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                  <head><hi rend="italic">CAPVT VI</hi> DV CITOYEN, ET LA DIFFERENCE d’entre le
                     suget, le citoyen, l’estranger, la ville, cité, &amp; Republique,</head>
                  <p> Nous auons dit du gouuernement de la famille, &amp; de ses parties, &amp;
                     getté les premiers fondemens sus lesquels toute Republique est bastie. Et tout
                     ainsi que le fondement peut estre sans forme de maison, aussi la famille peut
                     estre sans cité, ny Republique, &amp; le chef de famille peut vser du droit de
                     souueraineté sus les siens, sans rien tenir apres Dieu que de l'espee: comme il
                     y en a plusieurs és<note place="margin">Leon d’Afrique.lib.1.</note> frontie-
                     res du Royaume de Fez, &amp; de Maroc, &amp; aux Indes Occidentales. mais la
                     Republique ne peut estre sans famille, non plus que la ville sans maison, ou la
                     maison sans fondement. Or quand le chef de famille vient à sortir de sa maison,
                     où il commande, pour traitter &amp; negocier auec les autres chefs de famille,
                     de ce qui leur touche à tous en gene- ral, alors il despoüille le tiltre de
                     maistre, de chef, de seigneur, pour<note place="margin">Definition de
                        Citoyen.</note> estre compagnon, pair &amp; associé auec les autres,
                     laissant sa famille, pour entrer en la cité, &amp; les affaires domestiques,
                     pour traitter les publiques: &amp; au lieu de seigneur, il s'appelle citoyen:
                     qui n’est autre chose en pro- pres termes, que le franc suget tenant de la
                     souueraineté d'autruy. Car au parauant qu’il y eust ny cité, ny citoyen, ny
                     forme aucune de Republique entre les hommes, chacun chef de famille estoit
                     souuerain en sa maison, ayant puissance de la vie &amp;: de la mort sur la
                     femme, &amp; sur les enfans: &amp; depuis que la force, la violence,
                     l'ambition, l'auarice, la vengeance eurent armé les vns contre les autres,
                     l'issue des guerres, &amp; combats, don- nant la victoire aux vns, rendoit les
                     autres esclaues: &amp; entre les vainqueurs, celuy qui estoit esleu chef &amp;
                     capitaine, &amp; soubs la conduite duquel les autres auoient eu la victoire,
                     continuoit en la puissance de commander <pb n="50"/> aux vns comme aux fideles,
                     &amp; loy aux sugets, aux autres comme aux esclaues. Alors la pleine &amp;
                     entiere liberté, que chacun auoit de viure à son plaisir, sans estre commandé
                     de personne, fut tournee en pure seruitude, &amp; du tout ostee aux vaincus:
                     &amp; diminuee pour le regard des vaincueurs en ce qu’ils prestoient obeissance
                     à leur chef souuerain, &amp; celuy qui ne vouloit quiter quelque chose de sa
                     liberté, pour viure soubs les loix, &amp; commandement d’autruy, la perdoit du
                     tout. Ainsi le mot de Seigneur, &amp;<note place="margin">Commencement des
                        republiques.</note> de Seruiteur, de Prince, &amp; de Sugets au parauant
                     incogneus, furent mis en vsage. La raison, &amp; lumiere naturelle nous conduit
                     à cela, de croire que la force, &amp; violence a donné source, &amp; origine
                     aux Republiques. Et quand la raison n’y seroit point, ï’ay monstré cy<note place="margin">au chap.des corps &amp; coileges.</note> dessus par le
                     tesmoignage indubitable des plus veritables historiens, c’est à sçauoir de<note place="margin">in proemio.</note> Thucydide, <note place="margin">in
                        Theseo.</note> Plutarque, <note place="margin">lib.6.</note> Cefar, &amp;
                     mesmes des loix de Solon, <note place="margin">in l.vlt. de collegiis.</note>
                     que les premiers hommes n’auoient point d’honneur, &amp; de vertu plus grande,
                     que de tuer, massacrer, voler, ou asseruir les hommes. voila les mots de
                     Plutarque. Mais encores auons nous le tesmoignage de l’histoire sacree, où il
                     est dit que Nimroth arriere-fils de Cham, fut le premier qui assugetit les
                     hommes par force &amp; violence, establissant sa principauté au pays d’Assyrie,
                     &amp; pour ceste cause on l’appella le puissant veneur, que les Hebrieux
                     interpretent voleur &amp; predateur. En quoy il appert que Demosthene, Aristote
                     &amp; Ciceron se sont mespris suiuans l’erreur d'Herodote, qui dit que les
                     premiers Roys ont esté choisis pour leur iustice &amp; vertu, aux remps qu’ils
                     ont figuré heroïque: opinion que i’ay reprouuee ailleurs: <note place="margin">in methodo historiar.cap.7.</note> veu mesmes que les premieres
                     Republiques, &amp; long temps au parauant Abraham, se trouuent pleines
                     d’esclaues. comme aussi le Isles Occidentales furent trouuees remplies
                     d’esclaues: chose qui ne se pouuoit faire que par violence extreme, forceant
                     les loix de nature. Et n’y a pas soixante &amp; dix ans que les peuples de
                     Gaoga en Afrique, n’auoient onques senti ny Roy, ny seigneurie quelconque,
                     iusques à ce que l’vn d’entr'eux alla voir le Roy de Tombut: &amp; lors ayant
                     remarqué la grandeur &amp; maiesté de ce Roy là, il luy print enuie de se faire
                     aussi Roy en son pays, &amp; commencea à tuer vn riche marchant, &amp; emparé
                     qu’il fut de ses cheuaux, armes, &amp;marchandises, en fist part à ses parens
                     &amp; amis, &amp; à leur ayde assugetit tantost les vns, puis les autres par
                     force, &amp; violence, tuant les plus riches, &amp; s’emparant de leur bien: de
                     forte que son fils, estant riche des voleries du pere, s’est fait Roy, &amp;
                     son succes- seur a continué en grande puissance, ainsi que nous lisons en Leon
                     d’Afrique. Voila l’origine des Republiques, qui peut esclaircir la definition
                     de Citoyen, qui n’est autre chose que le franc suget, tenant de la souueraineté
                     d’autruy. Ie dy franc suget: car combien que l'esclaue soit autant, ou plus
                     suget de la Republique, que son seigneur, si est- ce que tous les peuples ont
                     tousiours passé par commun accord, que l’esclaue n’est point citoyen, &amp; en
                     termes de<note place="margin">l.quod attinet.de regul.</note> droict est conté
                     pour rien: <pb n="51"/> ce qui n’est pas aux femmes ,&amp; enfans de famille,
                     qui sont francs de toute seruitude, encores que leurs droits &amp; libertez,
                     &amp; la puissance de disposer de leurs biens, leur soit aucunement retranchee
                     par la puissance domestique. de sorte qu’on peut dire, que tout citoyen est
                     suget, estant quelque peu de sa liberte diminuee par la majeste de celuy auquel
                     il doit obeissance: mais tout suget n’est pas citoyen, comme nous auons dit de
                     l’esclaue. &amp; ce peut dire aussi d’vn estranger, lequel venant en la
                     seigneurie d’autruy, n’est point receu pour citoyen, n’ayant part aucune aux
                     droits &amp; priuileges de la cite, &amp; n’est point aussi comptis au nombre
                     desamis, alliez, ou coalliez, qui ne sont pont du tout estrangers, comme dit
                        <note place="margin">J. non dubito de captiuis.</note> le Iurisconsulte, ny
                     ennemis aussi. Combien qu’anciennement les Grecs appelloient les estrangers
                        <note place="margin">Plutarque in Themistocle.</note> ennemis, comme aussi
                     faisoient les Latins: ce que <note place="margin">In offic. si status dies cum
                        hoste.</note> Ciceron a remarque des douze tables: &amp; les <note place="margin">perduelles.</note> ennemis estoient ceux qui auoient coniure
                     contre l’estat. Peut estre aussi que ceux que nous appellons hostes en nostre
                     vulgaire, estoient anciennement les estrangers: Mais on a corrige la proppriete
                     des mots, demeurant la forme de parler: &amp; les Grecs ont appelle leurs
                     ennemis GREEK TEXT, comme leur faisant la guerre: &amp; les estrangers GREEK
                     TEXT, que les Latins on nomme peregrinos, qui ne signifie pas pelerins, comme
                     dit le bon <note place="margin">in I. 1. de haeredib. instituen. C. &amp;
                        finxit antinomiam quae nulla est in. §. vlt. in institutio. de haered.
                        instit.</note> Accurse: mais estrangers, soient sugets d’autruy, ou bien
                     souuerains en leur terre. Or entre les sugets l’vn est naturel, soit franc, ou
                     esclaue, l’autre naturalize. l’esclaue du suget, encores qu’il soit de pays
                     estrange, est bien different de l’esclaue de l’estranger: car l’vn est citoyen
                     si tost qu’il est afranchi <note place="margin">I. 5. de captiuis I.7. ad
                        municipalem. rit. de manumitlio. in instit. I. ciues. de incolis.
                     C..</note>. &amp; suit l’origine de son seigneur, l’autre ne l’est pas: qui
                     monstre assez que l’vn est aussi suget de la Republique, encores qu’il soit
                     esclaue d’vn particulier. Vray est que les afranchis en Grece n’estoient pas
                     citoyens, ores qu’ils fussent du pays, &amp; sugets naturels. Car nous <note place="margin">Plutar. in Demosthene.</note> trouuons que Demosthene fut
                     deboute de la requeste par luy presentee au peuple, apres la iournee de
                     Cherroee, par laquelle il demandoit, que tous les habitans d’Athenes, ensemble
                     les afranchis fussent declarez citoyens. ce qu’ils faisoient craignans que les
                     afranchis fussent seigneurs de leur estat, auqel le plus grand nombre le
                     gaignoit. A quoy les Romains n’ayans pas eu esgard, se trouuerent en bien
                     grande perplexite, voyans leur estat presque reduit en la puissance des
                     afranchis, si Fabius Maximus n’y eust donne ordre, mertant le populace de la
                     ville, qui estoit compose d’esclaues afranchis, ou bien issus d’eux, en quatre
                     lignees a part, afin que le surplus des autres citoyens, qui estoient trente
                     &amp; vne lignee, eussent la force des voi. caron ne contoit pas en Rome par
                     testes, comme en Grece, &amp; a Venize, mais par classes, &amp; Centuries aux
                     grans estats, &amp; par lignees ou tributs, aux moindres estats. Qui fut la
                     cause qua Fabius <note place="margin">Liuius lib.9. &amp; Florus
                        epito.20.</note> emporta le surnom de Tresgrand, pour auoir donne ce traict
                     de maistre politic si sagement, qu’il n’y neut personne qui s’en remuast. &amp;
                     par ce moyen il remedia a la faute que le censeur Appius auoit faite en
                     diuisant le populace issu d’e <pb n="52"/> strengers &amp; d’esclaues par
                     toutes les lignees. depuis on donna priuilege aux afranchis qui auroient vn
                     fils aage de cinq ans ou plus, d’estre enroole en la lignee de son patron. Et
                     d’autant que ces quatre lignees estoient encores trop puissantes, il fut
                     arreste qu’on tireroit au sort vne lignee, en laquelle seroient mis &amp;
                     enroolez tous les afranchis <note place="margin">Liuius lib.45.</note>. cela
                     dura iusques a la guerre ciuile de Marius &amp; de Sulla: que le peuple fist
                     vne loy a la requeste de Tribun Sulpitius, que les afranchis seroient <note place="margin">Florus epito.77.&amp; 84..</note> destors en auant diuisez en
                     toutes les lignees: qui fut la principale cause de ruiner l’esetat. Or tout
                     ainsi qu’entre les sugets escalues l’vn est naturel, l’autre non, aussi entre
                     les citoyens l’vn est naturel, l’autre naturalise: le citoyen naturel est le
                     franc suget de la Republique ou il est natif, soit de deux citoyens, soit de
                     l’vn ou de l’autre seulement. Vray est qu’anciennement (&amp; encores a present
                     en plusieurs Republiques) pour estre citoyen, il estoit besoin d’auoir pere
                     &amp; mere citoyens, comme en Grece, autrement <note place="margin">Plutar.
                        Themistocle.</note> on appelloit nothos ou mestifs ceux qui n’estoient
                     citoyens que d’vn coste, &amp; ne pouuoient, ny leurs enfans, auoir part aux
                     benefices ny aux grands estats, qu’on appelloit Arhontes, comme dit Demosthene
                     au plaidoye contre Neaera. combien que plusieurs, comme Themistocle,
                     secrettement y estoient entrez. mais du temps de <note place="margin">Plutar.
                        in Pericle.</note> Pericle on en vendit cinq mil, qui s’estoient portez pour
                     citoyens: &amp; mesmes Pericle ayant perdu ses enfans vrais citoyens, presenta
                     requeste au peuple pour faire receuoir celuy de ses enfans qui estoit mestif.
                     Aussi lisons-nous <note place="margin">Liuius lib.43.</note> que les Romains
                     firent vne colonie de quatre mil Espagnols enfans de Romains &amp;
                     d’Espagnoles, parce qu’ils n’estoient pas vrais citoyens. mais depuis ils
                     passerent <note place="margin">I. ad municipal.</note> par auis, qu’il
                     suffisoit que le pere fust citoyen, &amp; en plusieurs lieux, il suffisoit que
                     la mere ne fust point estrangere: carle lieu ne faisoit pas l’enfant d’vn
                     estranger ou d’vne estrangere citoyen: &amp; celuy qui estoit ne en Afrique de
                     deux citoyens Romains, n’estoit pas moins citoyen que s’il esut este ne en
                        <note place="margin">I. assumptio ad municipal.</note> Rome. Le citoyen
                        <note place="margin">I.1.2. I. ciues de incolis. C. I. pupillus. §. aduena.
                        de verbor. signif.</note> naturalize est celuy qui s’est aduoüe de la
                     souuerainete d’autruy, &amp; y a este receu: Carle citoyen d’honneur seulement
                     qui a droit de baloter, ou de bourgeoisie pour ses merites, ou bien pour la
                     faueur qu’on luy fait, n’est pas vray citoyen, attendu qu’il n’est point suger,
                     comme nous dirons tantost. De plusieurs citoyens, soient naturels ou
                     naturalisez, ou esclaues afranchis (qui sont les trois moyens que la loy donne
                     pour estre citoyen) se fait vne Republique, quand ils sont gouuernez par la
                     puissance souueraine d’vn ou plusieurs seigneurs, encores qu’ils soient
                     diuersisfiez en loix, en langue, en coustumes, en religions, en nations. &amp;
                     si tous les citoyens sont gouuernez par mesme loix, &amp; coustumes, ce n’est
                     pas seulement vne Republique, ains aussi vne cite, encores que les citoyens
                     soient diuisez en plusieurs villes, villages, our prouinces. Car la ville ne
                     fait pas la cite, ainsi que plusieurs <note place="margin">Bal. in I. ciues ex
                        I. prouincial. de verbor. signif. Aucharan. in cap. canonum statuta. de
                        constitut. verbor. consuluit. Alexand. consil 20. lib 2. licet Baldus sibi
                        contratius est in I. si non specialiter de testam. C.</note> ont escrit, non
                     plus que la maison ne fait pas la famille, qui peut estre composee de plusieurs
                     esclaues ou <pb n="53"/> enfans encores qu’ils soient fort esloignez les vns
                     des autres, &amp; en plusieurs pays, pourueu qu’ils soient tout sugets a vn
                     chef de famille. ainsi dirons-nous de la cite, qui peut auoir plusieurs villes
                     &amp; villages qui vsent de mesmes coustumes, comme sont les bailliages, ou
                     senechaussees en ce Royaume: &amp; la Republique peutu auoir plusieurs citez,
                     &amp; prouinces, qui auront diuerses coustumes, &amp; toutefois sugettes au
                     commandement des seigneurs souuerains, &amp; a ses edits &amp; ordonnances. Et
                     peut estre aussi que chacune ville aura quelque droit particulier de
                     bourgeoisie, qui ne sera point commum a ceux des faux-bourgs, &amp;
                     ceux-ciioüyront de quelque prerogatiue, qui ne sera point commune aux villages,
                     ny aux habitans du plat pays: qui neantmoins seront sugets de la Republique,
                     &amp; outre citoyens de leur cite, mais pourtant ils ne seront pas bourgeois.
                     carce mot de Bourgeois ha ie ne scay quoy de plus special a nous, que le mot de
                     Citoyen, &amp; c’est pro prement le suget naturel, &amp; cotyoen, &amp;
                     habitant de ville, qui a droit de corps &amp; College, ou quelques autres
                     priuileges qui ne sont point communiquez a ceux du plat pays. I’ay dit suget
                     naturel, par ce que le suget naturalize, voire habitant de ville, &amp;
                     ioüissant du droit des bourgeois, est appele en pluseiurs lieux simple citoyen,
                     &amp; l’autre bourgeois, qui a quelque priuilege particulier: comme en Paris il
                     n’y a que le bourgeois naturel, &amp; ne en Paris qui puisse estre Preuost de
                     marchans: &amp; a Geneue le citoyen ne peut estre Syndic de la ville, ny
                     conseiller du priue conseil des XXV. mais bien le bourgeois le peut estre. ce
                     qui est aussi prattique en Suisse, &amp; par toutes les villes d’Alemagne:
                     Iaçoit que par nos coustumes, &amp; par les anciens edits le mot de Bourgeouis
                     signifie roturier, que les Nobles appellent vilian, pour estre habitant de
                     ville, parce que la Noblesse anciennement se tenoit aux champs. encores voit-on
                     que la garde bourgeoise, &amp; la garde noble sont distinguees par nos
                     coustumes: &amp; e bourgeois oppose au noble. Voila sommairement la difference
                     des sugets, des citoyens, des bourgeois, des estrangers: ensemble de la
                     Republique, de la cite, &amp; de la ville. Mais d’autant qu’il n’y a ny Grec,
                     ny Latin, ny autre quel qu’il soit que i’ayeveu, qui ait vse de ces
                     definitions, il est besoin d’esclaircir par loix &amp; par exemples ce que i’ay
                     dit: Car nous voyons souuent aduenir des querelles entre les Princes &amp;
                     seigneuries souueraines, &amp; entre les citoyens &amp; habitans de mesmes
                     villes, pour n’entendre pas la difference de ces mots. Et mesmes <note place="margin">Accurs. in I. vlt. de praese. ougi temp. C. Cynus Salicet
                        cod. Alexand. in I.1.§. si autem. ad Municipalem. Angel. in I. vlt. de
                        iurisdic. Bald. in I. 3. de naturalib. liberis. Bart. in I. si nupta de
                        metalis. C. &amp; in I. vrbis appellatio. de verb. signific. Oldrad. consil.
                        176. Speculat. tit. de citatione.§. 1. Canonistae in cap. coram de
                        election.</note> ceux de qui nous deuions attendre les vrayes resolutions,
                     sont bien fort differents, prenant la cite pour ville, &amp; la Republique pour
                     cite, &amp; les estrangers pour citoyens. Et ceux qui nous on escrit de la
                     Republique sans aucune cognoissance des loix, ny du droit commun, ont laisse
                     les principes voulans bastir de beaux discours en l’air sans aucun fondement.
                     Aristote nous a defini la <note place="margin">lib. 3. cap. 6. politic.</note>
                     cite vne compagnie de citoyens, qui ont tout ce qui leur fait besoin pour viure
                     heureusement: ne faisant point de difference entre Republique &amp; cite: &amp;
                        <pb n="54"/> mesmes il dit que ce n’est pas cite, si tous les citoyens ne
                     demeurenten mesme lieu: qui est vne incongruite en matiere de Republique, comme
                     Iulle Cesar le monstre bien en ses memoires, disant, que toute la <note place="margin">lib. 1. comment. Omnis ciuitas Heluetia quatuor pagos
                        habet.</note> cite des Heluetiens auoit quatre bourgs, ou quatre cantons. ou
                     il apert que le mot de Cite, est vn mot de droit, qui ne signific point vn
                     liue, ny vne place, comme le mot de Ville, que les Latins appellent Vrbem, ab
                     Vrbo, id est aratro, parce qu’on trassoit, dit Varron, le circuit &amp;
                     pourpris des villes auec la charruë. Aussi est il bien certain en <note place="margin">I. Caesar. de publicanis. I. sed si quis eod.</note> termes
                     de droit, que celuy qui a transporte hors la ville ce qui estoit defendu de
                     tirer hors la cite, l’ayant porte en vne autre ville de la mesme prouince, n’a
                     point contreuenu a la defense. les <note place="margin">Castrens in Leartera de
                        legat. 1.</note> docteurs passent plus outre, car ils disent que celuy n’a
                     point contreuenu, qui a transporte en vne autre ville fugette a mesme Prince.
                     Les Hebrieux ont garde la mesme propriete &amp; difference de ville &amp; de
                     cite: car ils <note place="margin">HEBREW TEXT 2. Reg. paries.</note> appellent
                     la ville HEBREW TEXT c’est a dire la muree: &amp; la cite, HEBREW TEXT Et
                     combien qu’ils prennent quelquefois l’vn pour <note place="margin">10. &amp;
                        Iesa. 16. II. 4. vt Genes. 4. 18. &amp; Hoseae. II. 9.</note> l’autre: comme
                     les Grecs bien souuent vsent du mot GREEK TEXT, &amp; les Latins du mot <note place="margin">Verrius Flacus in verbo Senatum.</note> ciuitas, provrbe,
                     oppido, &amp; iure: parce que le general, qui est la cite, comprend le
                     particulier, qui est la ville: se est-ce qu’ils n’abusent pas du mot GREEK
                     TEXT, comme nous voyons que Ciceron a bien garde la propriete de l’vn &amp; de
                        <note place="margin">ad Atticum lib.4.</note> l’autre. car le mot Grec GREEK
                     TEXT signific ville proprement, inde Astuti, qui signific autant comme vrbani,
                     parce que les habitans des villes sont plus accors ordinairement, &amp; plus
                     gracieux que les paisans.mais le mot de ciuiliu, que nous appellons ciuil,
                     n’estoit pas receu des anciens <note place="margin">posteri ciuilem pro vrbano
                        dixerunt Sueton. saepe &amp; Spartian in Antonino Pio.</note> Latins pro
                     vrbano. Et pour monstrer que la difference ne gist pas en paroles simplement:
                     Il se peut faire que la ville sera bien bastie &amp; muree: &amp; qui plus est
                     remplie de peuple, &amp; neantmoins ce n’est point cite, s’il n’y a loix, &amp;
                     magistrats pour y establir vn droit gouuernement, comme nous auons dit au
                     premier chapitre: ains c’est vne pure anarchie. Et au contraire il se peut
                     faire que la ville sera accomplie de tout poinct, &amp; aura droit de cite,
                     &amp; d’vniuersite, &amp; sera bien reiglee deloix &amp; de magistrats, &amp;
                     neantmoins elle ne sera pas Republique. comme nous voyons les villes &amp;
                     citez sugettes a la Seigneurie de Venize, ou aux Seigneurs des ligues qui ne
                     sont pas Republiques: non plus que les villes sugettes &amp; tributaires a la
                     ville de Rome anciennement n’estoient point Republiques, &amp; ne ioüyssoient
                     pas du droit de Republique contre les sugets particuliers, mais seulement la
                     cite de Rome: qui auoit de grands priuileges, &amp; prerogatiues contre les
                     autres villes en general, contre vn chacun des particuliers: encores que
                     biensouuent les loix vsent du mot de Republique parlant des autres villes.
                     C’est pourquoy Traian l"empereur escriuoit a Pline <note place="margin">lib.10.
                        epistol.c. toto tit. de administrat. rerum. &amp; ad municipal. &amp; de
                        legation.</note> le ieune gouuerneur d"asie, que la cite des Bithyniens
                     n’auoit pas droit de Republique, pour estre preferee aux creanciers
                     particuliers en matiere d’hypotheque taisible, comme il est bien certain <note place="margin">I simile ad I. municipalem. dd. in I. 2. in quib. causis.
                        Bal. in I. vlt. col.4. de sacrosan. Alexand. consil. 104. lib 6.</note> en
                     droit: &amp; n’y auoit que le corps de bourgeois de Rome <pb n="55"/> qui eust
                     ce priuilege, &amp; ceux a qui ils auoient donne ceste prerogatiue, comme
                     estoit la seule cite d"antioche <note place="margin">I. Antiochensium. de
                        priuilegiis credit.</note> en tout l’Empire Romain. Ainsi voit-on que ville
                     peut estre sans cite sans ville, &amp; l’vn &amp; l’autre n’estant point
                     Republique. &amp; qui plus est vne mesme cite peut estre conseruee en son
                     entier, &amp; la ville razee, ou delaissee des habitans: comme il en print aux
                     Atheniens a la venue du Roy de Perse, auquel ils quitterent la ville, se
                     mettans tous sur mer, <note place="margin">Plutar. in Themistocle.</note> apres
                     auoir baille en garde aux Trezeniens leurs femmes &amp; enfans: suiuant l’racle
                     qui auoit respondu que leur cite ne pouuoit estre sauuee, sinon auec murailles
                     de bois: ce que Themistocle interpreta, que la cite (qui gist au corps legitime
                     des citoyens) ne se pouuoit garentir que par nauires. Il en aduint autant aux
                     habitans de Megalopolis, lesquels auertis de la venue de Cleomenes Roy de
                     Lacedemone, vuiderent tous. elle n’estoit pas moins ville qu’au parauant: mais
                     ce n’estoit ny cite, ny Republique: de sorte qu’on peut dire, que la cite s’en
                     fuit hors de la ville. Ainsi parloit Pompee le grand, apres auoir tire de Rome
                     deux cens Senateurs, <note place="margin">Dio.lib.41.</note> &amp; les plus
                     apparens seigneurs, &amp; quittant la ville a Cesar, vsa de ces mots: Non est
                     in parietibus Respublica. Mais d’autant qu’il y auoit deux sortes de partizans,
                     &amp; que les bourgeois diuisez en deux s’aduouoyent separement de deux hefs,
                     il se fist d’vne Republique deux. Car les mots de Cite, de Republique, de
                     maison, de paroisse, sont de droict: &amp; tout ainsi qu’il a este iuge, que la
                     paroisse estant hors la ville, &amp; les paroissiens dedans la ville, qu’ils
                     iouiroient du droit des citoyens, comme estant la paroisse dedans la ville:
                     aussi est il de la cite. Etafin qu’on scache de quelle consequence peut estre
                     l’ignorance de telles choses, ie mettray ce qui en aduint aux Carthaginois lors
                     qu’on deliberoit a Rome de razer leur ville. Ils enuoyerent leurs Ambassadeurs
                     pour se rendre a leur merci, &amp; supplier le Senat, que l’vne des plus belles
                     villes du monde, &amp; l’honneur de leurs victoires ne fust indignement rasee.
                     Toutesois il fut resolu qu’on y mettroit le feu pour la facilite du port, &amp;
                     que le peuple de son naturel farrouche &amp; rebelle auoit fait la guerre aux
                     alliez des Romains, &amp; aprestoit nombre de nauires, contre les traittez,
                     &amp; qu’il pourroit a la premiere occasion se soubleuer, &amp; attirer a sa
                     cordelle tous les peuples d’Afrique. La chose ainsi resolue, on fait entrer les
                     Ambassadeurs au Senat: &amp; la response fut, que leur cite leur demeureroit,
                     auec tous les droits, priuileges, &amp; libertez dont ils auoient tousiours
                     vse. les Ambassadeurs bien aises s’en retournerent. Tost apres la commission
                     fut decernee au ieune Scipion: lequel ayant pris la route d’Afrique auec vne
                     armee de mer, enuoya Censorin receuoir trois eens ostages, &amp; les vaisseaux
                     de mer: ce qui fut fait. Alors Censorin fist commandement a tous habitans de
                     Carthage de vuider, &amp; emporter de la ville tout ce qu’ils pourroient, pour
                     habiter plus loing du port, ou bon leur sembleroit. Les habitans estonnez
                     remonstrent que le Senat les auoit asseurez, que leur cite ne seroit point
                     rasee. <pb n="56"/> On leur <note place="margin">Appian. in Lybico. Florus 49.
                        epito. ait Carthaginenses tunc rebellasse, &amp; obsidione diuturna
                        debellatos a L. Martio, &amp; M. Manlio consulib.</note> dist que la foy
                     leur seroit gardee de point n point. mais que la cite n’estoit pas attachee au
                     lieu, ny aux murailles de Carthage. ainsi les pauures habitans furent
                     contraints de sortir, &amp; abandonner la ville au feu qui y fut mis par les
                     Romanis, qui n’en eussent pas eu si bon marche, si plustost les Ambassadeurs
                     eussent entendu la difference de vill &amp; cite: comme il aduient souuent, que
                     plusiers Ambassadeurs ignorans le droit, facent de lourdes fautes en matiere
                     d’estat. Vray est que le Iurisconsulte Modestin en la loy si vsus fructus
                     ciuitati, quibus modis vsusfructus amittatur.ff. dit que Carthage n’estoit plus
                     cite, apres qu’elle fut rasee, &amp; que l’vsufruit laisse a la cite en ce cas
                     estoit estaint, ores qu’il n’y eust eu centans qu’il fust laisse: mais il s’est
                     aussi bien abuse comme les Ambassadeurs de Carthage. car tous les droits,
                     prerogatiues, &amp; priuileges leur furent conseruez. Il ya a mesme faute au
                     traitte fait entre les Cantons de Berne &amp; Fribourg, fait l’an M.D.V. ou il
                     est porte par le second article, que l’alliance entre les deux Republiques sera
                     perpetuelle, &amp; tant que les murailles des deux villes apparoistront. Et ne
                     se faut pas arrester a l’abus qu’on fait ordinairement, cite, &amp; vniuersite,
                     comme on dit de Paris, &amp; de quelques autres. appellans cite l’isle, &amp;
                     l’vniuersite le lieu ou sont les colleges, &amp; la ville tout le surplus: car
                     la ville contient le pourpris des murailles &amp; faux-bourgs, <note place="margin">I. vrbis. de verb. signi.</note> combien que nous ne suiuons
                     pas la propriete de la loy, disans la ville &amp; faux-bourgs, pour la
                     diuersite des priuileges que les vns ont sus les autres: &amp; l’vniuersite est
                     le corps de tous les bourgeois de Paris: la cite toute la Preuoste &amp;
                     Vicomte, vsant de mesmes coustumes. l’abus est venu de ce qu’anciennement toute
                     la ville n’estoit que l’isle enuironnee de mutailles, &amp; la riuiere autour
                     des murailles, ainsi que nous lisons en l’epistre de Iulian <note place="margin">ad Antiochum misopogona.</note> gouuerneur de l"empire
                     d’Occident, &amp; qui faisoit sa residence ordinaire en Paris: le surplus
                     estoit en iardins &amp; terres labourables. Mais la faute est bien plus grande
                     de dire qu’il n’est pas citoyen, qui n’a part aux magistrats, &amp; voix
                     deliberatiue aux estats du peuple, soit pour iuger, soit pour affaires d’estat.
                     C’est la definition du citoyen qu’Aaristote nous a laissee par escrit <note place="margin">lib.3. c.1. &amp; c.4. poli.</note>. Puis apres il se
                     corrige, disant que sa definition n’a liue sinon en l’estat populaire. Or
                     luymesme confesse en vn atitre lieu, <note place="margin">lib.6. topic.</note>
                     que la definition ne vaut rien si elle n’est generale. Aussi peu d’apparence y
                     a-il en ce qu’il <note place="margin">lib.3.e.1.polit.</note> dit, que tousiour
                     le noble est plus cityen que le roturier, &amp; l’habitant de ville plus que le
                     paysan: &amp; quant aux ieunes citoyens qu’ils bourgeonnet encores, que les
                     vieux vont en decadence, que ceux de moyenne aage sont les citoyens entiers,
                     &amp; les autres en parite. Or la nature <note place="margin">lib.6.topic.</note> de la definition, ne recoit iamais diuision, &amp; ne
                     faut pas qu’il y ait ny plus, ny moins d’vn seul poinct en la definition, qu’en
                     la chose definie, autrement tout n’en vaut riend. Et neantmoins la description
                     du citoyen qu’Aristote nous a baillee pour l’estat populaire, manque: veu <pb n="57"/> mesmes qu’en Athenes, qui n’a point eu de pareille en liberte,
                     &amp; authorite de peuple, la quatriesme classe, qui estoit trois fois plus
                     grande que le reste du peuple, n’auoit aucune part <note place="margin">Plutar.
                        in Solone.</note> aux offices de iudicature, ny voix deliberatiue aux
                     arrests &amp; iugemens que le peuple donnoit: tellement qu’il faut confesser,
                     si nous receuons la definition d’Aristote, que la plus part des bourgeois
                     naturels d’Athenes estoient estrangers. Et quant a ce qu’il dit, que les nobles
                     sont tousiours plus citoyens que les roturiers, nous voyons tout le contraire
                     es Republiques populaires de Suisse, &amp; mesmement de Strastbourg, ou les
                     nobles n’ont part <note place="margin">Plutar in Solone.</note> aucune (en
                     qualite de nobles) aux offices. Plutarque a mieux dit, que droit de bourgeoisie
                     est auoir part aux droits, &amp; priuileges d’vne cite. qui se doit entendre
                     selon la condition &amp; qualite d’vn chacun, les nobles comme nobles, les
                     roturiers comme roturiers, &amp; les femmes &amp; enfans en cas pareil selon
                     l’aage, sexe, condition, &amp; merites d’vn chacun. Et a ce propos disoit vn
                     ancien <note place="margin">Augustin. &amp; Paul. 1. ad Corinth.</note>
                     docteur, les pieds formeront-ils complainte contre les yeux, disans, nous ne
                     sommes pas au plus haut lieu? O si la definition du citoyen que nous a laisse
                     Aristote auoit licu, combien de partialitez, &amp; de guerres ciuiles on
                     verroit! Le populace de Rome ne se b anda contre les nobles, sinon pource qu’il
                     vouloit estre egal en tout &amp; par tout aux nobles: &amp; ne fut rapaise que
                     par le moyen de la fable des membres du corps humain, par laquelle le sage
                     Senateur Agrippa rallia le peuple &amp; la noblesse: Car Romule <note place="margin">Dionys. Halicat.</note> auoit ordonne, qu’il ne pourroit
                     estre magistrat, ny beneficier, qui ne seroit extrait descent gentils-hommes
                     qu’il auoit fait Senateurs, &amp; deui sy en adiousta cent autres. Ce nouueau
                     peuple ayant vaincu ses voisins, en contraignit plusieurs de quitter leur pays
                     &amp; coustumes, pour estre habitans &amp; bourgeois Romains, comme les Sabins.
                     Depuis, ayant aussi vaincu les Tusculans, Volsques &amp; Herniques, ils
                     traitterent accord ensemble, que les vaincus auroient part aux offices, &amp;
                     voix deliberatiue aux assemblees des estats, sans autrement changer ny de loix,
                     ny de coustumes, qui pour ceste cause ne s’appellerent point citoyens, mais
                     simplement municipes, moins estimez &amp; honorez que les Romains, combien que
                     leur estat fust vni a celuy des Romains. Ausi voyons-nous que Catilina, de
                     l’ancienne maison des Sergiens, &amp; Romain naturel, reprochoit a Ciceron,
                     qu’il n’estoit qu’vn nouueau Arpinois. Et cela fut cause que plusieurs villes
                     municipales quitterent leurs coustumes, pour estre vrais bourgeois Romains,
                     iusques a Tibere l’Empereur, lequel <note place="margin">Tacit. lib.2.commitia
                        populi traustulit ad senatum.</note> osta l’ombre de liberte qui restoit au
                     peuple. alors les villes municipales refuserent les priuileges de la cite
                     Romaine, dequoy l’Emereur Adrian s’emerueilloit, dit Aule Gelle, &amp; sans
                     cause, attendu ce que i’ay dit. Voila conc deux sortes de suget differends en
                     priuileges: c’est a scauoir le bourgeois Romain, &amp; le municipe. La
                     troisiesme sorte de sugets estoient les Latins, qui auoient au commencement
                     soixante villes, &amp; depuis ils fu- <pb n="58"/> rent augmentez de douze
                     colonies Latines, &amp; par les trattz faits entre les Romains &amp; Latins, il
                     estoit dit que les Latins venans habiter en Rome auroient droit de citoyens,
                     pourueu qu’ils eussent laisse en leur pays lignee legitime, ainsi que nous
                     lisons en Tite Liue au XLI. liure. Toutefois plusieurs y faisans fraude, &amp;
                     baillans leurs enfans a quelques Romains comme esclaues pour les afranchir,
                     afin qu’ils fussent citoyens Romains, il fut dit par la loy Claudia, &amp;
                     confirmee par arrest du Senat, &amp; par edit des Consuls, que tous les Latins
                     qui auoient contre les traittez obtenu droit de bourgeoisie retourneroient au
                     pays: ce qui sut fait a la requeste des citez Latines. Ainsi se doit entendre
                     ce que dit Boëce, que les Romains enuoyez aux colonies Latines, perdoient la
                     cite: &amp; ce que dit Tite Liue <note place="margin">lib.24.</note>, que par
                     arest du Senat, il fut dit que les colonies enuoyees a Pouzol &amp; a Salerne
                     n’estoient point citoyens, c’est a dire pour le regard des voix aux estats.
                     Ainsi estoient ceux de Reims, de Langres, de Saintonges, de Bourges, de Meaux,
                     &amp; d’Autun, alliez des Romains &amp; citoyens, sans voix, dit Tacite, ores
                     qu’il leur fust permis d’auoir estats &amp; offices honorables en Rome.&amp;
                     ceux d’Autun furent les premiers qui eurent priuilege d’estre Senateurs
                     Romains, &amp; s’appelloient freres des Romains. Combien que les Auuergnats
                     prenoient aussi ceste qualite, comme estans extraits des Troyens, ainsi que dit
                     Lucan. Or il est sans doubte, que les colonies Romaines estoient vrais &amp;
                     naturels bourgeois extraits de sang des Romains, vsans <note place="margin">Liuius lib.23.24.35.Gell.lib.16.cap.15.</note> de mesmes loix, magistrats,
                     &amp; coustumes, qui est la vraye marque de citoyen. Mais plus les colonies
                     estoient esloignees de Rome, moins elles sentoient la splendeur &amp; clarte de
                     Soleil, &amp; des honneurs qui estoient departis aux bourgeois &amp; habitans
                     de Rome: de sorte que les habitans de Lyon, Vienne, &amp; Narbonne, colonies
                     Romaines, se sentoient vien heureux d’auoir obtenu les priuileges des Italiens,
                     qui estoient d’anciennete alliez &amp; confederez des Romains, ioüssans du
                     droit de bourgeoisie honorable, sans toutefois changer ny de loix, ny de
                     coustumes, ny perdre vn poinct de leur liberte. &amp; pour gaigner ce
                     priuilege, la guerre sociale fut iuree par les Italiens alliez contre la ville
                     de Rome, qui dura iusques a la loy Iulia <note place="margin">Appian. lib. 1.
                        emphy.1.Plutar.in Sylla.</note> de la cite, qui leur fut ottroyee.car entre
                     les villes d’Italie, il y en auoit de citoyens, d’alliez, de Latins, tous
                     differens: <note place="margin">lib.26.</note> c’est pourquoy dit Tite Liue:
                     Iam inde morem Romanis colendi socios, ex quibus alios in ciuitatem atque
                     aequum ius accepissent: alios in ea fortuna haberent vt socij esse quam ciues
                     mallent. &amp; mesmes les afranchis qu’on appelloit Latins Iunians, estoient
                     bien sugets &amp; citoyens, hotsmis qu’ils ne pouuoient disposer de leurs biens
                        <note place="margin">lege Iunia Norbana.</note>. C’est pourquoy en la
                     harangue de l’Empereur Tibere, qui est en Tacite, &amp; grauee en branze a
                     Lyon, nous lisons ces mots: Quid ergo? non Italicus Senator prouinciali potior
                     est? comme s’il vouloit dire qu’ils sont egaux. Aussi Tibere l’Empereur <note place="margin">Tacit.lib.X1.</note> osta le droit d’auoir estats &amp;
                     offices aux Gauois, qui auoient obtenu droit de bourgeoisie Romaine. A ce <pb n="59"/> que i’ay dit ce doit rapporter le dire de Pline: L’Espaigne, dit
                     il, a quatre cens soixante &amp; dix villes, c’est a scauoir douze colonies,
                     treize de bourgeois Romains, quarante sept qui ont le droit des Latins, quatre
                     alliees, six franches, &amp; deux cens soixante tributaires. Et combien que les
                     Latins fussent si estroitement alliez des Romains qu’ils sembloient citoyens,
                     si est-ce toutefois qu’ils ne l’estoient pas: &amp; pour ceste cause Ciceron
                     disoit, Nihil acerbius socios Latinos ferre solitos esse, quam id, quod perraro
                     accidit, a consulibus iuber ex vrbe exere. car quant aux autres estrangers
                     souuent on les chassoit, comme il se fist par la loy Papia, ainsi que nous
                     lisons en Dion. Brief, de tous les priuileges &amp; prerogatiues des bourgeois
                     Romains, il ne s’en trouue quasi qu’vn qui fust commun a tous, c’est a scauoir
                     que les magistrats &amp; gouuerneurs ne pouuoient prendre cognoissance des
                     causes d’vn citoyen, quand il y alloit d l’honneur, ou de la vie, &amp;
                     mesmement s’il y auoit appel intergette du citoyen au peuple Romain, ou a
                     l’Empereur, encores que les gouuerneurs des prouinces eussent <note place="margin">I. imperium. de iurisdict.</note> haute iusice, moyenne,
                     &amp; basse, sur tous les sugets des prouinces. Et quant a ceste prerogatiue
                     elle fut ottroyee a tous citoyens Romains deslors que le peuple Romain donna la
                     chasse aux Roys par la loy Iunia <note place="margin">Liui.lib.2.1 a Publio
                        Marco &amp; Lucio Valeriis Liuius lib.2.7.10.</note> loy sacree, &amp;
                     depuis souuent republiee &amp; renouuellee par les loix 1 Valeriennes, &amp;
                     par la loy Sempronia <note place="margin">Cicero pro domo sua &amp; pro Rabirio
                        perduell.</note> &amp; Portia tribunitia: pour obuier aux entreprises des
                     magistrats &amp; gouuerneurs, qui entreprenoient sus la iurisdiction du peuple,
                     &amp; passoient souuent par dessus l’appel <note place="margin">Cicero actione
                        in Verrem.1.4.7.Valer.max.lib.8.</note> sans y deferer. mais Ciceron ayant
                     contreuenu fut banni, ses biens declairez acquis &amp; confisquez a la
                     Republique, &amp; sa maison bruslee, estimee, cinquante mille escus, ou il fut
                     basti vn temple de liberte par arrest du peuple donne par defaux &amp;
                     contumaces. Ce qui deslors en auant les magistrats plus auisez. C’est pourquoy
                     Pline le ieune gouuerneur d’Asie, escriuant <note place="margin">lib.10.epistol.</note> a Traian l’Empereur des assemblees de Chrestiens,
                     qui se faisoient la nuict au ressort de sa iurisdiction, I’en ay, dit-il,
                     plusiuers en prison, entre lesquels il y en a de citoyens Romains, que i’ay mis
                     a part pour les enuoyera Rome. &amp; lors que saint Paul fut tire en iustice,
                     comme seditieux, &amp; troublant le repos public, si tost qu’il apperceut que
                     le gouuerneur Felix vouloit entrer en cognoissance de cause, il demanda son
                     renuoy a l’Empereur, remonstrant qu’il estoit bourgeois Romain, parce que son
                     pere, de la lignee de Beniamin, &amp; natif de Tharse en Caramanie, auoit
                     acquis droit de bourgeoisie Romaine. Le gouuerneur aussi tost se departit de la
                     cognoissance, &amp; l’enuoya a Rome disant, on pouuoit absoudre cest homme ici
                     a pur &amp; a plein, s’il n’eust decline ma iurisdiction. autrement s’il n’eust
                     este bourgeois Romain, le gouuerneur luy eust fait son proces, veu que la
                     Palestine estoit au parauant reduite en forme de prouince: comme en cas parcil
                     Ponce Pilate ayant le mesme gouuernement, futu contraint de condemner Iesus
                     Christ, comme suget de prouince &amp; tributaire, combien qu’il <pb n="60"/> ne
                     cherchast qu’a s’en lauer les mains, s’il eust peu en ce faisant euiter le
                     crime de lese Maieste qu’on luy mettoit a sus: &amp; pour s’en iustifier il
                     enuoya le proces a Tibere l’Empereur, comme dit Tertulian. Et si les magistrats
                     municipaux eussent eu haute iustice, ils ne l’eussent pas renuo ye au
                     gouuerneur, criant qu’il auoit merite la mort, mais qu’ils n’auoient pas
                     puissance de luy faire son proces: carles magistrats municipaux des prouinces
                     n’auoient aucune iurisdiction, hormis que de mettre en saisine pour le danger
                        <note place="margin">I.1.I. dies.§. duas de damno infecto.I.iubere cauere de
                        iurisdict. I. eaquae ad municipal.</note> eminent, &amp; de receuoir les
                     cautions, &amp; quelquefois establir tuteurs aux <note place="margin">I. in ius
                        dandi. de tutor. dat.</note> pauures orphelins. mais ils n’auoient aucune
                     cognoissance criminelle, ny sus le bourgeois Romain, ny sus le suget de
                     prouince, ny sus l’estranger, ny sus les afranchis, ains seulement sus les
                     esclaues, qu’ils pouuoient <note place="margin">I.magistratibus. de iurisdic.
                        om. iudic.</note> condamner aux verges pour le plus. Car quant a la
                     iurisdiction qui fut donne aux defenseurs des villes, ils furent establis par
                     Valentinian <note place="margin">I.1.de defensorib. ciuitat.C.</note>, trois
                     cens cinquante ans apres: de sorte que la iurisdiction vniuerselle <note place="margin">I.solent.I. si quid erit. I penul.&amp; vlt.de
                        off.proconsul.</note> appartenoit au gouuerneur de prouince, ou a ses
                     lieutenans, priuatiuement a tous autres: &amp; ceux-la s’abusent grandement,
                     qui pensent, que les prestres &amp; Pontifes de Iudee pour leur qualite de
                     prestrise firent conscience de condamner Iesus Christ a mort: &amp; sur cela
                     ont conculd que les gens d’Eglise ne doiuent donner iugement qui porte
                     execution de sang. Car au parauant que la Palestine fust reduite en forme de
                     prouince, il n’y auoit que le Senat des Iuifs de LXXI. compose en partie de
                     prestres &amp; Leuites, qui euseent la condamnation de mort, comme l’interprete
                     Caldaen <note place="margin">in cap.5. Hieremiae.</note> monstre euidemment,
                     &amp; encores mieux les Pandectes des Hebrieux <note place="margin">titulo
                        Sanedrin. &amp; Paulus Riccius de agricultura caelesti &amp; rabi Moses
                        lib.3. nemore haneuoquim.</note>. Voila donc le plus grand priuilege propre
                     aux bourgeois Romains, &amp; duquel tous citoyens Romains ioüissoient. Les
                     autres sugets des Romains, qui n’auoient pas ce priuilege, n’estoient pas
                     appellez citoyens: mais il ne s’ensuit pas qu’ils ne fussent citoyens a parler
                     proprement, &amp; selon la vraye signification de citoyen. Car il faut qu’ils
                     fussent citoyens, ou estrangers, ou alliez, ou ennemis, puis qu’ils n’estoient
                     pas esclaues. on ne peut dire qu’ils fussent alliez, attendu qu’il n’y auoit
                     queles peuples libres, &amp; qui gouuernoient leur estat qu’on appellast
                     alliez: on ne peut dire aussi qu’ils fussent ennemis, ny estrangers, veu qu’ils
                     estoient sugets obeissans, &amp; qui plus est tributaires a l’Empire Romain. Il
                     faut donc conclure qu’ils estoient citoyens. car ce seroit chose bien absurde
                     de dire, que le suget naturel en son pays, &amp; soubs l’obeissancen de son
                     prince souuerain fust estranger. C’est pourquoy nous auons dit, que le citoyen
                     est le franc suget tenant de la souuerainete d’autruy. Mais les prerogatiues
                     &amp; priuileges qu’auoient les vns plus que les autres, faisoient qu’on
                     appelloit les vns citoyens, les autres tributaires. Encores lisons nous, que
                     l’Empereur Auguste estoit si ialoux des priuileges, qu’il ne voulut <note place="margin">Tranquil. in Augusto.</note> onques donner droit de
                     bourgeoise a vn Gaulois, quelque priere que luy en fist sa femme Liuia, bien
                     qu’il l’afranchist de payer <pb n="61"/> tailles, &amp; trouua fort mauuais,
                     que son oncle Cesar<note place="margin"> Tranquil. iu Iulio.</note> donna le
                     droit de i bourgeoise à vne legion de Gaulois., qu’il auoit surnommee
                     l'Alouette, &amp; à tous les habitans de Nouocomme: &amp; blasmoit aussi Marc
                     Antoine d'auoir vendu à pris d’argent le droit de bourgeoisie aux habitans de
                     Sicile. Toutesfois ses successeurs n’en furent pas si soigneux: &amp; de fait
                     Antonin le Piteux par vn edit general<note place="margin"> l. in orbe de statu
                        hom.1. roma ad municipal.</note> qu’il fist, ottroya à tous sugets de
                     l’Empire, droit de bourgeoisie Romaine: suiuant l'exemple d’Alexandre le grand
                     qui estimoit toute la terre vne cité, &amp; son camp la forteresse d’icelle.
                     &amp; neantmoins les vns auoient tousiours quelques priuileges plus que les
                     autres, comme nous lisons aux loix des<note place="margin"> l.2. &amp; toto
                        tit. de censib.</note> Romains. Car mesme nous trouuons que l'Empereur
                     Seuere apres Antonin plus de cinquante<note place="margin"> Dio Cassius.</note>
                     ans, fut le premier qui donna le priuilege aux Alexandrins de pouuoir estre
                     Senateurs Romains: &amp; auparauant Antonin les Ægytiens ne pouuoient obtenir
                     droit de bourgeoisie Romaine, s'ils n’auoient esté bourgeois d’Alexandrie.<note place="margin"> Plin.lib.10.epist.6.</note> qui est bien pour monstrer que
                     les priuileges ne font pas que le suget soit plus ou moins citoyen. car il n’y
                     a Republique où le bourgeois ayt tant de priuileges, qu’il ne foie aussi suget
                     à quelque charge, comme les nobles sont bien exempts des tailles, mais ils sont
                     sugets à prendre lés armes pour la defense des autres, au prix de leurs biens,
                     de leur sang, &amp; de leur vie. Et si les prerogatiues &amp; priuileges que
                     les vns ont par dessus les autres, faisoient le citoyen: les estrangers, &amp;
                     les alliez seroient citoyens: car bien souuent on donne aux estrangers, &amp;
                     aux alliez le droit de bourgeoisie par honneur, &amp; sans aucune sugetion:
                     comme Ie Roy Loys xj. fut le premier des Roys de France qui fut bourgeois de
                     Suisse. &amp; le Roy de Perse donna droit de bourgeoisie à7 Pelopidas, &amp; à
                     toute sa lignee traittant alliance auec luy. Ies 1 Atheniens firent Euagoras
                     Roy de Cypre, &amp; Denys de Syracuse tyran de Sicile, &amp; les Roys d’Asie
                     Antigonus &amp; Demetrius, bourgeois d’Athenes. Et qui plus est les Atheniens
                     donnèrent à tous les Rhodiots droit de bourgeoisie: &amp;les Rhodiots firent
                     aussi tous les Atheniens leurs bourgeois, comme nous lisons en Tite Liue: &amp;
                     cela s'appelle traitté de combourgeoisie: comme le traitté fait l’an M. D.
                     XXVIII. entre les Valesiens, &amp; les cinq petits Cantons: &amp; entre les
                     Cantons de Berne &amp; de Fribourg, l’an m. d. v. qui emporte honneur, amitié.,
                     alliance, sans aucune sugetion des vns aux autres; mais il est de tel effect
                     que le suget des vns, peut aller sans congé demeurer au pays des autres, &amp;
                     iouyr des priuileges de bourgeois sans lettres de naturalité. &amp; mesmes les
                     Corinthiens qui n’auoient rien que l’encoulure de la Moree, firent Alexandre le
                     grand leur bourgeois, disans qu’ils n’auoient iamais fait cest honneur que à
                     Hercules. &amp; toutesfois il'est bien certain que ces Roys là n'estoient pas
                     sugets des Atheniens: de forte que le droit de bourgeoisie n'estoit qu’vn titre
                     d’honneur. Puis donc qu’il est impossible qu'vne mesme personne soit estranger,
                     ou allié, &amp; citoyen, il faut <pb n="62"/> bien dire que les priuileges ne
                     font pas le citoyen, mais l’obligation mutuelle du souuerain au suget, auquel,
                     pour la foy, &amp; obeissance qu'il reçoit, il doit iustice, conseil, confort,
                     ayde, &amp; protection: ce qui n’est point deu aux estrangers. Mais dira quel
                     qu’vn, comment se peut-il faire, que les alliez des Romains, &amp; autres
                     peuples gouuernâs leur estat. fussent citoyens Romains ( comme ceux de
                     Marseille, &amp; d’Austun en ce Royaume) veu que Ciceron au plaidoyé de
                     Cornélius Balbus dit en s’escriant, Oles beaux droits des bourgeois Romains!
                     que personne ne puisse estre bourgeois de Rome, &amp; d'vne autre cité: que
                     personne ne puisse estre bouté hors, ny retenu par force en nostre cité:
                     s'esbahyssant comme les Grecs soufroient qu'on peust estre bourgeois de
                     plusieurs citez. Quant à ce qu’il dit des Grecs, laloy de Solon estoit lors
                     abolie, qui ne vouloit pas que l’estranger eust droit de<note place="margin">
                        Plutar. in Solone.</note> bourgeoisie en Athenes, s’il n’estoit banni de son
                     pays: ce que fist Solon, comme il est vray-semblable, assin que nul ne iouist
                     des priuileges de bourgeoisie, qui fust suget à la souueraineté d’autruy, à
                     quoy Plutarque qui s'esbahist de ceste loy n’a pas pris garde. Aussi trouuons
                     nous plusieurs bourgeois d’Athenes estrangers, &amp; qui n’estoient pas bannis,
                     comme i'ay remarqué cy dessus: &amp; mesmes Pomponius Atticus, duquel sont
                     issus trois<note place="margin"> Seneca in epist.ad Lucilium.</note> Empereurs
                     Romains, refusa le droit de bourgeoise luy estant presenté par les<note place="margin"> Cornellius Nepos in Attici vita.</note> Athéniens, craignant
                     comme on disoit, perdre le droit de bourgeoisie Romaine, ce qui est bien vray
                     pour le regard des vrays sugets &amp; citoyens, &amp; non pas des bourgeois
                     d’honneur, qui ne sont point sugets: ny des citoyens de plusieurs citez sous vn
                     mesme Prince, chose qui estoit permise de droit<note place="margin"> l.eius. ad
                        municip.</note> commun. Car combien qu'vn esclaue puisse estre à plusieurs
                     maistres, &amp; vn vassal à plusieurs seigneurs égaux tenans d’autruy: si
                     est-ce qu’il ne se peut faire qu’vn mesme citoyen soit suget de plusieurs
                     Princes souuerains, s'ils n’en demeurent d’accord. car ceux cy ne font
                     pointsugets aux loix, comme les seigneurs tenans d’autruy, &amp; les maistres
                     d’vn esclaue, qui sont contraints s'accorder, pour le regard du seruice que
                     l’esclaue leur doit, ou le<note place="margin"> l. 2 de iis qui sunt sui vel
                        alieni iuris.</note> vendre. Qui est vn poinct pour lequel nous voyons
                     souuent la guerre entre les Princes voisins, pour les sugets des frontieres,
                     qui s'aduoüent tantost de l’vn, tantost de l’autre, &amp; ne sçauent auquel
                     obeir: &amp; bien souuent s'exemptent de l’obeissance de tous deux: &amp;
                     ordinairement sont inuadez &amp; pillez des vns &amp; des autres: comme le pays
                     de Walachie qu’ils appellent Moldauie s'estant exempté de l’obeissance des
                     Polognois, a esté assugeti des Turcs: &amp; depuis s'est remis en la sugetion
                     des Roys de Pologne en payant neantmoins tribut au Turc: comme i’ày apris des
                     lettres de Sranislaus Rosdrazeroski, enuoyees au Connestable de France en date
                     du XVII. Aoust M.D.LIII. Toutesfois il y a plusieurs peuples sus les frontieres
                     qui se sont a franchis durant les querelles des Princes, comme il est aduenu au
                     bas pays du Liège, de Lorraine, &amp; de Bourgogne, où il y a plus de douze
                     sugets du Roy <pb n="63"/> de Francc ou de l’Empire ou d’Hespagne qui ont
                     empiété la souueraineté: entre lesquels'Empereur Charles V. mettoit leDuc
                     deBoüillon, qu’il appelloit son vassal: &amp; par ce qu’il estoit son
                     prisonnier l’an M.D.LVI. au traitéfait pour ladeliurance desprisonniers, il
                     demandoitcentmilliures derançon, parcequ'ilse disoit souuerain. Mais il yen a
                     bien d’autres que le Duc de Bouillon: &amp; sans aller plus loin quesus les
                     marches de Bourgongne il y en a six, qui tiennent lepays qu’on appelle de
                     surseance, duquel on ne s'est peu accorder. &amp; en Lorraine la terre &amp;
                     seigneurie de Lumes: ce qui est aussi aduenu sus les frontieres d’Escosse &amp;
                     d’Angleterre, où les particuliers se sont faits souuerain depuis XX. ou XXX.
                     ans contre les anciens traitiez. Car pour obuier à telles entreprises, les
                     AngIois&amp; Escossois ont accordé de toute ancienneté quelesdebats, c'est à
                     dire, certain pays aiusi appelle sus lesfrontieres des deux Royaumes, qui a
                     cinqlieues de long, &amp; deux lieues de large, ne sera labouré, ny basti, ny
                     habité. mais bien qu’il fera permis aux deux peuples d’y mener paistre leur
                     bestail, à la charge que si apres le Soleil couchant, ou deuant le Soleil
                     leuant il se trouue aucun bestail, il sera à celuy quiletrouuera. c'est l’vn
                     des articles arrestezauxestats d’Escosse tenus l’an M.D.L. &amp; enuoyez au Roy
                     Henry pour y estre par luy pourueu. Mais quand les seigneurs souuerain demeurét
                     d’accord, comme les Suisses du pays de Lugan, &amp; autres terres qui
                     appartiennenten commun à tous les seigneurs des ligues, ou ils enuoient leurs
                     officiers chacun Canton en son tour, alors les sugets ne sont pas reputez
                     sugets de plusieurs souuerains, ains d’vn seul qui comande en son ordre. si ce
                     n est que les vns vueillent entreprendre fus les autres: comme il s'emeut vne
                     sedition entre les sept Cantons catholiques, &amp;les quatre protestans l’an
                     1554. les catholiques vouloient chastierles habitans de Lugan &amp;Louuerts,
                     qui se departoient de l’Eglise catholique: les protestans l’empeschoient,&amp;
                     ia estoient suslepoinct de prendre les armes les vns contre les autres, si les
                     Cantons de Glaris, &amp; d’Apanzel, qui soufroient les catholiques &amp;
                     protestans, ensemble l’Ambassadeur du Roy de France ne fussentinteruenus. Or le
                     bourgeois &amp; sugetpour le tout d’vn Prince souuerain, ne peut estre que
                     bourgeois d’honneur d'vne autre seigneurie. Par ainsi quand nous lisons que le
                     Roy Edouart premier, donna droit de bourgeoisieaux habitas de basseBretaigne,
                     cela s'entend pouriouyr des libertez, exemptions, &amp; franchises dont
                     iouïssoient ceux du pays, autant dirons nous des Bernois, &amp; des habitans.
                     de Geneue, qui Rappellent par les traittez d’alliance egale, &amp;.
                     parlettrescombourgeois. Car quant à ce que dit Ciceron qu’il estoit en la,
                     puissance du bourgeois Romain de quitter fa bourgeoisie, pour estrecitoyen
                     d’autruy, cela estoit de toute ancienneté, &amp; tout certain par les loix
                        des<note place="margin"> l.5. de captiuis. l. in bello. priu. eod. l. nihil
                        interest. eod.</note> Romains, &amp;presque tousiours a lieu es Republiques
                     populaires, où chacun bourgeois, non seulementa part aux offices, ains aussiàla
                     souuerainete: comme en Rome&amp; en Athenes, où il estoit aisément permis de
                     quitter le <pb n="64"/> driot de bourgeoisie: &amp; ne se pouuoit ottroyer en
                        Athenes<note place="margin"> Demosthen. contra Eubulidem.</note> à
                     l'estranger, s'il n'y auoit six mil citoyens qui l'eussent accordé balotant
                        à<note place="margin"> id est, Greek Text siue occultis sufragiis. </note>
                     couuert. mais aux pays tyrannisez, ou par trop sugets, ou mal-plaisans &amp;
                     infertiles, comme en Tartarie &amp; Mosccouie, non seulement les sugets ains
                     aussi les estrangers pepuis qu'ils y ont mis le pied n'en<note place="margin">
                        Sigismudus liber Baro ab Herbestein in historia Moschouiae.</note> peuuent
                     sortir. ce qui est aussi pratiqué en AEthiopie, si on cognoist que l'estranger
                     soit homme d'esprit, on le retient par biensfaits, ou bien par force s'il veut
                     s'absenter, au lieu qu'il faut achapter bien cherement, ou meriter ce droit à
                     Venise, &amp; autres Republiques franches. Mais quoy que die Ciceron qu'il ne
                     fust point defendu de quitter la sugetion des Romains, &amp; aller autre part,
                     cela ne fait pas qu'il ne soit en la puissance de touts seigneurs souuerains
                     retenir leurs sugets, &amp; les empescher de sortir de leur obeissance. Aussi
                     voyons nous en tous les traittez de paix ou d'alliance, ceste clause ordinaire,
                     que les Princes ne receuront les sugets, &amp; vassaux les vns de autres en
                     leur protection, bourgeoisie, ou priuileges sans leur consentement expres: qui
                     est conforme à la lause ancienne raportee par Ciceron, "Ne quis foederatorum à
                     populo Romano ciuis recuperetur, nisi is populus fundus factus esset: id est,
                     auctor." Et combien que la maison de France &amp; les seigneurs de ligues
                     soient estroittement alliez, toutesfois le traitté d'alliance fait l'an M.D.XX.
                     por e la clause que i'ay dit. Et le septiesme article du traitté fait entre le
                     Duc de Sauoye &amp; les cinq petis Canotns M.D.LIX. si ceux qui demanderoient
                     bourgeoisie d'autruy, ne vouloient demeurer en son pays demeurant ses biens
                     sugets comme auparauant. Et outre les traittez il n'y a Prince qui n'en face
                     ordonnance. Et bien souuent le suget n'oseroit seulement sortir du pays sans
                     congé, comme en Angleterre, Escosse, Dannmarch, &amp; Suede, les nobles
                     n'oseroient s'absenter du pays sans congé, s'ils ne veulent perdre leurs biens.
                     comme il fut aussi defenu par l'Empereur<note place="margin"> Tranquil. in
                        Augusto.</note> Auguste à tous Senateurs de sortir d'Italie sans son congé,
                     &amp; fut tousioùrs gardé bien estroittement. Et par les ordonnances d'Espagne,
                     il est defendu de passer aux Indes Occidentales sans le congé du Roy d'Espagne.
                     ce qui fut aussi anciennement defendu en Carthage, quand le capitaine Hannon
                     eut descouuert les Isles de Maderes. Et par les ordonnances de Milan, il n'est
                     permis à suget quelconque receuoir driot de bourgeoisie, ou traitter alliance,
                     ou ligue auec les autres Princes &amp; Republiques, sans expres congé du Senat
                     de Milan. Et qui plus est, on voit souuent qu'il n'est pas seulement permis de
                     changer son domicile, encores qu'on ne sorte point de la seigneurie &amp;
                     obeissance du Prince souuerain. comme au duché de Milan, le suget venant
                     demeurer en la ville de Milan banlieuë de Milan, doit obtenir lettres, &amp;
                     payer trois ducats. Aussi nous<note place="margin"> Plin lib.10.episto.
                        84.&amp; 117.</note> trouuons qu'il fut defendu aux Bithyniens sugets des
                     Romains receuoir les autres sugets en leur ville, ny leur donner droit de
                     bourgeoisie: comme il se faisoit souuent pour decliner la iurisdicion, ou pour
                     frauder les droits des <pb n="65"/> tailles &amp; imposts: au quel cas la
                        loy<note place="margin"> l. vlt. de municip. &amp; origin.C.</note> veut,
                     que celuy qui a changé de domicile, porte les charges en deux lieux. ce qui fut
                     aussi ordonné parles Roys Philippe le<note place="margin"> l'an 1302.</note> le
                        Bel,<note place="margin"> l'an 1351.</note> Iean, <note place="margin">
                        Gallus parto 4.</note> Charles v. &amp; Charles vij. Mais bien l'ordonnance
                     de Philippe le<note place="margin"> 1328.</note> le long, veut que le Preuost
                     ou Baillif du lieu assisté de trois bourgeois, soit contraint receuoir
                     quiconque voudra des sugets du Roy au droit de bourgeoisie, pourueu que dedans
                     l'an * iour il achepte vne maison du prix de LX. sols parisis pour le moins,
                     &amp; qu'on le signifie par vn sergent au seigneur duquel il est iusticiable,
                     &amp; qu'il demeure au lieu où il aura esté receu bourgeois depuis la
                     Toussaints iusques à la sainct Iean, en payant autant de taille qu'il payoit
                     auparauant qu'il eust changé, iusques à ce qu'il se departe de la nouuelle
                     bourgoisie, &amp; sans decliner la iurisdiction pour les procés intentez trois
                     mois auparauant. Mais quoy qu'il soit permis aux sugets de changer le domicile,
                     si est ce qu'il ne peuuent<note place="margin"> l.I. 2. l.ciues l assumptio ad
                        l.municipal.</note> renoncer au pays de leur naussance: &amp; beaucoup moins
                     les censiers de main<note place="margin"> ascripti glebae.</note> morte, qui ne
                        pouuoient<note place="margin"> authent. de mandatis princip. § suscipientes
                        l. incola ad l. municipalem. Bald in titul. de maioritate &amp;
                        obedient.</note> anciennement changer leur domicile, sans priuilege special.
                     Et generalement on peut dire en termes<note place="margin"> l.I l.originem de
                        municipibus &amp; originar. C.l. assumptio ad municipal. Alexand. consil.
                        110. lib.3.</note> de droit, que la bourgeoisie n'est point perdue, ny la
                     puissance du Prince sur son suget, pour changer de place ou de pays: non plus
                     que le vassal ne se peut exempter de la foy de son seigneur, par le droit de
                     fiefs, ny le seigneur quitter la protection du vassal, sans le sonsentment<note place="margin"> decision. capel. Tolosan.485.</note> l'vn de l'autre, estant
                     l'obligation mutuelle &amp; reciproque, s'il n'y a iuste occasion. Mais si l'vn
                     ou l'autre a presté consentement expres, ou taisible, &amp; que le suget
                     quittant son Prince soit aduoüé d'vn autre par la souffrance du premier, il
                        n'est<note place="margin"> Iserui in cap. I. qualiter vassal. iurare.</note>
                     plus tenu de l'obeissance qu'il luy deuoit. Car bien souuent les princes
                     attirent les estrangers en leur pays à force de priuileges, soit pour fortifier
                     &amp; peupler leur pays soit pour affoiblir leurs voisins, soit pour gaigner
                     les gentils esprits, soit pour l'honneur &amp; gloire des villes nouuellement
                     basties. comme fist Theseus le premier, ottroyant droit de bourgeoisie à tous
                     estrangers qui viendroient demeurer en Athenes: &amp; Alexandre le grand, ayant
                     fondé la ville Alexandrie, ottroya de grands priuilegesà tous<note place="margin"> Ioseph. lib.3.belli iudaici.</note> habitans, &amp; en peu
                     d'annees elle fut l'vne des plus belles &amp; fleurissantes villes du monde. le
                     Roy François le grand ayant basti le Haure de Grace aussi tost leremplit
                     d'habitans, qui regorgent maintenant pour l'exemption de charges qu'il donna.
                     Aussi voyons nous la ville de Londre abonder en peuple, &amp; remplie de
                     marchans &amp; d'artisans, pour le priviolege que donna Richard Roy
                     d'Angleterre à tous estrangers, qui y auroient demeuré dix ans, de iouyr des
                     priuileges de bourgeois. Qui est vne ordonnance commune en Suisse, &amp;
                     presuqe en toutes les villes d'Alemagne conforme au droit<note place="margin">
                        l.ciues de incolis.</note> commun. Vray est qu'il y a plus ou moins de temps
                     és vnes, qu és autres, sselon la commodité du lieu, ou la grandeur de
                     priuileges: comme à Venise pour obtnit les priuileges de simple citadin,(sans
                     autrement auoir part aux estats, hormis à quelques menus offices) il faut auoir
                     demeuré XIIII. ans dedans la ville. <pb n="66"/> A Ferrare il faut auoir habité
                     dix ans au pays, &amp;porté les charges des citoyens. Encores ne sufist il pas
                     d auoir demeuré au pays d’autruy le temps prefix par les coustumes, pour
                     acquerir droit de bourgeoisie, si l'estranger ne demande Ie droit de
                     bourgeoisie,&amp;qu'on le<note place="margin"> l. domincilium.ad
                        municipal.</note> reçoiue. car il se peut faire que l'estranger ne
                     voudroitpour chose quelconque changerde prince, encores que ses affaires le
                     retiennent hors de son pays. Combien que<note place="margin"> Bald. in l. 2. de
                        legat C. Bart. in l.1. de regula Cato. Castrensis in l. cætera. de legat. 1.
                        argu.l.3§. quando de iure fisci. Alex. consil. 29. lib.4. &amp; consil. 31.
                        lib.5.</note> plusieurs sont d’auis, qu’ayant demeuré le temps prefix au
                     pays d’autruy, sans auoir obtenu lettres de naturalité, qu'il est capable des
                     laiz testamentaires, ce. qu'ils accordent pour la faueur des testaments,
                     &amp;mesmement des laiz<note place="margin"> l.eam quam. de fidei commiss. C l.
                        proxime. de iis quæ in testamento de.</note> pitoyables faits aux. pauures
                     estrangers, qui font tousiours autant recommandez que les veusues &amp;
                     orphelins: mais pour acquerir plein droit, &amp;priuilege de bourgeois, il ne
                     sufist pas d'auoir demeuré le temps porté par les ordonnances, si on n’a
                     demandé, &amp; obtenu lettres de naturalité. Car tout ainsiquela donation ne
                     vaut rien si le donateur n'apresenté, &amp; le donataire accepté l’offre à luy
                     faite: aussi l'estranger n’est point citoyen ny suget du Prince estranger, s'il
                     n’a receu le benefice du Prince estranger, &amp; demeure tousiours suget de son
                     Prince naturel: &amp; en cas semblable si on l’a refusé. Ce fut la raison
                     pourquoy le Consul Mancin qui fist la paix auec les Numantins, &amp; les
                     capitaines qui traitterent aussi auec les Samnites, estans preièntez par les
                     Herauts d’armes aux ennemis, &amp; par eux refusez, s'en retournerent à Rome:
                     ou il y eut grand debat, &amp; plusieurs disþutes, qui ne sont pas encores bien
                     resolues, pour la diversité des opinions differentes<note place="margin">
                        l.vlt. de legationib. ff.</note> de Brutus, &amp; de Scaeuola. Car lors que
                     le Consul fut rentré au Senat, le Tribun du peuple le fist sortir: mais en fin
                     le Sénat declaira par son arrest, qu’il n’auoit perdu le droit de bourgeois
                     Romain, estant refusé des ennemis: combien qu'a la verité<note place="margin">
                        de l. 4. vbi inepta est lectio Florentini libri quod satis intelligitur ex
                        l. vlt. de legation.&amp; ex Cicerone in topic.</note> il fust non seulement
                     priué du droit de citoyen, ains aussifaitesclaue des ennemis par arrest du
                     peuple, pour auoir sans son congé capitulé, &amp; traictéla paix auec les
                     ennemis: &amp; falloit qu’il fust restitué par le peuple.<note place="margin">
                        Le citoyen liuré aux ennemis, s'il n'est receu, il ne perd point la
                        cité.</note> Toutesfois la plus doulce opinion interpreta
                     quelapriuationestoitconditionnelle, au cas qu’il fust receu des ennemis. Si
                     donc l'estranger ne perd pointle droit de bourgeoisie quand il s'est aduoué
                     d'vn autre Prince, &amp; qu’il a esté refusé, moins leperdraceluy qui ne l’a
                     pas requis., &amp;lors qu’il a esté offert a esté refusé: &amp; beaucoup moins
                     f'il n’a point esté presenté au Prince estranger,&amp;n’a requis de luy lettres
                     de naturalité, mais seulement a demeuré en son pays comme estranger l’espace de
                     temps prefix par l'ordonnance. Qui est pour decider la difficulté que fist le
                        Sénat<note place="margin"> Mathæ. affict. decis. neapoll. 384.</note> de
                     Naples,&amp; n'en resolut rien, à sçauoir, si celuy qui auoit demouré toute sa
                     vie en pays estranger, deuoit iouyr des droits de bourgeoisie en son pays.
                        Plusieurs<note place="margin"> Bal. in l. 2. de infantibus liberis. C. &amp;
                        in l. 2. de statu hom. </note> ont tranché court qu’il n’en doit iouyr:
                     disant qu’il faut auoir esgard au lieu du domicile: mais ie serois d'aduis, si
                     mes aduisauoientlieu, que <pb n="67"/> cestuy-là doibt iouyr du priuilege de
                     bourgeoisie, f'il n’y a renoncé expressement, ou qu’il y eustactes contraires
                     au suget naturel: &amp;ne suis pas<note place="margin"> Bartol. in l.1. de
                        liberis agnoscend ff.</note> seulde cest aduis. les aictes contraires sont
                     le bannissement perpetuel, ou le refus d’obeir à son Prince, estant somme: ou
                     fil obtient lettres de naturalité d'vn Prince estranger, attendu que le
                     consentementtaisible, n’est point estimé consentement<note place="margin"> dd
                        in cap. qui tacet de regul lib 6 &amp; in l. 2.§. qui tacuit. de interrogat.
                        actio. &amp; in l. cum ostendimus de fide iussor.</note> en
                     chosepreiudiciable fil n’est expres, quand autrement on peut interpreter la
                     volonté de celuy qui ne l'a point declaree. C’est pourquoy le Parlement de
                     Bordeaux iugea qu'vn Espagnol fils d'vn François suget naturel, deuoit iouyr du
                     droit de bourgeoisie sans lettres de naturalité.<note place="margin"> ex
                        l.assumptio. ad municipalem.</note> Mais si l'estranger qui a obtenu lettres
                     de naturalité hors son pays n’y veut demeurerai perd le droit qu’il y pretend:
                     car la fiction double n’est pas receue en droit. Et pour ceste cause le Roy
                     Loys XII. debouta du droit de bourgeoisie tous estrangers, qui auoient obtenu
                     lettres de luy, &amp; s'estoient retirez hors du Royaume. Aussi par les
                     coustumes, &amp; mesmes de Champagne, &amp; par les edicts<note place="margin">
                        de l'an 1303. 1351. 1355.</note> il faut demeurer le temps prefix en ce
                     Royaume, &amp; obtenir lettres, &amp; payer finances. Ces raisons monstrent la
                     différence qu’il y a non feulement entre le citoyen, &amp; celuy qui ne l’est
                     pas, ains aussi des citoyens entre-eux: &amp; que si nous suiuions la variété
                     des priuileges pour iugerla definition du citoyen, il se trouueroit cinquante
                     mil définitions de citoyen: pour la diuersité infinie de prerogatiues que les
                     citoyens ont les vns fur les autres, &amp; sus les estrangers.<note place="margin"> Difference des sugets aux estrangers.</note> Et mesmes il ie
                     trouueroit que l estranger enplusieurs lieux seroit plus vray citoyen que le
                     suget naturel: comme à Florence plusieurs habitans presenterent requestes au
                     nouueau Duc, pour estre estimez, &amp; reputez comme estrangers, pour la
                     liberté des estrangers, &amp; sugetion des citoyens. Et neantmoins il y en a de
                     si priuilegiez par dessus les autres, que pour vne fois le Duc receut cinquante
                     mil escus, pour cinquante bourgeois quil fist: en quoy ilvsad’vntourde maistre,
                     croissant sapuissance d’autant de fideles sugets, &amp; rauallant celle des
                     coniurez contre luy, auec vne bonne somme de deniers qu’il eut. Ainsi firent
                     lesVenitiensappauuris par les victoires des Geneuois, &amp; craignansla
                     rebellion de plusieurs sugets àpeude seigneurs, vendirent<note place="margin">
                        Sabellicus.</note> le droit de gentilhomme Venitien à trois cens Citadins,
                     pour s'appuyer de leurs biens, de leur force, &amp; de leur conseil. C’est donc
                     la recognoissance, &amp; obeissance du franc suget enuers son Prince souuerain,
                     &amp; la tuition, iustice, &amp; défense du Prince enuers le suget qui fait le
                     citoyen: qui est la différence essentielle du bourgeois à l'estranger. les
                     autres différences font casuelles, &amp; accidentaires: comme d’auoir parta
                     tous, ou a certains offices, &amp; benefices, desquelsl'estranger est debouté
                     quasi en toute République. Quant aux offices il est bien certain: mais quant
                     aux benefices, encores que les Papes y ayentlong temps resiste, pour en
                     départir à qui bon leur sembloit, si est-ce que tous les princes, chacun en son
                     ressort, s'en font à croire: &amp; principale <pb n="68"/> ment les pays de
                     reduction: comme la France. car les paysd'obedience, comme l’Espagne, l'a
                     obtenu par la bulle<note place="margin"> Bald. consil. 46. lib.1.</note> de
                     Sixte Pape. Etmesme à Boulongne la grasse, où le Pape est seigneur souuerain,
                     les offices &amp; benefices ne sont donnez<note place="margin"> Barbat. consil.
                        23.</note> qu’aux habitans &amp; sugets naturels. le semblable
                     sefaitentoutela seigneuriedeVenize. LesSuissesn’y ont pas procédé par
                     concordats, mais par l’abscheid fait aux estats généraux l'an M. D.XX. il fut
                     arresté que les magistrats mettroient en prison les conratiers deRome auec
                     leurs bulles &amp; mandats apostoliques, qu’ilsauoient pour en frustrer les
                     sugets pourueuspar l’ordinaire. Quant aux Polaques leurs ordonnances en font
                     pleines depuis Casimir le grand<note place="margin"> in statutis
                        Poloniæ.</note> iusques à Sigismond Auguste: à quoy les Alemans ausssi ont
                     donné bon ordre par leurs concordats: qui fut la cause que les maistre,
                     escheuin &amp; treize de la ville de Mets, se plaignirent par lettres du moys
                     de Mars M. D. LXIII. que la ville de Mets estoit comprise aux concordats
                     d’Allemaigne, &amp; que le Roy ne deuoit souffrirles courtisansde Rome venir
                     prendre possession des benefices de Mets, pour en exclure les sugets pourueus
                     par l’ordinaire. L'autre priuilege des citoyens est, qu’ils font exempts de
                     plusìeurs charges que l'estranger est contraint<note place="margin"> Bald. in
                        l. quod fauore. de legib. Alexan. consil.103. lib.2.</note> porter. comme
                     anciennement enAthenes les estrangers payoient le droit de domicile,<note place="margin"> Demonsthenes contra Neæram Greek Text vocat.</note> &amp;
                     les bourgeois estoient afranchis de tous imposts. Mais le plus notable
                     priuilege que le citoyen apar dessusl'estranger est, qu’il a pouuoir defaire
                     testament, &amp; disposer de ses biens felon les coustumes: ou bien laisser ses
                     proches parens heritiers: l'estrangern’any l’vn ny l’autre, &amp; ses biens
                     font acquis auseigneurdu lieu où il est mort. Qui<note place="margin"> Droit
                        d'aubeine ancien &amp; commun, aux Grecs &amp; Latins, &amp; aux
                        Turcs.</note> n’estpointvndroit nouueauen France, comme les Italiens se
                     pleignent, ains aussi commun au Royaume d’Angleterre, d’Efscosse,de Naples, de
                     Sicile &amp; à tout l’Empire d’Orient: où non seulement le grand seigneur est
                     héritier des estrangers, ains aussi desTimariotspourlesimmeubles, &amp;
                     desautres sugets pour ladisme. comme anciennement en Athenes<note place="margin"> Demonsthenes contra Androtionem.</note>le Fisque prenoit la
                     sixiesme partie de la successionde l'estranger, &amp; tous les enfans de ses
                     esclaues: &amp; en Rome la rigueur y estoit bien plus grande, quoy que die
                        Diodore,<note place="margin"> lib.2.</note> que les Ægyptiens&amp; Romains
                     souffroient les heritiers des estrangers, apprehender la succession: &amp;en
                     parle comme estranger, qui ny a pas pris garde: car il est bien certain quil
                     n’estoit aucunement permis à l'estranger, dedisposer de ses biens, &amp; ne
                     pouuoit rien auoir du testament d’vn bourgeois Romain, mais le Fisque emportoit
                     sa succession. nos loix<note place="margin"> l.1. de hæredib. institu. C.
                        l.1.§. 2. de legat. 3. l. quidam De pœnis. 1. neque. §. 1. de militari
                        testa.l.1.§. penul. de iis quæ non scriptis.</note> en sont pleines: ce que
                     nous pouuons aussi iuger parleplaidoyéde Ciceron, lequelpourmonstrer que le
                        poëte<note place="margin"> in oratione pro Archia.</note> Archias estoit
                     bourgeois Romain, dit entre autres choies qu’il auoit disposé de ses biens par
                     testament. &amp; luy mesme en son fait pour donner àentendre que l’arrest de
                     bannissement donné contre luy à la poursuitte de Claude le Tribun estoit nul.
                     Qui est, dit-il, le bourgeois Romain qui a fait difficulté de me laisser ce qui
                     luy a pleu par testament, sans auoir <pb n="69"/> esgard à l'arrest de mon
                     bannissement? Et du mesme argument auoit vsé Demosthene,<note place="margin">
                        contra Eubulidem.</note> pour monstrer que Euxithenes estoit bourgeois
                     d’Athenes. Ses parens, dit-il, ont ils pas recueilli la succeisson de son pere
                     qui l’auoit suruescu? Et<note place="margin"> Droit d'aubeine en
                        Angleterre.</note> tout ainsi qu’en ce Royaume, &amp; en Angleterre les
                     seigneurs particuliers ont droit d’aubeine sus l'estranger mourant en leur
                     territoire:aussi les bourgeois Romains, qui au oient receu les estràngers en
                     leurprotection, emportoient leur successio par dessus le Fisque:
                     &amp;appelloient celàdroit d’application.<note place="margin"> Cicero ad Q.
                        fratrem.</note> C’est pourquoy on disoit en Rome, quele droit de faire
                     testament, estoit seulement permis aux bourgeois Romains. Il apert donc que ce
                     droit d’aubeine est des plus anciens &amp; qui a tousiours esté commun tant aux
                     Grecs, &amp;aux Romains, comme aux autres peuples, iusques à ce que Friderich
                     II. Empereur y derogea par vn edit,<note place="margin"> l.omnes. communia de
                        successio.C.</note> qui est bien mal executé.Car il permet à tous estrangers
                     mouras aux enclaues de l’Empire, de disposer de leurs biens par testament: ou
                     s'ils meurent sans tester, delaisser leurs proches parens heritiers. mais cest
                     edit est aneanti en Italie, où ils vient de plus grande rigueur enuers les
                     estrangers, queceuxquiont pardeça ledroit d'aubeine. Car il est permis<note place="margin">arrest Nouembre 24.1544.</note> à l'estranger d’aquerir en ce
                     Royaume tous les biens, meubles, &amp;immeubles qu’il pourra, &amp; les vendre,
                     donner, troquer, &amp; en disposer par contracts faits entre vifs, ainsi qu’il
                     voudra, &amp; auoir pour vingt ou trente escus lettres de naturalité. mais en
                     plusieurs villes d’Alemagne, &amp; parla coustumegenerale de Boheme, il n’est
                     permis à l’estranger d’auoir vn pied de terre: comme en cas pareil, en Italie
                     ilest defendu à tous estrangers d’acquerir aucuns immeubles en proprieté: comme
                     au Düché de Ferrare la coustume<note place="margin"> Alexand. consil. 157
                        lib.2.nu.12.</note> y est formelle. &amp; qui plus est par la coustume de
                        Perouze<note place="margin"> Ancharan. in cap. canonum statuta. de
                        constit.</note> il est defendude transporteràl'estranger, non seulement la
                     propriété, ains aussi la possession d’aucun immeuble. &amp; parla coüstume de
                        Milan,<note place="margin"> Alexand. consil. 198. lib.6.</note> il n’est pas
                     seulement permis à l'estranger d’auoir l'vsufruict, ou reuenu d’aucun immeuble,
                     sur peine de confisquer le pris, &amp; l’heritage, auec défense aux heritiers
                     d’espouserles estrangers, sur peine de confiscation. &amp; mesme il n’est
                     permis au creancier estranger prendre l’immeuble de son debteur par faute de
                     payement, sinon à Ia charge d’en vuider<note place="margin"> constitut.
                        Mediola. tit. de pœnis.</note> ses mains dedans l’an, qui
                     contraintlescreanciers de vendre, l’heritage à non pris, mesmement si les
                     habitans craignent, ou ayment le debteur, &amp; par ordonnance de l’Empereur
                     Charles V: tous estrangers font deboutez dela succession des sugets de Milan:
                     àlaquelle ordonnant ce Iean Baptistede Plot, a donné cinquante limitations qui
                     font mal executees. Encores<note place="margin"> Coustume de Venize.</note> par
                     la coustume de Venise l’obligationfaicte à l’estranger, ne lie point l’heritier
                     simple du fuget Venitien, sinon pour les biens du defunct, qui est contre le
                        droit<note place="margin"> lib.1.cap.59.statut. Venet.</note> commun. Et
                     parla coustume de Bresse en Italie, lafemme mariee à l'estranger, ne
                     peuttransporter aux estrangers ses biens immeubles, ny le pris
                     d’iceuxdirectement ou indi-1 redement. Voila le bon traitement que les
                     estrangers ont en Italie: <pb n="70"/> quin’a pasoccasion de se plaindre de la
                     France, veumesmes qu’en Angleterre il n’est permis aux sugets d’hypothequer
                     seulement leurs biens àl’estranger. &amp; souuentles
                     Ambassadeursn’ontplainteque pour auoir raisondes debteurs. Et mesme saux
                     montagnes des Grisons &amp; des Suisses, ou le pacte du Bellay dit qu’il faut
                     confiner les Parricides, il n’est pas permis d’hypothequer sa terre. Et en tout
                     le pays de Lituanie,<note place="margin"> Sigismondi liberi in historia
                        Moscho.</note> Moschouie, &amp; Tartarie, les biens des marchans estrangers
                     mourans en ces pays là sontconfisquez. Et neantmoins en ce Royaume le droit
                     d'aubeine est modere, en forte qu’il est permis<note place="margin"> Arrest du
                        parlement de Paris, du 23. Feburier 1518.</note> à l'estranger mourant hors
                     de France, disposer des biens par luy acquis en France à tiltre onereux, &amp;
                     laisser ses enfans nez en France heritiers, pourueu que la mere ne soit
                     estrangere. &amp; quant à la cause des lettres de naturalité, que les heritiers
                     soient regnicoles, les iuges<note place="margin"> Arrest dudit parlement du 7.
                        Mars 1531.</note> l’ont estedue aux estrangers demeurans en France, qui sont
                     preferez aux plus proches demeurans hors le Royaume en la succession de
                     l'estranger naturalité, car autrement il est requis<note place="margin">
                        arrests dudit parlement le 27 Aoust 1540. 1549. 1534. 1536. XI. Mars
                        Benedic. in verbo ad elasiam. nu. 1042.</note> pour faire succéder les
                     enfans de l'estranger, qu’ils soient nez en France, &amp;d’vne bourgeoise, ou
                     sugette naturelle. Et outre ce que i’ay dit, nos Roysvsansd'vne bonté
                     extraordinaire, ont remis<note place="margin"> lettres patentes de Philippes de
                        Valois 13.9. &amp; de Charles 7. 1443.</note> le droit d'aubeine à tous
                     marchans estrangers frequentans les foires de Champagne, &amp; de Lyon:
                     &amp;aux marchans Anglois en Guyenne. &amp; quant à ceux du bas pays de Henaut
                     &amp; d’Artois, les villes d’Amiens, Cambray, Tournay, ils n’ont iamais esté
                     sugets aux droits d'aubeine, &amp; par lettres<note place="margin"> anno 1406.
                        1482. 1497.1549.</note> patentes, &amp; arrests,<note place="margin"> in
                        libro curiæ. inscripto l. IIII. 20.15. 456. publicata sunt priuilegia ea
                        conditione vt iisdem priuilegiis apud eos vtamus.</note> ils en ont
                     tousiours esté exemptez. &amp;mesmes les marchans des villes maritimes sus la
                     mer Baltique, sont aussi exempts du droit d’aubeine,auec plusieurs beaux
                     priuileges, ottroyez par Loys le ieune, confirmez par Charles VIII. verifiezen
                     Parlement, &amp; puis nagueres<note place="margin"> 1567.</note> enuoyez au
                     sieurDanezay, Ambassadeur de France vers le Roy de Dannemarch. Vray est que. le
                     priuilege donné aux marchans estrangers ne s'estend pas aux marchans
                     naturalisez, comme il aesté iugé<note place="margin"> arrest 1569.</note> au
                     priué conseil contre vn marchant Italien naturalité, &amp; toutesfois par
                     prouision seulement. les marchans estrangers n’ont pas vn seulde ces
                     priuilegesentout l’Orient. nous auons trop d’exemples, &amp; mesmement de la
                     succession deCroizile marchant de Tours, qui valoitdeux cens mil escus, qui fut
                     donnéau Bacha Hybraim. Outre ce que i’ay dit, il est permis à tous estrangers
                     mourans hors de France, disposer par testament des biens acquis en France, qui
                     est bien pour monstrer que les estrangers sont traittez beaucoup plus
                     gracieusementen France, qu’ils n estoient en Grece, ny en Rome, ny en tout
                     l’Orient. Il y a encore vne autre différence du citoyen àl’estranger, c’est à
                     sçauoir la cession de biens, de laquelle les estrangers font deboutez:<note place="margin"> arrest du 5. Auril. &amp; Decembre 1565.</note> qui est
                     l’ancien droit des Romains:<note place="margin"> Tacit. lib.5.Tranquil. in
                        Cæsare. l.4. qui bonis cedere poss.C.</note>s autrement l’estranger pourroit
                     à son auantage sucer le sang, &amp;la moüelle des sugets, &amp; puis les payer
                     en faillites: combien qu’il n’y a pas moins de banqueroutiers,
                     quedecessionaires. Quant à la difference <pb n="71"/> du citoyen, &amp; de
                     l’estranger, pour le regard de la caution du iugé que l'estranger est tenu
                     bailler en ce Royaume, &amp; non pas le suget par nos coustumes:<note place="margin"> Faber in §. sed hodie in institutio. de satisdation. arrest
                        contre l'estranger du 17 May 1567.</note> ce n'est point difference qui ayt
                     lieu hors ce Royaume, veu que partout ailleurs, &amp; l’estranger, &amp; le
                     citoyen font tenus Bailler telle caution, suiuant le droit commun.<note place="margin"> toto titulo. qui satisdare.</note> &amp; mesmes en ce
                     Royaume le suget naturel y est contraints fil a fait cession, ou f'il vient en
                     matiere beneficiale par droit deuolu. Mais il y a bien vne difference qui est,
                     &amp; a tousiours esté commune à tous peuples c'est à sçauoir, le droit de
                        marque,<note place="margin"> Demosthenes. Greek Text vocat. in orat. contra
                        Aristocratem. Iustinianus Greek Text constitut. 52 &amp; 134. id est
                        oppignerationem vt vocatur in c.1. de iniuriis &amp; damn dato. vide
                        Innocent in cap. olim de restitut. spoliat. Cynus in authent. habitu. ne
                        filius prop patre C. Varro clarigationem vocat in lib. de lingue
                        Latin.</note> contre les estrangers, &amp; n'a point lieu contre les
                        sugets:<note place="margin"> NOuel. constitut. 52. &amp; 1 prouidendum de
                        decution. C.</note> &amp; pourc ceste cause Friderich II. Empereur r’enuoya
                     aux estats de l’Empire ceux qui luy demandoient droit de represaillie contre
                     les sugets de l’Empire. Et pour le faire brief l'estranger peut estre chassé
                     hors du pays, non feulement en temps de guerre, car alors on licencie les
                     ambassadeurs mesmes, ains aussï en temps de paix, soit pour empescher que les
                     sugets ne soient gastez &amp; alterez d’vn estrangier vicieux, comme
                        Lycurgue<note place="margin"> arrest de l'an 1569. encore que ce fut en
                        guerre ciuile.</note> deffendit aux sugets de sortir sans congé, &amp;
                     bannit l’or &amp; l’argent pour en chasser l'estranger, comme les Indois de la
                     Sine Orientale deffendent aux sugets de receuoir estranger sur peine de la vie:
                     pour obuier aux entreprises que I’estranger peut faire contre I'estat d’autruy.
                     Et si la guerre est ouuerte contre son Prince, l'estranger peut estre retenu
                     comme ennemy, suiuant<note place="margin"> l.si quis ingenuam de
                        captiuis.</note> la loy de guerre: autrement il ne doibt estre retenu, s'il
                     n'est: obligé par contrat, ou par delict: ou qu’il se soit fait suget d’vn
                     autre Prince sans le congé du sien: car en ce cas son Prince a tousiours droit
                     de main-mise comme le seigneur sus l'esclaue fuitif, encores que le sugets vint
                     par deuers luy en qualité d’Ambassadeur, comme les Ambassadeurs de Dan le
                     tyran, que l’Empereur Theodose déclara rebelle à sa maiesté, &amp; meit en
                     prison ses Ambassadeurs. ce qui fut pratiqué par l’Empereur Charles v. contre
                     d'Ambassadeur du Duc de Milan son suget, qui fur retenu prisonnier quand son
                     maistre entra en ligue contre luy: &amp; combien que la nouuelle estant venue
                     en France, l’Ambassadeur d’Espagne fust mis<note place="margin"> Plutar. in
                        Lycurgo.</note> prisonnier au grand Chastelet, si est-ce qu’il en fut aussi
                     tost tiré,<note place="margin"> l. in bello §. 1. de captiuis l. l'an
                        1528.</note> quand on entendit que les Ambassadeurs, &amp; les Herauts d
                     armes de France, d'Angleterre, &amp; de Venize, auoient esté mis hors d’Espagne
                     auec sauuegarde.sans que les coalliez se ressentissent de ce que l'Empereur
                     auoit retenu d'Ambassadeur de Milan: car combien que cela semble contraire à la
                     loy "si quis legatus de legation." si est-ce que les Romains punissoient le
                     suget qui s'estoit retiré aux ennemis en qualité d’ennemi.<note place="margin">
                        l.19.de captiuis.</note> Et la plus belle couuerture que les Imperiaux
                     trouuerent pour excuser Ie meurtre fait en la personne de Rangon &amp; Fregose,
                     Ambassadeurs de France vers le Turc, fut que l’vn estant Espagnol suget naturel
                     de l'Empereur, &amp; l’autre Geneuois en sa protection, s'estoient mis au
                     seruice de son ennemy, &amp; le bruit estoit qu’ils alloient luy dresser
                     nouuelle guerre, combien que l’Empereur ne voulut aduouer le meurtre, offrant
                     faire iustice <pb n="72"/> de ceux qui en seroient attaints, &amp; conuaincus.
                     Mais quoy que face le suget, il ne peut s’exempter de la puissance de son
                     seigneur naturel ores qu’il deuint Prince souuerain au pays d’autruy, non plus
                     que l’esclaue Barbarius<note place="margin"> l.2. de offic. prætoris.</note>
                     lequel s'estant fait Præteur de Rome, fut suiui, &amp; vindiqué par son
                     seigneur, auec lequel il composa pour fa liberté, comme dit Suidas:<note place="margin"> l.vlt. de decret. ab ordine.l.2.&amp; ibi Bartol. de
                        eunuchis. Bal. in l. non solum de commercijs. C. Bartol. in l. cuntos
                        populos.q.8.</note> aussi le suget en quelque lieu qu’il soit souuerain,
                     peut, estre rappelle; comme de fait la Royne d’Angleterre rappella le Conte de
                     Lenos, &amp; son fils Roy d’Escosse, &amp; pour n’auoir obey confisqua leur
                     bien. car le suget est tenu aux ordonnances personnelles de son Prince: de
                     sorte que s'il est interdit au suget de contracter ou d’aliener, les
                     alienations sont nulles, encores qu’il les face au pays d’autruy, &amp; du bien
                     qu’il a hors le territoire de son Prince: &amp; si Ie, mari hors son pays donne
                     à fa femme contre la defense de son Prince, ou des coustumes de son pays, la
                     donation est nulle:<note place="margin"> l.mercatores &amp; ibi Bald. de
                        commer. Alexand concil. 116. lib.6.c.tuæ cap. vlt. de clericis non
                        resident.licet alij aliter sentiunt. ex l. si fundus de
                        euictionib.ff.</note> carla puissance de lier, &amp; obliger vn suget n'est
                     point atachee aux lieux. Et pour ceste cause les princes ont accoustumé d’vser
                     entre eux de commissions rogatoires, ou du droit de marque, pour faire obeir
                     leurs sugets, ou euoquer les eau ses, &amp; pour suites contre eux faites,
                     sinon en cas permis de droit. Et me souuient à ce propos auoir veu lettres des
                     seigneurs de Berne au feu Roy Henry, sur ce que la Royne d’Escosse auoit fait
                     appeller aux requestes du Palais à Paris la Marquise de Rotelin en qualité de
                     tutrice du Duc de Longueuille, à cause du Comte de Neuf-chastel, pour faire
                     euoquer la cause, remonstrans que le Duc de Longueuille estoit leur bourgeois à
                     cause de Neuf-chastel. Voila les principales differences des sugets &amp;
                     citoyens aux estrangers, laissant les différences particulières de chacun pays,
                     qui sont infinies.<note place="margin"> Difference des citoyens entre
                        eux.</note> Quant aux différences des sugets entre eux, il n’y en a pas
                     moins en plusieurs lieux, qu’il y a entre les estrangers, &amp; les sugets.
                     I'en ay remarqué quelques vnes. des nobles aux roturiers, des maieurs aux
                     mineurs, des hommes aux femmes, &amp; de la qualité d’vn chacun. Et pour le
                     faire court il se peut faire en termes de droit,<note place="margin"> l. si
                        filij.§.senatores l. penul. de senator. Bart. in l.1.ad municipal.
                        Oldrad.q.32.&amp; q.74. Bal. in cap.1. de milite vassal. Castrensis consil.
                        292. Bertrand. consil.92.lib.2.Alexand. consil.41. lib.7.nu.4. Carol.
                        moinæus ad notas. Alexand. eod.consil.</note> qu’entre les citoyens, les vns
                     soient exempts de toutes charges, tailles, &amp; imposts, ausqueIs les autres
                     seront sugets. nous en auons vue infinité d'exemples<note place="margin">
                        l.2.de censib.toto titul. de senator.l.1. de dignitat.C.</note> en nos loix.
                     comme aussi la societé est bonne<note place="margin"> l.Mutius. pro
                        socio.ff.</note> &amp; vallable, ou l’vn des associez a part au profit,
                     &amp; ne porte rien du dommage. C'est pour quoy nous voyons la distinction des
                     citoyens en trois estats, à scauoir l’Ecclesiastic, la Noblesse, &amp; le
                     Peuple, qui est gardee presque en toute l’Europe. &amp; outre ceste diuision
                     generale, il y en a de plus speciales en beaucoup de Republiques, comme à
                     Venise les gentils-hommes, les citadins, &amp; le menu peuple: à Florence au
                     parauant qu’elle fust reduicte soubs vn Prince, il y auoit les grans, les
                     populaires, &amp; le populace. Et nos anciens Gaulois auoient les Druides, les
                     gens de cheual, &amp; le menu peuple. En Ægypte les prestres, les gensdarmes,
                     &amp; les artisans, comme nous lisons en Diodore. Aussi l’ancien legislateur
                     Hippodamus diuisa les citoyens en gensdarmes, artisans, &amp; laboureurs: &amp;
                     sans <pb n="73"/> cause a esté calomnié d’Aristote <note place="margin">
                        lib.2.polit.</note> comme nous lisons es fragmens<note place="margin"> apud
                        Stobæum.</note> de ses ordonnances. Et quoy que Platon s'efforceast de faire
                     tous les citoyens de sa Republique sgaux en tous droits &amp; prerogatiues, si
                     est-ce qu'il les a diuisez en trois estats, à scauoir en gardes, en gensdarmes,
                     &amp; laboureurs. qui est pour monstrer qu’il n’y eut onques République, soit
                     vraye, ou imaginere, voire la plus populaire qu’on peut penser, où les citoyens
                     soient égaux en tous droits, &amp; prerogatiues: mais tousiours les vns ont eu
                     plus ou moins que les autres.. </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>