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                  <head><hi rend="italic">CHAP. III</hi> DE LA PVISSANCE MARITALLE,
                     &amp; s'il est expedient de renouveller la loy de repudiation</head>
                     <p>TOVTE Republique, tout corps &amp; college, &amp; tout 
                     mesnage se gouverne par commandement, &amp; obeissance: 
                     quand la liberté naturelle, qu’un chacun a de vivre à 
                     son plaisir, est rangee soubs la puissance d’autruy: &amp; 
                     toute puissance de commander à autruy, est publique ou 
                     particuliere. la puissance publique gist au souverain,
                     qui donne la loy, ou en la personne des magistrats, qui ploient soubs la 
                     loy, &amp; commandent aux autres magiftrats, &amp; aux particuliers. le 
                     commandement particulier est aux chefs de mesnages, &amp; aux corps &amp; 
                     colleges en general, sur chacun d’eux en particulier, &amp; à la moindre partie de 
                     tout le corps en nom collectif. Le commandement des mesnages se prend 
                     en quatre sortes, du mari envers la femme, du pere envers les enfans, du 
                     seigneur envers les esclaves, du maistre envers les serviteurs. Et d’autant 
                     que le droit gouvernement detoute Republique, corps &amp; colleges, 
                     societez &amp; mesnages depend de sçauoir bien commander &amp; obeir: 
                     nous dirons par ordre de la puissance de commander, suivant la division que 
                     nous avons posee. Nous appelions liberté naturelle de n’estre suget, apres 
                     Dieu, à homme<note place="marg">l. libertas. de statu 
                        hom.</note> viuant, &amp; ne souffrir autre commandement que de 
                     soymesme: c’est à dire, de la raison, quiest tousjours conforme à la volonté de 
                     Dieu. Voila le premier &amp; le plus ancien commandement qui soit, c’est à 
                     sçauoir, de la raison sus l’appetit bestial: &amp; auparauant qu’on puisse bien
                     commander aux autres, il faut apprendre à commander à soymesme, rendant à la 
                     raison la puissance de commander, &amp; aux appetits l’obeissance: &amp; en ceste 
                     sorte chacun aura ce qui luy appartient, qui est la premiere &amp; la plus 
                     belle justice qui soit: &amp; ce que les Hebrieux disoient en commun proverbe, 
                     commencer charité par soymesme, qui n’est autre chose, que rendre les 
                     ap¬petits ployables à la raison. c’est le premier commandement que Dieu a 
                     establi par edit<note place="marg">Genes.cap.I.</note> expres, parlant à celuy qui premier tua son frere. Car le 
                     commandement, qu’il avoit donné auparauant au mari par dessus la femme, 
                     porte double sens, &amp; double commandement : l’un, qui est literal de la 
                     puissance maritale: &amp; l’autre moral, qui est de l'ame sus le corps, de la 
                     raison sus la cupidité, que l'escriture saincte appelle quasi tousiours 
                     femme, &amp; principalement Salomon, qui semble à beaucoup de personnes,
                     <pb n="15"/>estre ennemi juré des femmes, ausquelles il pensoit le moins quand il en 
                     escrivoit, comme tresbien a monstré le sage Rabin<note place="marg">lib. I. nemore 
                        anneuoquim.</note> Maymon. Or nous 
                     laisserons aux Philosophes &amp; Theologiens le discours moral, &amp; 
                     prendrons ce qui est politique, pour le regard de la puissance du mari sus la 
                     femme, qui est la source &amp; origine de toute societé humaine. Quand je
                     dy la femme, j'entens celle qui est legitime &amp; propre au mari, non pas la
                     concubine, qui n’est point en la puissance du concubin: encores que la 
                     loy des<note place="marg">l.in liberæ, de 
                        concubinis.</note> Romains appelle mariage, &amp; non pas concubinage, si la concubine est 
                     franche &amp; libre: ce que tous les peuples ont regetté à bon droit, 
                     comme chose deshonneste, &amp; de mauvais exemple. aussi nous n’entendons 
                     pas que la fiancee soit<note place="marg">l. 4. de condit. &amp; dem. l. ea quæ ad 
                        munici.</note> sugete au fiancé, ny tenue de le suyvre: &amp; ne 
                     peut le fiancé<note place="marg">cap. de illis &amp; ibi Hostieu. &amp; Panor. de 
                        sponsa.</note> mettre la main sus elle, ce qui est permis<note place="marg">Bal. &amp; 
                           Cune. in l. raptores. De Episcopis. Cinus in l.I. q. 2. de raptor. vir. C. Alexan. 
                           in l. miles.§.qui iudicati. de re iudic.l. vlt. de libero homine. C.</note> au mari de droit 
                     civil &amp;<note place="marg">ca. duo.33.q.2. cano sicut. 7. q. 
                        I.</note> canon. &amp; si le fiancé avoit usé de main mise, &amp; ravi fa fiancee, il 
                     doit estre puni capitalement en termes de<note place="marg">l.I. de raptor. vir. 
                        C.</note> droit. Et ores que le consentement 
                     des parties y soit, voire contract passe par parole de present, ce 
                     que la loy appelle<note place="marg">l. nuptias de 
                        regul.</note> mariage: si est-ce toutesois que la droite puissance 
                     maritale n'est point acquise, si la femme n'a suivy le mari: veu que la pluspart
                     des canonistes<note place="marg">cap. debitum.de bigam. Lombardus in. 4. sentential. 
                        distinc. 30. &amp; 27 q. 2. Barbatias. consil. 2. col. 7. lib. 4. glo. in cap.ex 
                        public. ext.de conuer. coniugali. Corne. consil. 248. lib. 2. Felin. in cap. tertio. 
                        loco de præsump.</note> &amp; theologiens, quis'en sont croire en ceste matiere, 
                     ont tenu qu’il n'y a point de mariage entre l’homme &amp; la femme, s’il ne 
                     est consommé dé fait, ce que noz coustumes ont disertement articulé, 
                     quand il est question des profits du mariage &amp; de la communauté. Mais 
                     depuis que le mariage est consommé, la femme est soubs la puissance du 
                     mari, si le mari n'est: esclave ou enfant de famille : auquel cas ny l’esclave, 
                     ny l'enfant de famille, n’ont aucun<note place="marg"> toto tit.quib.mod.
                        patr. pot.</note> commandement sus leurs femmes, 
                     &amp; moins encores sus leurs enfans, qui demeurent tousjours soubs la 
                     puissance de l'ayeul, encores qu’il ait emancipé son fils marié. Et la raison est, par 
                     ce que lemesnage ne<note place="marg">l. pronuntiatio. de verb.
                        sig.</note> soufre qu'un chef, qu’un maistre, qu’un seigneur: 
                     autrement s’il y avoit plusieurs chefs, les commandemens seroient contraires, 
                     &amp; la famille en trouble perpetuel. Et par ainsi la femme de condition 
                     libre, se mariant à l’enfant de famille, est soubs la puissance du beau 
                     pere: aussi bien que l’homme libre se mariant à la fille de famille, est en la 
                     puissance d’autruy, s’il va demeurer en la maison du beau pere: bien que 
                     en toute autre chose il joüisse de ses droits &amp; libertez. Mais il y a peu 
                     d'apparence que les loix<note place="marg">l.I.§.I. de liberis ag.I.l.I.§. vlt.l. eum qui. §. si nupta. de iniuriis. l.I. sine &amp; sequent. de liberis exhibend.l.2.§. quod si in patris. l. quoties. solute. l. 3. l.nec inter. l. si vt propones. de dona. inter virum. C. l. filium. l. licet de collation. C. l. si vxor &amp; ibi Accurs. Cin. Bartol. Bald. Salic. Alberic. de condit. insertis.C.</note> Romaines veulent que la fille mariee, &amp; menee 
                     en la maison du mari, si elle n'est emancipee du pere, ne soit point sugette 
                     au mari, ains au pere. qui est contre la loy de nature, qui veut que chacun 
                     soit maistre en sa maison, code dit Homere, affin qu’il puisse donner loy 
                     à sa famille. aussï est-ce contre la loy de Dieu, qui<note place="marg">Genes. 
                        cap. I.</note> veut, que la femme 
                     laisse pere &amp; mere pour suyvre le mari: &amp; donne puissance au<note place="marg">Numer.
                        cap.30. Augustini q.59. cap. 4. Num. ca. voluit.33.q.5.</note> mari des vœuz 
                     de la femme. aussi les loix Romaines n’ont aucun lieu pour ce regard, &amp; 
                     moins en ce Royaume qu’en lieu du monde : car la coustume<note place="marg">Faber. 
                        in. §. I. institute. de S. C. Tertul.&amp; §.2. quod cum eo qui in alie. Masuer. 
                        titul de iniuriis. §. item filia. &amp; in tit. de doce. §. item de consuetudine.</note> generale 
                     exempte la femme mariee de la puissance du pere: qui estoit semblable 
                     en Lacedemone, comme dit Plutarque aux Laconiques, où la femme
                     <pb n="16"/>mariee parle ainsi. Quand j’estois fille, je faisois les commandemens de mon 
                     pere: mais puisque je suis mariee, c’est au mari, a qui je dois l'obeissance. 
                     autrement la femme souleroit aux pieds les commandemens du mari, &amp; le
                     quitteroit quand bon luy sembleroit, prenant le pere à garend. les<note place="marg">excipiunt 
                        concubitum &amp; operas. Accurs in d.l. si vxorem. &amp; in d.§.I.institut.de S.C. 
                        Tertul.ex l. sicut deoperis libert. Bart. Imol. Castrens.in l. rei iudicatio. cum 
                        seq.soluto matr.</note> interpretes 
                     excusans les loix Romaines, y ont adiousté plusieurs exceptions, 
                     pour les inconveniens qui resulteroient, si la femme n’estoit sugette au mari, 
                     encores qu’elle ne fust emancipee du pere. Mais hors la puissance 
                     paternelle, toutes les loix divines &amp; humaines sont d’accordence poinct là, que 
                     la femme doit obeissance aux commandemens du mari, s'ils ne sont illicites. 
                     Il n'y a qu'un docteur<note place="marg">Andr. ad Specul. tit. qui filij. 
                        sint legit.</note> Italien, qui a tenu, que la femme n’est point en la 
                     puissance du mari: mais tout ainsi qu’il n’a ny auctorité, ny raison de son 
                     dire, aussi n’y qui l’ayt suivi. Car il est tout certain, que par la 
                     loy de<note place="marg">Dionys. Halicar. lib.2.</note> Romule, non seulement le mari avoit tout commandement sus 
                     la femme, ains aussi, pouvoir de la faire mourir, sans forme, ny figure de 
                     proces en quatre cas; c’est à sçauoir, pour adulter, pour avoir supposé 
                     un ensant, pour avoir de <note place="marg">Tacit. 
                        lib.2.</note> faulses clefs, &amp; beu du vin. Peu a peu la rigueur 
                     des loix &amp; coustumes fut moderee, &amp; la peine de l’adultere permis à la 
                     discretion des parens de la femme: ce qui fut renouvelle, &amp; pratiqué au 
                     temps de Tibere l’Empereur: parce que le mari repudiant sa femme 
                     pour adultere, ou se voyant attaint de mesme crime, le cas demeuroit impuni, 
                     au grand deshonneur des parens, qui bien souvent faisoient mourir<note place="marg">Flor.
                        cap.49.</note> <note place="marg">titul.xi.&amp; 9. Institut.</note>ou 
                     bannissoient la femme. Et combien que la puissance des maris se 
                    diminua bien fort: si est-ce neantmoins par la harangue, que Marc<note place="marg">Livi.
                     lib.35.</note> Caton le 
                    Censeur fist au peuple pour la defense de la loy Oppia, qui retranchoit 
                    aux femmes les habits de couleur, &amp; defendoit de porter plus d’une once 
                    d’or, il apert, que les femmes estoient toute leur vie en la tutelle de leurs 
                    peres, freres, maris, &amp; parens, de sorte qu’elles ne pouvoient contracter, 
                    ny faire aucun acte legitime, sans l’auctorité, &amp; volonté d’iceux. 
                    Caton vivoit environ l’an D.L. apres la loy de Romulus. &amp; deux cens ans 
                    apres Ulpian Jurisconsulte dit, qu’on don¬ne tuteurs aux femmes, &amp; 
                    aux pupilles: &amp; quand elles estoient mariees, qu’elles estoient in 
                    manu viri, c’eft à dire, en la puissance du mari. Et si on dit qu’il a divisé 
                    le tiltre des personnes, quae sunt in potestate, d’avec celles quae 
                    sunt in manu, cela ne conclud pas, que la femme ne feust en la puissance 
                    du mari : car cela sest fait pour monstrer la difference du pouvoir 
                    que le mari a sus la femme, &amp; le pere sus les enfans, &amp; le seigneur sus les 
                    esclaves. &amp; qui doubte que ce mot, manus, ne signifie pouvoir, 
                    auctorité, puissance? les<note place="marg">Genes.24.Exod.</note> Hebrieux, <note place="marg">Numeri. 
                       XI.</note> Grecs &amp; Latins en ont tousjours ainsi 
                    usé,quand ils disent la main du Roy, &amp; in manus hostium venire, &amp; 
                    mesmes Feste <note place="marg"> in verbo Emancipatum.</note>Pompe parlant du mari qui prend femme, dit mancipare, 
                    qui est un mot propre aux esclaves. duquel mot usent plusieurs 
                    coustumes de ce Royaume, où il est question d’emanciper les femmes. Et 
                    pour monstrer, que la puissance des maris sus les femmes, a esté generale
                     <pb n="17"/>à tous les peuples, je n’en mettray que deux ou trois exemples. Olore 
                    Roy de Thrace contraignit<note place="marg">Iustin lib.32.</note> les Daces, pour avoir esté vaincus des 
                    en¬nemis, de servir à leurs femmes, en signe de servitude extreme. &amp; de la 
                    plusgrande contumelie dont il se peut adviser. Aussi lisons nous, que par les 
                    loix des<note place="marg">In legib. Rotaris ac Luitprandi, &amp; in legib. 
                        Longobard.cap.I.&amp; vlt. &amp; penult tit.qualiter mulier. liber. alien. 
                        petiniss.</note> Lombars la femme estoit en mesme sugetion que les anciennes 
                    Romaines: &amp; les maris avoient toute puissance de la vie &amp; de la mort, de 
                    laquelle ils usoient encore au temps de<note place="marg">Accurs. &amp; Bald. 
                       in l. velles de reuocan. donat C.</note> Balde, il n’ya. pas c c LX. ans. Quand 
                    à nos ancestres Gaulois, y eut-il jamais en lieu du monde plus grande 
                    puissance sus les femmes, qu’ils ont eu? Cæsar<note place="marg">lib.6. belli 
                       Gallici.</note> le monstre bien en ses 
                    memoires, ou il dit, queles Gaulois avoient toute puissance de la vie &amp; 
                    de la mort sus leurs femmes &amp; enfans, tout ainsi que sus leurs esclaues. 
                    &amp; sil y avoit tant soit peu de soupçon que le mari fust mort, par le fait de la 
                    femme, les parens la prenoient, &amp; luy bailloient la question, &amp; si elle estoit 
                    convaincue,  ils la faisoient mourir cruellement, sans l’auctorité du 
                    magistrat. mais la cause estoit bien plus apparente, que pour avoir beu 
                    du vin, qui suffisoit au mari par la loy des Romains, pour faire mourir sa 
                    femme: &amp; en cela tous les anciens<note place="marg">Dionys. Halicar. lib. 
                       2. Plin. lib. 14. cap. 13. Valer. de institute. antiq. Cicero de natu. deor. 
                       lib. 3 Plutar. in problemat. Rom. cap., 6. Arnob. lib. 2. aduersus gentes. 
                       Tertul.in apologet. cap 6. Gellius lib. 10. c. 23. &amp; Alcimus Siculus 
                       apud Athenæum.</note> s'accordent. Qui n’estoit pas 
                    seulement la coustume des Romains, ains aussi Theophraste escript, que les 
                    anciens habitans de Marseille en Prouence, &amp; les Milesiens usoient de 
                    mesme loy contre les femmes, qui avoient beu du vin: jugeans que les 
                    appetits immoderez de la femme sugette au vin, la feroient aussi tost 
                    yvrongne, &amp; puis adultere. Aussi trouvons nous,que la puissance donnee 
                    au mari, par la loy de Romulus, de faire mourir sa femme pour cause 
                    d'adultere sans auctorité du magistrat, estoit commune àtoute la<note place="marg">Polyb. 
                       lib. 2. Lysias de Eratosthenis cæde.</note> Grece 
                    aussi bien comme aux Romains. car la loy<note place="marg">l. I. ad l. Iul. 
                       de adult.</note> Julia, qui permet 
                    seulement au pere<note place="marg">l. matito. l. patri. 
                       eod.</note> de tuer sa fille avec l’adultere trouvez sus le fait, &amp; non 
                    autrement, a esté faite par Auguste sept cens ans apres la loy de Romulus. 
                    &amp; neantmoins la loy Julia a permis aussi au<note place="marg">d l.
                       marito.</note>mari d’en user comme le pere 
                    envers certaines personnes exceptees: punissant le mari bien legerement,
                    <note place="marg">l. si adulterium. §. Imperatores eod. l. I. ad l. Cornel.
                       de sicar.l. Gracchus. eod. C.l.3.§. si maritus ad 
                       Silanian.</note> qui avroit passé outre l’exception de là loy. Mais la peine publique 
                     ne deroge point à la puissance du mari en autre sorte de corrections, 
                     que le mari avoit sus la femme, outre la peine de mort, qui pour ce 
                     regard luy estoit interdite. Depuis Theodora Imperatrice, <note place="marg">auth. hoc iure. de adult.C.</note>ayant toute 
                     puissance sus l’Empereur Iustinian, homme hebeté de son sens, fist 
                     toutes les loix qu'elle peut à l’avantage des femmes, &amp; entre autres mua la 
                     peine de mort en une peine d’infamie, comme firent aussi anciennement les 
                     Atheniens, <note place="marg">Demosthe. contra Neæram.</note> <note place="marg">Faber. 
                        in. l. 2. quæ sit longa consuet. C. Benedic. in cap. Raynutius, in verbo cuidam. 
                        Nu. 63.</note>excommunians les adulteres, avec note d’infamie, ainsi que nous
                     lisons aux plaidoyez de Demosthene: qui semble chose ridicule, attendu 
                     que l’infamiene peut oster l’honneur à celle qui l'aperdu, &amp; qui est du tout 
                     dehontee, rellement quelle demeure quasi sans peine, mesmement en ce 
                     Royaume, d’un crime que la loy de Dieu<note place="marg">Levit. 20. Daniel. 13. 
                        Deutero.24.</note> punist de la plus rigoureuse 
                     mort qui fust lors, c’eft à sçauoir, <note place="marg">Rabi Maymo li 3. 
                        nemore aneuoquim ait crudelissimum omnium mortis genus esse.</note> de lapidation: &amp; que du moins les 
                     Ægyptiens<note place="marg">Diodor.lib.I.</note> punissoient, en coupant le nez à la femme, &amp; les parties honteuses à
                     <pb n="18"/>l’homme. Es autres crimes qui touchent plus le mari que le public, &amp; qui ne 
                     meritent point la mort, tous<note place="marg">ca. duo ista. 23. q. 4. Accurs. in l. et si. §.vlt.ad. l. aquil. &amp; in authent. vt liceat matri. . quia vero. Bal. in l. filius. de patria potest. C. &amp; in l. nec patronus. de operis libert. C. &amp; consil. 176. Panor. in c. ex transmissa. de restitute. spoliat Bart. in l. iubemus de repud. C.</note> sont d’accord, que le maria puissance de 
                     chastier moderément sa femme. Et affin que les maris n’abusassent de la 
                     puissance que la loy leur donnoit sur les femmes, elles avoient contre les maris 
                     action en cas de mauvais traittement, <note place="marg">Quintil. lib. 7. c. 4. l.
                        5. de pactis doctal. l. viro &amp; vxori. soluto.</note> ou de mauvaises meurs, que depuis 
                     Iustiniam<note place="marg">l. vlt. de repud. C. 4 Andr in addit. ad specul. 
                        rubric. de iniuriis ex l. 2. l erum amotar.l. no debet de dolo. l. si quis 
                        vxori. de furtis. Alexand. in l. diuortio. . si fundum. col. 4. solute. Ancaran. 
                        consil. 408.</note> osta: ordonnant quelques peines civiles &amp; pecuniaires à prendre 
                     sus les droicts des conventions matrimoniales à celuy qui auroit 
                     donné cause de separation. qui sont principalement fondees sus l’adultere, &amp; 
                     l'empoisonnement essayé, &amp; n’ayant sorti effect. Mais nonobstant 
                     l’ordonnance de Iustinian, il est permis à la femme injuriee &amp; traittee 
                     indignement par son mari, demander separation: toutefois on ne doit 
                     permettre l’action d’injures entre le mari &amp; la femme (comme quelques <note place="marg">l. 
                        I. &amp; 2. rerum amot. l. aduersus de crimi. expilatæ hæredit.C.</note> uns 
                     ont voulu)pour l’honneur &amp; dignité du mariage, que la loy a tant estimé, 
                     qu’elle ne veut pas que le mari ny mesmes un tiers, puisse avoir action 
                     de larcin contre la femme, encores qu'elle eust expilé tous les meubles 
                     du mari. Mais d’autant qu’il n’ya point d’amour plus grand que celuy 
                     du mariage, comme dit Artemidore, aussi la hayne y est la plus capitale, 
                     si une sois elle prend racine. Et pour ceste cause la loy de Dieu, touchant 
                     les separations, qui depuis fut commune à tous les peuples, &amp; est 
                     encores à present vite en Afrique, &amp; en tout l'Orient, permettoit au mari de 
                     repudier sa femme, si elle ne luy plaisoit, à la charge qu'il ne pourroit 
                     jamais la reprendre, mais bien se remarier à une autre. qui estoit un moyen 
                     pourtenir en ceruelle les femmes superbes: &amp; aux fascheux maris de ne 
                     trouver pasaysement femme, si on cognoissoit qu’ils eussent repudié la 
                     leur sans juste cause. Et si on dit, qu’il ny a point d’apparence de repudier 
                     sa femme sans cause: je me rapporteroy à l'usage commun: mais il n’y a 
                     rien plus pernicieux, que contraindre les parties de vivre ensemble, s’ils 
                     ne disent la cause de la separation qu’ils demandent, &amp; qu’elle soit bien 
                     verifiee: car en ce faisiant, l’honneur des parties est au hazard qui seroit 
                     couvert, quand la separation ne porteroit point de cause: comme faisoient 
                     anciennement, &amp; font encores à present les Hebrieux, ainsi qu’on peut 
                     voir en leurs pandectes, &amp; mesmement du Jurisconsulte Moyse Cotsi, 
                     au chap. du retrenchement<note place="marg">cap. HEBEREW TEXT id est, 
                        abscissionis.</note> (ils appellent ainsi la repudiation) où il 
                     met l’acte de repudiation, que le Rabin Jeiel Parisien, lors que les Juifs 
                     demeuroient en Paris, enuoya a sa femme le mardi XXIX. Octobre, l’an de 
                     la creation du mode cinq mil<note place="marg">id est, anno Christi. 1240.</note> dix huict: où l’acte ne porte aucune 
                     cause de repudiation. l’en trouue une autre en l’epitome des pandectes 
                     Hebraiques, recueillie par le Jurisconsulte Moyse de Maymon, au titre des 
                     femmes<note place="marg">cap. HEBREW TEXT</note> chap.III. qui fut fait en Chaldee. où le juge des lieux, ayant veu 
                     la procuration speciale, &amp; l'acte de celuy qui avoit repudié sa femme en 
                     presence de trois tesmoins, adjouste ces mots, qu'il l'a repudiee purement 
                     &amp; simplement &amp; sans y adiouster cause, luy permettant de se remarier à 
                     qui bon luy sembleroit, &amp; le juge en decerne acte aux parties. En quoy
                     <pb n="19"/>faisant, la femme n'est point deshonoree, &amp; peut trouver autre parti sortable 
                     à sa qualité. Et de fait, anciennement les Romains ne mettoient 
                     aucune cause, comme on peut voir quand Paul<note place="marg">Plutar. in 
                        Æmilio.</note> Æmil repudia sa femme, 
                     qu’il confessoit estre fort sage &amp; honneste, &amp; de maison fort noble, &amp; de 
                     laquelle il avoit plusieurs beaux enfans. &amp; lors que les parés de la femme 
                     s’en plaignirent a luy, voulans sçavoir la cause, il leur monstra son 
                     soulier, qui estoit beau, &amp; bien fait, mais qu’il n’y auoit que luy qui sentist 
                     l’endroit ou il blessoit. &amp; si la cause ne semble suffisante au juge, ou qu'elle 
                     ne soit bien verifiee, il faut que les parties vivent ensemble, ayant a tout 
                     heure l’un &amp; l’autre l'obiect de son mal devant ses yeux. Cela faict, que se 
                     voyans reduits en extreme servitude, crainte, &amp; discord perpetuel, les 
                     adulteres, &amp; bien souvent les meurtres, &amp; empoisonnemens s’en 
                     ensuivent, &amp; qui sont pour la pluspart incognus aux hommes : comme il fut 
                     decouvert en Romme, auparavant que la coustume fut pratiquee de 
                     repudier sa femme (car le premier fut Spurius Carnilius, environ cinq cens 
                     ans apres la fondation de Romme) une femme estant surprinse, &amp; 
                     condamnee d’avoir empoisonné son mari, elle en accusa d’autres, qui par 
                     compagnie &amp; communication entre elles en accuserent jusques à 
                     soixante &amp; dix de mesme crime, qui furent toutes execurees. chose qui est 
                     encores plus à craindre, ou il n'y a aucun moyen de repudier l’un l'autre. 
                     Caries Empereurs Romains ayans voulu oster la facilité des repudiations, 
                     &amp; corriger<note place="marg">l. consensus, de repud. C.l. vlt. eod. 
                        Bald. in l. I. . quod scimus de latina. libert. Panor. consil. 328.
                        lib.4. Iaso &amp; Alexand. in l. si ab hostib. solute matri.</note> l’ancienne coustume, n’ont ordonné autre peine que la 
                     perte des conventions matrimoniales, à celuy qui seroit cause du diuorce: 
                     encores Anastase<note place="marg">l. si constant, de 
                        repud</note> permit la separation du consentement des deux 
                     parties sans peine : ce que Justinian<note place="marg">l. authore quod hodie.
                        eod.</note> a defendu. chacun peut juger en 
                     soymesme, si l’un est plus expedient que l’autre. Mais quelque changement 
                     &amp; varieté de loix qui puisse estre, il n’ya jamais eu loy ny coustume, qui 
                     ayt exempté la femme de l'obeissance, &amp; non seulement de l'obeissance, 
                     ains aussi de la reverence<note place="marg">l. I. quod autem de rei vxoriæ. 
                        C l. alia. § vbi. soluto.</note> qu’elle doit au mari, &amp; telle que la loy<note place="marg">l. 
                        generaliter de in ius vocand Decius in l.vlt. eod. in fine. C.</note> ne 
                     permettoit pas à la femme d’appeller le mari en jugement sans permission 
                     du magistrat. Or tout ainsi qu’il n’y a rien plus grand en ce monde, 
                     comme dit Euripide, ny plus necessaire pour la conservation des 
                     Republiques,que l’obeissance de la femme au mari: aussi le mari ne doit pas 
                     sous ombre de la puissance maritale, faire une esclave de sa femme: 
                     combien que Marc Varron veut que les esclaves soient plustost corrigez de 
                     paroles que de batures, à plus forte raison la femme, que la loy<note place="marg">l. 
                        aduersus, de crimine expilatæ. C.</note> appelle 
                     compagne de la maison divine &amp; humaine : comme nous monstre assez 
                     Homere<note place="marg">lib.I.Iliad.</note> introduisant Jupiter, qui reprend sa femme, &amp; la voyant 
                     rebelle, use de menaces, &amp; ne passe point outre. Et mesme Caton, qu’on 
                     disoit estre l'ennemy juré des femmes, ne frappa<note place="marg">in vita 
                        Catonis censorij.Plutar.</note> jamais la sienne, tenant 
                     cela pour sacrilege: mais bien scavoit il garder le rang &amp; la dignité 
                     maritale, qui retient la femme en obeissance: ce que ne fera jamais celuy, qui 
                     de maistre s’est faict compagnon, puis serviteur, &amp; de serviteur esclave:
                     <pb n="20"/>comme on reprochoit<note place="marg">Arist. lib.2. 10. lit. Plutar. 
                        in Laconic.</note> aux Lacedemoniens, qui appelloient leurs femmes 
                     maistresses &amp; dames: ce que faisoient bien aussi les Romains, <note place="marg">Tranquil. 
                        in Claudio. s. vxorem de legat. 3. lititia. §. vxor. de auro &amp; arg.</note> ayans 
                     ja perdu la dignité maritale, &amp; la marque virile de commander aux femmes.
                     Combien que celles, qui prennent si grand plaisir à commander 
                     aux maris effeminez, ressemblent à ceux, qui ayment mieux guider les 
                     aveugles, que de suivre les sages &amp; clairvoyans. Or la loy de Dieu &amp; la 
                     langue saincte, qui a nomme toutes choses selon sa vraye nature &amp; 
                     proprieté, appelle le mari Bahal, c’est à dire, le seigneur &amp; maistre, pour 
                     monstrer qu’à luy appartient de commander. Auffi les loix de tous les 
                     peuples, pour abaisser le cueur des femmes, &amp; faire cognoistre aux hommes, 
                     qu’ils doivent passer les femmes en sagesse &amp; vertu, ont ordonné, que 
                     l'honneur &amp; splendeur de la femme dependroit du mari. de sorte que 
                     si le mari est noble, il annoblist la femme<note place="marg">l. fœminæ de senat 
                        l. cum te. l. vlt. de nupt. l. vlt. de incolis. C. Bartol. Fulgo. Castrens. 
                        Iaso in l vlt. de verb. signif Guido papa consi. 217 &amp; decif.delph. 196 
                        394.379.</note> roturiere: &amp; si la damoiselle 
                     espouse un roturier, elle perd<note place="marg">Bart.in. l I. de dig. C. 
                        Castrens. in d. l. vlt de verb.sig Corne.consil 55.col.4.lib. I &amp; consil.26.
                        lib.4. </note> sa noblesse. jaçoit qu’il y eust anciennement 
                     quelques peuples, qui tiroient leur noblesse &amp; qualité des meres, &amp; non 
                     pas des peres, comme<note place="marg"> l. I. ad municipal. Plutar. de claris 
                        mulierib. Plutar. de claris mulierib.</note> les Lyciens, Delphiens, Xantiques, Illienses, &amp; 
                     quelques peuples d’Amasie, pour l’incertitude des peres : ou pour a¬voir perdu 
                     toute la noblesse en guerre, comme en Champagne, où les fem¬mes 
                     nobles annoblissent leurs maris roturiers, &amp; leurs enfans pour la cause que 
                     j’ay dit. combien que tous les Jurisconsultes<note place="marg">Bart.Angel.Plat. 
                        in l. exemplo.de decurio.C.Barbat.consil.57. Benedic. I cap. Rayutius prin. 
                        nu. 15.Arctin &amp; Felin in cap. super eo. de testib.</note> tiennent, qu’il ne se peut faire 
                     par coustume, obstant le droit de tous les peuples, comme dit 
                     Herodote: <note place="marg">lib.3 Bal in l.vlt.de servis 
                        fugit. </note> qui veut que la femme tienne<note place="marg"> d l.fœminæ de 
                        senator.</note> la condition, &amp; suive la qualité 
                     du mari, &amp; le païs, <note place="marg">Accurs. Bartol. Angel. Plate. in l. 
                        cives de incolis. C. Baal. consil. 139. lib 5. </note> &amp; la famille, <note place="marg">l.
                           cuicunque. de re military. C. Corne. consil. 41. col. vlt. 
                           lib.I.</note>, &amp; le domicile, <note place="marg">l cum quædam de 
                           iurisdic ff.l. exigere. de iudic. l. ea que. l. vlt ad 
                           municip.</note> &amp; l’origine: &amp; ores 
                     que le mari fust banni &amp; vagabond, neantmoins la femme le doit<note place="marg">l.origine.&amp; 
                        ibi glo. eod Bal. consil. 351. col 2. lib. I. &amp; consil. 411. lib. I.</note> suivre, 
                     &amp; en cela tous les Jurisconsultes &amp; Canonistes s'accordent. <note place="marg">Odofred in 
                        l.I.de vxor.milit.C.Cune9 &amp; Albericus in l. oberuare de offi. proconsul.Bal.Roma Angel.
                        Alexand in l. si cum dotem.§. si marius. soluto. Innocent. Hostiens. Panor. Antoni. 
                        Cardinalis vterque in cap. de illis desponsa &amp; in cap. I. de coniugiis lepros</note> Aussi 
                     toutes les loix &amp; coustumes ont faict le mari maistre des actions de la 
                     femme, &amp; de l’usufruict de tous les biens qui luy escheent, <note place="marg">l. in rebus 
                        de iure dot.C.l.si ego.§.dotis eod.ff 4.l iurisgentium. §. si plagij. de pactis. l 
                        generaliter de verb.obligat.</note> &amp; ne 
                     permettent que la femme puisse ester en jugement, soit en demandant ou 
                     desendant sans l'auctorité du mari ou du juge à son refus : qui sont tous 
                     argumens indubitables, pour monstrer l’auctorité, puissance, &amp; 
                     commandement, que le mari a sus la femme de droit divin, &amp; humain : &amp; la 
                     sugetion, reverence, &amp; obeissance, que doit la femme au mari en tout 
                     honneur &amp; chose licite. Je scay qu’il y a plusieurs clauses &amp; conventions 
                     és traittez de mariages, où les femmes ont stipulé, quelles ne seroient en 
                     rien sugettes aux maris: mais telles pactions &amp; stipulations ne peuvent 
                     empescher la puissance &amp; auctorité du mari, attendu qu’elles sont 
                     contraires au droit divin &amp; humain, &amp; à l’honnesteté publique, &amp; sont de
                     nul effect &amp; valeur, de sorte mesme, que les sermens n’y peuvent obliger les maris.
                  </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>