteur a
                     prerogatiue d’honneur, cela ne s’entend pas feulement pour estre le premier
                     allié, comme fut Louys xj. Roy de France auec les Suisses, qui luy firent cest
                     honneur, par dessus le Duc de Sauoye, qui estoit au parauant le premier: car
                     tousiours le prince souuerain, pour petit qu’il soit en alliance egalle, est
                     maistre en sa maison, &amp; tient le premier rang par dessus tous les Princes
                     venans en son pays: mais si le protecteur vient, il est le premier en seance,
                     &amp; en tous honneurs. Ici dira quelqu’vn: Pourquoy les alliez <pb n="80"/> en
                     ligue offensiue, &amp; defensiue, enuers &amp; contre tous sans exception,
                     vsans de mesmes coustumes, de mesmes loix, de mesmes estats, demesmes diettes,
                     seront reputez estrangers les vns des autres. Nous en auons l'exemple des
                     Suisses, qui sont alliez entr’eux, de telle alliance que i’ay dit, depuis l’an
                     M.CCCXV. Ie dy neantmoins que telles alliances n’empeschent pas que les vns ne
                     soient estrangers<note place="margin"> d.l. non dubito.</note> des autres:
                     &amp; ne fait pas qu’ils soient citoyens les vns des autres. Nous<note place="margin"> Alliance des Romains &amp; Latins</note> en auons aussi
                     l’exemple des Latins, &amp; des Romains, qui estoient alliez en ligue offensiue
                     &amp; defensiue, vsoient de mesmes coustumes, mesmes armes, mesme langue,
                     auoient mesmes amis, &amp; ennemis. Et de fait les Latins soustenoient que
                     c’estoit, &amp; deuoit estre vne mesme Republique, &amp; demandoient auoir part
                     aux estats &amp; offices de Rome commeles Romains. "Si societas (disoient<note place="margin"> Liuius lib.8</note> ils ) aequatio iuris est, si socialis
                     exercitus illus est. quo duplicent vires suas, cur non omnia aequantur? cur non
                     alter ab Latinis Consul datur? vbi pars virium, ibi &amp; imperij pars est."
                     peu apres,"Vnum populum, vnam Rempublica fieri aquum est. Tum Consul Romanus,
                     Audi, Iuppiter, haec scelera, peregrinos, Consules &amp; peregrinum senatum in
                     tuo templo, &amp;" Il appelle estrangers, ceux qui estoient alliez de la plus
                     forte alliance qu’il est possible de penser. Plusieurs sont en mesme erreur,
                     que les Suisses n’ont qu’vne Republique, &amp; neantmoins il est bien certain
                     qu’ils ont treize Republiques, qui ne tiennent rien l’vne de l’autre, ains
                     chacune a sa souueraineté diuisee des autres. Au parauant ce n'estoit qu’vn
                     membre &amp; vicariat de l’Empire, les premiers qui se rebellerent, furent les
                     habitans de Suid, Vri, Vnderual, &amp; traitèrent alliance offensiue, &amp;
                     defensiue au mois de Decembre l’an m. CCCXV. où il fut dit parle premier
                     article, que nul n’endureroit aucun Prince pour seigneur. &amp; l’an M.D.XXXII.
                     il se fist alliance des quatre Cantons, qu’on appelloit les quatre villes des
                     bois Vri, Schuits, Vnderual, Lucerne: &amp; l’an M.CCCLI. Suric entra en
                     alliance auec les quatre. &amp; M.CCC LII. Zoug fut aussi receuë auec les cinq.
                     &amp; l’annee suyuante Berne. &amp; l'an M.CCCXCIII. se fist le traité de
                     Saupac, apres que la Noblesse fut defaite, &amp; alors Suric, Lucerne, Berne,
                     Soleure, Zoug, Vri, Schuuits, Vnderual, &amp; Glaris firent alliance offensiue,
                     &amp; defensiue: &amp; renouuellee l’an M.CCCCLXXXI. Basle y fut receu l’an m.
                     d. i. &amp; Schafusen aussi, &amp; Apenzel l’an M.D.XIII. Milhuse l’an M.D.XV.
                     Rotuil l’an M.D. XIX. les Valesiens l’an M.D.XXVIII. outre l’ancien traité
                     particulier fait entr’eux &amp; Ies Bernois l’an M.CCCCLXXV. en ligue
                     defensiue. Bienne entra aussi en ligue offensiue, &amp; defensiue auec les
                     Bernois, l’an M. CCCLII. lors qu’ils s’exempterent de la puissance de l’Euesque
                     de Basle leur Prince souuerain. tous lesquels traitez l’Abé d’Orbez, quia esté
                     Ambassiadeur en Suisse, m'a fait voir: par lesquels non seulement on peut
                     remarquer la pluralité de Republiques, ains la diuersité des alliances, car
                     ceux de Berne peuuent sommer les trois petits Cantons pour le secours, en vertu
                     du premier traité. &amp; Suric &amp; Berne se peuuent <pb n="81"/> sommer
                     reciproquement: ceux de Lucerne peuuent sommer des huit Cantons les cinq. Et
                     les trois petits peuuent sommer tous les autres: &amp; pour diuerses causes.
                     L’alliance est egale &amp; les estats de tous les Cantons le tiennent
                     ordinairement tous les ans: &amp; ce qui est arresté à la pluralité des treize,
                     concernant la communauté, oblige vn chacun en particulier, &amp; la moindre
                     partie de tous en nom collectif. Les derniers qui ont entre en ligue soubs la
                     protection des Bernois, ont esté ceux de Geneue. Tous les alliez, confederez,
                     &amp; coalliez, font vingt &amp; deux Republiques, auec l’Abé de S. Gal Prince
                     souuerain, separees de fouueraineté, &amp; chacune a ses Magistrats à part,
                     estat à part, bourse à part, domaine à pan, territoire à part. Brief, les
                     armes, le cri Je nom, la monnoye, Ie seel Je ressort, la iurisdiction, les
                     ordonnances de chacun estat, font diuisez. Et si l’vn des Cantons acquiert
                     quelque chose, les autres n’y ont rien:comme les Bernois ont bien fait
                     cognoistre, car depuis qu’ils font entrez en ligue, ils n’ont gueres moins
                     conquesté de quarante villes, où les autres n’ont que voir, comme il fut iugé
                     par le Roy François i. esleu par eux arbitre pour ce regard. Et mesme ceux de
                     Basel l’an M. D. L.X. presterent au Roy de France cinquante mil escus, à la
                     caution du Canton de Soleure. Et d’autant qu’ils ont acquis en commun le
                     bailliage de Lugan, &amp; quelques autres terres delà les monts, chacun Canton
                     y enuoye magistrats, &amp; gouuerneurs, les vns apres les autres. Aussi ont ils
                     Bade commun aux huit Cantons de l’ancienne ligue: ou ils tenoient ordinairement
                     leurs diettes: &amp; en tous ils ont neuf preuostez communes entr’eux. &amp;
                     neantmoins chacun en tire son profit à part. On sçait assez qu’ils sont aussi
                     diuisez de religion, &amp; souuent eussent pris les armes les vns contre les
                     autres, si le Roy de France n’y eust sagement pourueu, tant pour la bonne
                     amitié &amp; syncere affection qu'il leur porte, que pour l’interest notable
                     qu’il a de les maintenir en paix, ce qui n’a pas esté sans difficulté bien
                     grande: mesmement le Roy fut tresbien aduerti par lettres de son Ambassadeur,
                     qui lors estoit à Soleure l’an M. D. LXV. que l'Euesque de Terracine Nonce du
                     Pape, dardoit autant de flammeches, pour ambraser le feu entr’eux, que le Roy
                     gettoit d’eau froide pour l’estaindre. Mais on dira que tous ensemblene font
                     qu’vn estat, attendu que ce qui est arresté en leurs diettes en commun, oblige
                     vn chacun des Cantons, &amp; la moindre partie de tous. comme les sept Cantons
                     catholiques feirent bien entendre aux quatre Protestans, à la diete tenue en
                     Septembre M.D.LIIII. d’autant que le pays commun situé delà les monts, est en
                     partie de la religion, &amp; se gouuerne par les magistrats, que chacun Canton
                     y enuoye en son tour.<note place="margin">Que les cantons des Suisses ont
                        diuerses Republiques.</note>  Il aduint que les sept Cantons catholiques,
                     feirent obliger ceux du pays commun, de ne changer la religion catholique,
                     &amp; suiuant ceste obligation voulurent depuis proceder contre ceux de la
                     religion: les Cantons protestans s’y opposerent, &amp; ja s'apprestoient
                     d’entrer en guerre, si l’Ambassadeur de <pb n="82"/> France ne fust interuenu,
                     qui pacifia le tout fort dextrement: à la charge toutefois que les sugets
                     communs de la religion, seroient punis, si la pluspart des Cantons estoit de
                     cest aduis. &amp; neantmoins que les Cantons catholiques, rendroient les
                     lettres obligatoires des sugets communs. par ce moyen leurs differens furent
                     appaisez: à quo y seruirent bien les Cantons de Glaris, &amp; d’Apenzel, qui
                     receuoient indifferemment l'vne &amp; l'autre religion, &amp; faisoient comme
                     vn contrepoix entre les vns, &amp;: les autres. Mais il apert que la pluspart
                     des Cantons, oblige la moindre partie en nom collectif, &amp; chacun en
                     particulier. Et qui plus est, pas vn des Cantons ne peut auoir alliance auec
                     Prince quelconque, si le consentement de tous n’y est. &amp; de fait les
                     Cantons protestans, ayans traité alliance auec le Landgraf de Hessen &amp; la
                     Seigneurie de Strasbourg, l’an M. D. XXXII. furent contraints s'en departir.
                     comme en cas pareil les Cantons catholiques quitterent aussi l'alliance
                     nouuelle traitee auec la maison d’Austriche. neantmoins cinq Cantons
                     catholiques, Lucerne, Vri, Schuuits, Vnderuualden, &amp; Zug, ont traite
                     alliance auec le Pape Pie IIII. pour la defense de leur religion: mais elle n’a
                     point esté renouucllee auec les successeurs. &amp; ce qui plus empescha le
                     traité d alliance fait entre le Roy François I. &amp; les Suisses., fut
                     l’opposition des Cantons protestans, qui se firent long temps prier, &amp;
                     neantmoins ils ne traiterent alliance que pour la paix: &amp; combien que
                     Schafuzen, &amp; Basel, ont depuis entré auec les autres catholiques en ligue
                     defensiue pour le Roy de France, si est-ce que ceux de Berne &amp; de Surich
                     firent defense à leurs sugets l’an M.D.LIIII. sur peine de la vie d'aller au
                     secours du Roy de France: &amp; l’annee mesme les Seigneurs du Canton
                     d'Vnderuualden, sollicitez par le Cardinal de Trente, de luy permettre leuee
                     d’hommes en leur pays, feirent defense<note place="margin">l’an 1554.en
                        Septembre.</note>  à tous leurs sugets, d'aller au seruice d’autre Prince,
                     que du Roy de France, sus peine de confiscation de corps, &amp; de biens. Qui
                     sont tous argumens indubitables, pour monstrer qu’il y a autant de Republiques,
                     qu’il y a de Cantons. En cas pareil les trois ligues des Grisons, qui ont
                     cinquante communes, font trois Republiques, separees de puissance &amp; de
                     souueraineté. Et lors que les deputez des trois ligues s'assemblent, la plus
                     grande enuoye XXVIII. deputez, la seconde XXIIII. la troisiesme XIIII. &amp; à
                     la pluralité des voix ce qui touche l’alliance commune est resolu. quelquefois
                     aussi toutes les communes s'assemblent pour les choses de plus grande
                     importance. En quoy s'abusent ceux là, qui des trois Republiques n’en ont voulu
                     faire qu’vne. Caries estats communs, le domaine commun, les dietes communes,
                     les amis, &amp; ennemis communs, ne font pas vn estat commun, ores qu’il y eust
                     vne bourse de certains deniers communs, ains la puissance souueraine, de donner
                     loy chacun à ses sugets. comme en cas pareil, si plusieurs chefs de famille
                     estoient associez de tout leur bien, ils ne feroient pas pourtant vne mesme
                     famille. Nous ferons mesme iugement des alliances con- <pb n="83"/> tractees
                     entre les Romains &amp; les villes d’Italie, confederez en ligue offensiue
                     &amp; defensiue, contre tous sans exception: &amp; toutefois s'estoient
                     Republiques separees de ressort, &amp;. souueraineté.  Nous dirons le semblable
                     de la ligue des sept villes Amphictyoniques, qui auoient leur ressort,
                     souueraineté separees:<note place="margin">Alliance des villes
                        Amphyctioniques.</note> &amp; depuis plusieurs autres villes, &amp;
                     seigneuries entrerent<note place="margin">Pausan.in
                        Eliacis.Strabo.lib.4.</note>  en mesme ligue, pour la decision de leurs
                     differends: &amp; chacune seigneurie enuoyoit tous les ans ses Ambassadeurs,
                     &amp; deputez aux estats communs, ou les plus grands affaires, procés, &amp;
                     differends d’entre les Princes, &amp; seigneuries estoient vuidees<note place="margin">Pausan.in Achaicis &amp; Diodor.lib.16.</note>  par les
                     deputez, qu'ils appelloient Myrios. Les Lacedemoniens furent par eux condamnez
                     enuers la Seigneurie de Thebes à la somme de x xx. mil escus: &amp; pour
                     n'auoir obey à l’arrest furent condamnez au double: par ce qu’ils auoient
                     surpris le chasteau de la Cadmee, contre le traité de la paix. &amp; depuis les
                     Phocenses furent aussi condamnez à restituer l’argent par eux mal pris au
                     temple de Delphe: &amp; à faute de ce faire, tout leur pays fut adiuge au
                     thresor du temple. &amp; s'il y auoit personne qui desobeist aux arrests
                     Amphidtyoniques, il encouroit l’indignation de toute la Grece. Icy on peut
                     dire, que toute la Grece n’eftoit qu’vne Republique, veu la puissance des
                     estats Amphyctioniques. &amp; neantmoins c'estoient toutes Republiques
                     separees, ne tenans rien les vnes des autres, ny des estats Amphictyoniques,
                     sinon qu’ils eussent compromis, comme les Princes ont accoustumé de
                     compromettre, &amp; choisir pour arbitres leurs alliez: ce que n’auoient pas
                     fait les Lacedemoniens, ny les Phocenses. aussi les Phocenses pour faire
                     entendre aux Amphictyones, qu’ils n’auoient point de puissance sur eux, ils
                     arracherent, &amp; casserent l'arrest des Amphidtyories, affiché aux colonnes
                     du temple de Delphes. Vray est que Philippe Roy de Macedoine, qui n’estoit
                     point de la ligue, print ceste occasion de ruiner les Phocenses. &amp; en
                     recompense il obtint le lieu &amp; priuileges des Phocenses, &amp; les
                     Lacedemoniens furent deboutez de la ligue Amphictyonique, pour leur auoir
                     presté secours. Nous trouuons vne ligue quasi semblable entre les anciens
                     Gaulois, comme on peut voir aux Memoires de Cesar, où il dit, que Vercingetorix
                     esleu Capitaine en chef, fist assembler les estats de toute la Gaule.<note place="margin"> Alliances des anciennes Republiques de la Gaule.</note>  Et
                     combien que les scigneuries d’Autun, de Chartres, de Gergoye en Auuergne, de
                     Beauuais, ne tinssent rien les vns des autres, &amp; que la seigneurie de
                     Bourges fust en la protection d’Autun: &amp; ceux de Viaron en la protection de
                     Bourges, &amp; consequemment les autres villes en mesme forte, si est-ce que
                     tous les Princes, &amp; Seigneuries passoient leurs differends par l’aduis,
                     &amp; iugement des Druides, autrement ils estoient par eux excommuniez, &amp;
                     fuiz d’vn chacun comme gens detestables<note place="margin">Caesar.lib.6.</note> . Et neantmoins il est tout notoire, que les
                     Republiques que i’ay dites, auoient leurs souuerainetez diuisees les vnes des
                     autres. Mais aussi aduient-il, que ce n’est qu’vn estat, vne Republique, vne
                     seigneurie, quand les partisans d'vne ligue <pb n="84"/> s'accordent en mesme
                     souueraineté: chose qui n’est pas aisee à iuger, si on n’y regarde de pres.
                     Comme la ligue des Acheans, n’estoit au commencement que de trois villes,
                     separees d’estat, ressort, &amp; souueraineté, alliees par alliance egale,
                     offensiue &amp; defensiue.<note place="margin">Ligue des Acheans.</note>  mais
                     peu à peu elles furent si eftroictement vnies ensemble, pour les guerres
                     continuelles qu’elles auoient, que ce fut en fin vne Republique composee de
                     plusieurs. &amp; par suite de temps ils attirerent toutes les villes de
                     l’Achaie, &amp; de la Moree à leur estat, demeurant tousiours le premier nom
                     des Acheans: comme il est aduenu aux Seigneurs des ligues qui s’appellent
                     Suisses, par ce que le Canton de Schuuits, qui est le plus petit, fut le
                     premier qui se reuolta, &amp; tua le gouuerneur. Et tout ainsi qu’on appelloit
                     les Acheans correcteurs des tyrans: aussi les Suisses emporterent ce tiltre
                     d'honneur. Ét mesmes les villes du Royaume de Naples, apres le massacre des
                     Pythagoriens, estans troublees, &amp; ne sçachans à qui auoir recours, se
                     getterent en la protection<note place="margin">Polyb.lib.2.</note>  des
                     Acheans. Le moyen de faire de ces Republiques là vne seule, fut Aratus qui le
                        trouua<note place="margin">Plutar.in Arato.Pausan.in achai.Strabo
                        lib.6.Polyb.lib.3.Liuius lib.32.</note> car il fist arrester par les estats,
                     que tous les ans on esliroit vn Capitaine en chef, pour commander en guerre,
                     &amp; presider aux estats: &amp; au lieu que chacune ville enuoyoit ses
                     Ambassadeurs, &amp; deputez, pour donner voix deliberatiue, il fist qu’on
                     eliroit dix Damiourges, qui auroient seuls voix deliberatiue, &amp; pouuoir de
                     resouldre, arrester, &amp; decider les affaires d'estat: &amp; les autres
                     deputez n’auroient que voix consultatiue. Ces deux poincts gaignez, il se
                     trouua peu à peu vne Republique Aristocratique, au lieu de plusieurs monarchies
                     particulieres, Aristocraties, &amp; seigneuries populaires, car plusieurs
                     tyrans y furent attirez, qui par amour, qui par force: &amp; toutes les
                     conquestes faites par les Capitaines en chef des Acheans, demeuroient vnies à
                     l'estat des Acheans: de sorte que tou tes les villes de l’Achaie &amp; de la
                     Moree, estant assugeties, vnies, &amp; incorporees à l’estat des Acheans,
                     vsoient de mesmes loix, mesme droict, mesmes coustumes, mesme religion, mesme
                     iustice, mesme monnoye, mesme poids, ainsi que dit Polybe<note place="margin">lib.3.</note> . Et les Roys de Macedoine entrerent aussi en ligue, &amp;
                     les deux Philippes, Antigonus, &amp; Demetrius furent Capitaines en chef des
                     Acheans, retenans toutesois leur Royaume separé de la seigneurie des Acheans.
                     Mais les Romains cognoissans bien qu’ils ne pourroient pas assugetir la Grece,
                     demeurant la ligue des Acheans en son entier, donnerent mandement à Gallus
                     Proconsul, de faire en sorte, que la ligue fust desiointe: ce qui fut assez
                     bien executé, soubs couleur qu’il y eut quelques villes, qui firent plainte aux
                     estats, que soubs ombre de ligue, &amp; alliance egalle, on leur auoit osté le
                     maniement de leur estat &amp; souueraineté: &amp; s'asseurans de l'appuy des
                     Romains, se reuolterent contre la communauté des Acheans. pour à quoy obuier,
                     &amp; empescher les autres villes de faire le semblable, Aratus obtint
                     commission des estats pour informer contre les rebelles. alors les villes qui-
                        *<pb n="85"/> (FOOTNOTE #6) s’estoyent reuoltees se mirent en la protection
                     des Romains, à la charge que leur estat, &amp; souueraineté leur demeureroit.
                     &amp; craignant que les Lacedemoniens, s'alliassent auec les Acheans, qu’ils
                     auoient assugetis, par le traitté fait entre les Romains, &amp; la ligue des
                     Acheans, il fut arresté, que les Lacedemoniens demeureroient sugets des
                     Acheans, hors mis fil estoit question de là vie, que les Acheans n'en
                        pourroient<note place="margin">Pausan.lib.7.</note>  cognoistre: qui estoit
                     en effect les exempter de la puissance des Acheans, &amp; neantmoins les
                     entretenir en perpetuel discord, pour les affoiblir dauantage. Ils vserent de
                     mesme ruse enuers les Ætoliens,<note place="margin">Liuius.lib.31.</note> qui
                     estoit vn autre estat, &amp; ligue separee des Acheans composee de trois
                     villes, qui auoient aussi leur estat, ressort, &amp; souueraineté diuisez: mais
                     en fin ils suiuirent la forme des Acheans, &amp; de trois Republiques alliees
                     par alliance egale offensiue &amp; deffensiue, ils establirent vne Republique
                     Aristocratique, maniee par les estats des trois ligues, &amp; par vn Senat
                     commun, auquel presidoit le Capitaine en chef esleu par chacun an. Nous
                     polluons dire le semblable de XXIII. villes de Lycie, qui establirent vne
                     Republique Aristocratique, semblable à celle des Acheans: horsmis que les
                     deputez des plus grandes villes auoient trois voix deliberatiues, les mediocres
                     en auoient deux, les autres en auoient vne, comme dit Strabon. &amp; au surplus
                     ils elisoient aux estats le Capitaine general, qu’ils appelloient Lyciarque,
                     &amp; les autres magistrats &amp; iuges de toutes les villes. Les autres
                     alliances &amp; ligues des treize villes Ioniques:<note place="margin">Ligues
                        des treize villes Ioniques.</note>  &amp; des douze villes de la Toscane:
                     &amp; des XLVII. villes Latines, furent bien contractees par alliance egale,
                     offensiue, deffensiue: &amp; tenoient leurs estats par chacun an: elisoient
                     aussi quelquesfois, mais non pas tousiours, vn Capitaine en chef, quand la
                     guerre estoit ouuerte contre les ennemis: &amp; neantmoins la souueraineté de
                     chacune ville, demeuroit en son estat, comme les Suisses. car combien que la
                     ville de Rome eust entré en ligue auec les Latins, &amp; mesmes que Seruius
                     Tullius, &amp;Tarquin l’orgueilleux eussent esté esleus capitaines en chef de
                     la ligue des Latins,<note place="margin">Dionys. Halicarnas.lib.4.</note>  si
                     est-ce neantmoins que chacune ville tenoit son ressort, &amp; souueraineté,
                     &amp; les Roys de Rome ne perdoient rien de leur maiesté: Et toutesfois il
                     sembleroit de prime face, que telles ligues fussent semblables à celle des
                     Acheans. Mais il n'y en a pas vne pareille excepté celle des Ætoliens, &amp; à
                     present l'estat &amp; Empire des Alemans, que nous monstrerons en son lieu
                     n’estre point monarchie, ains vne pure Aristocratie, composee des Princes de
                     l’Empire, des sept Electeurs, &amp; des villes Imperiales.<note place="margin">Ligue des Ætoliens.</note>  Et tout ainsi que la seigneurie des Acheans
                     esleut pour Capitaine les Roys de Macedoine, Antigon, &amp; Philippe second:
                     &amp; la ligue des Ætoliens esleut Atale Roy d’Asie comme dit Tite Liue:<note place="margin">lib.27.</note> &amp; pareillement la ligue des Latins les
                     Roys de Rome, &amp; autres Princes voisins: aussi les Electeurs souuent ont
                     esleu des Princes estrangers: comme Henry de Lutzembourg, Alphons x. Roy de
                     Castille, Char- <pb n="86"/> les v. Flamen, quoy qu'ils fussent souuerains en
                     leurs Royaumes, neantmoins sugets à l’Empire, comme capitaines en chef: car
                     tout ainsi que le Capitaine en chef, n'estant point souuerain de ceux qui l’ont
                     esleu, ne fait pas que la ligue soit vnie en Republique: aussi il ne change en
                     rien l'estat, &amp; vnion de la Republique, à laquelle il est appelle. comme
                     nous trouuons que Philippe de Valois, Roy de France, fut esleu Capitaine en
                     chef de l’Eglise Romaine, &amp; qualifié tel au traicté d’alliance<note place="margin">Pan.1333.</note>   fait entre Henry Conte Palatin, qui depuis
                     fut Empereur, &amp; Philippe de Valois. &amp; sans aller plus loing, Adolphe
                     oncle de Friderich Roy de Dannemarch, fut esleu Capitaine<note place="margin">l’an 1560.</note>  de la ligue des villes maritimes. ce qui est ordinaire
                     aux Venitiens, de choisir vn Capitaine en chef estranger. Ie sçay bien que les
                     Empereurs d’Alemagne pretendent bien vne qualité plus haute que de capitaines
                     en chef: nous le toucherons en son lieu. Aussi pretendent ils auoir puissance
                     de commander, non seulement aux Princes de l’Empire: ains aussi à ceux qui n’en
                     tiennent rien. Et n’y a pas long temps que l’Empereur Ferdinand enuoya
                     Ambassadeurs aux Suisses, afin qu’ils n’eussent à receuoir Grombac, ny ses
                     adherans, bannis de l’Empire: &amp; les lettres de l’Empereur portoient quelque
                     commandement: que les Suisses trouuerent bien estrange. Et mes mes
                     l’Ambassadeur Morlet aduertit<note place="margin">L’an 1557.</note>  le Roy,
                     que le gouuerneur de Milan auoit fait defense au Cardinal de Syon, comme ayant
                     charge de l’Empereur, de n’entrer en alliance auec le Roy de France, parce
                     qu’il estoit Prince de l’Empire, mais le Cardinal de Syon n’en fist pas grand
                     conte, &amp; sans auoir esgard aux defenses, contracta alliance auec le Roy:
                     aussi tiroit-il douze cens liures de pension de France. Il est bien vray qu’en
                     tous les traittez d’alliance faits entre les feigneurs des ligues, &amp; les
                     autres Princes, l’Empire est tousiours excepté, s'il n’en est fait mention
                     expresse. Et pour ceste cause la Guiche Ambassadeur pour le Roy vers les
                     Suisses, eut charge expresse, comme i’ay veu par l’instruction qui luy fut
                     baillee, de faire mention de l’Empereur au traitté d’alliance de l’an M.D.XXI.
                     car les Alemans se fondent fur vne maxime, en vertu de laquelle l’Empereur
                     Sigismond fist prendre les armes aux Suisses contre Frederich d’Austriche, au
                     preiudice de l’alliance faicte auecques la maison d'Austriche, presuposant que
                     l’Empire estoit superieur des Suisses: &amp; qu’en tous traittez d’alliance le
                     droit du superieur est tousiours excepté, encores qu’il n’en soit fait mention
                     expresse: ce qui est bien certain, quant à la maxime: mais les feigneurs des
                     ligues ne confesseront pas que l’Empire ayt aucune superiorité sur eux, &amp;
                     beaucoup moins l’Empereur, suget aux estats del’Empire. Il est bien vray que
                     par le traitté fait entre les huit Cantons anciens, il y a clause expresse par
                     laquelle les Cantons de Suric, Berne, Schuuits, Vnderualden, comme ayans esté
                     des appartenances de l’Empire, declarerent qu’ils entendoient pour leur regard
                     comprendre au traitté le sainct: Empire, aux droits <pb n="87"/> duquel ils
                     n'entendoient preiudicier par le traitee. &amp; depuis peu d’annees les Cantons
                     de Suric, Lucerne, Vri, Glaris enuoyerent Ambassadeurs au nom de tous les
                     Cantons de Suisse pour obtenir confirmation de leurs anciens priuileges de
                     Ferdinand, tenant les estats en la ville d'Auspurg. &amp; par les traitez
                     d’alliance, faits entre le sainct Empire, &amp; les seigneurs des ligues, il
                     est expressement articulé, qu'ils ne presteront aucun secours à Prince
                     estranger pour faire guerre fus les terres de l'Empire: comme i'ay apris par la
                     copie des lettres de l’Empereur Charle V. escriuant aux seigneurs des
                        ligues:<note place="margin">L’an.1553.</note>  par lesquelles il se plaint
                     que leurs sugets estoyent entrez sus les terres de l’empire, conioints auec les
                     forces du Roy de France, contre la teneur expresse des alliances qu’ils ont
                     auec l’Empire. &amp; par autres lettres il demande aux feigneurs des ligues,
                     qu’ils facent punition de leurs sugets, qui auoient inuadé les terres de la
                     maison d'Austriche, contre l’alliance hereditaire faite pour le domaine de la
                     maison d'Austriche, l’an M.CCCCLXXVII. &amp; confirmee l’an où le siege de
                     Rome, le Pape &amp; l’Empire sont reseruez, &amp; en payant par an à chacun
                     Canton deux cens florins de Rhin: laquelle alliance fut renouuellee par les
                     XIII. Cantons, à la diette de Bade arreftee le XX. Iuillet M. D. LIIII. Ioint
                     aussi que l’alliance contractee entre lesdits seigneurs des ligues &amp; le
                     Roy, ne porte que ligue defensiue, pour la conseruation des estats des alliez,
                     qui sont les vrayes raisons, pour lesquelles les Suisses sont retenus de porter
                     les armes fus les terres de l’Empire, &amp; de la maison d'Austriche, &amp; non
                     pas pour le droit de superiorité, que l’Empire ait fur eux. Ce qui est encore
                     plus expressément verifié par le traitté d’alliance renouuellé entre le Roy,
                     &amp; les feigneurs des ligues au mois de Iuin, l'an M.D.XLIX. de laquelle font
                     exclus tous ceux, qui ne sont point sugets des Suisses, ny de langue
                     Germanique: ce qui fut aussi arresté par Labcheid de Bade l’annee mesme. C’est
                     pourquoy l’Empereur Charles v. s'est efforcé par tous moyens de faire accorder
                     aux Suisses, que le Duché de Milan, les Royaumes de Naples, &amp; de Sicile
                     fussent compris au traitté d’alliance hereditaire, fait pour la maison
                     d'Austriche: ce qu’ils refuserent l’an M.D.LV. Nous ferons mesme iugement des
                        Grizons<note place="margin">Ligue des Grizons.</note> , qui ne tiennent rien
                     de l'Empire, &amp;moins encores de l'Empereur, comme ils firent bien cognoistre
                     l’an M.D.LXVI. quand l’Empereur ottroya le droit de regales, qu’il pretend sus
                     l’Euesché de Coïre., à vn Prince de l’Empire, esleu par le chapitre, &amp;
                     pourueu du Pape. ceux de Coïre l’empescherent, &amp; procederent à l’election
                     d'vn autre. &amp; sus le differend des trois ligues Grizes, &amp; de ceux qui
                     estoient esleus, les XIII. Cantons de Suisse, suiuant les traittez d’alliance,
                     enuoyerent leurs deputez, lesquels fans auoir esgard, ny à la prouision du
                     Pape, ny à la confirmation de l’Empereur, adiugerent l’Euesché à celuy qui
                     estoit esleu par le chapitre, suget des Grizons: &amp; ordonnerent que deslors
                     en auant, celuy seroit Euesque, que la ligue de la Cadde nommeroit. Mais on <pb n="88"/> peut doubter, s'il est permis aux sugets de traitter alliance
                     particuliere entre-eux, &amp; auec autres Princes, sans le consentement du
                     souuerain. les Monarques ont bien accoustumé d’empescher telles alliances, pour
                     la consequence que cela peut tirer apres soy: &amp; mesmement le Roy catholique
                     par edits expres l’a tresbien defendu à tous ses sugets. Et n’y eut accusation
                     plus grade contre Loys de France Duc d’Orleans, apres qu'il fut tué, que
                     d’auoir traitté alliance auec le Duc de Lancastren. Toutesfois les Princes de
                     l’Empire ont accoustumé de contracter telles alliances, esquelles l’Empire est
                     tousiours compris: au preiudice duquel les traittez seroient resolus, &amp; de
                     nul effect. ce qui n'a pas lieu pour le regard de l’Empereur: comme on fist
                     bien entendre à l’Empereur Charles v. au traicté de Chambort, fait l’an
                     M.D.LII. entre le Roy de France, &amp; plusieurs Princes Alemans, qui.
                     contracterent ligue offensiue, &amp; defensiue nommeement contre l’Empereur,
                     pour la liberté de l’Empire: &amp; le Roy de France Henry II. fut nommé
                     Capitaine en chef de la ligue, &amp; qualifié protecteur des Princes, &amp; de
                     la: liberté de l’Empire. Et l'an M.D.LIX. il y eut semblable alliance offensiue
                     &amp; defensiue entre le Roy de Suede, le Marquis Assemberg, le Duc de
                     Brunsuich, le Duc de Cleues, le Prince d’Orenge, le Conte d’Aiguemont, &amp;.
                     plusieurs: villes Impériales, d’vne part. &amp; le Roy de Dannemarc, le Duc
                     Auguste Electeur, le Landgraf de Hessen, le Duc de Holstain, le Duc de Bauiere,
                     la ville de Nuremberg, les Euesques de Wircibourg, &amp; Bamberg, la ville de
                     Lubec, &amp; plusieurs autres, auec Sigismond Auguste Roy de Pologne, d’autre
                     part. Et mesmes l'Empereur Charles v. traitta alliance particuliere auec le Duc
                     de Bauiere, &amp; autres Princes catholiques, pour faire élire Ferdinand Roy
                     des Romains. Et depuis la ligue Franco nique fut iuree entre la maison
                     d'Austriche, le Duc de Bauiere, les trois Euesques de Franconie, l’Archeuesque
                     de Salisburg, les villes d’Ausburg, &amp; Nuremberg. &amp; neantmoins Ferdinand
                     Roy des Romains, fist encore ligue particuliere auec l’Euesque de Salisburg
                     contre les Protestans M.D.LVI. On a veu aussi la ligue de Suaube auoir traitté
                     alliance offensiue &amp; defensiue pour XL. ans, sans rien excepter que
                     l’Empire. &amp; Semblable ligue entre les villes maritimes, qu’on appelle
                     Wandales, à sçauoir Lubec, Hambourg, Vimare, Rostoc, Bresme, Suid, villes
                     Imperiales, elisans pour Capitaine en chef Adolphe, oncle du Roy de Dannemarc,
                     qui n’est aucunement suget de l’Empire. Et qui plus est la noblesse de
                     Dannemarc a traitté ligue defensiue auec Sigismond Auguste Roy de Pologne,
                     &amp; la ville de Lubec contre le Roy de Dannemarc, qui seroit crime de leze
                     maiesté au premier chef, si le Roy de Dannemarc estoit absoluëment souuerain:
                     ce que nous toucherons en son lieu. Mais il faut premierement dire de la
                     seureté des alliances. *<pb n="89"/> LA souueraineté est la puissance absoluë
                     &amp; perpetuelle d’vne Republique, que les Latins appellent maiestatem, les
                     Grecs GREEK TEXT: les Italiens segnoria, duquel mot ils vsent aussi enuers les
                     particuliers, &amp; enuers ceux-la qui manient toutes les affaires d'estat
                     d’vne Republique: les Hebrieux l’appellent HEBREW TEXT, c’est à dire, la plus
                     grande puissance de commander. Il est icy besoin de former la definition de
                     souueraineté, par ce qu’il n’y a ny Iurisconsulte, ny philosophe politique, qui
                     l’ait définie: iaçoit que c’est Ie poinct principal, &amp; le plus necessaire
                     d’estre entendu au traitté de la Republique.<note place="margin">le fondement
                        principal de toute Republique.</note>  Et d’autant que nous auons dit que
                     Republique est vn droict gouuernement de plusieurs familles, &amp; de ce qui
                     leur est commun, auec puissance souueraine, il est besoin d’esclarcir que
                     signifie puissance souueraine. I’ay dit que ceste puissance est perpetuelle:
                     par ce qu’il se peut faire qu’on donne puissance absoluë à vn, ou plusieurs à
                     certain temps, lequel expiré, ils ne font plus rien que sugets: &amp; tant
                     qu’ils font en puissance, ils ne se peuuent appeller Princes souuerains, veu
                     qu’ils ne font que depositaires, &amp; gardes de ceste puissance, iusques à ce
                     qu’il plaise au peuple ou au Prince la reuoquer: qui en demeure tousiours
                     saisi. car tout ainsi que ceux qui accommodent autruy de leurs biens, en
                     demeurent tousiours seigneurs, &amp;<note place="margin">l.qui pignori.de
                        vsucapion.l.quod meo.de acquir.poss.ff.</note>  possesseurs: ainsi est-il de
                     ceux-la qui donnent puissance, &amp; autorité de iuger, ou commander: soit à
                     certain temps, &amp; limité, soit tant, &amp; si long temps qu’il leur plaira,
                     ils demeurent<note place="margin">l.more.iurisdic.l.&amp; quia.eod.ff.</note> 
                     neantmoins saisis de la puissance, &amp; iurifdiction, que les autres exercent
                     par forme de prest, ou de precaire. C’est pourquoy la loy dit, que le
                     gouuerneur de pays, ou Lieutenant du Prince, apres son temps expiré, rend la
                     puissance comme<note place="margin">l.vna de off.praef.augustal.ff.</note> 
                     depositaire, &amp; garde de la puissance d’autruy. Et en cela il n’y a point de
                     difference du grand officier au petit. autrement si la puissance absoluë,
                     ottroyee au Lieutenant du Prince, s'appelloit souueraineté, il en pourroit vser
                     enuers son Prince, qui ne seroit plus qu'vn chifre, &amp; le suget commanderoit
                     au seigneur, le seruiteur au maistre: chose qui seroit absurde, attendu que la
                     personne du souuerain, est tousiours<note place="margin">l.vlt.qui
                        satisdare.Corset.de pot.Reg.9.17.</note>  exceptee en termes de droict,
                     quelque puissance, &amp; auctorité qu’il donne à autruy: &amp; n’en donne
                     iamais tant, qu’il n’en retienne tousiours dauantag :<note place="margin">cap.dudum.de præb.lib.6.</note>  &amp; n’est iamais exclus de commander, ou
                        de<note place="margin">l.Iudicium soluitur.de iudic l.solet.de
                        iurisdic.ff.</note>  cognoistre par preuention, ou concurrence, ou
                     euocation, ou ainsi qu’il luy plaira des causes dont il a chargé son suget:
                     soit commissaire, ou officier: ausquels il peut<note place="margin">Alexand.in
                        l.vlt.de iurisd.Panor.in cap.pastoralis.de offi.ordin.Innocent.&amp;
                        Felin.in cap.cum ecclesiarum.eod.</note>  oster la puissance qui leur est
                     attribuee, en vertu de leur commission, ou institution: ou la tenir en sou- <pb n="90"/> france tant, &amp; si longuement qu’il luy plaira. Ces maximes
                     ainsi posees, comme les fondemens de la souueraineté, nous conclurons que le
                     Dictareur Romain,<note place="margin">Dionys.Halicar.lib.9.</note> ny
                     l’Harmoste de Lacedemone, ny l’Esymnete de Salonique, ny celuy qu’on appelloit
                     Archus à Malte, ny la Balie ancienne de Florence, qui auoient mesme charge, ny
                     les Regens des Royaumes, ny autre commissaire, ou Magistrat, qui eust puissance
                     absoluë à certain temps, pour disposer de la Republique, n’ont point eu la
                        souueraineté:<note place="margin">Le dictateur n’estoit pas
                        souuerain.</note> ores que les premiers Dictateurs eussent toute puissance,
                     &amp; en la meilleure forme que faire se pouuoir, que les anciens Latins<note place="margin">Festus Pompeius in verbo optima lege.</note>  disoient,
                     OPTIMA LEGE, caralors il n’y auoit point d’appel, &amp; tous les officiers
                     estoient suspendus:<note place="margin">Plutar.in quæst.Roman.</note>  iusques
                     à ce que les Tribuns furent instituez, qui demeuroient en charge, nonobstant la
                     creation du Dictateur, &amp; auoient leur opposition sauue: &amp; s'il y auoit
                     appel intergetté du Dictateur, les Tribuns faisoient assembler le menu peuple,
                     &amp; donnoient assignation aux parties, pour deduire leurs causes d’appel,
                     &amp; au Dictateur pour soustenir son iugement: comme il se fist quand le
                     Dictateur Papyrius Cursor voulut faire mourir Fabius<note place="margin">Tum
                        pater Fabij, Tribunos, inquit appello, &amp; prouoco ad populum, qui plus
                        quam tua dictatura potest, cui Rex Tullus Hostilius cessit.Liuius
                        lib.7.</note> Maximus I. Colonel des gens de cheual: &amp; Fabius Maximus
                     II. Dictateur , voulut faire le semblable enuers Minutius Colonel de sa
                     queualerie. En quoy il apert que le Dictateur n’estoit ny Prince, ny Magistrat
                     souuerain, comme plusieurs ont escrit, &amp; n’auoit rien qu’vne simple
                     commission, pour faire la guerre, ou reprimer la sedition, ou reformer l'estat,
                     ou instituer nouueaux officiers. Or la souueraineté n’est limitee, ny en
                     puissance, ny en charge, ny à certain temps. Et mesmes les dix commissaires,
                     establis pour reformer les coustumes &amp; ordonnances, iaçoit qu’ils eussent
                     puissance absoluë, &amp; sans appel, &amp; que tous les magistrats fussent,
                     pendant leur commission, suspendus, si est-ce qu’ils n’auoient pas pourtant la
                     souueraineté: car estant leur commission acheuee, leur puissance expiroit, tout
                     ainsi que celle du Dictateur: comme Cincinat ayant vaincu l’ennemi, se
                     deschargea de la Dictature qu’il n’auoit eu que quinze iours: Seruilius Priscus
                     huict iours: Mamercus vn iour. Aussi le Dictateur estoit nommé par l'vn des
                     plus nobles Senateurs, sans edit, ny loy, ny ordonnance, chose necessaire
                     anciennement, aussi bien qu’à present, pour l'erection des offices, comme nous
                     dirons en son lieu. Si on dit que Sulla obtint la Dictature pour lxxx. ans par
                     la loy Valeria, ie respondray ce que fist Ciceron, que ce n’eftoit pas loy, ny
                     Dictature, ains vne cruelle tyrannie, laquelle toutefois il quitta quatre ans
                     apres, alors que les guerres ciuiles furent appaisees: encores auoit il reserué
                     aux Tribuns leur opposition franche. Et combien que Cesar eust empieté la
                     Dictature perpetuelle, si est-ce qu’il n’osta point aux Tribuns le droict
                     d’opposition: mais d’autant que la Dictature estoit abolie par loy expresse,
                     &amp; que neatnmoins sous ce voile il auoit enuahi l'estat, il fut tué. Mais
                     posons le cas, qu’on elise vn, ou plusieurs des citoyens, ausquels on donne
                     puissance absoluë de <pb n="91"/> manier l'estat, &amp; gouuerner entierement
                     fans deferer aux oppositions, ou appellations en forte quelconque, &amp; que
                     cela se face tous les ans, dirons nous pas que ceux-la auront la souueraineté?
                     car celuy est absolument souuerain, qui ne recognoist rien plus grand que soy
                     apres Dieu. Ie di neantmoins que ceux-là n’ont pas la souueraineté: attendu
                     qu’ils ne font rien, que<note place="margin">l.vna de
                        offi.præfect.augustal.</note>  depositaires de la puissance qu’on leur a
                     baillee à certain temps. Aussi le peuple ne se dessaisist point de la
                     souueraineté, quand il establist vn, ou plusieurs lieutenans, auec puissance
                     absoluë à certain temps limité: qui est beaucoup plus, que si la puissance
                     estoit reuocable au plaisir du peuple, sans prefixion de temps, car l'vn &amp;
                     l’autre n’a rien à soy, &amp; demeure contable de sa charge, à celuy duquel il
                     tient la puissance de commander: ce qui n'est pas au Prince souuerain, qui
                     n’est tenu rendre conte qu'a Dieu. Mais que dirons nous si la puissance absoluë
                     est ottroyee pour neuf ou dix ans? comme anciennement en Athenes, le peuple
                     faisoit l’vn des citoyens souuerain, qu’ils appelloient Archon.<note place="margin">Le grand Archon d’Athenes n’estoit pas souuerain.</note>  ie
                     dy toutesfois qu’il n’eftoit pas Prince, &amp; n’auoit pas la souueraineté:
                     mais bien il estoit magistrat souuerain, &amp; contable de ses actions enuers
                     le peuple, apres le temps coulé. Encores peut on dire, que la puissance absoluë
                     fera decernee à l’vn des citoyens, comme i’ay dit, &amp; sans estre tenu de
                     rendre conte au peuple, comme les Cnidiens<note place="margin">Plutar.in
                        apophtheg.græc.</note>  tous les ans elisoient soixante bourgeois, qu'on
                     appelloit Amymones, c'est à dire sans reproche, auec puissance souueraine, sans
                     qu’on les peust appeller, ny pendant leur charge, ny apres icelle passee, pour
                     chose qu’ils eussent faite, le dy toutesfois qu’ils n’auoient point la
                     souueraineté, veu qu’ils estoient tenus comme gardes, la rendre l’an expiré,
                     demeurant la souueraineté par deuers Ie peuple, &amp; l’exercice aux Amymones,
                     qu’on pouuoit appeller magistrats souuerains, &amp; non pas souuerains
                     simplement: car l'vn est: Prince, l’autre est suget. l’vn est seigneur, l’autre
                     est seruiteur: l’vn est proprietaire, saisi de la souueraineté, l’autre n’est
                     ny proprietaire, ny possesseur d’icelle, &amp; ne tient rien qu’en depost. Nous
                     ferons mesme iugement des regens establis pour l’absence, ou ieunesse des
                     Princes souuerains, encores que les edicts, mandemens, &amp; lettres patentes
                     soient signez, seellez au seing, &amp; seel des regens &amp; en leur nom: comme
                     il se faisoit en ce Royaume auparauant l’ordonnance de Charles V. Roy de
                     France: ou que cela soit fait au nom du Roy, &amp; les mandemens seellez de son
                     seel. car en quelque forte que ce soit, il est bien certain en termes de
                     droict, que le maistre est reputé<note place="margin">l.certe §.I.de
                        cario.cap.mulieres.de sentent.excommunicator.ext.</note>  faire, ce qu’il a
                     chargé son procureur de faire. or le regent est vray procureur du Roy &amp; du
                     Royaume: ainsi s'appelloit Ie bon Conte Thibaut, procurator regni Francorum. Et
                     par ainsi, quand Ie Prince donne puissance absoluë, au regent, ou bien au Senat
                     en sa presence, ou en son absence, de gouuerner en son nom, ores que la qualité
                     de regent soit employee aux edicts, &amp; lettres de commandement, c’est
                     tousiours le Roy qui parle, &amp; qui commande. Ainsi voir on que Ie Senat <pb n="92"/> de Milan, &amp; de Naples, en l’absence du Roy d’Espagne a
                     puissance absoluë, &amp; decerne tous mandemens en son nom: comme on peut veoir
                     par l’ordonnance de l’Empereur Charles v. portant ces mots: Senatus
                     Mediolanens. potestatem habeat constitutiones Principis confirmandi,
                     infirmandi, tollendi, dispensandi, contra statuta, habilitationes,
                     praerogationes, restitutiones faciendi, &amp; c. à Senatu ne prouocari possit,
                     &amp;c. &amp; quicquid faciet parem vim habeat, vt si a principe factum, ac
                     decretum esset: non tamen possit delictorum gratiam, ac veniam tribuere, aut
                     literas salui conductus reis criminum dare. Ceste puissance presque infinie,
                     n’est pas donnee au Senat de Milan, &amp; de Naples, pour diminuer en rien qui
                     soit la maiesté du Roy d’Espagne, ains au contraire, pour la descharger de
                     peine, &amp; souci: ioint aussi que ceste puissance, pour grande qu’elle soit,
                     est reuocable au bon plaisir de celuy qui l’ottroye. Posons donc le cas que ce
                     pouuoir soit donné à vn lieutenant de Roy, pour toute fa vie, est-ce pas vne
                     puissance souueraine, &amp; perpetuelle?<note place="margin">Le lieutenant
                        general &amp; perpetuel d’vn Prince auec puissance absolue n’est pas
                        souuerain.</note>  autrement si on disoit perpetuelle, qui n’a iamais fin,
                     il n’y auroit souueraineté qu’en l'estat Aristocratique, &amp; populaire, qui
                     ne meurent point: ou bien qu’on entendist le mot perpetuel en vn Monarque, pour
                     luy, &amp; ses heritiers, il y auroit peu de Monarques souuerains, attendu
                     qu’il y en a fort peu qui soient hereditaires: &amp; mesmement ceux qui
                     viennent à la couronne par droit d’election, ne feroient pas souuerains. Il
                     faut donc entendre ce mot perpetuel, pour la vie de celuy qui a la puissance.
                     le dy que si le magistrat souuerain, &amp; annuel seulement, ou bien à quelque
                     temps prefix, &amp; limité, vient à continuer la puissance qu’on luy a baillee:
                     il faut que ce soit de gré à gré, ou par force. si c'est: par force, cela
                     s'appelle tyrannie: &amp; neantmoins le tyran est souuerain: tout ainsi que la
                     possession violente du predateur, est vraye possession, &amp; naturelle, quoy
                     qu’elle soit contre la loy: &amp; ceux qui l'auoient auparauant en font
                     dessaisis. mais si le magistrat continue la puissance souueraine qu’il a degré
                     à gré, ie dy qu’il n’est pas Prince souuerain, veu qu’il n’a rien que par
                     souffrance: &amp; beaucoup moins si le temps n’est point limité: car en ce cas,
                     il n’a rien que par commission precaire. On sçait assez qu'il n’y eut oncques
                     puissance plus grande, que celle qui fut donnee à Henry de France, Duc d’Anjou
                     par le Roy Charles IX. car elle est souueraine &amp; fans exception d’vn seul
                     article de regale: &amp; neantmoins on ne peut dire qu’il fust souuerain, ayant
                     qualité de Lieutenant general pour le Roy quand ores il eust esté perpetuel:
                     combien que la clause, TANT QVIL NOVS PLAIRA, fust apposee en ses lettres, qui
                     portoit souffrance, &amp; tousiours son pouuoir estoit suspendu en la presence
                     du Roy. Que dirons nous donc de celuy qui a du peuple la puissance absoluë,
                     tant &amp; si longuement qu’il viura? en ce cas il faut distinguer: si la
                     puissance absoluë luy est donnee purement &amp; simplement, sans qualité de
                     magistrat, ny de commissaire, ny forme de precaire, il est bien certain que
                     cestuy-la est, &amp; se peut <pb n="93"/> dire monarque souuerain: car le
                     peuple s'est dessaisi, &amp; despouillé de sa puissance souueraine, pour
                     l’ensaisiner, &amp; inuestir: &amp; a luy, &amp; en luy transporte tout son
                     pouuoir, auctorité, prerogatiues, &amp; souuerainetez: comme celuy qui a donné
                     la possession, &amp; proprieté de ce qui luy appartenoit. La loy<note place="margin">l.I.de cons princip.</note>  vse de ces mots, EI, ET IN EVM
                     OMNEM POTESTATEM CONTVLIT. Mais si le peuple ottroye sa puissance àquelqu'vn
                     tant qu’il viura, en qualité d’officier, ou lieutenant, ou bien pour se
                     descharger seulement de l’exercice de sa puissance: en ce cas il n’est point
                     souuerain, ains simple officier, ou lieutenant, ou regent, ou gouuerneur, ou
                     gardien, &amp;'bail de la puissance d’autruy. car tout ainsi que le Magistrat,
                     ores qu’il face vn lieutenant perpetuel, &amp; qu’il n’ayt aucun soing de sa
                     iurisdiction, laissant l’entier exercice à son lieutenant, ce n’est pas
                     toutesfois en la personne du lieutenant,<note place="margin">l.3.de
                        offi.procons.l. &amp; quia.l.solet de iurisdic.l &amp; si de off.eius
                        cui.ff.</note>  que gist la puissance de commander, ny de iuger, ny
                     l'action, &amp; force de la loy: &amp; s’il passe outre la puissance à luy
                     donnee, ce n’est rien fait, si Ies actes ne sont ratifiez, louez, &amp;
                     approuuez par celuy qui a donné la puissance. Et pour celte cause, le Roy Jean,
                     apres son retour d’Angleterre, ratifia solennellement tous les actes de Charles
                     son fils aisné, establi regent, pour iceux valider, &amp;. confirmer, en tant
                     qu’il seroit besoin. Soit donc-par commission, ou. par institution, ou par
                     delegation, qu’on exerce la puissance d’autruy, à certain temps, ou à
                     perpetuité, celuy qui exerce ceste puissance n’est point souuerain, ores que
                     par ses lettres il ne fust qualifié procureur, ny lieutenant, ny gouuerneur, ny
                     regent: ou mesmes que la loy du pays donnast ceste puissance, qui seroit
                     encores plus forte que par election: comme estoit l’ancienne loy<note place="margin">Hect.Boet.in histor. Scotor.</note>  d’Escosse, qui donnoit
                     l’entier gouuernement du Royaume au plus proche parent du Roy pupil, ou en bas
                     aage, à la charge que tout se seroit soubs le nom du Roy, qui fut cassé, pour
                     les inconueniens, qu’elle droit apres soy. Poursuiuons maintenant l’autre
                     partie de nostre definition, &amp; disons que signifient ces mots PVISSANCE
                        ABSOLVE.<note place="margin">Que c’est puissance absolue.</note>  Car le
                     peuple, ou les seigneurs d’vne Republique, peuuent donner purement, &amp;
                     simplement la puissance souueraine, &amp; perpetuelle à quelqu’vn, pour
                     disposer des biens, des personnes, &amp; de tout l'estat à son plaisir, &amp;
                     puis le laisser à qui il voudra, &amp; tout ainsi que le proprietaire peut
                     donner son bien purement, &amp;: simplement, sans autre cause que de fa
                     liberalité, qui est la vraye donation:<note place="margin">l.I.de
                     donat.</note>  &amp; qui ne reçoit plus de conditions, estant vne fois
                     parfaite, &amp; accomplie:<note place="margin">l.perfecta de donat C.</note> 
                     attendu que les autres donations, qui portent charges, &amp; condition, ne
                        sont<note place="margin">d.l.I.</note>  pas vrayes donations: aussi la
                     souueraineté donnee à vn Prince soubs charges &amp; conditions, n’est pas
                     proprement souuerainete, ny puissance absolue: si ce n’est que les conditions
                     apposees en la creation du Prince, soient de la loy de Dieu ou de nature, comme
                     il se fait apres que le grand Roy de Tartarie est mort,<note place="margin">La
                        forme d’eslire le Roy de Tartarie.</note>  le Prince &amp; le peuple, à qui
                     appartient le droit d’election, choisissent celuy des parens du de- <pb n="94"/> funct que bon leur semble, pourueu qu’il soit fils, ou nepueu: &amp; l’ayant
                     assis en vn throsne d’or, luy disent ces paroles: NOVS te prions, nous voulons
                     aussi, &amp; t’enseignons que tu regnes sur nous. alors le Roy dict: Si vous
                     voulez cela de moy, il faut que vous soyez prests à faire ce que ie commandera
                     y: que celuy que i’ordonneray estre tué, soit tué incontinent, &amp; sans
                     delay, &amp; que tout le Royaume soit commis, &amp; establi entre mes mains. le
                     peuple respond, ainsi soit-il. puis le Roy continuant dit, la parole de ma
                     bouche, sera mon glaiue: &amp; tout le peuple luy aplaudist. Cela fait il est
                     pris, &amp; osté de son throsne, &amp; posé en terre fus vn ais, &amp; les
                     Princes adressans à luy leurs paroles disent ainsi: Regarde en haut, &amp;
                     cognois Dieu: &amp; voy cest ais fus lequel tu es assis en bas: Si tu gouuernes
                     bien, tu auras tout à souhait: autrement, tu feras mis aussi bas, &amp;
                     despouillé de telle sorte, que mesme cest ais où tu sieds, ne te restera pas.
                     Cela dit, il est esleué en haut, &amp; crié Roy des Tartares. Ceste puissance
                     est absolue, &amp; souueraine: car elle n’a autre condition que la loy de Dieu,
                     &amp; de nature ne commande, On peut voir aussi es Royaumes, &amp; principautez
                     deuolues par droit sucessif, que telle ou semblable forme quelquesfois est
                     gardee: mais il n’y en a point de pareille à celle de Carinthie,<note place="margin">Forme d’inuestit le Duc de Carinthie.</note> ou encores à
                     present on voit vne pierre de marbre pres la ville S. Vitus en vn pré, sus
                     laquelle monte vn paysant, auquel cest office appartient par droit successif,
                     ayant à dextre vne vache noire, à senestre vne maigre iument, &amp; le peuple
                     tout autour. celuy qui vient pour estre Duc, marche auec grand nombre de
                     seigneurs, vestus de rouge, &amp; les enseignes au devant de luy, &amp; tous
                     bien en ordre, horsmis le Duc, qui est habillé en pauure berger, auec vne
                     houlette: &amp; celuy qui est fur la pierre criant en Sclauon. Qui est celuy,
                     dit-il, qui marche si brauement? le peuple respond, que c est leur Prince:
                     alors cestuy-là demande, Est-il iuge? cherche-il le salut du pays? est-il de
                     franche condition, digne d’honneur, obseruateur de la religion? on respond, il
                     est &amp; le sera Alors le paysant donne vn petit soufflet au Duc, &amp;
                     demeure le paysant exempt des charges publiques: &amp; le Duc monte fus la
                     pierre branslant l’espee, &amp; parlant au peuple promet d’estre iuste, &amp;
                     en cest habit va à la messe, &amp; puis prend l'habit ducal, &amp; retourne fus
                     la pierre, &amp; reçoit les hommages, &amp;. sermens de fidelité. Vray est que
                     le Duc de Carinthie, n’estoit anciennement que le grand veneur<note place="margin">l’an 1331.</note>  de l’Empereur, &amp; depuis que l’Empire
                     est tombé en la maison d‘Austriche, à qui le Duché appartient, &amp; la qualité
                     de veneur, &amp; la forme ancienne de l'inuestir est abolie: &amp; le Duché de
                     Carinthie, Stirie, Croatie, les Contez de Cilie, &amp; de Tiroles ont esté
                     annexez au Duché d'Austriche. Et quoy qu’on escriue du Royaume d’Arragon, la
                     forme ancienne qu’on gardoit enuers les Roys d’Arragon, ne se fait plus si le
                     Roy n’assemble les estats: comme i’ay apris d’vn cheualier Espagnol. La
                        forme<note place="margin">La forme qu’on gradoit aux estats
                        d’Arragon.</note>  estoit que le grand magistrat, qu’ils appellent la
                     iustice d’Arragon dit au Roy ces paroles, Nos qui valemos tanto comme vos, y
                     podemos <pb n="95"/> mas que vos, vos elegimos Re con estas, y estas
                     condiciones, entra vos, y nos, vn que manda mas que vost c’est à dire, Nous qui
                     valons autant comme vous, &amp;: pouuns plusque vous, nous vous elisons Roy, à
                     telles, &amp; telles conditions entre vous, &amp; nous, que vn commande plus
                     que vous. En quoy s'est abusé celuy qui a escript que le Roy estoit alors esleu
                     du peuple: chose qui iamais ne se fist: car il est bien certain que Sanse le
                     grand conquesta le Royaume par le droit des armes sus les Mores, qui l’auoyent
                     eu sept cens ans, &amp; depuis sa posterité, masles, &amp; femelles, ont eu le
                     Royaume par droict successif, de proche en proche. Et de faict: Pierre
                        Bellugue<note place="margin">In speculo.</note>  Arragonnois, qui a
                     diligemmeut escrit du droit d’Arragon, escrit que le peuple n’a aucun droit
                     d'eslire le Roy, sïn on en ligne<note place="margin">IN
                        specul.tit.14.§.veniamus.nu 6.</note>  defaillant. Aussi est-il impossible,
                     &amp; incompatible que le Roy d’Arragon, eust moins de puissance que les estats
                     d’Arragon, veu que le mesme autheur Beliugue<note place="margin">In d.speculo
                        cap.I. &amp; extremo.ex §. Post natale.de clerico violatore pacis in seu.
                        &amp; in c. imperialem. de prohibita feudi.&amp; in c.certum XI.q.3.</note> 
                     dict, que les estats ne peuuent s'assembler, s’il n’y a mandement expres du
                     Roy: &amp; ne peuuent se departir estans assemblez, s’il ne plaist au Roy les
                     licentier. Encores est-il plus ridicule, que telles parolles se disoyent au Roy
                     estant ia couronné, sacré, &amp; receu pour Roy par droit successif: &amp;
                     qu’il fust souuerain, comme il estoit, &amp; donnoit l’office à celuy qui
                     s’appelloit la grand iuftice d’Arragon, &amp; le destituoit si bon luy
                     sembloit: &amp; de faict, mesme autheur escrit, que Martin<note place="margin">tit.26.§.Iesu.</note>  Didato fut institué, &amp; destitué de cest office
                     par la Royne d'Arragon en l’absence de son mari Alphons, Roy d’Arragon &amp; de
                     Sicile. Et combien que par souffrance du Roy la iustice d’Arragon iuge les
                     procez, &amp; differens entre le Roy, &amp; Ie peuple, chose quise faict aussi
                     en Angleterre, ores par la haute chambre du parlement: ores parle magistrat
                     qu’on appelle la iuftice d’Angleterre: &amp; par touts les iuges de ce Royaume,
                     &amp; en touts lieux: si est-ce que la iustice d’Arragon, &amp; tous les estats
                     demeurent en pleine sugetion du Roy, qui n’est aucunement tenu de suiure leurs
                     aduis, ny accorder leurs requestes, comme dit Ie mesme docteur<note place="margin">cap.extremo.&amp; tit.10.nu.10.</note>  : ce qui est general
                     à touts estats de monarchie, comme escrit Oldrad<note place="margin">consil.69.</note> , parlant des Roys de France, &amp; d’Espagne: qui ont,
                     dit-il, puissance absolue. Vray est, que ces docteurs ne disent point que c’est
                     de puissance absoluë, car si nous disons que celuy a puissance absoluë, qui
                     n’est point suget aux loix, il ne se trouuera Prince au monde souuerain, veu
                     que tous les Princes de la terre sont sugets aux loix de Dieu, &amp; de nature,
                     &amp; à plusieurs loix humaines communes à tous peuples. Et au contraire il se
                     peut faire que l'vn des sugets fera dispensé, &amp; absoults de toutes les
                     loix, ordonnances, &amp; coustumes de sa Republique, &amp; ne sera point
                     Prince, ny souuerain: nous en auons l’exemple de Pompee Ie grand, qui fut
                     dispensé des loix pour cinq ans, par ordonnance expresse du peuple Romain,
                     publiee à la requeste du Tribun Gabinius1 &amp; n’eftoit pas chose nouuelle, ny
                     estrange de dispenser vn suget d’obeir aux loix, veu mesmes que le Senat quel
                     quesfois en dispensoit, fans l’aduis du peuple, iusques à la loy Cornelia2
                     publiee à la requeste d’vn Tribun, par laquelle il fut or- *<pb n="96"/>
                     (footnote #3 labeled as #2) donné, que personne ne seroit exempte de la
                     puissance des loix, ny dispensé par le Senat, s’il n’y auoit du moins deux cens
                     Senateurs: car mesmes il estoit deffendu sur peine de la vie, par les loix<note place="margin">Cicero pro domo sua.Priulegia nisi comitiis centuriaris ne
                        irroganto qui secus faxitcapital esto.</note>  des XII. tables, d’ottroyer
                     aucun priuilege, sinon par les grands estats du peuple: mais la loy estoit mal
                     executee. Et en quelque forte que ce soit, le suget qui est exempté de la
                     puissance des loix, demeure tousiours en la sugetion, &amp; obeissance de ceux
                     qui ont la souueraineté. Or il faut que ceux là qui font souuerains; ne soyent
                     aucunement sugets aux commandemens d’autruy, &amp; qu’ils puissent donner loy
                     aux sugets, &amp; casser ou aneantir les loix inutiles, pour en faire d’autres:
                     ce que ne peut faire celuy qui est suget aux loix, ou à ceux qui ont
                     commandement sur luy. C’est pourquoy la loy dit, que<note place="margin">l.princeps.de legib.l.sacratissimæ.eod.C.</note>  le Prince est absouls de
                     la puissance des loix: &amp; ce mot de loy, emporte aussi en latin le
                     commandement de celuy qui a la souueraineté. Aussi voyons nous qu’en tous
                     edits, &amp; ordonnances, on y adiouste ceste clause, Non obstant tous edits
                     &amp; ordonnances, ausquelles nous auons derogé, &amp; derogeons par ces
                     presentes, &amp; à la derogatoire des derogatoires: clause qui a tousiours esté
                     adioustee és loix<note place="margin">l.forma de offi.præfect.prætor.C.Bal.in
                        l.cunctos populos.col.l.I.desumma trinit.C.&amp; in c.vlt. de
                        off.archi.Bal.in l.rescripta de pre.cib.Imperatori.C.Alexand
                        consil.101.nu.5.</note>  anciennes: soit que la loy fut publiee du mesme
                     prince, ou de son predecesseur. Car il est bien certain que les loix,
                     ordonnances, lettres patentes, priuileges otroys des princes, n’ont aucune<note place="margin">Ancar.consil.198.nu.2.Felin.in cap.ex
                        parte.col.I.ver.regulæ.de rescript.</note>  force que pendant leur vie,
                     s’ils ne sont ratifiez par consentement expres, ou du moins par souffrance du
                     prince qui en à cognoissance: &amp; mesmement des priuileges. Et pour ceste
                     cause Bartole estant deputé Ambassadeur vers l’Empereur Charles un. pour
                     obtenir confirmation des priuileges de Perouze, en obtint la confirmation
                     portant ceste clause, Iusques à ce qu’ils soyent<note place="margin">Battol.in
                        constitu.ad reprimendam. Verbo reges.nu 21.Castrens.consil.107
                        Oldrad.consil.108.</note>  reuoquez par noz successeurs: au preiudice
                     desquels il ne pouuoient<note place="margin">Bald in titul.de pace constant.
                        Verbo amplius. Felin. In cap.I.nu.5.de proba.Afflict.in titul.quæ sunt
                        regalia.in prœmio.nu.61.Carolus Ruinus consil.91.lib.1.nu.II.</note>  rien
                     faire. Qui fut la cause que M. de l’Hospital chancelier de France, refusa
                     seeller la confirmation des priuileges, &amp; exemptions de tailles de S. Maur
                     des fossez, quelque mandement qu’il eust de ce faire: parce qu’ils portoient
                     perpetuel afranchissement: qui est cotre la nature des priuileges personnels,
                     &amp; qui diminue la puissance des successeurs: &amp; ne se peuuent donner aux
                     corps &amp; colleges, que à la vie du Prince qui les ottroye, ores que le mot
                     perpetuel y soit adiousté: ce qui n’est pas aux Republiques populaires, &amp;
                     Aristocratiques. Et à ceste cause Tibere l’Empereur successeur d’Auguste, ne
                     voulut pas, que les priuileges otroyez par les Empereurs defuncts, eussent
                     aucun effect, si les successeurs ne les auoyent confirmez, d’autant que les
                     priuilegiez vouloyent perpetuer l’exemption qu’ils auoyent, si l’ottroy
                     n’eftoit limité à certain temps, comme dit Suetone.<note place="margin">Indulta
                        beneficia à defunctis principibus, ne aliter rata haberent, quam si ipsi
                        dedissent, cùmantea principis beneficium.nisi ad tempus datum esset,
                        perpetuum haberetur.</note>  Aussi voyons nous en ce Royaume à la venue des
                     nouueaux Roys, que tous Ies colleges, &amp; communautez demandent confirmation
                     de leurs priuileges, puissance, &amp; iurisdiction: &amp; mesmes les parlemens,
                     &amp; cours souueraines, aussi bien que les officiers particuliers. Si donc le
                     Prince souuerain, est exempt des loix de ses predecesseurs, beaucoup moins <pb n="97"/> (first footnote #3) seroit-il tenu aux loix &amp; ordonnances qu’il
                     fait: car on peut bien receuoir loy d’autruy, mais il est impossible par<note place="margin">l.ille à quo.§.tempestiuum.ad Trebell.penult.de
                        arbitris.cap.innotuit.de electio.</note>  nature de sedonner loy, non plus
                     que commander à so ymesme chose qui<note place="margin">l.à titio.§.nulla de
                        verb.oblig.l.si quis in principio.de legat.3.</note>.  depende de sa
                     volonté, comme dit la loy, Nulla obligatio consistere potest, quae à voluntate
                     promittentis statum capit: qui est vne raison necessaire, qui monstre
                     euidemment que le Roy ne peut estre suget à ses loix. Et tout ainsi que le Pape
                     ne se lie iamais les mains, comme disent les<note place="margin">cap.mandasti.2
                        q.5.licet contrarium teneat archidiacon. in.c.2.de constit.lib.6. ex
                        c.nemo.II.q.3.Ioan. And.in c.I.de rap.&amp; in regul cui licet.de
                        Regul.lib.6.cap dudum.de præbend.lib.6.</note>  canonistes: aussi le Prince
                     souuerain ne se peut lier les mains, quand ores il voudroit. Aussi voyons nous
                     à la fin des edits &amp; ordonnances ces mots: CAR TEL EST NOSTRE PLAISIR, pour
                     faire entendre, que les loix du Prince souuerain, ores qu’elles fussent fondees
                     en bonnes &amp; viues raisons, neantmoins qu’elles ne dependent que de fa pure
                     &amp; franche volonté. Mais quant aux loix diuines &amp; naturelles, tous les
                     Princes de la terre y font sugets, &amp; n’est pas en leur puissance d’y
                     contreuenir, s’ils ne veulent estre coupables de leze majesté diuine, faisant
                     guerre à Dieu, soubs la grandeur duquel tous les Monarques du monde doiuent
                     faire ioug, &amp; baisser la teste en toute crainte, &amp; reuerence. Et par
                     ainsi la puissance absoluë des Princes &amp; seigneuries souueraines., ne
                     s’estend aucunement aux loix de Dieu, &amp; de nature. &amp; celuy qui a mieux
                     entendu que c’eft de puissance absoluë, &amp; qui a fait ployer les Roys &amp;
                     Empereurs soubs la sienne, disoit que ce n’est autre chose que deroger au
                        droit<note place="margin">Innocent.4.Pont.max.in cap.innotui verbo
                        ordinatione.de election.extra.</note>  ordinaire: il n’a pas dit aux loix
                     diuines &amp; naturelles. Mais le Prince est-il pas suget aux loix du pays,
                     qu’il a iuré garder? Il faut distinguer, Si le Prince iure à soymesme qu’il
                     gardera sa loy, il n’est point tenu de sa loy, non plus que du ferment<note place="margin">l.Iurisgentium.§.si plagij.can.iusiurandum.22 q.5.</note> 
                     fait à soymesme: car mesmes les sugets ne sont aucunement<note place="margin">l.vlt.qui satisda.cogantur.ff.</note>  tenus du ferment qu’ils font és
                     conuentions, desquelles la loy permet se departir, ores quelles soient
                     honnestes &amp; raisonnables. &amp; si le Prince souuerain promet à vn autre
                     Prince garder les loix que luy, ou ses predecesseurs ont faites, il est obligé
                     les garder, si le Prince, auquel la parole est donnee y a interest, iaçoit
                     qu'il n'eust point iuré: &amp; si le Prince auquel la promesse est faite n’y a
                     point d’interest, ny la promesse, ny le serment ne peut obliger celuy qui
                        l'a<note place="margin">l.adigere.de iure patronat.l.qui iurato.qui
                        satis.cogant.ff.</note>  promis. Nous dirons le semblable si la promesse est
                     faite au suget par le Prince souuerain, ou bien au parauant qu'il soit esleu:
                     car en ce cas il n’y a point de difference, comme plusieurs pensent:non pas que
                     le Prince soit tenu à ses loix, ou de ses predecesseurs, mais aux iustes
                     conuentions, &amp; promesses qu’il a faites, soit auec serment ou sans aucun
                     serment: tout ainsi que seroit vn particulier. &amp; pour les mesmes causes que
                     le particulier peut estre releué d’vne promesse iniuste, &amp; desraisonnable,
                     ou qui le greue par trop, ou qu’il a esté circonuenu par dol, ou fraude, ou
                     erreur, ou force, ou iuste crainte, ou lesion enorme, pour les mesmes causes Ie
                     Prince peut estre restitué en ce qui touche la diminution de fa majesté, s’il
                     est Prince souuerain. Et par ainsi nostre maxime demeure, que le Prince n’est
                     point suget à ses loix, ny aux loix de ses <pb n="98"/> predecesseurs, mais
                     bien à ses conuentions iustes &amp; raisonnables, &amp; en l’obseruation
                     desquelles les sugets en general, ou en particulier ont interest. En quoy<note place="margin">Bald.in l.donationes.de dona.inter virum.C.Cynus &amp;
                        Bart.in l.digna vox de legibus.C.Bart.&amp; Castrens.in l.princeps de
                        legib.Ant.Butrio, Imola, Panormit.Felin.in cap.I de probat.</note> 
                     plusieurs s’abusent qui font vne confusion des loix, &amp; des contrats du
                     Prince, qu’ils appellent Loix: aussi bien que celuy qui appelle les contrats du
                     Prince Loix<note place="margin">Petr. Belluga in speculo tit.I.</note> 
                     pactionnees: comme elles s’appellent aux estats d’Arragon, quand le Roy fait
                     quelque ordonnance à la requeste des estats, &amp; qu’il en reçoit argent, ou
                     quelque subside, ils disent que le Roy y est tenu: &amp; quant aux autres loix,
                     qu’il n’y est point tenu: &amp; neantmoins ils confessent que le Prince y peut
                        deroger<note place="margin">Idem titul.2.</note> , cessant la cause, de la
                     loy. tout cela est bien certain, &amp;<note place="margin">notat.in summa de
                        condic.indeb.&amp; in cap.I.de proba.&amp; ex.l.penult.de donat.inter
                        virum.C.Innocent.in cap.nouit.de Iudic.epistol.&amp; cap.licet canon.de
                        election.</note>  fondé en raisons, &amp; autorité: mais il n’est point
                     besoin d’argent ny de ferment pour obliger le Prince souuerain, si les sugets,
                     ausquels il a promis, ont interest que la loy soit gardee: caria parole du
                     Prince doit estre comme vn oracle, qui perd fa dignité, quand on a si mauuaise
                     opinion de luy, qu’il n’est pas creu s’il ne iure, ou qu’il n’est pas suget à
                     sa promesse, si on ne luy donne de l’argent. &amp; neantmoins la<note place="margin">cessante causa,cessat effectus.</note>  maxime de droit
                     demeure en sa force, que le Prince souuerain peut deroger aux loix qu’il a
                     promis, &amp; iuré garder, si la iustice d’icelle cesse, sans le consentement
                     des sugets: vray est que la derogation generale en ce cas ne suffist pas, s’il
                     n’y a derogation<note place="margin">Bal.in l.humanum de legib.C.Archidiacon.in
                        cap.I.de constitu.lib.6.</note>  speciale. Mais s’il n’a iuste cause de
                     casser la loy qu’il a promis entretenir, en ce cas le Prince ne doit, &amp; ne
                     peut y contreuenir. vray est qu’il n’est pas<note place="margin">cap.vlt.lib.6.de rescript.glo.in l.si patronus.de iis quæ in
                        fraudem.</note>  tenu aux conuentions &amp; sermens de ses predecesseurs,
                     s’il n’est leur heritier. Et pour ceste cause les estats du Royaume d’Arragon
                     firent plainte au Roy Alphons, de ce qu’il auoit changé, &amp; alteré la
                     monnoye d’Arragon, pour y gaigner, au grand preiudice des sugets, &amp; des
                     marchans estrangers: contre la promesse faite par laques I. Roy d’Arragon, l’an
                     M. CCLXV. au mois d’Auril, &amp; confirmee par Pierre l’an M.CCCXXXVI. qui iura
                     aux estats de ne changer iamais la monnoye: &amp; le peuple en recompense
                     promist de payer au Roy de sept en sept ans vn marauedi pour seu, par tous ceux
                     qui auroient valant quinze marauedis, qui est: la moitié d’vn liard. Or il est
                     certain que le Royaume d’Arragon est hereditaire aux masles, &amp; filles. mais
                     cessant l’effect de la conuention entre le Prince &amp; le peuple: comme le
                     subside pour lequel les Roys d’Arragon firent l’ordonnance que i’ay dit, le
                     Prince n’y est plus tenu non plus que le peuple au subside imposé, si le Prince
                     ne tient fa promesse. Il ne faut donc pas confondre la loy, &amp; le contract:
                     car la loy dépend de celuy quia la souueraineté, qui peut obliger tous ses<note place="margin">l.non dubium.de legib C.</note>  sugets, &amp; ne s’y peut
                     obliger soymesme: &amp;la conuention est mutuelle entre le Prince &amp; les
                     sugets, qui oblige les deux parties<note place="margin">l.labeo.de
                        verbor.signif.ff.</note>  reciproquement, &amp; ne peut l’vne des parties
                        y<note place="margin">l.nihil tam naturale.de regul.l.ab emptio.</note> 
                     contreuenir au preiudice, &amp; sans le consentement de l’autre: &amp; le
                     Prince en ce cas n’a rien par dessus le<note place="margin">Cynus,
                        Bal.Bart.Salicet.in l.digna vox.de legib.C.Iaso.in.l.I.de constitut.prin.C
                        Felin in cap.translato.de constitut.ext.</note>  suget: sinon que cessant la
                     iustice de la loy qu’il a iuré garder, il n’est plus tenu de sa<note place="margin">Bald.in.l.claris de fideicom. C Panor.in cap.pro illorum.de
                        prebend.A’exan.consil.224.lib.6.&amp; consil.122.&amp;125.lib.4.</note> 
                     promesse, comme nous auons dit: ce que ne peuuent les sugets <pb n="99"/>
                     entr’eux, s'ilsne sont releuez du Prince. Aussi Ies Princes souuerains bien
                     entendus, ne font iamais serment de garder les loix de leurs predecesseurs, ou
                     bien ils ne sont pas souuerains. On dira, peut-estre, que l’Empereur, qui a la
                     presseance par dessus tous les autres Roys Chrestiens, deuant qu'il soit sacré,
                     iure entre les mains de l'Archeuesque de Coulongne, de garder les loix de
                     l’Empire, la bulle d'or, establir iustice, obéir au Pape, garder la foy
                     Catholique, defendre les veusues, les orphelins, &amp; les pauures. voila le
                     sommaire du serment que fist l’Empereur Charles V. qui depuis fut enuoye au
                     Pape, par le Cardinal Caiectan Legat en Alemaigne. le responds, que l’Empereur
                     est suget aux estats de l’Empire, &amp; ne s'attribue pas aussi la souueraineté
                     fus les Princes, ny fus les estats, comme nous dirons en son lieu. Et si on
                     dit, que les Roys des Epirotes anciennement iuroient, qu’ils regneroient bien
                     &amp; deuëment selon les loix du pays: &amp; les sugets aussi iuroient
                     reciproquement, garder, &amp; maintenir leur Roy selon les ordonnances, &amp;
                     coustumes du pays: ie dy que nonobstant tous ces sermens, le Prince souuerain
                     peut deroger aux loix, ou icelles casser &amp; anuller, cessant la iustice
                     d’icelles. Aussi Ie ferment de nos Roys, qui est le plus beau, &amp; le plus
                     bref qui se peut faire, ne porte rien de garder les loix &amp; coustumes du
                     pays, ny des predecesseurs. Ie mettray les mots ainsi qu’ils sont extraits de
                     mot à mot de la bibliotheque de Rheims, d’vn ancien liure, qui commence:
                     luliani ad Erigium Regem, Anno M.LVIII. Henrico regnante XXXII. IIII. Calend.
                     Iunij. EGO Philippus Deo propiciante mox futurus Rex Francorum in die
                     ordinationis meae promitto coram Deo, &amp; sanctis eius, quod vnicuique de
                     nobis commisus canonicum priuilegium &amp; debitam legem atque iustitiam
                     conseruabo, &amp; defensionem, adiuuante Domino, quantum potero exhibebo, sicut
                     Rex in suo regno vnicuique Episcopo, &amp; ecclesiae sibi commissae per rectum
                     exhibere debet. populo quoque nobis credito, me dispensationem legum in suo
                     iure consistentem, nostra auctoritate concessurum. Qua perlecta posuit eum in
                     manus Archiepiscopi.<note place="margin">Le serment fait par Philippe.I.fils de
                        Henri.I.</note>  I’ay sceu que celle qui se trouue en la bibliotheque de
                     Beauuais, est pareille &amp; du mesme Roy Philippes I. mais i’en ay veu vne
                     autre en vn petit liure tresancien en l’Abaye S. Allier en Auuergne, portant
                     ces mots: IE IVRE AV NOM DE DIEV tout-puissant, &amp; promets de gouuerner bien
                     &amp; deuëment li sugets commis en me garde, &amp; faire de tout men pouuoir
                     iugement, iustice &amp; misericorde. qui semble estre tiré de Hieremie,<note place="margin">cap.9.</note>  où il est dit: Ie suis le grand Dieu eternel,
                     qui fay iustice, iugement, &amp; misericorde, &amp; en ces choses ie prens vn
                     singulier plaisir. Qui monstre à veuë d’oeil, que les sermens contenus au liure
                     publié, imprimé du sacre du Roy, sont bien changez, &amp; alterez de l'ancienne
                     forme. Mais on peut voir en l’vn &amp; l’autre serment, qu’il n’y a aucune
                     obligation de garderies loix, sinon tant que le droit, &amp; iustice Ie
                     soufrira. Combien qu’il ne se trouue point, que les Roys anciens du peuple
                     Hebrieu fissent aucun ferment: ne mesmes ceux-là qui furent <pb n="100"/>
                     sacrez par Samuel, Helie, &amp; autres. Mais il y en a qui font le serment plus
                     precis, comme le ferment de Henry III. Roy de France &amp; de Poulongne est
                     tel: Ego Henricus Rex Poloniae &amp;c. iuro Deo omnipotenti, quod omnia, iura
                     libertates, priuilegia publica, &amp; priuata iuri communi non contraria,
                     ecclesiis, principibus, baronibus, nobilibus, ciuibus, incolis per meos
                     praedecessores Reges, &amp; quoscunque principes dominos Regni Polonae, iustè
                     donata, ab ordinibusque tempore interregni statuta, sancta, nobis oblata,
                     obseruabo, &amp;c. iustitiamque omnibus incolis iuxta iura publiqua
                     administrabo. Et si (quod ab sit) sacramentum meum violauero, nullam nobis
                     incolae regni obedientiam praestare debebunt, &amp;c. sic me Deus adiuuet.
                     Quant aux loix qui concernent l’estat du Royaume, &amp; de l’establissement
                     d’iceluy, d’autant qu’elles sont annexees, &amp; vnies auec la couronne, le
                     Prince n’y peut deroger, come est la loy Salique: &amp; quoy qu’il face,
                     tousiours le successeur peut casser ce qui aura esté fait au preiudice des loix
                     Royalles, &amp; sus lesquelles est appuyé, &amp;. fondé la majesté souueraine.
                     Encores peut on dire, que Henry v. Roy de France &amp; d’Angleterre, espousant
                     Catherine de France seur de Charles VII. fist ferment de garder le Parlement en
                     ses libertez, &amp; souuerainetez, &amp; de faire administrer iustice au
                     Royaume, selon les coustumes, &amp; droits d’icelles. Voila les mots du traité
                     conuenu, pour le faire successeur de la couronne de France le XXI. May l’an
                     M.CCCCXX. Ie dy qu’on luy fist faire ce serment., par ce que c’estoit vn
                     estranger, qui venoit à vn nouueau Royaume, duquel le successeur legitime
                     estoit debouté par arrest du Parlement de Paris, donné par defaux &amp;
                     contumaces, pour le meurtre commis en la personne de Iean de Bourgongne, &amp;
                     qui fut prononcé à la table de marbre, en la presence des Princes, au son de la
                     trompette. Mais quant aux coustumes generales, &amp; particulieres, qui ne
                     concernent point l’establissement du Royaume, on n’a pas accoustumé d’y rien
                     changer, sinon apres auoir bien &amp; deuëment assemblé le trois estats de
                     France en general, ou de chacun bailliage en particulier: non pas qu’il soit
                     necessaire de s'arrester à leur aduis, ou que le Roy ne puisse faire le
                     contraire de ce qu’on demandera, si la raison naturelle, &amp; là iuftice de
                     son vouloir luy assiste. Et en cela se cognoist la grandeur, &amp; majesté d’vn
                     vray Prince souuerain, quand les estats de tout le peuple sont assemblez
                     presentans requeste, &amp; supplications à leur. Prince en toute humilité, sans
                     auoir aucune puissance de rien commander, ny decerner, ny voix deliberatiue:
                     ains ce qu’il plaist au Roy consentir, ou dissentir, commander, ou defendre,
                     est tenu pour loy, pour edit, pour ordonnance. En quoy ceux qui ont escrit du
                     deuoir des Magistrats, &amp; autres liures semblables, se sont abusez de
                     soustenir que les estats du peuple font plus grands que le Prince: chose qui
                     fait reuolrer les vrais sugets de l’obeissance qu’ils doiuent à leur Prince
                     souuerain: &amp; n’y a raison ny fondement quelconque en ceste opinion là: si
                     le Roy n’est captif ou furieux, ou en enfance:<note place="margin">Estats de
                        France.</note>  car si le Prince souuerain est suget aux estats, il <pb n="101"/> n’est ny Prince, ny souuerain: &amp; la Republique n’est ny
                     Royaume, ny Monarchie, ains vne pure Aristocratie de plusieurs seigneurs en
                     puissance egale, où la plus grande partie commaude à la moindre en general,
                     &amp; à chacun en particulier. il faudroit donc que les edits, &amp;
                     ordonnances fussent publiees au nom des estats, &amp; commandees parles estats,
                     comme enseigneurie Aristocratique, ou celuy qui preside n’a puissance aucune,
                     &amp; doit obeissance aux mandemens de la seigneurie. qui sont toutes choses
                     absurdes, &amp; incompatibles. Aussi voit-on qu’en l'assemblee des estats. de
                     ce Royaume tenus à Tours, alors que le Roy Charles VIII. estoit en bas aage,
                     &amp; que les estats eftoient plus autorisez que iamais, Relli orateur, portant
                     la parole pour tous les estats commence ainsi: Treshaut, trespuissant,
                     tres-chrestien Roy, nostre souuerain &amp; naturel seigneur, vos humbles &amp;
                     tres-obeissans fugets, &amp;c. venus icy par vostre commandement comparoissent,
                     &amp; se presentent deuant vous en toute humilité, reuerence, &amp; subiection,
                     &amp;c. Et m’est enchargé de par toute ceste notable assemblee vous exposer le
                     bon vouloir, l'affection cordiale, le ferme &amp;arrefté propos qu’ils ont à
                     vousferuir,&amp; obeir, &amp; subuenir en toutes vos affaires, commandemens,
                     &amp; bons plaisirs. Brief, tout le discours &amp; narré des Estats ne porte
                     rien que sugetion, seruice &amp; obeissance. On voit le semblable aux estats
                     d’Orleans. Et ne faut point dire qu’en Espaigne on vse autrement: car les
                     mesmes submissions &amp; paroles de sugetion, seruice, &amp; obeissance de tout
                     le peuple enuers le Roy d’Espaigne, comme enuers leur souuerain seigneur se
                     voit au discours des estats tenus à Tolede l’an M. D. LII. &amp; les responses
                     du Prince <note place="margin">Estats d’Espaigne.</note>souuerain aux humbles
                     requestes &amp; supplications du peuple par ces mots: NOVS VOVLONS, ou bien
                     nous auons ordonné, &amp; autres semblables responses, portant refus, ou
                     consentement du Prince. &amp; mesmes l'otroy que les fugets payent au Roy
                     d’Espaigne, s'appelle seruice. Et par ainsi Pierre Bellugue<note place="margin">In speculo.</note> s'est abusé de dire que les Roys d’Arragon ne peuuent
                     deroger aux priuileges des estats, obstant le priuilege donné par le Roy laques
                     l’an M.CCLX. &amp; confirmé l’an M.CCCXX. car tout ainsi que le priuilege n’est
                     rien valu apres la mort de Iaques sans la confirmation de son successeur, aussi
                     la mesme confirmation des autres Roys est necessaire par la maxime de droit,
                     qui ne souffre pas qu’on puisse commander à son pareil. Et combien qu’aux
                     Parlemens du Royaume d’An- <note place="margin">Estats
                     d’Angleterre.</note>-gleterre, qu’on tient de trois en trois ans, les estats
                     vsent de plus grande liberté, comme font tous les peuples de Septentrion, si
                     est-ce qu’en effect ils ne procedent que par supplications &amp; requestes. Et
                     au Parlement d'Angleterre, tenu l'an M. D. LXVI. au mois d’Octobre, tous les
                     estats d’vn commun consentement auoient resolu, comme ils firent entendre à la
                     Roy ne, de ne traiter aucune chofe,qu’elle n’eust declairé vn successeur à la
                     couronne : toutefois elle fist response qu’on luy vouloit faire sa fosse au
                     parafant qu'elle fust morte: mais que toutes leurs reso- <pb n="102"/> lutions
                     n’auroient aucun effect sans son vouloir. &amp; ne fist rien de ce qu’ils
                     demandoient, comme i’ay apris parles lettres de l’Ambassadeur du Roy. Aussi les
                     estats d’Angleterre ne font iamais assemblez, non plus qu’en ce Royaume, &amp;
                     en hspaigne, que par lettres patentes, &amp; mandemens expres emanez du Roy:
                     qui monstre bien que les estats n’ont aucun pouuoir de rien decerner, ny
                     commander, ny arreller:veu mesme qu’ils ne se peuuent assembler, ny se departir
                     fans mandement expres. Encores peut on dire, que les ordonnances faites par le
                     Roy d’Angleterre à la requeste des estats ne peuuent estre cassees fans y
                     appeller les estats. Cela est bien pratiqué, &amp; se fait ordinairement: comme
                     i’ay sceu de M. Dail Ambassadeur d’Angleterre, homme d’honneur, &amp; de
                     sçauoir: mais il m’a asseuré, que le Roy reçoit, ou refuse la loy si bon luy
                     semble: &amp; ne laisse pas d’en ordonner à son plaisir, &amp; contre la
                     volonté des estats, comme on a veu Henry VIII. auoir toufiours vsé de fa
                     puissance souueraine: iaçoit que les Roys d’Angleterre ne font point sacrez,
                     sinon en iurant qu’ils garderont les ordonnances &amp; coustumes du pays: car
                     ce serment là se doit raporter à ce que nous auons dit cy dessus. Mais on peut
                     dire, que les estats ne souffrent pas quon leur impose charges extraordinaires,
                     ny subsides, sinon qu’il soit accordé &amp; consenty au Parlement: suiuant
                     l’ordonnance du Roy Edoüard I. en la grande carte, de laquelle le peuple s'eft
                     tousiours preualu contre les Roys. Ie responds, que les autres Roys n’ont pas
                     plus de puissance que le Roy d’Angleterre: par ce qu’il n’est en la puissance
                     de Prince du monde, de leuer imposts à son plaisir sur Ie peuple, non plus que
                     prendre le bien d’autruy, comme Philippes de Comines remonstra sagement aux
                     estats tenus à Tours, ainsi que nous lisons en ses Memoires: &amp; toutesois si
                     la necessité est vrgente, en ce cas le Prince ne doit pas attendre l'assemblee
                     des estats, ny le consentement du peuple, duquel le salut depend de la
                     preuoyance, &amp; diligence d’vn sage Prince. mais nous dirons de cecy en son
                     lieu. Il est vray que les Roys d'Angleterre, &amp; depuis Henry I. comme nous
                     liions en Polydore, ont quasi toufiours accoustumé de trois en trois ans,
                     demander quelque subside extraordinaire, qui est le plus souuent accorde. comme
                     au parlement tenu au mois d'Auril M.D.LXX. la Royne d’Angleterre tira la valeur
                     de cinq cens mil escus, du consentement des estats. Ainsi fait-on aux estats
                     d'Espaigne. Icy dira quelqu’vn, que les estats d’Angleterre ont puissance de
                     condamner: comme Thomas, &amp; Henry les Hauars, furent condamnez par les
                     eftats, à:la poursuite de Henry VIII. Roy d’Angleterre. &amp; qui plus est le
                     Roy Henry VI. fut aussi condamné par les estats à tenir prison en la tour de
                     Londres. Ie dy que cela se fist par les iuges ordinaires d’Angleterre de la
                     haute chambre du parlement, à la requeste de ceux de la basse chambre: qui
                     presenterent aussi requeste à la haute chambre l’an M. D. LXXI. tendant à sin,
                     que les Comtes de Northumbelland, Westmerland, &amp; autres coniurez , fussent
                     déclarez auoir <pb n="103"/> auoir encouru les peines porrces par les loix du
                     pays, contre les crimineux de leze majesté. Qui monstre bien que les estats en
                     corps, n’ont ny puissance, ny iurisdiction, ains que le pouuoir est aux iuges
                     de la haute chambre: comme seroit si le Parlement de Paris, assisté des
                     Princes, &amp; Pairs, estoit aux estats en corps separe, pour iuger les grandes
                     causes. Mais il demeure encores vne difficulté à resouldre pour Iesdits estats
                     d’Angleterre, qui semblent auoir puissance de commander, resouldre, &amp;
                     decider des affaires d’est at: car la Royne Marie les ayant assemblez pour
                     faire passer les articles concernans son mariage auec le Roy
                     Philippe-apresplufîeurs disputes, &amp; difficultez proposees, en fin la
                     verification du traité se fist Ie secondiour d’Auril M. D. LIIII. qui est en
                     forme d’arrest conceu au nom des estats en ces mots : VEV par les estats
                     assemblez au Parlement, tenus au Palais de Westmynster, les articles susdits,
                     &amp; ce qui en depend, dit a esté, quant à la disposition, &amp; collation
                     reseruee à la Royne de tous benefices, &amp; offices: comme aussi de tous les
                     fruicts, profits, rentes, reuenus de ses pays, terres &amp; seigneuries, la
                     Royne comme seule &amp; vnique iouyra de la regalité, &amp; souueraineté de
                     sesdits Royaumes, pays, terres, &amp; sugets absoluement, apres la consommation
                     du mariage: sans que ledit Prince puisse pretendre par la forme de la<note place="margin">par laquelle le mari est vsufruitier des biens de sa femme
                        l’ayant suruescue. La courtoisie d’Angleterre.</note>courtcisie
                     d’Angleterre, la couronne &amp; la souueraineté du Royaume, ny autres droits,
                     préminences, ny auctoritez. Que tous mandemens &amp; lettres patentes se
                     passeront soubs la qualité dudit Sieur Prince, &amp; de la Royne coniointement:
                     lesquelles lettres signees de la main feule de la Royne, &amp; seellees des
                     grands seels de fa chancelerie, seront valables: que si elles n’estoient
                     signees de ladite Royne, seroient nulles. I’ay bien voulu mettre la
                     verification au long, pour monstrer que la souueraineté appartient pour le
                     tout, sans diuision aux Roys d’Angleterre, &amp; que les estats n’y ont que
                     voir car la verification des estats, non plus que d’vne court, d’vn Parlement,
                     d'vn corps, &amp; College, ne sufist pas pour monstrer la puissance de
                     commander: mais bien le consentement pour valider les actes, qui autrement
                     eussent esté reuo quez en quelque doute apres la mort de la Royne, ou de son
                     viuant, par l’opposition des Magistrats &amp; officiers du Royaume. Nous
                     conclurons donc que la souueraineté du Monarque n’est en rien alteree, ny
                     diminuee pour la presence des estats : ains au contraire fa majesté en est
                     beaucoup plus grande, &amp; plus illustre, voyant tout son peuple le
                     recognoistre pour souuerain, encores que par telle assemblee les Princes ne
                     voulans pas rebuter leur fugets, accordent &amp; passent plusieurs choses,
                     qu’ils ne consentiroient pas, s'ils n’estoient vaincus des requeftes, prieres,
                     &amp; iustes doleances d’vn peuple affligé &amp; vexéle plus souuent au desceu
                     du Prince qui ne void, &amp; qui n’entend que par les yeux, les oreilles, &amp;
                     le rapport d’autrny. Par ainsi on voit que le poinct principal de la majesté
                     souueraine, &amp; puissance absolue, gist principalement à donner loy aux
                     sugets en general <pb n="104"/> fans leur consentement. Et fans aller au pays
                     d’autruy, on a veu souuent en ce Royaume, certaines coustumes generales abolies
                     par les edits de nos Roys, sans ouyr les estats, quand l’iniustice d’icelles
                     estoit oculaire: comme la coustume de ce Royaume en tout le pays coustumier,
                     touchant la succession des meres, &amp; biens de leurs enfans, a esté changee,
                     fans assembler les estats, ny en general, ny en particulier. Qui n’est de rien
                     de nouueau : car dés le temps du Roy Philippes le Bel, la coustume generale en
                     tout ce Royaume, qui<note place="margin">Contra ius commune l. eum quem temere
                        de Iudi.ff.</note> ne souffroit pas que celuy qui auoit perdu son proces,
                     fust condamné aux despens, fut cassee par edit, sans assembler les estats.
                     &amp; la coustume generale, qui defendoit. de<note place="margin">l. lege
                        Iulia.de testibus canonico iure aliter cauetur. Bartol. in tracta. de
                        differentiis iuris ciuilis &amp; canoci.</note> receuoir le tesmoignage des
                     femmes en causes ciuiles, fut abolie par edit de Charles<note place="margin">l’an 1394.</note> VI. sans appeller les estats. Car il faut que le Prince
                     souuerain ait les loix en sa puissance pour les changer, &amp; corriger, selon
                     l’occurrence des cas, comme disoit le Iurisconsulte Sextus Cæcilius, tout ainsi
                     que le maistre pilote doit auoir en sa main le gouuernail, pour le tourner à sa
                     diferetion: autrement le nauire seroit plustost peti, qu'on auroit pris l’aduis
                     de ceux qu’il porte. Ce qui n’est pas feulement necessaire au Prince souuerain,
                     ains aussi quelquefois au Magistrat, comme nous auons dit de Pompee, &amp; des
                     dix commissaires. C’est pourquoy Auguste apres la guerre Actiaque, fut absouls
                     par Ie Senat de la puissance des loix, iacoit qu’il ne fust que chef de sa
                     Republique, &amp; non pas Prince souuerain, comme nous dirons en son lieu.
                     Depuis Vespasian l’Empereur fut aussi exempté de la puissance des loix, par loy
                     du peuple expresse, comme plusieurs pensent, &amp; qui se trouua encores à Rome
                     grauee en pierre, que le Iurisconsulte<note place="margin">l. I. de constitut.
                        princip.</note> appelle la loy Royale: combien qu’il n’y a pas grande
                     apparence que le peuple, qui long temps au parauant auoit perdu toute puissance
                     la donnast à celuy qui estoit le plus fort. Or fil est vtile que le Prince
                     souuerain, pour bien gouuerner vn estat, ait la puissance des loix fous la
                     sienne, encores est-il plus expedient aux seigneurs en l'estat Aristocratique,
                     &amp; necessaire au peuple en l'estat populaire. car le Monarque est diuisé du
                     peuple: &amp; en l'estat Aristocratique les seigneurs sont aussi diuisez du
                     menu peuple:de forte qu’en l’vne &amp; l’autre Republique il y a deux parties:
                     à sçauoir celuy, ou ceux qui tiennent la <note place="margin">Singularité de
                        l’e stat populaire.</note>souueraineté d’vne part, &amp; le peuple de
                     l’autre, qui cause les difficultez qui font entr’eux, pour les droits de la
                     souueraineté, &amp; qui cessent en l'estat populaire. car si le Prince, ou les
                     seigneurs, qui tiennent l’estat, sont obligez à garder les loix, comme
                     plusieurs pensent: &amp; qu’ils ne peuuent faire loy, qui ne soit accordee du
                     peuple, ou du Senat, elle ne pourra aussi estre<note place="margin">l.nihil tam
                        naturale.de regul.</note> cassee, sans le consentement de l’vn ou de
                     l’autre, en termes de droit: ce qui ne peut auoir lieu en l'estat populaire,
                     veu que le peuple ne fait qu’vn corps, &amp; ne se peut obliger à soymesme.
                     Pourquoy donc, dira quelqu'vn, le peuple Romain faisoit-il ferment de<note place="margin">Plutar. in Mario Appian lib.I. GREEK TEXT</note> garder les
                     loix? Dion escrit<note place="margin">lib.38.</note> que cefut vne coustume
                     nouuelle introduite à la requeste d’vn <pb n="105"/> d’vn tribun, &amp; depuis
                     se continua en toutes loix, ores qu'elles fussent iniques, &amp; absurdes: qui
                     n’est pas resouldre la difficulté. Ie dy donc que chacun en particulier faisoit
                     le ferment: ce que tous en general n’eussent peu faire, attendu que le ferment
                     ne se peut faire, à bien parler, que du moindre au plus grand. &amp; au
                     contraire en la Monarchie chacun en particulier, tout le peuple en corps, doit
                     iurer de garder les loix, &amp; faire ferment de fidélise au Monarque
                     souuerain, qui ne doit ferment qu'a Dieu seul. duquel il tient le sceptre &amp;
                     la puissance. carie ferment porte tousiours reuerence à celuy auquel, ou bien
                     au nom duquel il se fait : qui est la feule cause, pour laquelle le seigneur ne
                     doit point de ferment au vassal, ores que l’obligation soit mutuelle entre l'vn
                     &amp; l’autre. Mais s’il est ainsi que le Prince souuerain ne doit ferment qu'a
                     Dieu, pourquoy Traian l’Empereur faisoit-il ferment de garder les loix estant
                     debout <note place="margin">Pourquoy le seigneur ne doibt point serment au
                        vassal.</note>deuant le Consul qui estoit assis? Il y a double response:
                     premierement qu’il ne faisoit ferment sinon quand il fut Consul, comme vn
                     chacun des Magistrats nouuellement pourueus des offices iuroit au plus grand
                     Magistrat, qui se trouuast en ville, le premier iour de l’an, apres auoir
                     sacri- fié au Campidol. ainsi Traian quelquefois prenoit le Consulat, outre le
                     tiltre imperial qu’il auoit, comme aussi faisoient les autres Empereurs: En
                     second lieu, les premiers Empereurs Romains n'estoient pasfouue- rains, mais
                     seulement chefs, &amp; premiers des citoyens, qu’ils appelloient Principes:
                     &amp; ceste forme de Republique estoit en apparence, Aristocratique: en effect,
                     Monarchie, &amp; s’appelloit PRINCIPATVS, en laquelle <note place="margin">Que
                        c’est de principauté.</note> l’Empereur auoit ceste prerogatiue d’estre le
                     premier, en dignité, en honneur, en seance. combien qu’à la verité la pluspart
                     des Empereurs eftoient tyrans. Et comme vn iour quelques Roys estranges
                     disputoient de leur noblesse, &amp; grandeur à la table de l’Empereur Caligula,
                     il dist levers d’Homere, GREEK/OTHER TEXT c’est à dire, qu'il n’est pas
                     expedient qu’il y ait plusieurs Seigneurs, &amp; qu’il ne faut qu’vn Roy. à
                     peu, dit Suetone, qu’il ne print alors le Diadesme Royal, pour changer la forme
                     de Republique, qui estoit vne Principauté, en<note place="margin">Sueton. in
                        Calig. parum abfuit quin speciem principatus in regnum conuerteret.</note>
                     Royaume. Or il est bien certain que la Principauté, Ie Capitaine ou Prince
                     n’est pas souuerain, non plus que le Duc à Venize, comme nous dirons en son
                     lieu. Et quand on prendroit que les Empereurs en effet auoient empieté la
                     souueraineté, comme il est bien certain, neantmoins il ne se faut pas
                     esmerueiller si Traian, qui estoit l’vn des bons Princes qui fut iamais au
                     monde, iuroit de garder les loix, ores qu’il en fust exempt en qualité de
                     Prince, à fin de donner exemple aux fugets de les garder plus soigneusement :
                     niais pas vn des Empereurs deuant luy ne l’auoit fait. C’est pourquoy Pline le
                     jeune, parlant du fermer que fist Traian, s'escrie: Voicy, dit-il, vn cas
                     estrange, &amp; qui iamais n’a esté veu, <note place="margin">Serment de
                        Traian.</note>que l’Empereur iure de garder les loix, &amp;c. où il monstre,
                     que c’estoit chose bien nouuelle. Et depuis Theodoric, voulant gaigner la
                     faueur <pb n="106"/> du Senat, &amp; peuple Romain, suiuit l’exemple de Traian,
                     comme nous lisons en Cassio dore, Ecce, dit-il, Traiani nostri clarum seculis
                     reparamus exemplum: iurat vobis, per quem iuratis. Et est vray semblable, que
                     les autres Princes ont mis cela en coustume de faire ferment à leur
                     couronnement. ores qu’ils ayent la souueraineté par droit successif. Il est
                     bien vray que les Roys des peuples de Septentrion font des sermens qui derogent
                     à la souueraineté. &amp; de fait la noblesse de Dannemarc empescha le
                     couronnement du Roy Federic au mois d’Aoust M. D. LIX. iusques à ce qu’il eust
                     iuré solennellement, qu’il ne pourroit faire mourir ny confisquer homme noble,
                     ains qu’il sera iugé par le Senat: que tous gentils hommes auront iurisdiction
                     &amp; puissance de la mort sur leurs fugets fans appel, &amp; sans que le Roy
                     ait part aux amendes ny confiscations: que le Roy ne pourra donner office fans
                     le consentement du Senat : qui font tous argumens que le Roy de Dannemarc n’est
                     pas souuerain. mais ce sermentfut premierement arraché de la bouche de Federic
                     ayeul de cestuy cy, lors qu’il estoit en guerre cotre Christierne Roy de
                     Dannemarc qui mourut en prison, où il auoit esté x x v. ans: &amp; depuis fut
                     confirmé par Christierne pere de Federic, qui a fait le mesme serment: &amp; a
                     fin qu’il ne peust y contreuenir, la Noblesse traita ligue auec la ville de
                     Lubec, &amp; le Roy de Poloigne Sigismond Augufte:qui n’auoit guere plus de
                     souueraineté que le Roy de Dannemarc. Mais il faut de deux choses l’vne, c’eft
                     à sçauoir que le Prince qui iure de garder les loix ciuiles, ne soit pas
                     souuerain: ou bien qu’il est pariure s'il contreuient à son ferment, comme il
                     est necessaire que le Prince souuerain y contreuienne, pour casser, ou changer,
                     ou corriger les loix selon l’exigence des cas, des temps, &amp; des personnes.
                     ou bien si nous disons que le Prince ne laissera pas d'estre souuerain: &amp;
                     neantmoins qu’il sera tenu de prendre l’aduis du Senat, ou du peuple, il faudra
                     aussi qu’il soit dispensé par ses fugets, du fermer qu’il aura fait de garder
                     lesloix inuiolablement: &amp; les sugets, qui font tenus, &amp; obligez aux
                     loix, soit en particulier, soit en general, auront aussi besoin d'estre
                     dispensez de leur Prince, fus peine d'estre pariures: de sorte que la
                     souueraineté sera ioüee à deux parties, &amp; tantost le peuple, tantost le
                     Prince fera maistre. qui sont absurditez notables, &amp; du tout incompatibles
                     auec la souueraineté absolue, &amp; contraires aux loix, &amp; à la raison
                     naturelle. Et neantmoins on voit des plus suffisans soustenir, qu’il est
                     necessaire que les Princes soient obligez de faire ferment de garder les loix
                     &amp; coustumes du pays. En quoy faisant ils aneantissent, &amp; degradent la
                     majesté souueraine,qui doit estre sacree pour en faire vne Aristocratie, ou
                     bien vne Democratie: Aussi aduient-il que le Monarque fouuerain, voyant qu’on
                     luy vole ce qui luy est propre, &amp; qu’on le veut assugetir à ses loix, il se
                     dispense à la fin non feulement des loix ciuiles, ains aussi des loix de Dieu,
                     &amp; de nature, les faisant egales. Il est donc besoin de bien esclaircir ce
                     poinct ici. Car on peut encore dire que par la loy <pb n="107"/> loydes Medois,
                     &amp; Persans, les edits du Roy estoient irreuocables: ce qui est<note place="margin">Daniel cap 6. La loy des Medois.</note> repeté en trois
                     lieux. &amp; combien que le Roy des Medois voulust exempter Daniel de la peine
                     capitaine portee par l’edit, auquel il auoit contreuenu: neantmoins les Princes
                     luy remonstrerent, que ledit par luy fait, ne se pouuoit reuoquer, ostant la
                     loy du pays: &amp; de fait Daniel fut getté aux Lyons. Si donc le plus grand
                     Monarque de la terre, ne pouuoit casser les edits par luy faits, nos
                     resolutions touchant la puissance souueraine, sont mal fondees. ce qui n'a pas
                     lieu feulement en la Monarchie, ains aussi en l'estat populaire: comme estoit
                     celuy d’Athenes, duquel parlant Thucydide, monstre que la guerre Peloponesiaque
                     commenca pour vn edit fait par le peuple d’Athenes, qui ostoit la puissance aux
                        <note place="margin">Loy des Atheniens.</note>Magariens, d’aborder au port
                     d’Athenes. Iaplainte faite aux alliez d’vn tel outrage, contre le droit des
                     gens, les Lacedemoniens depescherent vne Ambassade vers les Atheniens, pour les
                     prier de vouloir reuoquer l’edit. Pericle, qui lors estoit tout puissant en
                     Athenes, fist response aux Ambassadeurs, que les loix des Atheniens portoient
                     disertement, que les edits publiez, &amp; pendus aux colonnes ne se pouuoient
                     iamais oster. s’il est ainsi, le peuple estoit obligé, non seulement à ses
                     loix, ains encores aux loix des predecesseurs. Et qui plus est, l’Empereur
                     Theodose veut que les edits soient faits du<note place="margin">l. humanum de
                        legib.C.</note> consentement de tous les Senateurs. Ft mesmes par
                     l’ordonnance de Loys XI. Roy de France, touchant l’institu-<note place="margin">Loy de l’Empereur Theodose.</note> tion des Cheualiers de l’ordre article
                     VIII. il est expressément dit, que le Roy n’entreprendra guerres, ny autres
                     choses hautes, &amp; dangereuses, sans le faire asçauoir aux Cheualiers de
                     l’ordre, pour auoir, &amp; vser de leur conseil &amp; aduis. Qui faitaussi que
                     les edits de nos Roys, s’ils ne sont leus, publiez, verifiez,&amp; enregistrez
                     en Parlement, auec le consentement de M. le Procureur general, &amp; aprobation
                     de la Cour, n’ont point d’effect: come aussi la maxime des Loix d’Angleterre
                     gardee inuiolablement, est telle: Que si les ordonnances portans coup à
                     l'estat, ne sont auto- <note place="margin">Coustume d’Angleterre</note>risees
                     du parlement d’Angleterre,elles seront<note place="margin">Polydore.</note>
                     reuoquees en doute.Ie dy que ces obiections ne peuuent empefcher,quela reigle
                     d'estat, que nous <note place="margin">Comment tous edits sont
                        reuocables.</note> auons posee, ne soit veritable. car quant à la loy des
                     Medois, c’eft vne pure calomnie, que les courtisans dresserent à Daniel, dépits
                     de le voir Prince estranger, qui estoit si haut esleué en leur pays, &amp; à vn
                     degré pres de la majesté du Roy, lequel receut leur calomnie, pour faire la
                     preuue si le Dieu de Daniel le garentiroit de la peine, comme il fist: &amp;
                     aussi tost le Roy fist getter ses ennemis en la fosse des lyons affamez : en
                     quoy il monstra bien qu’il n'estoit pas suget aux loix ciuiles de son pays :
                     comme on peut voir aussi en ce que Darius Mnemon, à la requeste d’vne ieune
                     dame Iuifue, cassa l’edit, par lequel il auoit ordonné, que la nation Iudaïque
                     seroit exterminee. Quant a Pericle, c’estoit vne occasion de guerre qu’il
                     cherchoit, pour eschaper l’accusation de ses ennemis, comme Theopompe &amp;
                     Timee l’ont asseuré,&amp; Plutarque ne l’a pas nié. c’est <pb n="108"/>
                     pourquoy il dist aux Ambassadeurs de Sparte, que les edits vne fois pendus aux
                     colonnes, ne se pouuoient oster: mais ils le payerent d’vn trait Laconic,
                     disans qu’ils ne vouloient pas que l'edit fust osté, ains seulement que le
                     tableau fust tourné. Et si les edits des Atheniens eussent esté irreuocables,
                     pourquoy voyons nous vne<note place="margin">Plutar. in Demetrio, Phocione,
                        Demosthene.</note> suyte infinie de loix qu’ils faisoient à propos &amp;
                     sans propos, pour donner lieu aux nouuelles? Et pour verifier que Pericle
                     abusoit les Ambassadeurs, il faut voir la harangue que Demosthene a faite
                     contre Leptin, lequel auoit presenté requeste au peuple, tendant à sin, que par
                     edit perpetuel, &amp; irreuocable, il fust defendu deslors en auant fus peine
                     de la vie, de presenter requeste au peuple, pour obtenir aucun priuilege, ny
                     exemption, &amp; semblable peine à celuy qui parleroit de casser l’edit.
                     Demosthene le fist debouter de sa requeste fus le champ, monstrant à veue
                     d’œil, que le peuple accordant cest edit,fe despoüilleroit non feulement de la
                     prerogatiue qu’il auoit d’ottroyer les exemptions, &amp; priuileges, ains aussi
                     de la puissance de faire, &amp; casser les loix au besoin. Ils auoient aussi
                     vne action populaire des loix enfraintes, qu’on intentoit contre tous ceux qui
                     vouloient faire passer au peuple quelque edit contraire aux loix ja receues :
                     comme on peut voir par tous les plaidoyez de Demosthene: mais cela iamais
                     n’empeschoit, que les nouuelles loix bonnes &amp; vtiles, ne fussent preferees
                     aux vieilles loix iniques. Et en cas pareil, l'edit general, qui portoit que
                     l’amende vne fois adiugee par le peuple, ne seroit iamais rabatue, fut reuoqué
                     plusieurs fois, &amp; mesmement vne fois en faueur de Pericle, &amp; autres
                     fois en faueur de Cleomedon, &amp; de Demosthene, qui tous auoient esté
                     condamnez par diuers iugemens du<note place="margin">Plutar. in Pericle,
                        Demetrio, ac Demosthene.</note> peuple, chacun à l'amende de XXX. mil escus.
                     On dit bien aussi qu’en ce Royaume l’amende vne fois payee à tort ou à droit,
                     n’est iamais rendue: &amp; neantmoins on a veu souuent le contraire. C’eft donc
                     vne forme de faire, qui est &amp; a toufiours esté en toute Republique, que
                     tous ceux qui font les loix, à fin de leur donner plus grand poids, &amp;
                     autorité, y adioustent ces mots: <note place="margin">Clause des loix
                        perpetuelles.</note>PAR edit perpetuel, &amp; irreuocable, &amp;c. &amp; en
                     ce Royaume on met au commencement de tels edits, ATOVS presens, &amp; à venir,
                     &amp;c. qui monstrent vn trait perpetuel à la posterité: &amp; pour monstrer
                     encores plus la difference d’auec les edits faits par maniere de prouision on
                     les seelle en cire verd, en laqs de soye verte &amp; rouge: &amp; les autres en
                     cire iaune. Et neantmoins il n’y en a pas vn perpetuel, non plus qu’en Rome, où
                     celuy qui publioitvneloy adioustoit à la fin qu’il ne pourroit y estre derogé,
                     ny par le Senat, ny par le peuple. &amp; si cela eust eu lieu, pourquoy le
                     peuple du iour au lendemain eust-il cassé les loix? Tu scais, dit<note place="margin">ad Atticum lib. 3.epistol.72.</note> Ciceron, que le Tribun
                     Claudeparlaloy qu’il a fait publier, amis à la sin, que le Senat, ny le peuple,
                     ne pourroit y deroger en sorte quelconque: mais il est assez notoire, que
                     iamais on n’a eu egard à ceste clause, VT NEC per Senatum, nec per populum lex
                     infirmari possit: autrement, dit-il, on ne verroit iamais, loy <pb n="109"/>
                     loy cassee, veu qu’il n'ya loy qui ne porte ceste clause : à laquelle
                     neantmoins on deroge ordinairement. ce qui est encores mieux declairé en la
                     harangue de Fabius Ambustus, sus l'opposition des Tribuns, qui soustenoient que
                     Ie peuple n’auoit peu faire deux Consuls nobles, castant la loy qui vouloit,
                     qu’il y en eust vn roturier. Fabius dist que la loy des xij. tables<note place="margin">quod postremum iussit populus id ratum esto l.sed&amp;
                        posteriores.de legib ff.</note> portoit, que le dernier mandement du peuple
                     estoit le plus fort. On voit donc euidemment que les Perses, Medois, Grecs,
                     &amp; Latins, vsoient de mesme forme, pour valider leurs edits &amp;
                     ordonnances, que font. nos Roys, qui mettent quelquesfois ceste clause, SANS
                     que par cy apres il puisse par nous, ou nos successeurs y estre derogé: ou SANS
                     auoir egard à la derogation, que dés à present nous auons declaree nulle. Et
                     toutesfois on ne scauroit<note place="margin">l. à titio.§. nulla obligatio de
                        ver. l. ille à quo. §. tempestiuum ad Trebel. l. si quis in principio de
                        legat.3. l.penult.de arbitris ff.Bald.in l.clari. de fidei commiss. C.
                        Alexan. consil.224. lib. 6. Panor. in cap. pro illorum de præben.</note>
                     tellement se donner loy, qu’on ne s'en puisse departir, comme nous auons dit :
                     car l’edict: qui se fait apres, porte tousiours derogation expresse à la
                     derogatoire: Aussi Solon ne voulut pas obliger les Atheniens de garder ses loix
                     à iamais, ains, il se contenta qu’elles fussent gardees<note place="margin">Plutar. in Solon.</note> cent ans: &amp; toutesfois bien tost apres, luy
                     viuant, &amp; present, il peut voir le changement d’icelles. Et quant a la
                     verification des edits faits par les estats, ou parlemens, elle est de grande
                     consequence, pour les faire garder, non pas que sans icelle le Prince
                     souuerain. ne puisse faire loy: aussi Theodose dit<note place="margin">in d. l.
                        humanum. de legib.C.</note> humanum esse, pour monstrer que le consentement
                     du Senat, non tam necessitatis est, quant humanitatis. comme en cas pareil
                     quand il est dit, que c’est. chose bien seante<note place="margin">l. digna
                        vox. de consti. prin. C. l. ex imperfecto. de lega. 3. &amp; l. ex
                        imperfecto de testament.C.</note> à vn prince souuerain de garder fa loy :
                     par ce qu’il n’y a chose qui le face plus craint, &amp; reueré des sugets:
                     &amp; au contraire il n’y a rien qui plus r'auale l'autorité de sa Ioy, que le
                     mespris qu’il en fait, comme disoit vn ancien Senateur Romain, <note place="margin">Liuius lib.3.</note> Leuius est, &amp; vanius sua decreta
                     tollere quam aliorum. Mais si le Prince defend de tuer sur peine de la vie,
                     n’est il pas obligé à fa loy ? ie di que ceste loy n’eft point sienne, mais
                     c’eft la loy de Dieu, &amp; de nature, à laquelle il est plus est
                        roittement<note place="margin">Bald.in §.vlt.col.I.titul.qui feudum dare
                        Mart.laud.in tracta. de princip. vers. 305.Bald. in l 2 col 7. vers.item
                        not. de sesuitut. &amp; aqua. Felin in cap.I. col.10.vers. quint. Alexand.
                        consil.216.cano.sunt quædam. 25. q.I.Specul. tit. de leg.§. nunc &amp; dd.
                        in l.vlt. si contra ius.C.</note> obligé que pas vn des fugets, &amp; n'en
                     peut estre dispensé, ny par le Senat, ny par le peuple, qu’il n’en soit
                     tousiours responsable au iugement de Dieu, qui en fait information à, toute
                     rigueur, comme disoit Salomon. c’eft pourquoy Marc Aurele disoit que les
                     magistrats sont iuges des particuliers : les princes des magiftrats, &amp; Dieu
                     des Princes. Voila l’aduis des deux plus sages princes qui furent onques. ie
                     mett ray encores celuy d’Antigon Roy d’Asie, lequel oyant dire à vn flateur,
                     que toutes choses sont iustes aux Roys: Ouy, dist-iI, aux Roys Barbares, &amp;
                     tyrans. le premier qui vsa de ceste flaterie fut Anaxarque enuers Alexandre le
                     grand, auquel il fist croire que la deesse lustice estoit à la dextre de
                     Iupiter, pour monstrer que les princes ne font riem qui ne soit iuste. mais
                     tost apres il esprouua ceste iustice, estant tombé entre les mains du Roy de
                     Cypre son ennemy, qui le fist rompre sus vne enclume. Seneque dit bien tout le
                     contraire, Caesari cùm omnia licent, propter hoc minus licet. Et par ainsi ceux
                     qui di- <pb n="110"/> sent generalement, que les princes ne sont point fugets
                     aux loix, ny mesmes à leurs conuentions, s’ils n’exceptent les loix de Dieu
                     &amp; de nature, &amp; les iustes conuentions &amp; traittez faits auec eux,
                     ils font iniure<note place="margin">Accurs. in l. princeps de legib.ff.</note>
                     à Dieu, s'ils ne font apparoir d'exemption speciale, comme on dit en matiere de
                     priuileges. Et mesme Denis tyran de Sicile dist à fa mere, qu’il pourroit bien
                     la dispenser des loix, &amp; coustumes de Syracuse, mais non pas des loix
                        de<note place="margin">Plutar. in apoph. græcor.</note> nature. Et tout
                     ainsi que les contracts, &amp; testaments des particuliers, ne<note place="margin">l. ius publicum de pactis l. nemo potest de legat.I.</note>
                     peuuent deroger aux ordonnances des magiftrats, ny les edits des magistrats aux
                     coustumes, ny les coustumes aux loix<note place="margin">l.3.§. diuus. de
                        sepulchro violat. l. 2. quæ sit longa. consuetud.C.</note> generales d’vn
                     Prince souuerain: aussi les loix des princes souuerains, ne peuuent alterer, ny
                     changer les loix de Dieu &amp; de nature. Et pour ceste cause les magiftrats
                     Romains auoient accoustumé de mettre a la fin des requestes, &amp; loix qu’ils
                     presentoient au peuple, pour estre enterinees, ceste<note place="margin">Cicero
                        pro Cæcinna.</note> clause, SI QVID IVS NON ESSET E. E. L. N. R. eius ea
                     lege nihilum rogaretur. c’eft à dire, s'il y auoit chose qui ne fust iuste,
                     &amp; raisonnable, qu’ils n’entendoient pas la demander. Et plusieurs se
                        sont<note place="margin">Anto. Butrio. Innocent. Imola. Panormit. in cap.
                        quæ in ecclesiarum de constitut.ex l.quoties de precib. imper. C. Felin.in
                        d.c.col.5. vers.limita,&amp; col.14.</note> abusez de dire, que le Prince
                     souuerain ne peut rien ordonner contre la loy de Dieu, s’il n'est fondé en
                     raison apparente. &amp; quelle raison peut on auoir de contreuenir à la loy de
                     Dieu ? Ils disent<note place="margin">in cap. non est de voto. Innocent. in
                        cap.cum olim col 2. de cler. coniu. &amp; in c.I. col 5.&amp; 14.de
                        constitu. Panor. in c. cum venissent. col. 5.de election. Innocent. Anton.
                        Butrio Imola in cap 2.de renunciat. Felin. in cap. quæ in ecclesiarum. de
                        constit.col.7. vers. demum.</note> aussi que cestuy-là que le Pape a
                     dispensé des loix diuines, est asseuré enuers Dieu. ie m’en rapporte à la
                     verité. Il reste encores ceste obiection: Si le Prince est obligé aux loix de
                     nature, &amp; que les loix ciuiles soient equitables, &amp; raisonnables, il
                     s'ensuit bien que les princes font aussi tenus aux loix ciuiles. &amp; à cela
                     se raporte ce que disoit Pacatius à l’Empereur Theodose, Tantum tibi licet
                     quantum per leges licebit. le responds que la loy du Prince souuerain concerne
                     le public, ou le particulier, ou l'vn &amp; l’autre ensemble: &amp; en tout
                     cas, qu’il est question du profit contre l’honneur: ou du profit qui ne touche
                     point l’honneur: ou de l’honneur fans profit: ou du profit ioint à l’honneur:
                     ou bien de ce qui ne touche ny le profit, ny l’honneur, quand ie dy l'honneur,
                     i’entends ce qui est honneste de droit naturel: &amp; quant à ce poinct il est
                     resolu que tous princes y sont sugets: attendu que telles loix font naturelles,
                     ores que le Prince les face publier : &amp; à plus forte raison quand la loy
                     est iuste &amp; profitable. si la loy ne touche ny le profit, ny l’honneur, il
                     n’en faut point faire estat si le profit combat l’honneur, c’eft bien raison
                     que l’honneur l’emporte : comme disoit Aristide le iuste, que l'aduis de
                     Themistocle estoit fort vtile au public, &amp; toutesfois deshonneste &amp;
                     vilain. mais si la loy est profitable, &amp; qui ne face point de breche à la
                     iustice naturelle, le Prince ny est point suget, ains il la peut changer, ou
                     casser si bon luy semble, pourueu que la derogation de la loy apportant profit
                     aux vns, ne face dommage aux autres sans iuste cause. car le Prince peut bien
                     casser &amp; annuller vne bonne ordonnance, pour faire place à vn autre moins
                     bonne, ou meilleure : attendu que le profit, l’honneur, la iustice, ont leurs
                     degrez de plus <pb n="111"/> de plus &amp; moins. Si doneques il est licite au
                     Prince, entre les loix vtiles, faire chois des plus vtiles, aussi sera-il entre
                     les loix iustes &amp; honnestes, choisir les plus equitables, &amp; plus
                     honnestes: ores que les vns y ayent prosit, les autres dommage, pourueu que le
                     profit soit public, &amp; le dommage particulier. mais il n’est pas licite au
                     suget de contreuenir aux loix de son Prince, soubs voile d’honneur, ou de
                     iustice. comme si au temps de famine Ie Prince defend la traitte des viures :
                     chose non feulement profitable au public, ains aussi bien souuent iuste &amp;
                     raisonnable: il ne doibt pas donner congé à quelques vns d’en tirer au
                     preiudice du public, &amp; des marchas en particulier : car soubs ombre du
                     profit queles flatteurs &amp; couratiers emportent, plusieurs bons marchans
                     souffrent dommage, &amp; en general tous les sugets sont affamez: &amp;
                     neantmoins cessant la famine, &amp; la disette, il n’est pas licite au suget de
                     contreuenir à l'edit de son Prince, si les defenses ne font leuees: &amp; ne
                     luy appartient pas de fonder fa contrauention en l’equité naturelle, qui veut
                     qu’on aide à l’estranger, luy faisant part des biens que Dieu fait croistre en
                     vn pays plus qu’en l’autre, car la loy qui defend, est plus forte que l’equité
                     apparente, si la defense n'estoit directement contraire à la loy de Dieu, &amp;
                     de nature. Car quelquesfois la loy ciuile sera bonne, iuste, &amp; raisonnable:
                     &amp; neantmoins le Prince n’y doit estre suget aucunement. comme s’il defend
                     fus la vie de porter armes, pour mettre fin aux meurtres &amp; seditions, il ne
                     doit pas estre suget à sa loy: ains au contraire il doit estre bien armé, pour
                     la tuition des bons, &amp; punition des mauuais. Nous ferons mesme iugement des
                     autres edits &amp; ordonnances, qui ne touchent que partie des fugets, &amp;
                     qui font iustes, pour Ie regard de quelques personnes, ou iusqu’à certain
                     temps, ou en certain lieu, ou pour la varieté des peines qui dependent
                     toufiours des loix ciuiles, ores que les defenses des crimes soient de droit
                     diuin &amp; naturel. Ausquels edits &amp; ordonnances les Princes ne font
                     aucunement tenus, sinon tant que la iustice naturelle des edits a lieu:
                     laquelle cessant, le Prince n’y est point obligé, mais bien les fugets y font
                     tenus, iusqu’à ce que le Prince y ait derogé. car c’eft vne loy diuine, &amp;
                     naturelle, d’obeir aux edits &amp; ordonnances de celuy à qui Dieu a donné la
                     puissance sur nous: si les edits n'estoient directement contraires à la loy de
                     Dieu, qui est par dessus tous les Princes. car tout ainsi que l'arriere- <note place="margin">Le prince est tenu de ses conuentions.</note> -vassal doibt
                     serment de fidelité à son seigneur, enuers &amp; contretous, reserué son Prince
                     souuerain : aussi le suget doibt obeissance à son Prince souuerain, enuers
                     &amp; contre tous, reserué la Maiesté de Dieu, qui est seigneur absolu de tous
                     les Princes du monde. De ceste resolution nous pouuons tirer vne autre reigle
                     d'estat, c’est à sçauoir, que le Prince souuerain est tenu aux contracts par
                     luy faits, soit auec son suget, soit quelques l’estranger. car puis qu’il est
                     garend aux fugets des conuentions,&amp; obligations mutuelles qu’ils ont les
                     vns enuers les autres, à plus forte raison est il debteur de iustice en son
                     fait: comme la Cour de Parle- <pb n="112"/> ment de Paris rescriuit au Roy
                     Charles IX. M. D. LXIII. au mois de Mars, que sa maiesté feule ne pouuoit
                     rompre le contract fait entre luy &amp; le Clergé, sans le consentement du
                     Clergé, attendu qu’il estoit debteur de iustice. Et me souuient d’vne decision
                     de droit touchant les Princes, qui merite estre grauee en lettres d’or dedans
                     leurs grottes &amp; Palais, QV'ON doibt mettre entre les cas fortuits, si le
                     Prince contreuient à sa promesse, <note place="margin">Alexander.consil.
                        97.lib.a.nu.13. Cynus in l. rescripta. de precibus imp. offer. C. Iacob
                        Butrigar. in l. vlt.si contra ius C.</note> &amp; qu’il n’est pas à presumer
                     au contraire. car l’obligation est double: l’vne pour l'equité naturelle,
                        qui<note place="margin">l.I.de pactis.ff.</note> veut que les conuentions,
                     &amp; promesses soient entretenues: l’autre pour la foy du Prince, qu’il doibt
                     tenir, ores qu’il y eust dommage, parce qu’il est guarend formel à tous ses
                     fugets de la foy qu’ils ont entr’eux: &amp; qu'il n’y a crime plus detestable
                     en vn Prince que le<note place="margin">Innocent. in cap. ad apostolicam de re
                        iudic.</note> pariure. c’est pourquoy le Prince souuerain doibt estre
                     toufiours moins supporté en iustice que ses fugets, quand il y va de fa
                     promesse. car il ne peut oster l’office donné à son suget fans iuste cause:
                     &amp; le seigneur particulier le peut faire: comme il se iuge ordinairement.
                     &amp; si ne peut oster le fief à son vassal sans cause, les autres seigneurs le
                     peuuent, par les maximes des fiefs. Qui est pour respondre aux docteurs
                     canonistes, qui ont eferit que le Prince ne peut estre obligé que
                     naturellement: parce que, disent-ils, les obligations font de droit ciuil : qui
                     est vn abus: car il est bien certain en termes de droit, que si la conuention
                     est de droit naturel, ou de droit commun à tous peuples, &amp; l’obligation,
                     &amp; l’action<note place="margin">l.Indebiti de condic. indeb.l.2.rerum
                        amotar. l.ex hoc iure de iustitia. Bart. Bald Angel eod.</note> seront de
                     mesme nature. mais nous sommes en plus forts termes, car le Prince est
                     tellement obligé aux conuentions qu’il a auec ses fugets, NOTE 9 DOESN’T EXIST
                     IN TEXT<note place="margin">Panormit. Anto. Butrio. Imol. Felin. in cap. I. de
                        probat. cardinal. consil. 147. donnans.</note>ores qu’elles ne soient que de
                     droit ciuil, qu’il ny peut deroger de sa puissance absoluë: comme les<note place="margin">Bald in l. princeps de legib.&amp; in cap. I. §. ad hæc col.
                        5. Castrensis in l. digna vox de legib. C. Decius consil. 10.nu.22.Bal. in
                        l. ex imperfecto de testam. C. Decius consil.404.nu 8.</note> docteurs en
                     droit presque tous demeurent d’accord : veu que Dieu mesmes, comme dit le
                     Maistre des sentences, est tenu de sa promesse. Assemblez moy, <note place="margin">Hierem.45.</note> dit-il, tous les peuples de la terre, affin
                     qu’ils iugent entremon peuple &amp; moy, s'il y a chose que i’ay deu faire,
                     &amp; ne l’aye fait ? Il ne faut donc pas reuoquer en doubte, comme
                        quelques<note place="margin">Bartol.in l. prohibere § plane quod vi.Bald.in
                        c.I. de natura feud.&amp; in cap.t. de probat. ext. &amp; in l. vlt. de
                        transac. C. Panor.in c. nouit de iudiciis. Specul. in tit.de instru. edit.
                        §. nunc dicendam. sine Ancara. consil. 2. vt factum Felin. in c. I.de
                        probat.</note> docteurs ont fait, si le Prince ayant contracté auecques ses
                     fugets, est tenu de fa promesse : dequoy il ne se faut esbahir, veu qu’ils ont
                     soustenu que le Prince peut faire son profit du dommage d’autruy fans iuste
                     cause : qui est contre <note place="margin">l. nam hoc natura de condic. ind.
                        l. si priuatus qui &amp; à quibus.l.toties de pollicitat.l. Antiochensium.de
                        priuileg. credit.</note> la loy de Dieu, &amp; de nature. Et partant il fut
                     iugé par arrest<note place="margin">gallus notat.q.184. parte.5.</note> du
                     Parlement, que le Prince peut bien donner son interest à celuy qui est
                     condemné. &amp; non pas l’interest<note place="margin">consentiunt
                        Bartol.Acenrs.Alexand. in vlt. not l.venia.de in ius voc.C Panor. consil. 6.
                        lib. 2. Boer decis.65.</note> ciuil de la partie: &amp; passant plus outre
                     la Cour a preferé la partie ciuile au fisque, pour le regard de la peine. Et
                     par autre arrest donné l’an M. CCCLI. lexv. Iuillet, il fut dit que le Roy
                     pouuoit deroger aux loix ciuiles, pourueu que ce fust fans preiudice du droit
                     des particuliers, qui est pour confirmer les decisions que nous auons posees,
                     touchant la puissance absoluë. Et de fait le Roy Philippe de Valois par deux
                     testaments qu’il fist l’an M. CCCXLVIII.&amp; m.c CCI. NOTE 7 DOESN’T EXIST IN
                     TEXT <note place="margin">iudicatum anno 1391.gal. q. 257. parte 5.</note>
                     <pb n="113"/> M.D.CCCI. (qui sont au tresor de France, au cofre intitulé les
                     testa- <note place="margin">Testament de Philippe de Valois.</note> -ments des
                     Roys, nombre CCLXXXIX.) adiousta la clause derogatoire aux couftumes, &amp;
                     loix ciuiles, comme n’estant point obligé a icelles. &amp; fift le semblable en
                     la donation faicte à la Royne le XXI. Nouembre M.CCCXXX. qui se trouue au
                     registre LXVI. lettre D. CCCXXVII. combien que l’Empereur Auguste en cas
                     semblable, voulant plus donner à sa femme Liuia, qu’il n'estoit permis parla
                     loy Voconia, demanda<note place="margin">Dion.lib.56.</note> dispense au Senat.
                     (ores qu’il n’en fust besoin, attendu qu’il eftoit long temps auparauant
                     dispensé des loix ciuiles) affin de mieux asseurer sa donation, d’autant qu’il
                     n'estoit pas Prince souuerain, comme nous auons dit: autrement il n’y eust esté
                     aucunement tenu, comme il fut iugé en plus forts termes par arrest de la<note place="margin">l’an 1282.</note> Cour, que le Roy n'estoit pas tenu aux
                     couftumes du retraict lignager, quand on voulut racheter de luy le Conté de
                     Guynes, ores que<note place="margin">Bald.in authent.omnes.col.2. de censib. C.
                        &amp; in c. I. de nat. feudi.homi. consil. 58.col.I.lib.3.Faber. in l. digna
                        vox. de legib. C. Bald. &amp; Castrens. in l. cum de consuetudine. de
                        legib.</note> plusieurs tiennent le contraire. c’est pourquoy nous voyons és
                     anciens registres que le Roy Philippe le Bel, quand il erigea le Parlement de
                     Paris, &amp; de Mont-pellier, declaira qu’ils ne seroient tenus aux loix
                     Romaines. Et aux erections des vniuersitez, toufiours les Roys ont declaré,
                     qu’ils entendoient receuoir la profession du droit Ciuil, &amp; Canon pour en
                     vser à leur discretion, sans y eftre aucunement obligez. Et pour m'esme cause
                     Alaric Roy des Gots, defendit sus la vie, d’alleguer le droit Romain contre ses
                     ordonnances : ce que M. Charles du Moulin<note place="margin">in consuetud.
                        feudor.</note> ayant mal pris l’appelle Barbare : mais il ne fift rien que
                     tout Prince souuerain ne puisse, &amp; doyue iustement faire: comme en cas
                     semblable Charles le Bel en ce Royaume, fist defense d’alleguer les loix
                     Romaines contre les couftumes: ce qui est aussi porté par vn ancien arrest, que
                     i’ay leu aux registres de la Cour, par lequel cela est expressément defendu aux
                     Aduocats, entrois mots, Li Aduocats ne soient si hardis de mettre droit escrit,
                     contre la coustume. Et mesme Oldrad<note place="margin">consil. 69. consueuit
                        dubitari.</note> escrit que les Roys d’Espagne firent vn edict à ce qu’il
                     n’y eust personne, fus peine de la vie, qui allegast les loix Romaines. &amp;
                     iaçoit qu’il n’y eust ny coustume, ny ordonnance au contraire, si est-ce que
                     telle defense emporte, que les iuges ne peuuent, &amp; ne doyuent estre
                     contraincts à iuger selon le droit<note place="margin">eo iure vtimur, &amp; id
                        confirmat Petrus Belluga. in speculo</note> Romain : &amp; le Prince
                     beaucoup moins, qui les en dispense, remettant cela à leur discretion. Mais ce
                     feroit crime de leze maiefté, d’opposer le droit Romain à l’ordonnance de son
                     Prince. Et d’autant qu’on en faisoit mestier en Espagne, Estienne Roy d’Espagne
                     fist defense d’y lire les loix Romaines, comme escrit<note place="margin">lib.8.c.22.</note> Polycrate. &amp; par autre ordonnance<note place="margin">l.I.tit.3.lib.I.ordinat.</note> d’Alphons X. il estoit
                     enioint à tous magiftrats daller au Roy, quand il n’y aura ordonnance, ny
                     coustume. En quoy<note place="margin">in l. nemo potest de sententiis &amp;
                        inter locutionibus. C. Paris in syndic.cap.2.</note> Balde s'est mespris,
                     quand il dit, que les François vsent des loix Romaines pour raison seulement,
                     &amp; que les Italiens y font tenus : car les vns y font aussi peu tenus que
                     les autres : iaçoit que l’Italie, l’Espagne, le pays de Prouence, <pb n="114"/>
                     Sauoye, Languedoc, Lyonnois vsent du droit Romain, plus que les autres peuples:
                     &amp; que l'Empereur Federic Barbe-rousse, fist publier les liures des loix
                     Romaines, la pluspart desquelles n’ont aucun lieu en Italie, &amp; moins
                     encores en Alemagne: mais il y a bien difference entre le droit, &amp; la loy.
                     l’vn n’emporte rien que l'equité: la loy emporte commandement. car la loy n’est
                     autre chose, que le commandement du souuerain, vsant de sa puissance. Tout
                     ainsi donc que le Prince souuerain n’est point tenu aux loix des Grecs, ny d’vn
                     estranger quel qu’il soit, aussi n’est-il aux loix des Romains, &amp; moins
                     qu’aux siennes, sinon entant quelles font conformes à la loy naturelle, qui est
                     la loy à laquelle dit Pindare, que tous Roys &amp; Princes sont fugets: &amp;
                     ne faut point excepter Pape, ny l’Empereur: comme quelques flateurs<note place="margin">Angel.in l.3.§. si is pro quo.quod quisque iuris.ff.</note>
                     disent, que ces deux là peuuent prendre les biens de leurs fugets fans cause :
                     aussi plusieurs docteurs, &amp;mefmes les<note place="margin">Panor.in cap.
                        2.de reb. eccles. non ali. Felin.in c. quæ in ecclesiarum. de constitu.
                        Raphaël Fulgos. in l. vlt.si contra ius. C. Faber. in §.sed naturalia.nu.2.
                        institu. 7.Bartol.&amp; Bald.in l. item si verberatum. §. si quis. de rei
                        vindic. Bart. Alexand &amp; dd. inn l. I. de constitu.pecu.Bald &amp;
                        Angel.in l. 2. de quadriennij præscript. C. Bal. in l. Bene à Zenone col.2.
                        co.Bart. in l.vlt. colsi. si contra ius. C. Cynus &amp; Albericus in
                        l.neminem. de sacrosan. C. Alexan. consil. 2. col.7. &amp; seq.lib.I.&amp;
                        consil. 101. col. 6. &amp; consil. 37. col. 3. Cynus in l. rescripta q.3.de
                        precibus impe. C. Angel. consil 139. col.2. Alexand. consil. 89. col. 3.
                        lib.5.&amp; consil. 91. col. penult eod. Archidiacon.in cap. ius ciuile.
                        &amp; ibi cardinal. Alexan distin. I.Dynus in regula sine culpa. de regul.
                        lib.6. Paris Put. de syndic. tit.de regum excel.</note> Canonistes detestent
                     ceste opinion la, comme contraire à la loy de Dieu: mais c’eft tresmal limité
                     de dire, qu’ils le peuuent faire de puissance absoluë: &amp; vaudroit mieux
                     dire par force, &amp; par armes : qui est le droit du plus fort, &amp; des
                     voleurs: veu que la puissance absoluë n’est autre chose, que derogation aux
                     loix ciuiles, comme nous auons monstré cy dessus, &amp; qui ne peut attenter
                     aux loix de Dieu, qui a prononcé haut &amp; clair par sa loy, qu’il n’est
                     licite de prendre, ny mesmes conuoiter le bien d’autruy. Or ceux qui
                     soustiennent telles opinions, font plus dangereux que ceux-la mesmes qui les
                     executent: car ils monstrent les griffes au lyon, &amp; arment les Princes du
                     voile de iustice: puis la malice d’vn tyran abreuué de telles opinions, prend
                     fa carriere d’vne puifTance absoluë, &amp; presse les passions violentes,
                     faisant qu'vne auarice deuient confiscation, vn amour adultere, &amp; vne
                     cholere meurtre. &amp; tout ainsi que le tonnerre va deuant l’esclair, encores
                     qu’il semble tout le contraire: aussi le mauuais Prince estant depraué de
                     pernicieuses opinions, fait passer l’amende deuant l’accusation, &amp; la
                     condemnation deuant la preuue. Combien que c'est vne<note place="margin">l.
                        nepos de verb. sig. Alex. consil. 59. lib. 4. glo. in l. I. de
                        constit.princ.</note> incongruité en droit, de dire que le Prince peut chose
                     qui ne soit honneste: veu que son pouuoir doibt toufiours estre mesuré au pied
                     de iustice. ainsi parloit Pline<note place="margin">in panegyrico.</note> le
                     ieune de l’Empereur Traian, Vt enim fœlicitatis est posse quantum velis: sic
                     magnitudinis velle quantum possis: qui veut dire que le plus haut degré de bon
                     heur, c’eft de pouuoir ce qu’on veut: &amp; de grandeur, c’eft de vouloir ce
                     qu’on peut. en quoy il monstre que le Prince ne peut rien qui soit iniuste.
                     Aussi c’est mal parlé de dire que le Prince souuerain a puissance de voler le
                     bien d’autruy, &amp; de mal faire: veu que c’est plustoft impuissance,
                     foiblesse, &amp; lascheté de cueur. Si donc le Prince souuerain n’a pas
                     puissance de franchir les bornes des loix de nature, que Dieu, duquel il est
                     l’image, a posees, il ne pourra aussi prendre le bien d’autruy fans cause qui
                     soit iuste &amp; raisonnable, soit par achapt, ou eschange, ou confiscation
                     legitime, ou traictant paix auec l’ennemi, si autrement elle ne se &gt; <pb n="115"/> ne se peut conclure, qu’en prenant du bien des particuliers, pour
                     la conseruation de l’estat: quoy que plusieurs. <note place="margin">Hostiens.
                        in cap. quanto de iureiurand. Butrio ibid.col. 2. Innocent. &amp; Panor. in
                        c. in nostra de iniur.</note> ne soient pas de cest aduis. mais Ia raison
                        naturelle<note place="margin">d. l.item si verberatum. Felin in cap cum non
                        liceat. col 5. de rescrip. Corne.consil.100.lib.I. Alexan. consil. 15 lib 5.
                        col.2. Cumansiinco.l.53.&amp; 158. col. 2. &amp; consil. 162. col. 3. &amp;
                        consil. 109. lib. 3. &amp; Latiff. consil. 216. &amp; consil.
                        95.lib.I.nu.2.&amp; consil 136 nu.I lib.2. 9.Polyb.lib.2.</note> veut que le
                     public soit preferé au particulier, &amp; que les fugets relaschent non
                     seulement leurs iniures, &amp; vengeances, ains aussi leurs biens, pour le
                     salut de la Republique: comme il se fait ordinairement, &amp; du public au
                     public, &amp; du particulier à l’autre. Ainsi voyons nous au traicté de
                     Peronne, fait pour la deliurance du Roy Loys XI. prisonnier du Conte Charolois,
                     qu’il fut dit que le seigneur de Tord ne pourroit faire executer son arrest
                     contre le sieur de Saueuses. C’eft pourquoy on a loué Thrasibule, lequel apres
                     auoir chasse les XXX. tyrans d'Athenes, fist crier l'oubliance generale de
                     toutes pertes &amp; iniures entre les particuliers, qui fut aussi depuis
                     publiee en Rome par le traitté fait entre les coniurez, d’vne parr, &amp; les
                     partisans de Cesar, d’autre. Et toutesfois on doibt chercher tous les moyens de
                     recompenser la perte des vns, auec le profit des autres: &amp; s'il ne se peut
                     faire fans trouble, on doibt prendre les deniers de l'espargne, ou en
                     emprunter: comme fist Aratus, qui emprunta soixante mil escus, pour ayder à
                     r'embourser ceux qui auoient esté bannis, &amp; chassez de leurs biens, qui
                     estoient possedez, &amp; prescrits par longues annees. Cessant donc les causes
                     que i’ay dit, le Prince ne peut prendre, ny donner le bien d’autruy, sans le
                     consentement du seigneur. &amp; en tous les dons, graces, priuileges, &amp;
                     actes du Prince, tousiours la clause, SAVF le droit d'autruy, est entendue,
                     ores quelle ne fust <note place="margin">La force de clause, Sauf le droit
                        dautruy.</note>exprimee. Et de fait ceste clause apposee en l’inuestiture du
                     Duché de Milan, que fist l’Empereur Maximilian au Roy Loys XII. fut occasion
                     denouuelle guerre, pour le droit que les Sforces pretendoient au Duché, que
                     l’Empereur n’auoit peu, ny voulu donner. Car de dire que les Princes sont
                     seigneurs de tout, cela s'entend<note place="margin">Felin in cap quæ in
                        Ecclesiarum. de consti.col.II.Bald. consil. 363. sine lib I.Iaso in authent.
                        quas actiones.de sacros.C.4.l in re actio. de rei vindic.Afflict, in
                        constitut. Neapol. lib. 4. titul.10.</note> de la droicte seigneurie, &amp;
                     iustice souueraine, demeurant à chacun la possession, &amp; proprieté de ses
                     biens. Ainsi disoit Seneque, <note place="margin">lib.7.c.4.&amp; 5. de
                        beneficiis.</note> Ad Reges potestas omnium pertinet, ad singulos
                     proprietas. &amp; peu apres, Omnia Rex imperio possidet, singuli dominio. Et
                     pour ceste cause nos Roys par les ordonnances , &amp; arrests de la Cour, <note place="margin">Gallus.q.55.</note> sont tenus vuider leurs mains, des biens
                     qui leur font escheus par droit de confiscation ou d’aubeine, s'ils ne sont
                     tenus de la couronne nuément, &amp; sans moyen, affin que les seigneurs ne
                     perdent rien de leurs droits. Et <note place="margin">Le prince moins
                        priuilegié que le suget.</note> si le Roy est debteur de son suget, il
                     souffre condemnation. &amp; affin que les estrangers, &amp; la posterité sache
                     de quelle sincerité nos Roys ont procedé en iustice, il se trouue vn arrest de
                     l’an M.CCCC.XIX. par lequel le Roy fut debouté des lettres de restitution qu’il
                     auoit obtenues, pour couurir les deffaux contre luy acquis. &amp; par autre
                     arrest donné l’an M CCLXVI. le Roy fut condamné payer la dixme à son curé des
                     fruicts de son iardin. les particuliers ne sont pas traittez si rigoreusement :
                     car le Prince souuerain n’est iamais restitué comme mineur, estant tous- <note place="margin">Que le prince n’est point restitué comme mineur.</note>iours
                     reputé maieur, quand il y va de son interest particulier : &amp; neant- <pb n="116"/> moins la Republique<note place="margin">l. Rempublicam. de iure
                        Reipub.C.</note> est toufiours reputee comme vn mineur, qui est pour
                     respondre à ceux qui sont d’opinion, que la Republique ne doibt point estre
                        restituee<note place="margin">Sic Bartol. &amp; dd. in l. nam postea. §.si
                        minor. de iureiurand. Bald. in l. vlt. quorum appel. Alexand. in l.I.
                        §.nunciatio. de noui operis. Acciusius in l. imperatores de re iudic. &amp;
                        in l. vnica. de sentent. aduersus fiscum C.Felin.in cap. fraternitatis. col.
                        4. de testib. Arctin.consil.20.col.vlt.Afflict. decis.340. Castrens. &amp;
                        Alberi.in l.Respublica. ex quib causis maiores. Cynus eo. ait. Petr. a bella
                        Pettica in eadem sententia fuisse. </note> en ce qu’ils confondent le
                     patrimoine du Prince, auec le bien public: qui est toufiours diuisé en la
                     monarchie, &amp; tout vn en l'estat populaire &amp; Aristocratique. Ainsi
                     voit-on la droicture de nos Roys, &amp; l’equité des Parlemens: ayant preferé
                     la Republique aux particuliers, &amp; les particuliers aux Roys. &amp; se
                     trouue encores vn arrest du Parlement donné contre le Roy Charles VII. par
                     lequel il fut condamné de souffrir qu’on coupast les bois qu’il auoit pres la
                     ville de Paris, pour l’vsage public en general, &amp; de chacun en particulier,
                     &amp; qui plus est le pris luy fut taxé par l’arrest, ce qu’on ne feroit pas à
                     vn particulier. Lors on pouuoit iuger à veue d’œil la difference d’vn vray
                     Prince au tyran : car combien qu’il fust grand Roy &amp; victorieux de tous ses
                     ennemis: si est-ce qu’il se rendoit plus doux, &amp; ployable à la raison, à
                     l’equité, &amp; au iugement de ses magistrats, que le moindre de ses fugets.
                     &amp; neantmoins au mesme temps<note place="margin">l’an 1446.</note> Philippe
                     Marie Duc de Milan, deffendoit de passer, ny trageter les riuieres, &amp;
                     l'vsage d’icelles sans auoir congé de luy, qu’il <note place="margin">Si le
                        Prince est tenu des conuentions de ses predecesseurs.</note>vendoit à prix
                        d’argent<note place="margin">Bossius senator Mediolanens. titul. de
                        principe.</note>. Nous auons dit iusques icy en quelle forte Ie Prince est
                     suget aux loix, &amp; aux conuentions par luy traittees auec ses sugets: reste
                     à voir s’il est suget aux contracts de ses predecesseurs, &amp; si telle
                     obligation est compatible auec la souueraineté. Pour resoudre en brief vne
                     infinité de questions qu’on peut faire à ce propos : ie di que si le Royaume
                     est hereditaire Ie Prince y est aussi bien tenu que feroit vn heritier
                     particulier par les reigles de droit: &amp; en cas semblable, si le Royaume est
                     deferé par testament, à autre qu’au prochain lignager : comme Ptolemee Roy de
                     Cyrene, Nicomede Roy de Bithynie, Attalus Roy d’Asie, Eumenes Roy de Pergame
                     firent le peuple Romain heriter de leurs Royaumes, estats &amp; principautez:
                     ou bien le Royaume est defère par testament au plus prochain lignager, comme
                     celuy d’Angleterre, qui fut laissé par testament du Roy Henry VIII. à Edoüard
                     V. &amp; à luy substituee Marie sa socur, &amp; à Marie Elizabet, qui ont iouy
                     de l’estat successiuement En ce cas il faut distinguer, si l’heritier institué
                     veut accepter l'estat en qualité d’heritier, ou renoncer à la succession du
                     testateur, &amp; demander la couronne en vertu de la coustume &amp; loy du
                     pays: &amp; au premier cas le successeur est tenu des faicts, &amp; promesses
                     de son predecesseur, comme feroit vn heritier particulier : mais au second NOTE
                     2 NOT IN TEXT <note place="margin">de quibus Cin. Bar tol. Bald. Salic. in l.
                        digna. de legib. C. Iaso.in l.I. de constitut. princ.ff.Felin.in cap.
                        translato. de constitut.</note> cas, il n’est point tenu aux faicts de son
                     predecesseur, <note place="margin">quia in successione iuris non veniunt
                        obligationes desuncti. c. licet. de voto. ext.</note>encores qu’il eust
                     iuré: car le serment du predecesseur ne lye point le successeur<note place="margin">vt Innocent. in cap. veritatis de iureiurando.ext.</note>.
                     mais le successeur est tenu en<note place="margin">Bald.in titul.de pace
                        constantiæ in verb. successorum. &amp; in l. penul. de bonis quæ liberis. C.
                        &amp; in c. I. princ.de natur.feud. tex in c.I.de probat. vbi.dd Affict.
                        decis. 282.nu.7.dec.17.nu.5.</note> ce qui feroit tourné au profit du
                     Royaume. C’eft pourquoy le Roy Loys XII. quand on luy demanda l'artil- lerie
                     qu’on auoit presté à Charles VIII. fist responsè qu’il n'estoit point son
                     heritier. I’ay veu &amp; leu, de plus fraiche memoire les lettres du Roy
                     François II. du XIX. Ianuier, M. D. LIX. qui escrit ainsi aux seigneurs des <pb n="117"/> des ligues: Iaçoit que nous ne soyons tenus au payement des debtes
                     faictes par feu nostre treshonnoré seigneur &amp; pere: pource que nous<note place="margin">Lettres du Roy Francois II. aux Suisses.</note> n'auons
                     apprehendé ceste couronne comme son heritier: mais par la loy &amp; coustume
                     generalement obseruee en ce Royaume, depuis la premiere institution d’iceluy :
                     laquelle ne nous oblige feulement qu’à l’obseruation des traittez faicts, &amp;
                     passez par nos predecesseurs Roys, auec les autres Princes, &amp; Republiques,
                     pour le bien, &amp; vtilité de ceste couronne. toutesfois desirant descharger
                     la conscience de feu nostre dit sieur &amp; pere, nous nous sommes resolus
                     d’acquitter celles, qui se trouueront loyaument deues, &amp;c. vous priant
                     moderer les interests à la mesme raison, qu’ils ont cours en vos pays, &amp;
                     qu’ils font permis par vos loix. &amp;c. ce qui fut accepté parles Suisses,
                     &amp; l’interest qu’ils prenoient à la raison de seize pour cent, fut reduit à
                     cinq pour cent. Parquoy ceux- là s'abusent, qui s'arrestent aux propos tenus au
                     couronnement des Roys de France pource regard : car apres que l’Archeuesque de
                     Reims a posé la couronne fus la teste du Roy, les douze Pairs de France y
                     prestans la main, luy dit ces mots : Arrestez vous icy, &amp; dés maintenant
                     iouissez de l'estat lequel iusques icy vous auez tenu par succession
                     paternelle, &amp; maintenant comme au vray heritier vous est mis entre les
                     mains, de l’autorité de Dieu tout puissant, &amp; par la tradition que nous
                     Euesques, &amp; autres seruiteurs de Dieu presentement vous en faisons. Car il
                     est certain que le Roy ne meurt iamais,comme Ion dit, ains si tost que l’vn est
                     decedé, le plus proche masle de (on estoc, est saisi du Royaume, &amp; en
                     possession d’iceluy auparauant qu’il soit couronné: <note place="margin">Iugé
                        par arrest du 19.Auril 1498.</note> &amp; n’est point deferé par succession
                     paternelle, mais bien en vertu de la loy du Royaume. Si donc le Prince
                     souuerain a contracté en qualité de souuerain pour chose qui touche l'estat,
                     &amp; au profit d’iceluy, les successeurs y sont tenus: &amp; beaucoup plus si
                     le traicté s'est fait du consentement des estats, ou des villes &amp;
                     communautez principales, ou des Parlemens, ou des Princes, &amp; plus grands
                     seigneurs, ores que Ie traicté fust dommageable au public: attendu la foy,
                     &amp; l’obligation des sugets. mais si le Prince a contracté auec l’estranger,
                     ou bien auec le suget pour chose qui touche le public, fans le consentement de
                     ceux que i’ay dit, si le contract porte grand preiudice au public, <note place="margin">Cynus &amp; dd. in l. digna vox. de constitut. prin. C. &amp;
                        Bal. in cap. I. de natura feudi, tradunt si magnum est detrimentum non
                        teneri.</note> le successeur en l'estat n’y est aucunement tenu: &amp;
                     beaucoup moins, s'il y vient par droit d’election: auquel cas on ne peut<note place="margin">Argu.l. siquis domum locati.ff.</note> dire qu’il tienne rien
                     du predecesseur: comme il feroit fil auoit l'estat par resignation. <note place="margin">argu.cap. dilecto de præbend. Bald.in l.vlt.de
                        transac.C.</note> mais si les actes de son predecesseur ont tourné au profit
                     public, toufiours le successeur<note place="margin">not. in cap.I.titul. qui
                        successor.tene.&amp; cap. vlt. ne prælati vires.&amp; in c. abbate sane. de
                        re iudic. Iaso.late in l.I.col.3.de constitut. princip. cano.non
                        liceat.12.q.2. &amp; ca. quia iuxta. 16. q.I. &amp; glo.ibid.Bald. in tit.
                        de pace constant. verbo successorum. text.in cap.I. de probat.</note> y est
                     tenu, quelque qualité qu’il prenne, autrement il seroit permis de tirer profit
                     au dommage d’autruy, par fraudes, &amp; voyes indirectes, &amp; la Republique
                     pourroit perir au besoin, que personne n'y voudroit mettre la main, contre
                     l’equité &amp; raison<note place="margin">l nam hoc natura. de
                        indict.indeb.ff.</note> naturelle. Et par ainsi les arrests du Parlement,
                     qui sont au liure intitulé Olim, donnez l'an M.CCLVI. &amp;M. CCXCIIII. par
                     lesquels il fut dit que le Roy ne i <pb n="118"/> seroit point tenu des
                     obligations de son predecesseur, ont esté declarez comme i’ay dit, par
                     plusieurs autres arrests donnez en cas semblable. &amp; neantmoins l’opinion de
                        Balde<note place="margin">in proœmio decretal.</note> a este aussi
                     reprouuee, qui veut qu’on oste l’estat au Prince souuerain, s'il ne met à
                     execution le testament de son predecesseur : fans faire les distinctions que
                     nous auons posees. Mais dira quelqu'vn, pourquoy faut-il distinguer, puisque
                     tous Princes font fugets à garder le droit des gens ? or les conuentions, &amp;
                     dernieres volomtez en dependent. <note place="margin">l. ex hoc iure. de
                        iustitia.</note> ie di neantmoins que ces distinctions y sont necessaires.
                     car le Prince n’est pas plus obligé au droit des gens, qu’à ses propres edits.
                     &amp; si le droit des gens est inique, le Prince y peut deroger par ses edits
                     en son Royaume, &amp; defendre<note place="margin">Io. Andr. in cap. vlt. de
                        immunitate Eccles.</note> à ses fugets d’en vser: comme il s'est fait du
                     droit des esclaues en ce Royaume, iaçoit qu’il fust commun à tous peuples,
                     &amp; le peut faire aussi és autres choses semblables, pourueu qu’il ne face
                     rien contre la loy de Dieu. Car si la iustice est la fin de la loy, la loy
                     œuure du Prince, le Prince image de Dieu, il faut par mesme suitte de raison,
                     que la loy du Prince soit faire au modelle de la loy de Dieu. </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>