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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text xml:lang="fre"><body><div type="edition" xml:space="preserve" n="urn:cts:pdlpsci:bodin.livrep.perseus-fre1" xml:lang="fre"><div n="1" type="textpart" subtype="book"><div n="10" type="textpart" subtype="chapter">
                  <head><hi rend="italic">CAPVT X.</hi> ? Verba Latina multa</head>
                  <p> Pvis qu’il n’y a rien plus grand en terre apres Dieu, que les Princes
                     souuerains, &amp; qu’ils sont establis de luy, comme ses liuetenans, pour
                     commander aux autres hommes, il est besoin de prendre garde a leur qualite,
                     afin de respecter, &amp; reuerer leur majeste en toute obeissance, sentir &amp;
                     parler d’eux en tout honneur. car qui mesprise son Prince souuerain, il <note place="margin">I. Samuel 8.7. Exodi 22.28. Petri 2.17. ad Roman. 14. Timoth.
                        2. Hierem. 38. Ezechiel. 17</note> mesprise Dieu, duquel il est l’image en
                     terre. C’eset pouruoy Dieu parlant a Samuel, auqel le peuple auoit demande vn
                     autre Prince: C’eset moy, dit-il, a qui ilson fait iniure. Or afin qu’on puisse
                     cognoistre celuy qui est tel, c’est a dire, Prince souuerain, il <pb n="155"/>
                     faut scauoir ses marques, qui ne soient point communes aux autres sugets: car
                     si elles estoient communes, il n’i auroit point de Prince souuerain: &amp;
                     neantmoins ceux qui en ont mieux escrit n’ont pas escairci ce poinct comme il
                     meritoit, soit par flaterie, soit par crainte, soit par hayne, soit par
                     oubliance. Nous lisons que Samuel ayant sacre le roy que Dieu auoit esleu, fist
                     vn liure des droits de la majeste: mais le Hebrieux ont escrit, que les Roys le
                     suprimerent, afin d’exercer la tyrannie sur les sugets. En quoy Melanchton
                     s’est mespris, qui a pense que les droits de la majeste, soient les abus, &amp;
                     tyrannies, que Samuel dist au peuple en sa harangue: Voulez vous scauoir,
                     dit-il, la coustume des tyrans? cest de prendre les biens des sugets pour en
                     disposer a leur plaisir, prendre leurs femmes &amp; leurs enfans pour en
                     abuser, &amp; en faire leurs esclaues. Ie mot HEBREW TEXT ne signifie pas
                     droits en ce lieu la, mais coustumes &amp; facons de faire. autrement ce bon
                     prince Samuel se fust dementi soymesme: car quand il rendit conte au peuple de
                     la charge que Dieu luy auoit donnee, Qui est celuy, dit-il, d’entre vous, qui
                     peut dire que iamais i’ay pris de luy or ou argent, ou present quelconque?
                     alors tout le peuple luy donna ceste louange a haute voix, qu’il n’auoit iamais
                     fait tort, ni rien pris de personne quel qu’il fust. Entre les Grecs il n’i en
                     a pas vn qui en ait rien escrit, qui soit en lumiere, hormis Aristote, Polybe,
                     &amp; Denys d’Alycarnas: mais ils ont tranche si court, qu’on peut iuger a veue
                     d’oeil, qu’ils n’estoient pas bien resolus de ceste question. Ie mettray les
                     mots d’Aristote, Il y a, dit-il <note place="margin">lib.4.de Repub.</note>,
                     trois parties de la Republique: l’vne a prendre aduis &amp; conseil: l’autre a
                     establir officiers, &amp; la charge d’vn chacun: &amp; la troisiesme a faire
                     iustice. il a entendu parler des droits de la majeste, encores qu’il die
                     parties de la Republique: ou bien il faut confesser qu’il n’en a point parle,
                     car il n’i a que cest endroit la. Polybe ne determine pas aussi les droits,
                     &amp; marques de souuerainete, mais il dit <note place="margin">lib.6. de
                        domestica.q.3.Rom.disciplina.</note> parlant des Romains, que leur estat
                     estoit mesle de puissance royale, de seigneurie Aristocratique, &amp; de
                     liberte populaire, veu, dit-il, que le peuple fait les loix &amp; les
                     officiers: &amp; le Senat ordonne des pouinces, &amp; de l’espargne, &amp;
                     recoit les Ambassades, &amp; cognoist des plus grandes choses: les Consuls
                     tiennent la prerogatiue d’honneur, en forme &amp; qualite royale, mesmes en
                     guerre, ou il sont tout-puissans. En quoy il appert qu’il a touche les
                     principaux poincts de la souuerainete: puis qu’il dit, que ceux qui les ont
                     tiennent la souuerainete <note place="margin">lib.4.&amp;7.</note>. Denys
                     d’Alycarnas semble auoir mieux escrit, &amp; plus clairement que les autres.
                     Car il dit que le Roy Seruius pour oster la puissance au Senat, donna pouuoir
                     au peuple de faire la loy, &amp; la casser: decerner la guerre, &amp; la paix:
                     instituer, &amp; destituer les officiers: &amp; cognoistre des appellations de
                     tous les magistrats. &amp; en autre lieu parlant du toisiesme trouble aduenu en
                     Rome entre la Noblesse &amp; le peuple, il dit, quele Consul M. Valerius
                     remonstra au peuple, qu’il se deuoit contenter d’auoir la puissance de faire
                     les loix, les officiers, &amp; <pb n="156"/> le dernier ressort: &amp; quant au
                     reste, qu’il appartenoit au Senat. Depuis les Iurisconsultes ont amplifie ces
                     droits, &amp; les derniers beaucoup plus que les premiers aux traitez qu’ils
                     appellent Droits de regales: qu’ils ont rempli d’vne infinite de particularitez
                     qui sont communes aux Ducs, Comtes, Barons, Euesques, officiers, &amp; autres
                     sugets des Princes souuerains: en sorte mesmes qu’ils <note place="margin">Castrens. consil. 196. lib.2. Decius consil. 191. nu. 1. Cur. iunior
                        consil. 1. nu.29.&amp; 30&amp; consil.61.nu.8. Paris consil.
                        1.nu.25.lib.1.Bsius tit. de crim. maiestat. nu. 52. &amp; in tit.de
                        regal.nu.5. de ducib. Mediolani. Mantu. Ferrar. Sabaud. Socin.
                        consil.4.lib.3. Iaso. consil. 227. lib.Cachertan. decis.
                        pedemont.nu.1.</note> appellent les Ducs Princes souuerains, comme les Ducs
                     de Milan, Mantoue, Ferrare, &amp; Sauoye: voire iusques aux <note place="margin">Brunus de comitatu. Astensi post Bar. Bald. Angel. Castrens.
                        Imol. Isernium, Cumanum, Alexandrum, Barbatiam.</note> Comtes: &amp; tous
                     sont en cest erreur: qui a bien grande apparence de verite. Et qui est celuy
                     qui ne iugeroit souuerain, celuy qui donne loy a tous ses sugets: qui fait la
                     paix &amp; la guerre: qui pouruoit tous les officiers &amp; Magistrats de son
                     pays: qui leue les tailles, &amp; afranchist qui bon luy semble: qui donne
                     grace a celuy qui a merite la mort? qui peut on desirer d’auantage en vn Prince
                     souuerain? ceux-ci ont toutes ces marques de souuerainete. Et neantoins nous
                     auons monstre ci dessus, que les Ducs de Milan, de Sauoye, de Ferrare, de
                     Florence, de Mantoue releuent de l’Empire: &amp; la plus honorable qualite
                     qu’ils prennent, c’eset de Princes, &amp; Vicaires de l’Empire: nous auons
                     monstre qu’ils ont les inuestitures de l’Empire: qu’ils prestent la foy &amp;
                     hommage a l’Empire: brief qu’ils sont naturels sugets de l’Empire, originaires
                     des terres sugettes l’Empire: comment donc pourroient-ils estre absoluement
                     souuerains? comment seroit souuerain celuy qui recognoist la iustice d’vn plus
                     grand que luy? d’vn qui casse ses iugemens, qui corrige ses loix, qui le
                     chastie s’il commet abus? nous aouons monstre que Galeace I. Vicomte de Milan
                     fut accuse, attaint, conuaincu, &amp; condamne de leze majeste par l’Empereur,
                     pour auoir leue tailles sur les sugets, sans conge, &amp; qu’il mourut
                     prisonnier. Et si les vns par conge, les autres par souffrance, les autres par
                     vsurpation entreprennent par dessus la puissance qu’ils ont, s’ensuit-il qu’ils
                     soient souuerains, veu qu’ils se confessent Vicaires &amp; Princes de l’Empire?
                     il faudroit donc rayer ceste qualite, &amp; celle de Duc, &amp; la qualite
                     d’altesse, &amp; se qualifier Roys, vser du tiltre de majeste: qui ne se peut
                     faire sans desauouer l’Empire, comme fist Galuaigne Vicomte de Milan, qui en
                     fut bien chastie. Nous auons aussi monstre, que par le traite de Constane, les
                     villes de Lombardie demeurerent sugetes a l’Empire. Brief, nous auons monstre
                     les absurditez intolerables qui s’en ensuiuroient, si les vassaux estoient
                     souuerains, mesmement quand ils n’ont rien qui ne releue d’autruy: &amp; que ce
                     seroit egaler le seigneur &amp; le suget, le maistre &amp; le seruiteur, celuy
                     qui donne la foy, auec celuy qui la recoit, celuy qui commande, auec celuy qui
                     doit obeissance. Puis que cela est impossible, il faut bien conclure que les
                     Ducs, Comtes, &amp; tous ceux qui releuent d’autruy, ou qui recoiuent loy, ou
                     commandement d’autruy, soit par force ou par obligation, ne sont pas
                     souuerains. Nous ferons mesme iugement des plus grands Magistrats, Lieutenans
                     generaux des Roys, Gouuerneurs, Regens, Dictateurs, <pb n="157"/> quelque
                     puissance qu’ils ayent, s’ils sont obligez aux loix, ressort, &amp;
                     commandement d’autruy, ils ne sont pas souuerains. Car il faut que les marques
                     de souuerainete soient telles, qu’elles ne puissent conuenir qu’au Prince
                     souuerain: autrement si elles sont communicables aux sugets, on ne peut dire
                     que ce soient marques de souuerainete. Car tout ainsi qu’vne couronne pert son
                     nom, si elle est ouuerte, &amp; que lon en arrache les fleurons: aussi la
                     majeste souueraine pert sa grandeur, si on y fait ouuerture, pour empieter
                     quelque endroit d’icellle. C’est pourquoy a l’eschange fait entre le Roy
                     Charles V. &amp; le Roy de Nauarre des terres de Mante, &amp; Meullan auec
                     Montpellier, ou les droicts royaux sont articulez, il est dit appartenant au
                     Roy seul &amp; pour le tout: &amp; par mesme raison tous son <note place="margin">Alexander in I. filiae quam pater de liber. &amp; posthu.
                        Cardinal. Flor.&amp; Iaso in prooemio feudor. Martin laud. in cap. 1. qui
                        feudum dare poss. Imol. in rubric. de verb. oblig. </note> d’accord que les
                     droicts royaux sont incessibles, inalienables, &amp; qui ne peuuent par aucun
                     trait de <note place="margin">Bald. consil. 274. lib.3. &amp; consil.303. cod
                        Claud. Aquens. in summa tit. qui feudum dare poss. limit.1.&amp;12 Mol.tit.
                        de feud.§.46..q 1 &amp; 2. Magister Praeses tit. de regal.decis. 1.35.
                        Baldus appellat sacra sacrorum in procoemio feudor. Cynus indiuisibilia in
                        I. si viua matre de bonis mater. C. Bald. in authent. hoc amphus de
                        fideicon.C.Angel. Bald. in 1. omnes. de praescript 30. vel 40. an. C Platea
                        in I. si quis decurio. Felin. in rubr. ext. de praescript. Io. and . in cap
                        vlt. de praebend. lib.6. Alexand consil.141. not.2.lib.1.</note> temps estre
                     prescripts &amp; s’il aduient au Prince souuerain de les communiquer au suget,
                     il fera de son scruiteur, son compagnon: en quoy faisant il ne sera plus
                     souuerai car souuerain (c’est a dire, celuy qui est par dessus tous les sugets)
                     ne pourra conuenir a celuy qui a fait de son suget, son compagnon. Or tout
                     ainsi que ce grand Dieu souuerain, ne peut faire vn Dieu pareil a luy, attendu
                     q’il est infini, &amp; qu’il ne se peut faire qu’il y ait deux choses infinies,
                     par deomonstration naturelle &amp; necessaire: aussi pouuons nous dire que le
                     Prince que nous auons pose comme l’image de Dieu, ne peut faire vn suget egal a
                     luy, que sa puissance ne soit aneantie. S’il est ainsi, il ‘ensuit que la
                     marque de souuerainete, n’est pas de faire iusitce, par ce qu’elle est commune
                     au Prince, &amp; au suget: ny pareillement de instituer, ou destituer tous les
                     officiers, par ce que le Prince &amp; le suget ont ceste puissance, non
                     seulement pour le regard des officiers seruants ou a la iusice, ou a la police,
                     ou a la guerre, ou aux finances, ains aussi pour ceux qui commandent en paix,
                     ou en guerre. car nous lisons que les Consuls anciennement faisoient les
                     Tribuns militaires, qui estoient comme Marechaux en l’armee: &amp; celuy qui
                     s’appelloit Interrex faisoit le Dictateur: le Dictateur faisoit le Colonel des
                     gens de cheual. &amp; toute Republique, ou la Iustice est donnee auecques les
                     fiefs, le seigneur feodal fait les officiers, &amp; les peut destituer sans
                     cause, s’ils n’ont eu les offices en recompense. Nous ferons mesme iugement des
                     peines &amp; loyers que les magistrats, &amp; capitaines donnent a ceux qui
                     l’ont merite, aussi bien que le Prince souuerain. Ce n’est donc pas marque de
                     souuerainete, de donner loyer, ou peine a ceux qui l’ont merite, puis qu’il est
                     commun au Prince &amp; au Magistrat: ores que le Magistrat ait ce pouuoir du
                     Prince. Aussi n’est-ce pas marque de souuerainete, de prendre conseil pour les
                     affaires d’estat, qui est la propre charge du priue Conseil, ou Senat d’vne
                     Republique, lequel est tousiours diuse de celuy qui est souuerain: <pb n="158"/> &amp; mesmes en l’estat populaire, ou la souuerainete gist en l’assemblee du
                     peuple, tant s’en faut que le conseil des affaires soit propre au peuple, qu’il
                     ne luy doibt point estre communique, comme nous dirons en son lieu. Ainsi peut
                     on iuger qu’il n’y a pas vn seul poinct des trois que Aristote a posez, qui
                     soit marque de souuerainete. Quant a ce que dit Denys d’Halicarnas, que M.
                     Valerius en la harangue qu’il fist au peuple, pour appaiser les troubles,
                     remonstra que le peuple se debuoit contenter d’auoir la puissance de faire les
                     loix, &amp; les magistrats. Ce n’est pas assez dit, pour faire entendre qui
                     sont les marques de souuerainete: comme i’ay monstre cy dessus, touchant les
                     magistrats. nous dirons le semblable de la loy, que le magistrat peut donner a
                     ceux qui sont au ressort de sa iurisdiction, pourueu qu’il ne face rien contre
                     les edicts &amp; ordonnances de son Prince souuerain. Et pour esclaircir ce
                     poinct, il faut presupposer que le mot de Loy sans dire autre chose, signifie
                     le droict commandement de celuy ou ceux qui ont toute puissance par dessus les
                     autres sans exception de personne: soit que le commandement touche tous les
                     sugets en general, ou en particulier, hormis celuy ou ceux qui donnent la loy.
                     combien qu’a parler plus proprement, Loy est le commandement du souuerain
                     touchant tous les sugets en general, ou de choses generales: comme dit Feste
                        <note place="margin">in verbo rogario, rogatio pluribusve, lex quod in omnes
                        homines resve populus sciuit.</note> Pompee: comme priuilege pour quelques
                     vns. mais si le conseil priue, ou le Senat d’vne Republique fait le
                     commandement, cela s’appelle Senatus-consultum, ou aduis du conseil priue, ou
                     ordonnance du Senat: Si le menu peuple faisoit quelque commandement, on
                     l’appelloit plebiscitum <note place="margin">I.1.ad.I.aquil.ff.</note>, c’est a
                     dire commandement du menu peuple qui en fin fut appelle Loy, apres pluseiurs
                     seditions entre la noblesse, &amp; le menu peuple, pour lesquelles appaiser
                     tout le peuple en l’assmblee des grands estats, a la requeste du Consul M.
                     Horace, fist vne loy, que la noblesse &amp; le Senat en general, &amp; chacun
                     du peuple en particulier, seroit tenu de garder les ordonnances que le menu
                     peuple feroit sans y appeller, ny soufrir que la noblesse y eust voix. Et
                     d’autant que la noblesse ny le Senat n’en tenoit compte, la mesme loy fut de
                     rechef renouuelle, &amp; republiee a la requeste de Quintus Hortensius, &amp;
                     de Philon Dictateurs &amp; deslors en auant on ne dit plus, plebiscitum, ou
                     ordonnance du menu peuple, mais on appella loy simplement ce qui estoit
                     commande par le menu peuple: fust pour le public, ou bien pour vn particulier,
                     ou que le menu peuple fust assemble pour donner iuges, ou mesmes pour iuger:
                     cela s’appelloit loy. Quant aux commandemens des magistrats ils ne
                     s’appelloient pas loix, ains seulemnt edits: Est enim edictum (disoit Varron)
                     iussum magistratus. lequels commandemens n’obligent que ceux de sa
                     iurisdiction, pourueu qu’ils ne soyent point contraires aux ordonnances des
                     plus grands magistrats, ou bien aux loix &amp; commandemens du prince
                     souuerain: &amp; n’ont force sinon pour tant &amp; si lon- <pb n="159"/>
                     guement que le magistrat est en charge. &amp; d’autant que tous magistrats
                     estoient annuels en la Republique Romaine, les edits n’auoient force que pour
                     cn an au plus. C’est pourquoy Ciceron accusant Verres disoit, qui plurimum
                     edicto <note place="margin">In praeture vrbana.</note> tribunt, legem annuam
                     appellant, tu plus edicto complecteris quam lege. Et par ce que l’Empereur
                     Auguste ne <note place="margin">Tacit. princip. lib.1.</note> s’appelloit que
                     Imperator, c’est a dire Capitaine en chef, &amp; Tribun du peuple, il appelloit
                     ses ordonnances edits, &amp; celles que le peuple faisoit a sa requeste
                     s’appelloient leges Juliae. les autres Empereurs vserent de ceste forme de
                     parler: de sorte que le mot d’edict peu a peu s’est <note place="margin">I.1.
                        de legib.</note> pris pour loy, quand il sortoit de la bouche de celuy qui
                     auoit la puissance souueraine: fust pour tous, ou pour vn, ou que l’edict fust
                     perpetuel, ou prouisionnal. Et par ainsi on abuse des mots, quand on appelle
                     loy edict. mais en quelque sorte que ce soit, il n’y a que les Princes
                     souuerains qui puissent donner loy a tous les sugets, sans exception, soit en
                     general, soit en particulier. Mais on dira que le Senat Romain, auoit puissance
                     de <note place="margin">I. non ambigitur. de legibus.</note> faire loy, &amp;
                     la plus part des grands affaires d’estat en paix ou en guerre, estoient en la
                     puissance du Senat Romain. Nous dirons cy apres de la puissance du Senat, ou
                     conseil priue d’vne Republique quel il doibt estre, &amp; quel il a este en
                     Rome mais en passant pour respondre a l’argument que i’ay fait, ie dy que le
                     Senat Romain, depuis la fuite des Roys iusques aux Empereurs, n’a iamais eu
                     puissance de faire loy, ains seulement quelques ordonnances, qui n’auoient
                     force que pour vn an: mais le menu peuple n’y estoit point tenu: &amp; moins
                     encore les estats de tout le peuple. En quoy plusieurs se sont abusez, &amp;
                     mesmes Conan <note place="margin">lib. 2.</note> qui dit que le Senat auoit
                     puissance de faire loy perpetuelle: car Denys d’Halicarnas <note place="margin">lib.4.cap.7.</note>, qui auoit recueilli diligemment les memoires de Marc
                     Varron, escript que les arrests du Senat n’auoient force aucune, si le peuple
                     ne les auoit auctorisez, encores qu’ils fussent auctorisez s’ils n’estoient
                     publiez en forme de lo y ils n’auoient force que pour vn an: non plus qu’en la
                     ville d’Athenes, ou les arrests du Senat, estoient annuels, ainsi que dit
                     Demosthene au plaidoye qu’il a fait contre Aristocrate &amp; si l’affaire
                     estoit de consequence, on la rapportoit au peuple, qui ordonnoit a son plaisir.
                     quoy voyant Anacharsis, les sages, dit-il, proposent en Athenes, &amp; les fols
                     disposent. Et par ainsi le Senat ne faisoit que deliberer, &amp; le peuple
                     commandoit. ce qu’on voit a tout propos en Tite Liue, quand il vse de ces mots,
                     SENATVS DECREVIT, POPVLVS IVSSIT. vray est que le magistrats, &amp; mesmement
                     les Tribuns passoient le plus souuent par souffrance ce que faisoit le Senat,
                     si la chose ne portoit coup a la puissance du menu peuple, ou a la majeste des
                     estats. ainsi parloient les anciens Romains, quad ils 0 disoient, Imperium in
                     agistratibus, auctoritatem in Senatu, potestatem in plebe, majestatem in
                     populo. car le mot de Majeste, est propre a celuy qui manie le tymon <pb n="160"/> de la souuerainete. &amp; combien que la loy Iulia de la majeste,
                     faite par le peuple, ce requerant l’Empereur Auguste, tient pour <note place="margin">I. ad I. IuL maiestat.</note> coulpable de leze majeste celuy
                     qui a frappe le magistrat en exercant son office, &amp; qu’a tout propos on
                     voit es <note place="margin">Liuius lib.7.&amp;8.</note> histoires Latines,
                     &amp; mesmes es Iurisconsultes, majestatem Consulis, majestatem <note place="margin">I. Praetor ait de noui operis nunciationt.</note> praetoris:
                     toutesfois c’est improbprement parle. Et par nos loix, &amp; ordonnances, crime
                     de leze majeste n’a lieu pour Duc, ny Prince, ny Magistrat quel qu’il soit,
                     ainsfeulement pour le Prince souuerain. Et par l’ordonnace de Sigismond Roy de
                     Pologne, faite l’an M.D.XXXVIII. il est porte, que le crime de leze majeste
                     n’aura lieu hors sa personne: qui est suiuant la vraye, &amp; propre
                     signification de <note place="margin">I. vlt. ad I. Iul.ff.I. quisquis.eod
                        C.</note> leze majeste. Et semble que pour ceste cause les Ducs de Saxe,
                     Bauiere, Sauoye, Lorraine, Ferrare, Florence, Mantoue, ne mettent pas en leurs
                     qualitez le mot de majeste, ains leur Altesse: &amp; le Duc de Venize serenite:
                     qui est (a parler proprement) vray Prince, c’est a dire le premeir, car il
                     c’est a dire le premier, car il n’est rien que le premier des gentilshommes de
                     Venize, &amp; n’a que la conclusion quand il est question des voix, en quelque
                     corps, ou college qu’il se mette. Et tout ainsi qu’a Rome les edits des
                     Magistrats obligeoient vn chacun des particuliers, pourueu qu’ils ne fussent
                     contraires aux arrests du Senat: &amp; les arrests du Senat obligeoient les
                     magistrats, s’ils n’estoient contraires aux ordonnances du menu peuple: &amp;
                     les ordonnances du menu peuple passoient par dessus les arrests du Senat: &amp;
                     la loy des estats de tout le peuple, estoit par dessus tous: ainsi a Venize,
                     les ordonnances des magistrats, obligent chacun en particulier, pour le
                     ressort, &amp; iurisdiction de chacun magistrat: mais le corps &amp; college
                     des dix est par dessus les magistrats particuliers, &amp; le Senat est par
                     dessus les dix, &amp; le grand conseil, qui est l’assemblee de tous les
                     gentils-hommes de Venize au dessus de XX. ans, tient la souuerainete par dessus
                     le Senat: de sorte que si les dix sont partis, ils appellent le conseil des
                     sages, qui font XXXIJ. &amp; s’ils ne se peuuent accorder, on assemble le
                     Senat: &amp; si la chose concerne les hauts poincts de la majeste, on assemble
                     le grand conseil. Et par ainsi, quand les dix font vne ordonnance, il y a ces
                     mots, IN CONSIGLIO DI DIECI. &amp; si les sages y ont este, ils mettent CON LA
                     GIVNTA. si l’ordonnance est du Senat, il y a IN PREGADI. si c’est de
                     l’assemblee des gentils-hommes Venitiens, il y a IN CONSIGLIO MAGIORE. &amp; en
                     ces trois corps &amp; colleges sont faites toutes leurs loix, &amp; statuts:
                     &amp; les affaires ordinaires d’estat par les sept, qu’ils appellent la
                     seignoire c’est donc par souffrance, que les dez, ou le Senat font ordonnances,
                     &amp; pour auoir este trouuees iustes &amp; raisonnables, elles ont passe en
                     force d loy, tout ainsi que les edits des anciens Preteurs Romains, s’ils
                     estoient equitables, &amp; iustes, les successeurs les tenoient: &amp; par
                     trait de temps ils estoient receus comme loix toutesfois il estoit rousiours en
                     la puissance des nouueaux Preteurs d’en faire d’autres, &amp; n’estoient point
                     obli- <pb n="161"/> gez à Ies garder. Mais Iulian lurisconsulte s'auisa de
                     recueillir vn bon nombre de tels edits qu'il iugea les meilleurs, &amp; apres
                     les auoir interpre- tez, &amp; redigez en quatre vingts dix liures, il en fist
                     vn present à l’Empereur Adrian, lequel en recompense le fist grand Preuost de
                     Rome, duquel le fils depuis fut Empereur: &amp; fist que par arrest du Senat,
                     ces edits là furent <note place="margin">l 2.de veteri Iure enuclean.C.</note>
                     homologuez, y adioustant son auctorité pour les faire valoir en force de loix:
                     &amp; neantmoins le nom d’edits demeura. ce qui en a deceu plu- sieurs, qui ont
                     pris tels edits pour ordonnances des Preteurs. Iustinian a fait quasi le
                     semblable des edits recueillis, &amp; interpretez par les autres Iu-
                     risconsultes; &amp; en a homologué ce <note place="margin">In
                        prooemi.pandectarum.</note> qu'il luy a pleu, &amp; regetté le reste,
                     demeurant tousiours Ie mot dedit. mais ce n’est rien moins que edict: non plus
                     que si vn Prince souuerain homologoit les consultations de Bartole, ou les
                     ordonnances de ses magistrats. comme il s'est fait plusieurs fois en ce
                     royaume, quand les Roys ont veu plusieurs ordonnances, &amp; arrests du
                     Parlement tresequitables, &amp; iustes, ils les ont homoluguees, fait publier,
                     &amp; passer en force de loix, pour monstrer que la puissance de la loy gist en
                     celuy qui a la souueraineté, &amp; qui donne la force à la loy par ces mots,
                     Avons dict et ordonné, disons et ordonnons, &amp;c. &amp; a la fin la
                     commission par ces mots Si donnons en mandement a tovs, &amp;c. ce que les
                     Empereurs di- soient, SANSIMVS, qui estoit le mot propre à la majesté, comme
                     disoit le Conful Posthumius en la harangue qu’il fist au peuple, Nego in- iussu
                     populi quicquam sanciri posse, quod populum teneat. aussi le magistrat
                     presentant requeste au peuple commençoit par ces mots QVOD BONVM, FAVSTVM,
                     FOELIXQVE SIT VOBIS AC REIP. VELITIS IVBEATI S. &amp; a la fin de la loy
                     estoyent ces mots, SI QVIS ADVERSVS EA FECERlT &amp;c. qu’ils appelloient
                     sanctio; portant les peines, &amp; loyers de ceux qui accom- pliroient; ou
                     contreuiendroient à la loy. qui estoient formalitez spe- ciales, &amp; propres
                     à la majesté de ceux qui auoient la puissance de faire la loy: &amp; qui
                     n’estoient pas aux edits des magistrats, ny aux arrests du Senat. Ioint aussi
                     que la peine apposee aux loix du Prince souuerain, est bien differente de celle
                     qui est aux ordonnances des magistrats, ou des corps &amp; colleges: qui ont
                     certaines peines, &amp; amendes limitees: mais il n’y a que le Prince
                     souuerain, qui puisse apposer à ses edits la peine de <note place="margin">Bartol. &amp; Bal.in l. cunctos populos de summa trinit. C.</note> mort:
                     comme aussi il a este defendu par vn ancien arrest du <note place="margin">In
                        lib. inscripto olim sol.82.</note>Parle-<note place="margin">Premiere marque
                        de la souuerainete.</note>-ment. &amp; la clause de la peine arbitraire,
                     aposee aux ordonnances des magistrats, &amp; gouuerneurs, ne s’estend<note place="margin">Accus. in l. 1.ne Christianum mancipium C. &amp; in l.vlt. de
                        veteris Numismatis. C. Imol.in l.2. de publicis Iudic. Martian.Socin in ca.
                        inquisitione. de accusat. </note> iamais iusques à la mort in- elusiuement.
                     Et par ainsi nous conclurons que la premiere marque du Prince souuerain c'est
                     la puissance de donner loy à tous en general, &amp; à chacun en particulier,
                     mais ce n’est pas assez, car il faut adiou- ster, sans le consentement de plus
                     grand, ny de pareil, ny de moindre que soy. car si le Prince est obligé de ne
                     faire loy sans le consentement <pb n="162"/> d’vn plus grand que soy, il est
                     vray suget: si d’vn pareil, il aura compagnon : si des fugets, soit du Senat,
                     ou du peuple, il n’est pas souuerain.Et les noms des seigneurs qu’on voit
                     apposer aux edits, n’y sont pas mis pour donner force à la loy, mais
                     tesmoignage, &amp; quelque poix pour la rendre plus receuable. Et mesmes il se
                     trouue des edits tres-anciens à sainct Denys en France, de Philippe i. &amp; de
                     Loys le Gros l’an m.lx. &amp; m. c x x i x. où les seels des Roynes Anne, &amp;
                     Alix, Robert, &amp; Hugues y sont apposez : &amp; mesmes l’an du regne de Loys
                     le Gros xii. &amp; d’Alix l’an vi. Or quand ie dy que la premiere marque de
                     souueraineté, est donner loy à tous en general, &amp; à chacun en particulier :
                     ces derniers mots emportent les priuileges, qui appartiennent aux princes
                     souue- rains, priuatiuement à tous autres. I’appelle priuilege, vne loy faite
                     pour vn<note place="margin">Cicer.lib.3.de legib.</note> ou peu de
                     particuliers: soit au profit, ou dommage de celuy pour lequel il est ottroyé.
                     ainsi parloit<note place="margin">pro domo sua.&amp; post reditum in
                        senatu.</note> Ciceron, Priuilegium de meo capite latum est. On a fait,
                     dit-il, vn priuilege capital contre moy : il entend la <note place="margin">Priuilege capital.</note> commission decernee contre luy par le menu
                     peuple, à la requeste du Tribun Clode pour luy faire &amp; parfaire son procez
                     : qu’il appelle en plusieurs endroits, lexClodia: de laquelle il se plaint
                     fort, disantque les priuileges ne se pouuoient ottroyer que par les grands
                     estats du peuple, ainsi qu’il estoit porté par les loix des douze tables, en
                        ces<note place="margin">pro domo sua.</note> mots, Priuilegia, nisi comitiis
                     centuriatis ne irroganto , qui secus faxit capital esto. Et en cela
                        s’accordent<note place="margin">in cap.quae sint regal.</note> aussi tous
                     ceux qui ont traitté les regales : qu’il n’appartient qu’au souuerain
                     d’ottroyer priuileges, exemptions, immunitez, &amp; dispenser des edits &amp;
                     ordonnances, encores que les priuileges es monarchies n’ayent trait que pour la
                     vie des Monarques : comme Tibere l’Empereur fist cognoistre à tous ceux qui
                     auoient eu quelques priuileges d’Auguste, ainsi que dit Suetone. Mais, dira
                     quelqu’vn, non seulement les magistrats ont pouuoir de faire edits, &amp;
                     ordonnances, chacun selon sa puissance, &amp; en son ressort : ains aussi les
                     particuliers font les coustumes tant generales que particulieres, or il est
                     certain que la coustume<note place="margin">l.de quib.l.diuturna.de
                        legib.</note> n’a pas moins de puissance que la loy : &amp; si le prince
                     souuerain est maistre de la loy, les particuliers sont maistres des coustumes.
                     Ie respondsque la coustume prend sa force peu à peu, &amp; par longues annees
                     d’vn commun consentement de tous, ou de la plus part: mais la loy sort en vn
                     moment, &amp; prend sa vigueur de celuy qui a puissance de commander a tous, la
                     coustume se coule doucement, &amp; sans force: la loy est commandee
                     &amp;publiee par puissance, &amp; bien souuent contre le gre des sugets. &amp;
                     pour ceste cause Dion Chrysostome<note place="margin">in lib. GREEK.</note>
                     comparoit la coustume au Roy, &amp; la loy au tyran. dauantage la loy peut
                     casser les coustumes, &amp; la coustume ne peut deroger<note place="margin">l.2.quae sit longa consuet. C.Bart.Bal. Alber. in l.de quib. de
                        legib.</note> à la loy, que tousiours le magistrat, &amp; ceux qui ont la
                     charge de faire garder les loix, ne puissent quand bon leur semblera, les faire
                     executer. la coustume ne porte loyer ny peine : la loy emporte tousiours loyer,
                     ou peine, si ce n’est vne loy <pb n="163"/> permissiue, qui leue les defenses
                     d’vne autre loy. &amp; pour le faire court, la coustume n’a force que par la
                     soufrance, &amp; tant qu’il plaist au prince souuerain, qui peut faire vue loy,
                     y adioustant son homologation. Et par ainsi toute la force des loix &amp;
                     coustumes, gist au pouuoir du prince souuerain. Voila donc quant à la premiere
                     marque de souueraineté, qui est le pouuoir de donner loy à tous en general,
                     &amp; à chacun en particulier: qui est incommunicable aux sugets, car combien
                     que le Prince fouuerain donne puissance à quelques vns de faire des loix, pour
                     auoir telle vertu, que si luy-mesmes les auoit faictes, comme fist le peuple
                     d’Athenes à Solon, les Lacedemoniens à Lycurgue: toutesfois les loix n’estoient
                     pas de Solon, ny de Lycurgue, qui ne seruoient que de commissaires &amp;
                     procureurs de ceux qui leur auoient donné ceste charge, ains la loy estoit du
                     peuple Athenien, &amp; Lacedemonien. mais il aduient ordinairement es
                     Republiques Aristocratiques &amp; populaires, que la loy porte le nom de celuy
                     qui l’a dressee &amp; minutee: qui n’est rien que simple procureur: &amp;
                     l'homologation d’icelle est de celuy qui a la souueraineté. Aussi voit-on en
                     Tite Liue, que tout le peuple fut assemblé, pour homologuer les loix redigees
                     en douze tables, par les dix commissaires deputez à ceste charge. Soubs ceste
                     puissance de donner, &amp; casser la loy, est aussi compris la declaration<note place="margin">l.1.l.3.de legib.C.l.placuit.de Iudic.C.l.3.de
                        constitut.princ.</note> &amp; correction d’icelle, quand elle est si
                     obscure,que les magistrats sus les cas proposez trouuent contrarieté, ou
                        absurdité<note place="margin">l.Saluius de legat. praestan.</note>
                     intolerable . mais le magistrat peut ployer la loy, &amp; l’interpretation
                     d’icelle, soit en doulceur, ou en <note place="margin">l.respiciendum.de
                        poenis.ff.</note> rigueur , pourueu qu’en la ployant il se garde bien de la
                     casser: encores qu’elle semble fort dure: <note place="margin">l. prospexit qui
                        &amp; a quibus.</note> &amp; s’il fait autrement, la loy le condamne<note place="margin">l.1. ad Turpil.l. cum prolatis. de re iudic.</note> comme
                     infame. ainsi se doibt entendre la loy Letoria, que Papinianus<note place="margin">l. Ius autem de iustitia.l.1.de bonor. possess.</note> recite
                     sans nommer l’autheur, par laquelle il estoit permis au grand Preteur de
                     suployer, &amp; corriger, les loix. &amp; si autrement on l’entendoit, il
                     s’ensuiuroit, qu’vn simple magistrat eust esté par dessus les loix, &amp; qu'il
                     eust peu obliger Ie peuple à ses edicts : ce que nous auons monstré estre
                     impossible. Soubs ceste mesme puissance de donner, &amp; casser la loy, sont
                     compris tous les autres droits, &amp; marques de souueraineté : de forte qu’a
                     parler propement on peut dire qu’il n’y a que ceste seule marque de
                     souueraineté, attendu que tous les autres droits sont compris en cestuy-la:
                     comme decerner la guerre, ou faire la paix : cognoistre en dernier ressort des
                     iugemens de tous magistrats : instituer, &amp; destituer les plus grands
                     officiers : imposer ou exempter les sugets de charges, &amp; subsides :
                     ottroyer graces &amp; dispenses contre la riguer des loix : hausser ou baisser
                     le tiltre, valeur, &amp; pied des monnoyes : faire iurer les sugets, &amp;
                     hommes liges de garder fidelité sans exception à celuy auquel est deu le
                     serment, qui sont les vrayes marques de souueraineté, comprises soubs la
                     puissance de donner la loy à tous en general, &amp; à chacun en particulier :
                     &amp; ne la receuoir que de Dieu. car le Prince ou Duc qui a puissance de don-
                        <pb n="164"/> ner loy à tous ses subgets en general, &amp; à chacun en
                     particulier, n'est pas souuerain, s’il la reçoit d’vn plus grand, ou egal à luy
                     : ie dy egal, par ce que celuy a maistre, qui a compagnon : &amp; beaucoup
                     moins s’il n’a ce pouuoir, sinon en qualité de vicaire, lieutenant, ou regent.
                     Mais d’autant que le mot de loy est trop general, le plus expedient est de
                     specifier les droits de souueraineté, compris, comme i’ay dit, soubs la loy du
                     souuerain. <note place="margin">La seconde marque de maieste.</note> comme
                     decerner la guerre, ou traitter la paix, qui est l’vn des plus grands poincts
                     de la majesté, <note place="margin">l.1.vt armorum vsus C.authent.de armit.
                        Aufrerius in titulo de guerris veterem ordinationem citat,&amp;
                        Ferald.priuileg. 19. Afflict. titul. 1.lib.1.constitut.Neapolit.</note>
                     d’autant qu’il tire bien souuent apres soy la ruine, ou l’asseurance d’vn
                     estat. cela se verifie non seulement par les loix Romaines, ains aussi de tous
                     les autres peuples. &amp; d’autant qu’il y a plus de hazard à commencer la
                     guerre, qu’à traitter la paix, le menu peuple Romain pouuoit bien faire la
                     paix : mais s’il estoit question de la guerre, il falloit assembler les grands
                     estats : iusques a ce que le menu peuple eut pleine puissance de donner la loy.
                     c’est pourquoy la guerre fut decernee contre Mithridate par la loy Manilia:
                     contre les Pirates, par la loy Gabinia : contre Philippe ii. Roy de Macedoine,
                     par la loy Sulpitia: &amp; la paix faicte auec les Cartaginois, par la loy
                     Martia : ainsi des autres. Et d’autant que Cesar fist la guerre en France, sans
                     mandement du peuple, Caton fut d’aduis qu’on debuoit rappeller l’armee, &amp;
                     liurer <note place="margin">Plutar. in Catone Vticensi &amp; in Iulio.</note>
                     Cesar aux ennemis. En cas semblable les estats du peuple Athenien decernoient
                     la guerre, &amp; la paix : comme on peut voir de la guerre contre les
                     Megariens, contre les Syracusains, contre les Roys de Macedoine. Ie mets ces
                     exemples des deux plusgrandes Republiques populaires qui furent onques : car en
                     l’estat Royal,il n’y a point de doubte: &amp; mesmes les princes souuerains
                     tirent à soy la cognoissance des moindres exploits &amp; entreprises qu’il faut
                     faire en guerre: &amp; quelque charge qu’ils donnent aux deputez de traitter
                     paix ou alliance, neantmoins ils n’accordent rien sans en auertir le Prince :
                     comme on peut voir au traitté de Cambresis dernier, les deputez de la part du
                     Roy, luy re- seriuoient d’heure en heure tous les propos tenus de part &amp;
                     d’autre : mais en l’estat populaire, on voit le plus souuent la guerre, &amp;
                     la paix, se manier par l’aduis du Senat, ou conseil priué seulement, &amp; bien
                     souuent par l’aduis seul d’vn capitaine, auquel on donne toute puissance : par
                     ce qu’il n’y a rien plus dangereux en guerre, que publier les entreprises, qui
                     ne peuuent alors reüssir. non plus que mines euentees : &amp; toutesfois il
                     faut qu’elles soient publiees, si le peuple en est aduerti. C’est pourquoy on
                     voit es histoires Greques, &amp; Latines, que les desseins, &amp; entreprises
                     de la guerre, se font tousiours par les capitaines, &amp; quelquefois si la
                     chose est de consequence, par le conseil du Senat, sans iamais en parler au
                     peuple, mais cela s’entend, apres que la guerre est ouuerte, &amp; publiee
                     contre l’ennemy, par commandement du peuple. Et si on me dit quesouuent le
                     Senat Romain deccrnoit la guerre, &amp; la paix, sans en aduertir le peuple,ie
                     le confesse, mais c’estoit vne entreprise sus la <pb n="165"/> majeste du
                     peuple. aussi les Tribuns du peuple l’empeschoient, comme on voit en Tite Liue,
                     où il dit Controuersia fuit utrum populi iussu indiceretur bellum, an satis
                     esset S.C. Peruicere Tribuni, vt Quintius Consul de bello ad populum ferret :
                     omnes centuriae iussere. Combien que le Senat mesmes ne vouloit pas
                     ordinairement denoncer la guerre, sans que le peuple l’eust ordonné. comme Tite
                     Liue parlant de la seconde guerre Punique, dit Latum <note place="margin">lib.1.deca.3.</note> inde ad populum vellent, iuberent, populo
                     Carthaginensi bellum indici. &amp; en autre lieu, Ex S.C. populi iussu bellum
                        <note place="margin">lib.6.deca.1.</note>Praenestinis indictum. &amp; autre
                     part, Ex authoritate patrum populus Palaepolitanis <note place="margin">lib.9.deca.1.</note> bellum fieri iussit. &amp; de rechef, Populus<note place="margin">lib.9.dec.1.</note> bellum fieri Æquis iussit. &amp; contre
                     les Samnites, Patres solenni more indicto decreuerunt , vt de ea re ad populum
                     ferretur. &amp; contre les Herniques, <note place="margin">lib.5.dec.1.</note>
                     Populus hoc bellum frequens iussit. &amp; contre les Vestins, Bellum<note place="margin">lib.8.deca.1.</note> ex authoritate patrum populus aduersus
                     ‘Vestinos iussit. En cas pareil nous lisons en la vie de Pirrhus quand le Senat
                     de Tarente eut esté d’aduis qu’on denonçast guerre aux Romains, le peuple
                     decerna son mandement. &amp; Tite Liue au xxxi. dit qu’il estoit defendu par
                     les Ætoliens qu’il ne fust rien arresté pour le fait de la paix, ny pour la
                     guerre, nisi in Panaetolio, Pylaïco concilio. Vray est qu’en Rome pour le
                     regard de la paix, le Senat bien souuent l’entreprenoit sans en parler au
                     peuple, comme on peut voir és traittez faicts entre les Romains &amp; Latins,
                     &amp; en la guerre sociale, le Senat passa quasi tous les traittez de paix,
                     &amp; alliance sans le peuple : &amp; souuent les capitaines le faisoient, sans
                     le consentement du Senat, mesmement si la guerre estoit en pays fort esloigné,
                     comme on voit en la seconde guerre Punique les trois Scipions firent les
                     traittez de paix, &amp; alliance auec les peuples, &amp; Princes d’Espagne,
                     &amp; d’Afrique, sans le commandement du Senat : vray est que le Senat, &amp;
                     bien souuent le peuple, autorizoit leurs actions, &amp; ratifioit les traittez,
                     apres qu’ils estoient faicts. &amp; f’ils estoient preiudiciables on n’y auoit
                     point d’esgard : mais en ce cas, les ostages, &amp; capitaines en respondoient
                     aux ennemis. comme le Consul Mancin, pour la paix accordee auec les Numantins,
                     que le peuple ne voulut pas ratifier, fut liuré entre les mains des ennemis.
                     C’est ce que disoit vn Senateur de Cartage aux Ambassadeurs Romains, Vos enim
                     quod C. Luctatius Conful primo nobiscum fœdus icit, quia neque autboritate
                     patrum, nec populi iussu ictum erat, negastis vos eo teneri. Itaque aliud fœdus
                     publico consilio ictum est. Et le mesme autheur parlant de Manlius gouuerneur
                     d’Asie, Gallograecis, inquit, bellum illatum, non ex Senatus authoritate, non
                     populi iussu : quod quis vnquam de sua sententia facere ausus est? En cas
                     semblable le Consul Sp.Posthumius, &amp; son armee, se voyans surpris par les
                     ennemis entre les roches, &amp; montagnes de l’Apennin traitterent auec eux,
                     estans sortis desarmez, &amp; retournez a Rome auec l’armee, le Senat ne voulut
                     pas ratifier la paix .aussi le Consul Posthumius<note place="margin">lib.9.deca.2.</note> dist deuant le peuple, Cùm me seu turpi, seu
                     necessaria sponsione obstrinxi, qua tamen, quando in iussu populi facta est,
                     non tenetur pop. Rom. nec quicquam ex ea <pb n="166"/> praeterquam corpora
                     nostra debentur Samnitibus, dedamur per feciales nudi vincti’q ;. aussi le
                     Conful ne dist pas que ce fust traitté de paix, mais bien vne simple promesse,
                        <note place="margin">Festus sponsionem, pactionem, foedus, pacem diffetre
                        scribit.</note> qu’il appelle sponsio . &amp; de fait les ennemis firent
                     iurer les ConsuIs, &amp; tous les capitaines, &amp; lieutenans de l’armee,
                     &amp; prindrent fix cens ostages, qu’ils pouuoient faire mourir, si le peuple
                     ne vouloit ratifier l’accord. mais ils firent vne lourde faute, qu’ils
                     n’obligerent tous les soldats par serment de retourner aux destroits &amp;
                     enclaues des montagnes, &amp; en l’estat ou ils estoient,ou prisonniers, au cas
                     que le peuple ne voulust passer l’accord fait par les capitaines . &amp; sans
                     doubte le Senat, &amp; le peuple les eust renuoyez en l’estat, comme il fist le
                     Consul, auec les six cens ostages qui auoient iuré, &amp; ceux qui en cas
                     semblable auoient voulu fausser la foy iuree à Annibal, <note place="margin">lib.1.decad.3.Cicero offi.lib.3.Polybius lib.6.</note> qui furent renuoyez
                     pieds &amp; poings liez : ou bien il eust ratifié l’accord : comme fist le Roy
                     François, du traître fait à Digeon par le seigneur de la Trimoiiille auec les
                     Suisses, baillant ostages des principaux de l’armee, à la charge que Ies
                     Suisses Ies pourroient faire mourir, si Ie Roy n’eust ratifie l’accord,comme
                     fist le Duc <note place="margin">Froissant l’an 1272.</note> d’Anjou aux
                     ostages, que ceux qui estoient assiegez au chasteau d’Erual auoient baillez :
                     quand il vit que Robert Canole capitaine du chasteau arriué dedans le chasteau
                     depuis l’accord empeschoit qu’il fust rendu, disant que les assiegez n’auoient
                     peu capituler sans luy. aussi fist-il trancher la teste aux prisonniers qu’il
                     auoit. Autrement s’il estoit permis aux captaines de traitter la paix sans
                     mandement, ou ratification expresse, ils pourroient obliger &amp; les peuples
                     &amp; les Princes souuerains au plaisir &amp; appetit des ennemis, &amp; à
                     telles conditions qu’ils voudroient : chose absurde, veu qu’vn procureur seroit
                     desaduoüé s’il auoit transigé de la <note place="margin">l.itaque de
                        procurat.ff.l.contra.§.vlt. de pactis ff.l. si procurator.de condic. in
                        deb.Bald.in l.mandatum.manda.C.Iaso in §.in bonae fidei de action. l.siquis
                        mihi bona. §. sed si mandauit.de acquir.haere.ff.l.5.l. fideiussor. mandati.
                        l. siquis pro command.ff.</note> moindre chose d’autruy, sans charge
                     expresse. Mais on me dira que ces reigles n’ont point de lieu à Venize, ou le
                     Senat decerne, &amp; ordonne entierement du faict de la paix, &amp; de la
                     guerre : ny mesmes entre les ligues des Suisses, &amp; Grisons, qui sont en
                     estat populaire: &amp; lors que l’estat de Florence fut remis en Ia liberte du
                     peuple, à la suasion de Pierre Soderin , il fut arresté que le peuple ne se
                     mesleroit que de faire les loix, &amp; les magiftrats, &amp; ordonner des
                     deniers, aydes, &amp; subsides: &amp; que le faict de la guerre, &amp; de la
                     paix, ou autres autres choses concernans l’estat, demeureroit au Senat. Ie di
                     quant aux estats populaires, &amp; Aristocratiques, que la difficulté
                     d’assembler le peuple, &amp; le danger qu’il y a d’euenter les secrets, &amp;
                     entreprises, fait que le peuple en donne la charge au Senat: toutesfois on
                     sçait assez, que les commissions, &amp; mandemens, qui sont leuez pour cest
                     effect, dependent de l’authorité du peuple, &amp; sont expediez soubs le nom du
                     peuple par le Senat, qui n’est que procureur, &amp; agent du peuple : prenant
                     authorite du peuple,comme aussi font tous les magistrats. Et quant aux
                     monarchies il est bien fans difficulté, que la resolution de la paix, &amp; de
                     la guerre depend du Prince souuerain: si l’estat est pure monarchie. Car es
                     royaumes <pb n="167"/> de Polongne, Dannemarc, &amp; Suede, qui sont estats
                     changeans, &amp; incertains, selon que Ie prince ou la noblesse ont les forces,
                     &amp; neantmoins qui tiennent plus de l’Aristocratie, que de la monarchie, la
                     resolution de la paix, &amp; de la guerre depend de la noblesse, comme nous
                     dirons en son lieu : aussi nous auons touché cy dessus, qu’il ne se fait loy en
                     ces pays là que du consentement de la noblesse. C’est pourquoy aux traittez de
                     paix qui se sont auec eux les seaux des princes, Comtes, Barons, Palatins,
                     castellans, &amp; autres constituez en dignité y sont apposez. comme le dernier
                     traitté fait entre les Polonnois, &amp; Prussiens, est seellé de cent &amp;
                     trois seaux des seigneurs du pays : ce qui n’est point fait és autres royaumes.
                     La troisiesme marque de souueraineté, est d’instituer les principaux offi-<note place="margin">Troisiesme marque de souuerainete.</note>-ciers : qui n’est
                     point reuoquee<note place="margin">l.1.ad l.Iul.de ambitu.</note> en doubte,
                     pour le regard des premiers magistrats. Ce fut la premiere loy que fist P.
                     Valerius apres auoir chasse les Roys de Rome, que les magiftrats seroient
                     instituez par le peuple. &amp; la mesme loy fut publiee à Venise, deslors
                     qu’ils s’assemblerent pour establir leur Republique, comme dit <note place="margin">in repub.Venetorum.</note> Contarin: aussi eft-elle bien
                     estroirtement gardee : &amp; mieux encores és monarchies, ou les moindres
                     offices d’huissiers, sergens, greffiers, trompettes, crieurs, qui estoient
                     instituez, &amp; destituez par les magistrats Romain, sont pourueuz par le
                     Prince, &amp; iusques aux mesureurs , arpenteurs , langayeurs, &amp; autres
                     officiers semblables, qui sont erigez par edicts perpetuels en tiltre d’office.
                     I’ay dit principaux officiers, c’est à dire les premiers magistrats : car il
                     n’y a Republique, ou il ne soit permis aux plus grands magistrats, &amp; a
                     plusieurs corps &amp; colleges, de faire quelques menus officiers : comme i’ay
                     monstré cy dessus des Romains. Mais cela se faict en vertu de l’office qu’ils
                     ont, &amp; quasi comme procureurs, qui sont creez auec puissance de substituer.
                     Nous voyons aussi que les seigneurs iusticiers, combien qu’ils tiennent la
                     iurisdiction du Prince souuerain en foy &amp; hommage, ont neantmoins puiffance
                     d’establir iuges, &amp; officiers. mais ceste puissance leur est baillee du
                     Prince souuerain. car il est bien certain que le Ducs, Marquis, Comtes, Barons,
                     &amp; Chastellains, n’estoient rien que iuges &amp; officiers de leur premiere
                     institution, comme nous dirons en son lieu. En cas pareil nous lisons<note place="margin">Aristot.in polit.</note> que le peuple de Cartage auoit
                     accoustume de faire cinq magistrats, pour elire les cent &amp; quatre
                     magistrats de la Republique : comme il se fait à Nuremberg, où les Censeuts qui
                     sont eleus de grand conseil, elisent les Senateurs, &amp; celà faict se
                     demettent de leur charge. Le Senat, qui est de x x v i. elist les huict
                     anciens, &amp; puis les xiii. &amp; les sept Burgomaistres, &amp; les xii.iuges
                     des causes ciuiles, &amp; cinq des causes criminelles. ce qui estoit aussi
                     ordinaire aux Censeurs Romains, qui supploient à leur discretion le nombre des
                     Senateurs, que les Consuls faisoient auparauant par souffrance du peuple, qui
                     du commencement les faisoit, comme dit Feste Pompee, &amp; quelquesfois le
                     Dictateur n’estoit faict que pour supployer le Senat: comme Fabius<note place="margin">Liuius.lib.23.</note> Buteo, <pb n="168"/> nomme Dictateur
                     par le Consul Terence, suiuant l’arrest du Senat, fist chois de clxxvii.
                     Senateurs pour vne fois. combien que le Senateur, à parler proprement, n’est
                     point magistrat, ainsi que nous dirons au chapitre du Senat. Mais en quelque
                     sorte que ce soit, ceux qui elisoient les Senateurs, n’auoient la puissance que
                     du peuple, &amp; reuocable au plaisir du peuple. Ainsi pouuons nous dire des
                     Cadilesquiers de Turquie, qui sont comme les deux Chanceliers du Roy,qui
                     peuuent instituer, &amp; destituer tous les Cadis &amp; Paracadis, qui sont les
                     iuges. Et en Ægypte, au parauant que Selim i. l’eust conquesté, le grand
                     Edegnare, qui estoit comme le Connestable du Sultan, auoit puissance de
                        pouruoir<note place="margin">Leon d’Afrique.</note> tous les autres
                     officiers : comme anciennement les grands maires du Palais en France. Et n’a
                     pas long temps que le chancelier de France auoit puissance de pouruoir par
                     preuention de tous offices sans gages, &amp; aux offices dont les gages
                     n’excedoient xxv. liures : ce qui fut reuoqué par le Roy François i. combien
                     que le chancelier tousiours, &amp; le grand Edegnare,&amp; le grand maire du
                     Palais estoient pourueus par le Roy: &amp; neantmoins ceste puissance si grande
                     qu’ils auoient, fut trespernicieuse aux premiers Roys, &amp; aux Sultans.
                     depuis on y a donné bon ordre : car mesmes les Lieutenans des Bailliages &amp;
                     Senechaussees, qui estoient pourueus par les Baillifs &amp; Senechaux,
                     auparauant le Roy Charles vii. sont maintenant pourueus du Roy en tiltre
                     d’office. Et ce peut faire que les magistrats,ou les corps, &amp; colleges
                     ayent pouuoir d’elire, &amp; nommer les magistrats principaux, comme nous
                     lisons es registres de la Cour, que par ordonnance de l’an m.ccccviii. il fut
                     dit que les officiers du Parlement seroient electifs, &amp; mandement fut donné
                     au Chancelier d’aller en Parlement pour les elections des offices vacans :
                     &amp; la mesme ordonnance fut reiteree par le Roy Loys xi.m.cccclxv. &amp;
                     apres luy du temps de Charles viii. non seulement les Presidens, Conseillers,
                     &amp; Aduocats du Roy furent eleus, ains auffi Ie Procureur general du Roy (qui
                     est seul du corps de la Cour, qui ne doit serment qu’au Roy, ores que Ies
                     procureurs des autres Parlemnes, qu’il appelle ses substituts, font serment a
                     la Cour) fut éleu l’an m.cccc.xcvi. mais les prouisions, &amp; lettres d’office
                     confirmatiues des elections, estoient &amp; sont tousiours ottroyees par le
                     Roy: qui seruira de response à ce qu’on pourroit dire que le Duc Artus de
                     Bretaigne fut éleu Connestable de France, par la voix de tous les princes,
                     &amp; du grand conseil, &amp; du Parlement l’an m.ccc.xxiiii.car combien que le
                     Roy fust lors aliené de son sens, &amp; les seaux de France marquez de l’image
                     de la Royne, si est-ce que par les lettres de prouision la garde de l’espee du
                     Roy luy fut baillee pour la tenir du Roy en soy &amp; hommage lige, &amp; pour
                     estre chef en guerre par dessus tous apres le Roy. Encores peut on dire que le
                     grand Palatin d’Hongrie qui est le plus grand magistrat &amp; lieutenant
                     general au Roy d’Hongrie, est éleu par les estats du pays, il est bien vray:
                     mais la prouision, institution, &amp; confirmation en appartient au Roy : qui
                     est le principal chef, &amp; autheur de sa <pb n="169"/> puissance. Combien que
                     les estats du royaume d’Hongrie pretendent encores auoir droit d’elire les
                     Roys, &amp; la maison d’Austriche le contraire. &amp; semble que les Roys ont
                     passé par souffrance que les estats eleussent le grand Palatin pour leur faire
                     oublier l’election du Roy, &amp; neantmoins ils se sont si bien opiniastrez,
                     qu’ils ont mieux aimé s’abandonner aux Turcs, que perdre ce droit.Ce n’est donc
                     pas l’election des officiers qui emporte droit de souueraineté, ains la
                     confirmation &amp; prouision: bien est il vray que ce poinct là en retient
                     quelque chose, &amp; monstre que les Princes ne sont pas absoluëment
                     souuerains, si ce n’est de leur vouloir &amp; consentement que telles elections
                     se facent. &amp; mesmes au royaume de Poloigne par ordonnance de Sigismond
                     Auguste, tous officiers doiuent estre eleus parles estats particuliers de
                     chacun gouuernement, &amp; neantmoins ils doiuent prendre lettres de prouision
                     du Roy. Qui n’est point chose nouuelle: car du temps mesmes des Gots, nous
                        lisons<note place="margin">Cassiodor lib.1.2. &amp; sequent.</note> en
                     Cassiodore, que Theodoric Roy des Gots bailloit lettres de confirmation aux
                     officiers que le Senat auoit eleus, vsant de ces mots, par les lettres<note place="margin">Cassiodor.lib.1.epistol 9.</note> addressees au Senat, pour
                     vn qu’il auoit pourueu de la dignité de Patrice Judicium vestrum P. C. noster
                     comitatur assensus . Or puis que la puissance de commander à tous les sugets en
                     vne Republique est à celuy qui tient la souueraineté, c’est bien raison que
                     tous Magistrats recognoissent ce pouuoir de luy. Mais disons de l’autre marque
                     souueraine, <note place="margin">Quarriesme marque de la souueraineté.</note>
                     c’est à sçauoir du dernier ressort, qui est &amp; a tousiours esté l’vn des
                     principaux droits de la souueraineté. Comme on peut voir apres que les Romains
                     eurent chasse les Roys, par la loy Valeria non seulement le dernier ressort fut
                     reserué au peuple, ains aussi l’appel de tous<note place="margin">Liuius
                        lib.24.</note> Magistrats. par ce que les Cosuls souuent y contreuenoient,
                     la mesme loy fut par trois fois republiee, <note place="margin">Liuius
                        lib.1.7.10.</note> &amp; par la loy<note place="margin">Liuius lib.3.
                        Dionis.Halycar.lib.10.</note> Duillia la peine de mort fut adioustee à celuy
                     qui contreuiendroit. Tite Liue appelle ceste loy le fondement de la liberté
                     populaire, ores qu’elle fust mal executee. la mesme loy estoit encores plus
                     estroitement gardee en Athenes,où le dernier ressort estoit reserué au peuple,
                     non seulement de tous les Magistrats, ains aussi de toutes les villes de leurs
                     alliez ,comme dit Xenophon<note place="margin">de Repub.Athen.Demosthen. pro
                        Aphobo.</note>, &amp; Demosthene. Nous trouuons en Contarin<note place="margin">de Repub. Vene.</note> le semblable, que la premiere loy qui
                     fut faite pour l’establissement de leur Republique fut, qu’il y auroit appel de
                     tous les Magistrats au grand conseil. Aussi<note place="margin">Guichardin.</note> lisons nous que François Valori Duc de Florence, ne fut
                     tué pour autre chose, que pour n’auoir deferé à l’appel intergeté de luy au
                     grand conseil du peuple, ayant condanné à mort trois Florentins. Mais on dira
                     que non seulement à Florence le Duc, ains aussi à Rome le Dictateur &amp;
                     autres Magistrats souuent passoient par dessus l’appel, comme on peut voir en
                     plusieurs histoires. &amp; mesme le senat Romain ayant fait assieger, prendre
                     &amp; amener à Rome la legion, qui estoit en garnison à Rhege, fist foüeter
                     &amp; trancher la teste à tous les soldats &amp; Capitaines qui restoient<note place="margin">Valer. Mar.lib.8. Liuius lib.27.Polyb.lib.1.</note>,
                     nonobstant, &amp; sans auoir egard aux appellations par <pb n="170"/> eux
                     intergetees au peuple, ni aux oppositions des Tribuns du peuple, crians à haute
                     voix, que les loix sacrees touchant l’appel estoient foullees aux pieds. Ie
                     respons pour le faire court ce que fist Papinian, qu’il ne faut pas prendre
                     pied sur ce qu’on fait à Rome, ains plustost à ce qu’on doit faire: car il est
                     bien certain qu’il y auoit appel du Senat au peuple. &amp; ordinairement
                     l’opposition d’vn Tribun arrestoit tout le Senat, comme nous auons touché ci
                     dessus. Et le premier qui donna puissance au Senat Romain de iuger sans appel,
                        fut<note place="margin">l.1. à quibus appellare non licet.</note> Adrian
                     l’Empereu. car l’ordonnance de Caligula n’eut point de lieu, quoy qu’il donnast
                     puissance à tous Magistrats de iuger sans appel. &amp; combien que Neron
                     ordonna, que l’amende seroit pareille à ceux qui auroient appellé au Senat,
                     comme ils<note place="margin">Tacit.lib.8. Tranquil. in Nerone, ait omnium
                        magistratuum appellationes ad Senatum retulisse.</note> auoient appellé à sa
                     personne, toutefois il n’osta pas la voye d’appel du Senat à luy. Mais il
                     semble que ceste response eft directement contraire à ce que nous auons dit:
                     car s’il n’y auoit point d’appel du Senat à l’Empereur, ains que le dernier
                     ressort fust au Senat, le dernier appel n’est pas marque de souueraineté. ioint
                     aussi que le grand maistre du Palais, qu’ils appelloient Praefectum praetorio,
                        iugeoit<note place="margin">l.1. de off.praefecti praetor.</note> sans
                     appel. &amp; cognoissoit des appellations de tous les Magistrats &amp;
                     gouuerneurs de l’Empire, comme dit<note place="margin">Flauius Vobisc.in
                        Floriano.</note> Flauius Vopiscus: &amp; en toute Republique on void des
                     Cours &amp; Parlemens qui iugent sans appel, comme les six Parlemens en France,
                     Ies quatre Cours en Espaigne, la chambre Imperiale en Alemaigne, le Conseil à
                     Naples, les quarante à Venize, la rote en Rome, le Senat à Milan: &amp; en
                     toutes les villes Imperiales, Duchez, Comtez dependans de l’Empire, il n’y a
                     point d’appel à la chambre és causes criminelles iugees par les Magistrats des
                     Princes &amp; villes imperiales. Et ne pourroit seruir de dire, que Ies
                     appellations intergetees des Baillifs, Senechaux &amp; autres iuges inferieurs,
                     ne se font pas directement aux Cours de Parlement, ni à la chambre imperiale,
                     ains que l’appel est deuolu au Roy, ou à l’Empereur, lesquels renuoient la
                     cause aux iuges par eux deputez, qui sont en ce cas ses lieutenans, &amp; pour
                     ceste cause qu’il n’y peut auoir appel du lieutenant du Prince, non plus que du
                     Prince mesme: car combien qu’il n’y ait point d’appel du lieutenant en termes
                     de droit à celuy qui l’a mis en son<note place="margin">l.1.quis &amp; a quo
                        appellat.</note> lieu, est-ce que tous Ies reliefs d’appel portent que les
                     condannez sont appellans au Roy &amp; aux cours de Parlemens, qui se disent
                     iuges ordinaires des ordinaires, &amp; non pas iuges extraordinaires seulement:
                     attendu mesmement qu’ils iugent de plusieurs causes en premiere instance. &amp;
                     outre cela on voit les moindres Magistrats presidiaux iuger en dernier ressort
                     en certain cas. &amp; par ce moyen il semble que le dernier ressort n’est pas
                     marque de souueraineté. Ie respons que le dernier ressort comprend la voye de
                     requeste ciuile, aussi bien que l’appel: qui semble auoir meu plusieurs<note place="margin">Bald in l.2 conclus.453.de rerum diuis.Faber.in institut.de
                        Attiliano tut.§.vlt.Panor.consil. 2. lib.1. Curtius iunior
                        consil.2.col._.Panor. &amp; Imol. in cap.nimis. de iure iurand.</note>
                     iurisconsultes, de dire que la requeste ciuile est des droits de souueraineté.
                     &amp; iaçoit que les mesmes iuges cognoissent de leur iugement quand on y vient
                     par requeste ciuile, si est-ce <pb n="171"/> neantmoins que la requeste
                     s’adresse au Prince souuerain, qui la reçoit, ou la reiette si bon luy semble:
                     &amp; souuent il euo que la cause a soy pour la iuger, ou casser ce qui a esté
                     fait, ou la renuoyer à d'autres iuges: qui est la vraye marque de souueraineté,
                     &amp; dernier ressort. &amp; n’est pas en la puissance des Magistrats de
                     changer,ni corriger leurs iugemens, si le Prince souuerain ne leur permet, sur
                     peine de faux, tant de droict<note place="margin">l. quod iussit. de re
                        iudic.l.relegati.de poenis.</note> commun, que par les ordonnances de ce
                     Royaume. &amp; combien que plusieurs iuges ont accoustumé d’vser en leurs
                     iugemens de ces mots, Par main souueraine, &amp; en souueraineté, toutefois
                     c’est abuser du mot, qui n’apartient qu’au Prince souuerain. Et quand ores le
                     Prince souuerain auroit fait vn edit, par lequel il ordonnast, qu’il n’y eust
                     ni voye d’appel, ni de requeste contre les sentences de ses Magistrats à sa
                     perfonne, comme vouloit faire l’Empereur Caligula: si est-ce neantmoins que ses
                     sugets seroient. tousiours receuables à releuer leur appel, ou presenter
                     requeste à sa majesté : car il ne peut se lier les mains, ni oster a ses sugets
                     la voye de restitution, de supplication, de requeste : attendu mesmement que
                     tous les edits touchant les appellations, &amp; iugemens, ne sont rien que loix
                     ciuiles, ausquelles nous auons dit qu’il ne peut estre obligé. c’est pourquoy
                     le priué conseil, &amp; mesmes le Chancelier de l’Hospital, trouua fort estran-
                     ge &amp; nouueau, que les commissaires deputez à faire le procès du president
                     l’Alemant, luy firent defenses par l’arrest contre luy donné, de n’approcher de
                     la Cour de xx. lieues, pour luy trancher la voye de requeste ciuile, que le Roy
                     mesme ne peut oster à son suget, ores qu’il soit en sa puissance de prendre ou
                     regetter sa requeste. Aussi voit-on qu’en tous les apennages donnez aux enfans
                     de la maison de France, &amp;generalement es erections des Duchez, Marquisats,
                     Comtez &amp; Principautez, on a tousiours accoustumé de reseruer la foy &amp;
                     hommage, ressort, &amp; souueraineté: &amp; quelquefois il n’y a que
                     reseruation de ressort &amp; souueraineté : comme en la déclaration faite par
                     le Roy Charles v. à Iean Duc de Berri du iii. Mars m.ccclxxiiii. en quoy est
                     aussi compris la foy &amp; hommage: car il est bien certain que le Duché de
                     Berri estoit lors l’appennage baillé au Duc de Berri, à la charge des droits
                     royaux, &amp; de reuersion à la couronne les masles defailIans: comme i’ay
                     apris par les lettres d’appennage, qui sont encores au thresor de France. Nous
                     voyons aussi semblable declaration de Philippe Archiduc d’Austriche, faite au
                     Roy Loys x ii. l’an m.ccccxcix. autre declaration de luy-mesme de l’an m.d.v.
                     où il recognoist, &amp; entend obeïr aux arrests du parlement :de Paris, pour
                     le regard des pays d’Artois, Flandres, &amp; autres terres qu’il tenoit du
                     Roy : &amp; au traité d’Arras fait entre le Roy Charles vii. &amp; Philippe ii.
                     Duc de Bourgongne, il y a reseruation expresse de la foy &amp; hommage, ressort
                     &amp; souueraineté, pour les terres qu’il auoüa tenir, &amp; que ses
                     predecesseurs auoient releué de la couronne. Et la principale occasion que
                     Charles v. Roy de France print de faire la guerre au Roy <pb n="172"/>
                     d’Angleterre, fut d’autant qu’il passoit par dessus les oppositions, suiuant le
                     traité de Bretegni, qui n’estoit pas ratifié par Charles v. sans deferer à
                     l’appel, comme on peut voir par l’arrest du Parlement donne le xiiii. May
                     m.ccclxx. par lequel le Duché d’Aquitaine est confisqué au Roy pour ceste
                     cause. Autrement si le Prince souuerain quite son suget ou vassal du ressort,
                     &amp; souueraineté qui luy appartient, il fait d’vn suget vn Prince souuerain:
                     comme fist le Roy François i. quitant du tout au Duc de Lorraine la foy &amp;
                     hommage, ressort &amp; souueraineté du Chastelet sur Mozelle m.d.xvii. Mais
                     quand il permist au mesme Duc de iuger, condamner &amp; absoudre en
                     souueraineté au Duché de Bar, &amp; que les officiers tiroient cela en
                     consequence de souueraineté absoluë, le Procureur general en fist plainte au
                     Roy, &amp; aussi tost Anthoine, &amp; apres luy François Ducs de Lorraine
                     passerent recognoissance en forme authentique, par laquelle ils declaroient,
                     qu’ils n’entendoient en rien deroger à la foy &amp; hommage, ressort &amp;
                     souueraineté qu’ils deuoient à la couronne, à cause dudit Duché, &amp; qu’ils
                     n’auoient vsé de iugement souuerain que par souffrance. lesquelles lettres de
                     recognoissance furent depuis exhibees au priué conseil l’an m.d.lxiiii.
                     Toutefois le plus expedient pour la conseruation d’vn estar, c’est de iamais
                     n’otroier marque de souueraineté au fuget, &amp; moins encores à l’estranger:
                     car c’est le degré pour monter à la souueraineté. Et pour ceste cause on fist
                     grande difficulté de passer les lettres pour l’Eschiquier d’Alençon m.d.lxxi.
                     pour le preiudice fait au ressort : qui sembloit tel, que l’vn des Aduocats du
                     Roy dist en plein conseil, qu’il vaudroit mieux introduire vne douzaine de
                     Parlemens: ores que le ressort en certains cas, &amp; plusieurs causes soient
                     reseruees, outre la foy &amp; hommage. &amp; de fait les Roys d’Angleterre,
                     &amp; Ducs de Bourgongne prindrent occasion plus qu’ils n’eussent fait, de
                     s’allier,&amp; faire la guerre au Roy de France, pour le refus qu’il faisoit de
                     leur donner le priuilege d’Eschiquier, comme il auoit fait aux Ducs d’Alençon,
                     afin qu’il n’y eust point d’appel de leurs iuges &amp; Magistrats. Car non
                     seulement les officiers des Ducs &amp; Comtes, ains aussi les Ducs mesmes
                     estoient adiournez par deuant le Roy, pour voir corriger &amp; amender leurs
                     iugemens : qui estoit vne submission qui les greuoit bien fort. &amp; quelque
                     fois aussi on les faisoit adiourner par deuant le Roy pour peu de chose :
                     dequoy se plaignirent les Ducs de Bretaigne au Roy Philippe le Bel, &amp; à
                     Philippe le Long, qui enuoyerent lettres patentes à la Cour de Parlement au
                     mois de Feurier m.cccvi. &amp; d’Octobre m.cccxvi. par lesquelles ils
                     declarerent qu’ils n’entendoient que le Duc de Bretaigne, ni ses officiers
                     fuffent adiournez par deuant eux, sinon en cas de deny de iustice, faux
                     iugement, &amp; en cas de souueraineté. &amp; par les mesmes lettres on peut
                     voir, que l’exception des cas reseruez emporte la confirmation du dernier
                     ressort &amp; souueraineté. Nous ferons pareil iugement de tous les Princes
                     &amp; seigneurs desquels il y a appel à l’Empire &amp; chambre imperiale. <pb n="173"/> qu’ils ne sont pas souuerains: car ce seroit crime deleze
                     majeste,&amp; capital, de se porter pour appellant duPrince souuerain, si ce
                     n’estoit en la forme que fist vn Grec, qui appella du roy Philippe de Macedoine
                     mal conseille, à luy mesme, quand il seroit mieux conseillé. &amp; en ceste
                     façon les aduocats de Loys de Bourbon formerent l’appel de l’arrest
                     interlocutoire donné par le Roy François ii. en son priué conseil: que<note place="margin">in l.7.de relation. C.l.1.5.quaesicum. de appellat. Bald.
                        iterum in l.vlt.de relat.</note> Balde Iurisconsulte trouue bon &amp;
                     receuable. &amp; seroit bien seant à la majesté d’vn Prince souuerain, de
                     suiure l'exemple de ce Roy là qui receut l’appel : ou bien s’ils veulent que
                     leurs arrests demeurent, pour ne sembler variables, ni muables, qu’ils facent
                     comme le mesme Roy fist à Machetas, lequel il recompensa de son bien, l'ayant
                     iniustement condamné, sansmuer, ni changer son arrest. Et de ceste marque de
                     souueraineté de-<note place="margin">La cinquiesme marque de
                        souueraineté.</note>-pend aussi la puissance d’ottroyer grace aux condamnez
                     par dessus les arrests, &amp; contre la rigueur des loix, soit pour la vie,
                     soit pour les biens, soit pour l’honneur, soit pour le rapel du ban, il n’est
                     pas en la puissance des Magistrats, pour grands qu’ils soient, d’en donner vn
                     seul poinct, ni de rien alterer des iugemens par eux donnez. Et combien que les
                     proconsuls, &amp; gouuerneurs de prouinces eussent autant de iurisdiction,que
                        <note place="margin">l.solet.de iurisdict.omnium.</note> tous les Magiftrats
                     de Rome auoient ensemble, si est-ce qu’il ne leur estoit pas licite de
                     restituer seulement les bannis pour quelque temps, comme nous lisons és lettres
                        de<note place="margin">lib.10.epistol.</note> Pline le ieune gouuerneur
                     d’Asie, à l’Empereur Traian : &amp; beaucoup moins de donner grace aux
                     condamnez a mort, ce qui est defendu à tous <note place="margin">l relegati.de
                        poenis.l.is. qui reus. &amp; ibi Accurs.&amp; Bart. de publicis
                        iudic.Angel.in l si decesserit qui satis dare.&amp; in l.1.§.non fuit de
                        dolo l. ad bestias.de poenis l. 1. fine. de quaestion. Valer.lib.8. de
                        publicis Iudic. Liuius lib.2 &amp; 25. Bartol. in l. acta de re Iudic. ex ea
                        lege.</note> Magiftrats en toute République. Et combien qu’il semble que
                     Papirius Cursor Dictateur donna grace à Fabius Max. Colonnel des gens de pied,
                     pour auoir donné la bataille contre sa defense, iaçoit qu’il eust tué xxv. mil
                     ennemis toutefois en effect c’estoit le peuple qui donnoit la grace, ores qu’il
                     pria tresinstamment le Dictateur de pardonner ceste faute:car Fabius auoit
                     appellé au peuple de l’arrest du Dictateur, lequel defendit son iugement contre
                     l’appellant: qui monstre bien que la puissance de la vie &amp; de la mort
                     estoit au peuple . Aussi void on, que Sergius Galba l’Orateur, que le Censeur
                     Caton auoit attaint &amp; conuaincu de leze maiesté, eut recours à la grace du
                     peuple, qui luy pardonna, sur quoy Caton dist, que s’il n’eust eu recours aux
                     pleurs, &amp; aux enfans, il eust eu des verges. En cas semblable le peuple
                     d’Athenes auoit puissance d’ottroyer graces, priuatiuement à tous Magistrats,
                     comme il monstra à Demosthene, Alcibiade, &amp; à plusieurs autres. Aussi en la
                     Republique de Venize il n’i a que le grand<note place="margin">In statutis
                        Venetor.</note> Conseil de tous les gentils-hommes Venitiens qui donne
                     grace. au parauant le conseil des dix donnoit bien les graces, par souffrance,
                     &amp; neantmoins il fut ordonné l’an m.d.xxiii. que la giunta, qui font xxxii.
                     assisteroit au conseil, &amp; que la grace n’auroit lieu, si tous n’y
                     consentoient. mais l’an m.d.lxii. defenses furent faites au conseil de rien
                     entreprendre. Et combien que l’Empereur Charles v. en l’erection du <pb n="174"/> Senat de Milan ottroya toutes les marques de souueraineté, comme son
                     lieutenant &amp; vicaire, si est-ce qu’il se reserua la grace : comme i’ay
                     apris des lettres patentes par luy<note place="margin">In constitut.Mediola. in
                        cap.de senatu.</note> decernees. ce qui est bien estroitement gardé en
                     toutes les Monarchies. &amp; combien qu’à Florence pendant l’estat populaire,
                     les huict auoient vsurpé la puissance de donner grace, si est-ce que cela fut
                     depuis renduau peuple , lors que Soderin changea l’estat. Quant a nos Roys, il
                     n'i a chose de laquelle ils soient plus ialoux. &amp; combien que le Roy
                     François i. eust<note place="margin">anno 1515. Februarij.</note> donné à sa
                     mere puissance d’ottroyer graces, si est-ce toutefois que la Cour ayant ordonné
                     qu’il seroit remonstré au Roy, que c’estoit l’vne des plus belles marques de la
                     souueraineté, qui ne se pouuoit communiquer au suget sans diminution de la
                     masefté : la mere estant aduertie, quitta ce priuilege, &amp; rendit les
                     lettres au Roy auparauant qu’on luy en fist instance. car mesmes la Royne de
                     France ne peut auoir ce priuilege, ni les autres marques de souueraineté. &amp;
                     iaçoit que la loy des Romains dit, que l’Imperatrice estoit dispensee des edits
                     &amp; ordonnances, cela neantmoins n’a point de lieu en ce Royaume : &amp; se
                     trouue vn arrest és registres de la Cour de l’an m.ccclxv. en luillet, par
                     lequel la Royne fut condamnee à garnir par prouision la debte portee par
                     contract, sans auoir esgard aux priuileges par elle pretendus. Ie trouue bien
                     aussi que le Roy Charles vi. donna puissance à maistre Arnault de Corbie
                     Chancelier de France, par lettres patentes du xiii. Mars m.cccci. de donner
                     graces &amp; remissions, presens aucuns du grand Conseil : mais c’estoit lors
                     que les Chanceliers estoient tous puissans, &amp; le Roy Charles vi. en
                     puissance d’autruy, pour la maladie qui le tenoit. Encores me diroit-on
                     qu’anciennement les gouuerneurs des prouinces donnoient graces, comme on peut
                     voir encores aux coustumes de Henaut<note place="margin">cap.</note> &amp; aux
                     anciennes coustumes<note place="margin">Guido pap. in
                        decis.delphini.233.</note> de Daufiné: &amp; mesmes l’euesque d’Ambrum
                     pretend ceste puissance, par chartes<note place="margin">iuge par arrest de
                        Grenoble Guido pap. decis.498.</note> authentiques. Ie respons, que telles
                     coustumes &amp; priuileges sont abus, &amp; en-<note place="margin">Les marques
                        de la maieste ne se doyuent bailler ny en titre d’office, ny par commission,
                        s’il n’y a iuste absence.</note>-treprises, qui furent cassees à bon droit
                     par l’edit du Roy Loys xii. m. ccccxcix. &amp; si tels priuileges sont nuls,
                     aussi peut-on dire que les confirmations sont nulles : car la confirmation ne
                     vaut iamais rien, si le priuilege de soy est nul. or il eft bien nul, puis
                     qu’il ne peut estre quitte sans la couronne. mais quant aux gouuerneurs,
                     vicaires, &amp; lieutenans generaux des princes souuerains, il y a autre
                     raison, attendu qu’ils n’ont pas cela par priuilege, ni par office, mais par
                     commission : comme les Princes, vicaires, &amp; lieutenans pour l’Empire. Mais
                     en l’estat d’vne Republique bien ordonnee, ceste puissance ne doit estre
                     baillee, ni par<note place="margin">Princeps reseruata sibi, non potest
                        committere legato. cap. quod translationem.de offi. delegat. nisi iusta sit
                        absentia, vel impotentia.2. Alberic.notauit in l.de creationis de episcopali
                        audient.C.</note> commission,ni en tiltre d’office, si ce n’est pour
                     establir vn regent pour la distance des lieux par trop grande, ou bien pour la
                     captiuité des Princes souuerains, ou qu’ils soient en fureur, ou en enfance:
                     comme il se fist pour Loys ix. lequel pour sa ieunesse fut mis par les estats
                     de France en la tutelle de sa mere Blanche de Castille : apres auoir baillé
                     quelques <pb n="175"/> Princes pour caution, qu’elle ne bailleroit point la
                     tutelle à autres personnes: &amp; par mesme moyen Charles de France, Regent en
                     France pendant la captiuité du Roy Iean, &amp; Loyse de Sauoye Regente pendant
                     la prison du Roy François, auec tous les droits royaux, en qualité de Regente,
                     &amp; le Duc de Betfort Regent en France, pour la maladie du Roy. Ici peut
                     estre on me dira, que nonobstant l’ordonnance de Loys xii. le chapitre
                     del’eglise de Rouan, pretend tousiours auoir priuilege de donner grace,en
                     faueur de S. Romain, deuant la feste duquel, il fait defenses à tous les iuges,
                     &amp; mesmes au Parlement de Roüan, d’executer à mort pas vn des condamnez:
                     comme i’ay veu pratiquer y estant en commission pour la reformation generale de
                     Normandie. &amp; sur ce que la Cour, nonobstant la grace du chapitre, fist
                     executer à mort celuy qu’elle auoit condamné apres la feste. le chapitre en
                     fist plaintes au Roy, ayant pour chef l’vn, des Princes du sang. le Parlement
                     enuoya ses deputez, entre lesquels l’aduocat du Roy Bigot fist grande instance,
                     pour l’abus, &amp; entreprise sus la majefté du Roy. toutefois le temps y
                     estoit mal propre : &amp; quelque remonstrance qu’on fist, le priuilege leur
                     est demeuré. cela peut estre fait à la forme du priuilege donné aux Vestales de
                     Rome, qui pouuoient donner la grace à celuy qu’on alloit executer, si l’vne des
                     Vestales s’y rencontroit fortuitement, comme dit Plutarque en la vie de Numa :
                     coustume qui est encores gardee à Rome, quand il se trouue quelque Cardinal
                     lorsqu’on va executer quelqu’vn Mais le pis qu’il y a au priuilege S. Romain,
                     c’est qu’on ne donne grace que des crimes les plus execrables qu’on peut
                     trouuer, &amp; desquels le Roy n’a point accoustumé d’ottroyer grace. En quoy
                     plusieurs Princes souuerain abusent de leur puissance, cuidans que la grace
                     qu’ils donnent, est d’autant plus agreable à Dieu, que le forfait est
                     detestable. Mais ie tiens, sauf meilleur iugement, que le prince souuerain ne
                     peut donner grace de la peine establie par la loy de Dieu, non plus qu’il ne
                     peut dispenser de la loy de Dieu, à laquelle il est suget. Et s’il est ainsi
                     que le Magistrat merite peine capitale, qui dispense de l’ordonnance de son
                     Roy, comment seroit-il licite au Prince souuerain de dispense son suget de la
                     loy de Dieu? &amp; mesmes si le prince souuerain ne peut quiter l’interest
                     ciuil de son suget,comment pourroit-il quiter la peine que Dieu ordonne par sa
                     loy? comme le meurtre fait de guet à pend, merite la mort par la loy de Dieu. O
                     combien il s’en void de remissions ! Mais on me dira: En quoy se pourroit
                     monstrer la misericorde du Prince, s’il ne pouuoit donner grace de la peine
                     establie par la loy de Dieu? ie respons qu’il y a beaucoup de moyens: c’est à
                     sçauoir des contrauentions aux loix ciuiles. comme si le Prince a defendu de
                     porter armes, ou de bailler viures aux ennemis sur peine de la vie, la grace
                     sera bien employee à celuy qui a porté les armes pour sa defense seulement, ou
                     que la pauureté a contraint de vendre bien cher à l’ennemi, pour subuenir à sa
                     necessité. ou bien si par la loy ciuile,la peine <pb n="176"/> du larrecin est
                     capitale, le Prince debonnaire peut la reduire au quadruple, qui est la peine
                     de la loy de Dieu, &amp; du droict commun. mais le meurtrier de guet à pend,
                     Vous l'arracherez, dit la loy, de mon autel sacré, &amp; n’aurez iamais pitié
                     de luy, que vous ne le faciez mourir, &amp; alors i’est endray mes grandes
                     misericordes sur vous. Toutefois les Roys Chrestiens le iour du Vendredi sainct
                     ne donnent grace que de ce qui est irremissible. or les graces ottroyees de
                     telles meschancetez, tirent apres soy les pestes, les famines, les guerres
                     &amp; ruines des Republiques : c’est pourquoy la<note place="margin">deutero.19.&amp; 23.</note> loy de Dieu dit, qu’en punissant ceux qui ont
                     merité la mort, ont osté la malediction d’entre le peuple . car de cent
                     meschancetez il n’en vient pas deux en iustice, &amp; de celles quon y fait
                     venir, la moitié n’est pas verifiee :&amp; si du crime verifié on ottroye
                     grace, quelle punition poutra seruir d’exemple aux meschans? Et quand on ne
                     peut obtenir grace de son Prince, on interpose la faueur d’vn autre Prince : de
                     quoy les estats d’Espaigne firent plainte au Roy Catholique, &amp; presenterent
                     requeste, afin d’auertir l’Ambassadeur, qui estoit par deuers le Roy de France,
                     de ne receuoir plus, ni demander grace au Roy d’Espaigne, pour les condamnez
                     qui se retiroient en France: car ayant obtenu leurs graces, ils tuoient bien
                     souuent les iuges qui les auoient condamnez. Mais entre les graces que le
                     Prince peut donner, il n’y en a point de plus belle, que de l’iniure faite à sa
                     personne : &amp; entre les peines capitales, il n’y en a point de plus agreable
                     à Dieu, que celle qui est establie pour l’iniure faite à sa majesté. mais que
                     doit-on esperer du Prince qui vange cruellement ses iniures, &amp; pardonne
                     celles d’autruy, &amp; mesmes celles qui sont faites directement contre
                     l’honneur de Dieu? Soubs la grace plusieurs ont voulu comprendre la restitution
                     des mineurs &amp; majeurs, le benefice d’aage, qui sont bien propres au Prince
                     souuerain en plusieurs Republiques, mais ce ne sont pas marques de souueraineté
                     : <note place="margin">Bart. in auth.ex complexu.de incestis C. Corne. consil.
                        1. col 6.lib.4 Ancaran. in cap.1. de sponsal. &amp; consil.320. Panor. in
                        cap.per venerabilem. qui filij sint legit. col. 6. Rotae decis.200.Bald. in
                        l. eamquam. de iure aureorum. C. &amp; consil.306.lib.2.Fuberin institut.de
                        nuptiis. Fulgo.consil.33.col.2.Cuman. consil. 158. col.5.Alexand. consil.
                        67. lib.1.col.1. Henrich. Bohic. &amp; Innocent. in d. cap. per venerabilem.
                        omnes consentiunt restitutionem natalium sumini principis pro priam esse
                        praeter Hostiensem qui Pontifici quoque summo tribuit supra principes in
                        summa qui filiis sint legit.</note> horsmis la restitution des bastards,
                     serfs, &amp; autres semblables : car les Magistrats en Rome auoient telle
                     puissance : &amp; par l’ordonnance de Charles vii. &amp; viii. il est
                     expressément mandé aux iuges de n’auoir aucun egard aux lettres qu’on appelle
                     de iustice, si elles ne sont equitables: ce qui est assez compris par ces mots,
                     Tant qvea svfire doive,qui sont en toutes lettres de iuftice ottroyees en ce
                     Royaume. Mais si ceste clause n’y est apposee, leMagistrat n’a cognoissance que
                     du fait, estant la peine reseruee à la loy, &amp; la grace au souuerain. C’est
                     pourquoy Ciceron demandant à Cesar la grace de Ligarius, I’ay, dit-il, souuent
                     plaidé s auec vous deuant les iuges, mais ie ne dy iamais pour celuy que ie
                     defendois, pardonnez luy, messieurs, il a failli, il n’y pensoit pas, si iamais
                     plus, &amp;c. c’est au pere à qui on demande pardon : mais deuant les iuges, on
                     dit que le crime est forgé par enuie, l’accusateur calomnieux, les tesmoins
                     faux. où il monstre que Cesar estant souuerain, auoit la grace en son pouuoir,
                     ce que n’ont pas les iuges. Quant à la foy &amp; hommage lige <pb n="177"/> il
                     appert aussi, que c'est l’vn des plus grands droits de la souueraineté, comme
                     nous auons monstré ci dessus, pour le regard de celuy à qui il est deu sans
                     exception. Quant au droit de moneage il est de la mesme nature de la loy &amp;
                     n’y a que celuy qui a puissance de faire la loy, qui puiffe donner loy aux
                     monnoyes. ce qui est bien entendu par les mots Grecs, Latins &amp; François:
                     car le mot de nummus est du Grec GREEK comme loy &amp; aloy : &amp; ceux qui
                     parlent mieux ostent la premiere lettre. Or il n’y a rien de plus grande
                     consequence, apres la loy, que le tiltre, valeur, &amp; pied des monnoyes,
                     comme nous auons monstré en vn<note place="margin">au paradoxe de
                        Mal-estroit.</note> traité à part : &amp; en toute Republique bien ordonnee,
                     il n’y a que le Prince souuerain qui ait ceste puissance : comme nous lisons
                     qu’il se faisoit en Rome, quand on donna prix au victoriat, cela se fist par
                        loy<note place="margin">Cicero in offi.</note> expresse du peuple. &amp;
                     iaçoit que le Senat par son arrest, pour subuenir aux necessitez publiques,
                     fist valoir la demie liure de cuiure autant que la liure: &amp; quelque temps
                     apres le quart autant que la liure, &amp; iusques à ce que l’once fut autant
                     estimee que la liure, neantmoins le tout estoit consenti par les Tribuns, comme
                     nous auons dit ci dessus. &amp; depuis l’empereur <note place="margin">l.2.de
                        falsa moneta. C.</note> Constantin voulut que ceux qui auroient forgé fausse
                     monnoye fussent punis comme coupables de leze majesté : ce que les Princes
                     gardent bien, prenans la confiscation du faux monnoyeur, priuatiuement à tous
                     autres <note place="margin">d.l.2.Guido delph. decis. 257.</note>Seigneurs :
                     &amp; de mesme<note place="margin">d.l.2.</note> peine sont punis ceux qui ont
                     forgé bonne monnoye sans congé du Prince. Et iaçoit que plusieurs particuliers
                     en ce Royaume ayent eu anciennement priuilege de batre monnoye, comme le
                     Vicomte de Turaine, l’Euesque de Meaux, Cahors, Agde, Ambrun, les Comtes de S.
                     Paul, de la Marche, Neuers, Blois, &amp; autres: neantmoins le Roy François i.
                     par edit general cassa tous priuileges, qui ne se<note place="margin">contra
                        Battolum in l.1.de veteris numismatis potest. C. Cynus in l. si quis nummos.
                        de falsa moneta.C.l.vlt.red.</note> peuuent donner : &amp; s’ils sont
                     otroyez la loy les declare nuls: ioint auffi quils ne durent que pour la vie de
                     ceux qui les ont donnez : comme nous auons monstré de la nature des priuileges.
                     combien que ce droict &amp; marque de souueraineté, ne se doit aucunement
                     communiquer au suget: comme il fut aussi bien monstré à Sigismond Auguste Roy
                     de Poloigne, qui auoit donné priuilege au Duc de Prusse de forger monnoye l’an
                     m.d.xliii. les Estats du pays firent vn decret, où il futinseré, que le Roy
                     n’auoit peu donner ce droict, comme estant inseparable de la couronne, &amp;
                     par mesme raifon l’Archeuesque de Gnesne en Poloigne, &amp; l’Archeuesque de
                     Canturberi en Angleterre Chanceliers, ayans obtenu le mesme droict, en ont
                     depuis esté deboutez. &amp; pour ceste cause toutes les villes d’Italie tenues
                     de l’Empire, qui auoient vsurpé ce tiltre, le quiterent par le traité de
                     Constance à l’Empereur, qui donna ce priuilege aux Luquois en faueur du Pape
                     Lucius. Aussi lisons nous que la principale occasion, que Pierre Roy d’Arragon
                     empoigna pour chasser laques Roy de Malorque de son pays, fut pour auoir forgé
                     monnoye, pretendant qu’il ne l’auoit peu <pb n="178"/> faire. Qui fut aussi
                     l’vne des occasions, que Loys xi. print pour faire la guerre à François Duc de
                     Bretaigne, par ce qu’il auoit forge monnoye d’or, contre le traité fait l’an
                     m.cccclxv. comme les<note place="margin">Procopius lib. 3. Gothic.&amp;
                        zonaras.</note> Romains en tout l’Empires’estoient reseruez de batre monnoye
                     d’or: combien que Iean Duc de Berri eut priuilege de Charles v.Roy de France,
                     de l’vn &amp; de l’autre metal : &amp; de peur d’y faillir fist forger les
                     moutons d’or, qui s’est trouué le plus fin or qui fust onques depuis en ce
                     Royaume, ni au parauant. car quelque priuilege qui soit otroyé au suget de
                     faire batre monnoye, la loy, &amp; prix d’icelle depend tousiours du souuerain,
                     de forte qu’ils n’ont rien que la marque qui estoit anciennement en Rome au
                     plaisir des maistres de monnoye, qui y mettoient telle marque qu’ils vouloient,
                     &amp; leurs noms auec ces lettres iii. viri. a. a. a. f. f. que le Bailli des
                     Montaignes interprete, aere, argento, auro, flauo, ferunto: au lieu qu’il
                     deuoit dire , auro, argento, aere, flando, feriundo. car les Princes fouuerains
                     ne se soucioient pas tant de faire grauer leur effigie . &amp; mesmes le Roy
                     Seruius, qui le premier donna marque à la monnoye, qui n’estoit que de pur
                     cuiure, fist grauer l’effigie d’vn beuf, à l'exemple des Atheniens, qui auoient
                     la mesme figure, &amp; la choüette. Mais les autres Roys &amp; Princes d’Orient
                     y mettoient leur image, comme Philippe Roy de Macedoine à la monnoye d’or,
                     qu’ils appelloient Philippus : &amp; les Roys de Perse aux Dariques, portant
                     leur image, dont ils estoient si ialoux, que le Roy Darius, comme dit Herodote,
                     fist trancher la teste au gouuerneur d’Egypte Ariander, pour auoir graué son
                     image aux monnoyes: comme aussi fist pour semblable cas l’Empereur Commode à
                     Perennius son grand mignon. Et mesme le Roy Loys xii. ayant laisse toute
                     puissance souueraine aux Geneuois , leur defendit neantmoins de marquer
                     autrement leur monnoye que de son image : au lieu qu’ils y mettoient,comme ils
                     font encores, vn gibet, pour marque de iustice: ne voulans pas que la marque du
                     Duc y soit. Et si la monnoye est l’vn des droits de la souueraineté, aussi est
                     la mesure, &amp; le poids: ores que par les coustumes il n’y a si petit
                     seigneur, qui ne pretende ce droict, au grand preiudice de la Republique, qui
                     fut la cause que les Roys Philippe le Bel, Philippe le Long, Loys xi. auoient
                     resolu qu’il n’y auroit qu’vn poids &amp; vne mesure : &amp; à ceste fin on
                     auoit egalé toutes les mesures de vaisseaux de la pluspart de ce Royaume, comme
                     i’ay veu par le procès verbal des commissaires extrait de la chambre des
                     Comptes. mais l’execution se trouua plus difficile qu’on ne pensoit, pour les
                     differends &amp; procès qui en resultoient. Toutefois nous lisons en<note place="margin">lib.3.</note> Polybe, que cela fut bien executé en toutes les
                     villes d’Achaye &amp; de la Moree, ou ils auoient semblable monnoye, poids,
                     mesures, coustumes, loix, religion, officiers, gouuernement. Quant au droit de
                     mettre sus les sugets tailles &amp; imposts, ou bien en exempter quelques vns,
                     cela dépend aussi de la puissance de donner la loy, &amp; les priuileges. non
                     pas que la <pb n="179"/> Republique ne puisse estre sans tailles, comme le
                     President le Maistre escrit que les tailles ne sont imposees que depuis le Roy
                     sainct Loys en ce Royaume, mais s’il est besoin de les imposer,ou les oster, il
                     ne se peut faire que par celuy qui a la puissance<note place="margin">l.1.vectigalia noua imponi.C.cap 1. quaesint regalia Faber ibidem. Gallus
                        q.60. pat.5. stili forensis.</note> souueraine : comme il a esté iugé par
                     arrest du Parlement contre le Duc de Bourgongne, &amp; depuis<note place="margin"> anno 1534. arrest de Paris.</note> plusieurs fois tant au
                     Parlement, qu’au conseil<note place="margin">a Lyon l’an 157.</note> priué,
                     &amp; pour les entreprises que faisoient quelques Seigneurs particuliers, &amp;
                     les corps, &amp; Colleges des villes &amp; villages, le Roy Charles ix. en fist
                     vn edit general à la requeste des Estats<note place="margin">article.130.</note> d’Orleans, par lequel il leur est expressement defendu,
                     sans permission : ores que par soufrance on passoit les imposts des corps &amp;
                     Colleges pour les necessitez publiques, iusques à xxv. liures sans commission.
                     &amp; depuis le mesme edit fut reïteré à<note place="margin">article 33.</note>
                     Moulins : suiuant Ie droict<note place="margin">d l.1.vectigalia C. domini
                        praediorum de agricolis &amp; censit. C.Alexand. consil. 145 lib.2.Bald in
                        l.cum multa. de bonis quae liberis. C. Oldrad. consil. 124. Par pari. in
                        repetit.l.placet de sacrosan.C.Boer decis. Burdegal.126. &amp; 132.Chassan.
                        rub. 1. § 4.</note> commun, &amp; l’opinion des Iurisconsultes. Et combien
                     que le Senat Romain pendant les guerres, &amp; mesmes les Censeurs imposoient
                     quelques charges, sçachans bien que le menu peuple en corps les accorderait mal
                     volontiers, si eft-ce que cela passoit par souffrance des Tribuns du peuple,qui
                     souuent aussi l’empeschoient, de forte qu'ils presenterent requeste au
                     peuple,que deslors en auant nul ne fust si hardi de faire passer loy au camp,
                     par ce que le Senat, par subtil moyen, y auoit fait publier la loy de
                     l’imposition, qu’on appelloit la vingtiesme des afranchis, soubs couleur que
                     c’estoit pour payer l’armee : qui l’accorda volontiers. Nous voyons aussi
                     plusieurs fois es histoires Romaines, que les charges &amp; impositions ont
                     esté mises, ou leuees par le peuple, comme pendant la guerre Punique,le peuple
                     fut taillé, &amp; apres le retour du Capitaine Paul Emile, qui remplit la ville
                     des despoüilles de Perseus Roy de Macedoine, le peuple fut deschargé de
                     tailles, iusques aux guerres ciuiles du Triumuirat . Et par mesme moyen
                     l’Empereur Pertinax osta les charges, imposts, &amp; peages mis, comme dit
                     Herodian, par les tyrans sus les riuieres, entrees &amp; issues des villes,
                     outre les aydes anciennes. Mais on dira, que plusieurs Seigneurs ont prescript
                     le droict des tailles, imposts &amp; peages : comme on voit mesmement en ce
                     royaume que plusieurs Seigneurs peuuent imposer la taille en quatre cas,
                     confirmez par<note place="margin">arrests du parlement de Paris l’an
                        1521.sept.5.&amp;1527.en May.</note> arrests, &amp; par coustumes, &amp;
                     mesmes pour les Seigneurs qui n’ont point de<note place="margin">Pour Louys
                        Ryuone iuge l’an 1556. le 19. Iuin.</note> iurisdiction . Ie respons, que la
                     chose ayant commencé par abus, &amp; inueteré par longues annees, a bien
                     quelque couleur de prescription. mais l’abus ne sçauroit estre tant inueteré,
                     que la loy ne soit tousiours la<note place="margin">l.2. quae sit longa consuet
                        C.</note> plus forte, à laquelle il faut reigler les abus. &amp; pour ceste
                     cause il fut ordonné par<note place="margin">article 23.</note> l’edit de
                     Moulins., que les droits de taille, pretendus par les sugets, ne se pourroient
                     leuer, sans auoir esgard à la prescription de longues annees, ou les iuges
                        &amp;<note place="margin">Alexan.consil.lib.1.&amp; consil.87.
                        lib.3.Bald.consil.340.lib.3. &amp; consil.370.&amp; 46.lib.3. Salicet. in l.
                        vectigalia col.1.Socin. consil. 187.col.8. Firmian. in tracta. de gabel.
                        Bald. consil. 112.lib.2.</note> iurisconsultes se sont tousiours arrestez :
                     sans vouloir<note place="margin">Alex. consil. 125. lib.2.col.2.&amp;cons.6.
                        lib.1.&amp; cons.82 eod. col.2.Barbat.consil.41 col.11.lib.1.Felin.tin c.cum
                        a nobis.de praeser.col.vlt. Arein.consil. 30.col.4.&amp; consil.154. fine
                        cap. super quibusdam.de verb.signif.</note> permettre qu’on s’enquist si les
                     droits de souueraineté se peuuent prescripre:car ils tiennent presque tous
                     ceste opinion, que les droits de la majesté se peuvent gaigner par <pb n="180"/> trait de temps. Il seroit beaucoup plus expedient deconfesser que ces droits
                     n'appartiennent pas au Prince souuerain, qui seroit crime capital, comme ils
                     confessent : ou bien il faudroit dire qu’on peut prescrire la couronne, &amp;
                     souueraineté. Nous ferons semblable iugement des exemptions de payer les
                     charges &amp; impositions, que nul ne peut otroyer, s’il n’est<note place="margin">l.1 de iisqui vacat. a princip. C. immunitatem. de agricol.
                        &amp; censit. C.&amp; tot tit. de immun. conced.C.</note> souuerain: comme
                     il est aussi disertement articulé par l’edit de <note place="margin">l’an
                        1566.</note> Moulins: &amp; faut que l’exemption soit verifiee en la chambre
                     des Comptes &amp; en la cour des Aydes. Il n’est donc point besoin de specifier
                     en quel cas le Prince souuerain peut imposer charge ou subside aux sugets, si
                     la puissance de ce faire luy appartient, priuatiuement à tous autres, par ce
                     qu’il y en a qui ont soustenu, que le droit<note place="margin">tit.quae sint
                        regal.</note> pris sus le sel, est plus marque de souueraineté que les
                     autres: &amp; neantmoins on void presqu’en toute Republique plusieurs
                     particuliers auoir salines,qui peuuent estre aux heritages &amp; fonds des
                     particuliers : comme anciennement les <note place="margin">l.1.quod cuius.
                        vniuer.l.inter publica.de verb. sig.l. si quis de vectig.cap.super.
                        quibusdam. §. praeter ea. de verb. sig.</note> particuliers en auoient en
                     Rome. Vray est que plusieurs Princes souuerains ont d’ancienneté imposé ce
                     droit sus le sel : comme fist<note place="margin">Atheniae.lib.3.</note>
                     Lysimachus Roy de Thrace, Ancus Martius<note place="margin">Liuius
                        lib.9.dec.3.</note> Roy des Romains (qui fut haussé par vn Censeur Liuius
                     surnommé le Saunier) &amp; Philippe de Valois en ce Royaume : mais cela
                     n’empesche pas que les particuliers ne soient <note place="margin">l.forma.§.salinae.de censib. l. magis puto. Pruc.de reb.eorum.Alexan.in l.
                        diuortio.§.si vir in fundo sol.matri.Lud.Ro.in l. si fundum
                     eod.</note>seigneurs des salines, aussi bien que des autres minieres, sauf au
                     Prince souuerain ses droicts &amp; impositions. Mais les droicts de la mer
                     n’appartiennent qu’au Prince souuerain, qui peut imposer charges iusques à xxx.
                        <note place="margin">Bald.in rub.de rer.diuis.col.2.&amp; in l. cum
                        proponas. de naut. foenore.C.</note> lieues loing de sa terre, s’il n’y a
                     Prince souuerain plus pres qui l’empesche: comme il a esté iugé pour le <note place="margin">Cachernus in decis.pedemont.155.</note>Duc de Sauoye. &amp;
                     n’est permis qu’au Prince souuerain de bailler bres de conduicte , que les<note place="margin">glo. Panor. Hostiens. Buttio in cap. super quibusdam. de
                        verb. sig. Anteb. in tract. de numeri.nu.42.</note> Italiens appellent
                     guidage, ni de prendre le droict de briz, ou de Warech: qui est l’vn des
                     articles porté par l’ordonnance de l’Empereur<note place="margin">l.nauigia.de
                        furtis.C.</note> Frideric ii. qui n’estoit point<note place="margin">l.1.de
                        naufrag.C &amp; tit. de incend. ruina. l. vlt l qui leuandae.ad l.Rhod.l.
                        diuus.de offi.praesid.ff.</note> anciennement vsité entre les Princes
                     souuerains : neantmoins est auiourd’huy commun à <note place="margin">Io.Plat.
                        &amp; Lucas Penna in l.1.de naufrag.C.Aflictus decis.59.lib.1.Benedic. in
                        cap. Raynu.verb. &amp; vxorem.nu. 337. Atgentetus in consuet. Britan. art.
                        55. not.1.nu.5.</note> tous ayans port sus mer. Et me souuient auoir
                     entendu, que l’Ambassadeur de l’Empereur fist plaintes au priué conseil du Roy
                     Henri ii. l’an m.d.lvi. de deux galeres prises par Iourdan Vrsin, qui auoit
                     souffert bris en Corseque: le Connestable luy remonstra que le bris est
                     confisqué au seigneur souuerain, &amp; que c’est la coustume generale, non
                     seulement és pays de l’obeïssance du Roy, mais aussi en toute la mer du Leuant
                     &amp; du Ponent. Aussi est-il certain qu’Antoine Doria ne fist iamais instance
                     du bris de deux galeres cbnfisquees par le prieur de Capoua. comme les droits
                     qu’on leue pour geter l’ancre sus terre seulement. <note place="margin">cap.quae sint regal. Alexan.consil.13.lib.6.col.4.Iacob.in inrestituta.glo.
                        cum vero.</note> Plusieurs mettent aussi entre les marques de souueraineté
                     faisir les biens vacans, &amp; s’en emparer, soient heritages ou espaues, qui
                        sont<note place="margin">consuetud. Tuto. tit. de moyenne iustice. att.9.tit
                        des espaues. Biturigen.consuet.tit.des heritages.§.1.Ne uers.titre des
                        iusticiers.art.1.Blois. titre de la iurisdiction.att.26. &amp; 32. Bourdeaux
                        tit. de espaues. art. 105. Poictoutitre des bastars, art 233.&amp; autres
                        semblables.</note> attribuez quasi par tout aux seigneurs particuliers. Et
                     combien que de droict commun les Empereurs Romains auoient accoustumé de
                     faisir, &amp; reünir les biens vacans au domaine de la Republique, si est-ce
                     que le particulier pouuoit s’en <pb n="181"/> faire seigneur2 <note place="margin"> 1.3.§. in amittenda de acq. poss. 1.I. pro
                     derelicto.</note>, trouuant la chosè delaissee, que nous appellons guerp, &amp;
                     deguerpir pour delaisser: vray est que le Prince Souuerain auoit quatre 3 <note place="margin"> 1. vlt. de bonis vac. 1. intra quatuor de diuersis &amp;
                        temp. 1.I. de quadriennij C. cum antea perpetua esset autoritas fisci. 1.2.
                        fine ad Tertul. 1.38. de iure fisci. 1. penul. de vsu &amp; habit. 1.37. de
                        vsucap. 1.83. de acquir. haered.</note> ans, dedâns lesquels il pouuoit
                     saisir les héritages delaissèz. mais presque en toute l’Europe, où le droit des
                     fiefs a lieu, les seigneurs prennent les deux tiers de la chose meuble espaue,
                     &amp; le tiers à celuy qui la trouuee, si le seigneur de la chose, apres
                     quarante iours que la publication s'est faite, ne se presente. Et par
                     consequént nous dirons aussi, que le droit de sisque n’est point marque de
                     souueraineté, d'autant qu’il est commun au prince souuerain, &amp; à tous
                     seigneurs iusticiérs: &amp; mesme le prince souuerain a son sisque en qualité
                     departiculier, separé du public: &amp; son domaine particuliér, qui n’a rien de
                     commun auec le public, comme aussi les anciens Empereurs Romains, ont4 <note place="margin"> 1.2.§. hoc interdictum. ne quid in loco pub. 1. sed Celsus.
                        de- contrah. empt. Plini. in panegyrico. Spartia.in Adriano 1. bene a
                        Zenone. de quadriennij praescript.</note> diuisé l’vn &amp; l'autre, &amp;5
                        <note place="margin"> 1. cum seruus §. vlt. de legat. I.1. I. de iurisdict.
                        C. 1. ex consensu §.I. de appel.1.3. vbi causae fiscal. C. toto tit. si
                        aduersus fiscum. C. 1.I. de offi. procurat. Caesaris. Augustus primus
                        procuratores instituit Dio. lib. 53. Adrianus aduocatos fisci. postremo
                        comes rerum priuatarum qui GREEK TEXT qui patrimonium vniuersum curabat. 1.
                        vlt. de aduocat. fisci. C.1. vlt. de delato. C.1. neminem. de bonis
                        vacant.</note> sèparé les officiers, &amp; le procureur du sisque, &amp; le
                     procureur du patrimoine. Et mesme le Roy Loys x i i. estant venu à la couronne,
                     erigea la chambre de Blois, pour son domaine particulier de Blois, Montfort,
                     Coussi: outre le Duché d’Orleâns, qu’il auoit ténu en apénnage. Mais entre les
                     droits du sisque. il y en a qui n’appartiënnènt qu’au prince souuerain: corne
                     la cônfiscatiôn pour crimes de lezes 6 <note place="margin"> Guido Pap. decis.
                        delph. 341.</note> majesté, sôus lésquelson comprénd aussi7 <note place="margin"> idem decis. 76. cap. vergentis. de haeretic.</note>
                     l'heresie, &amp; fausse 8 <note place="margin"> 1.2. de falsa mon. C. Bartolus
                        ait ex ea causa feudatarios bona damuati capere.</note> monnoye. Les âutres
                     droits du sisque sont presque tous communs au prince souuerain, &amp; aux
                     seigneurs iusticiérs: comme le droit du tresor trouue: &amp; la puissance
                     d’ottrôyér droit dè foiré, qui estoit <note place="margin"> 1. vnica de
                        nundinis. C.</note> anciennement marque de souueraineté, aussi bien qu’à
                     present, compris soubs le cas des priuileges. Quant au droit de marque, ou de
                     répresailles, que les princes souuerains ont, priuatiuemént tous autres, il
                     n’estoit pas anciennement propre âu prince souuerain: ains-il estoit permis à
                     chacun fans congé, ny du Magistrat, ny du Princé, vsèr de rèpresailles, que les
                     Latins, 9 <note place="margin"> Varro in lib de lingua lat. Liuius lib. 8.
                        Demosthenes GREEK TEXT Iustinianus GREEK TEXT vocat.</note> ce semble,
                     appelloiént Clarigàtio: toutesfois les princes peu à peu donnèrent cestê
                     puissance aux-gouuerneurs &amp; magistrats: &amp; en fin ils ont reserué ce
                     droit à leur-màjesté, pour la seüreté de la paix, &amp; des trefues, qui
                     souuent estoient rompues par la témérité des particuliers, a busans du droit de
                     marque. En cë royaumë lé Parlemént ottroy oit lettres de marque, comme nous
                     trouvons par ârrest du x ï i. Feurier m. cccxcii. mais le Roy Charles v i i ï.
                     s'est reserûé ce droit par edit expres de l'an M. cccclxxxv. Quant âü droit des
                     regales il èst bién propre aux princes sôuuerains qui en vsent, mais d’autant
                     qu’il y en a peu qui ayent ce droit, il ne doit pas ëstré mis au nombré dés
                     marques de souueraineté: non plus que la qualité quel es princes mettent eu
                     leurs edits, mandeméns &amp; commissions, à sçauoir, Par la grâce de Dieu: qui
                     fut l’vn des trois poincts que le Roy Loys x ï. defèndoît au Duc de Bretaigne,
                     de mettre en sa qualité, toutes fois il y a plusieurs traittez anciens au
                     trésor de Frânce, où les deputez à traitter paix, ou alliance, qualisient leurs
                     offices par la grâce de Dieu: iusques à vn éleu, qui se dit éleu de Meaux par
                     la grâce de Dieu. Et mesmes les Roys de France ont reserué lé droict,
                     priuatiuemént <pb n="182"/> à tous seigneurs &amp; iusticiers, de seeller en
                     cire iaune. ce que Loys x i. ottroya par priuilege special à René d’Anjou Roy
                     de Sicile, par lettres patences du xxv iii. Iuillet m. cccc lxviii. vérifiées
                     en Parlement, &amp; semblable priuilege à ses héritiers: ce qui fist ouuerture
                     au Roy pour auoir le Comté de Prouence. celuy qui a trânscrit les mémoires du
                     Tillet en son libre, a mis cire blanche, de laquelle nos Roys iamais n’ont usé:
                     suyuant l’erreur de son autheur. On pouroit dire à plus iuste occasion, que
                     c’est vne vraye marque de souueraineté de contraindre les sugets à changer de
                     langue: ce que les Romains ont mieux executé que prince ny peuple qui fust
                     onques: en forte qu’ils semblent commander encores en la plus parc de l’Europe.
                     Aussi le dernier Roy des anciens Hetrusques estant vaincu fist tout ce qu’il
                     pleut aux Romains: mais il ne voulut onques receuoir la langue Latine: Caton
                     dit, latinas literas ut reciperet, persuaderi non potuit. Et d’autant que les
                     Gaules estoient pleines de bourgeois Romains, &amp; de leurs colonies, ils
                     changèrent quasî la langue du pays en latin, qu’ils appelloient Roman: &amp; se
                     donnoient tous les arrests en latin, iusques à l’ordonnance du Roy François I.
                     Nous voyons aussi les Arabes auoir planté leur langue par toute l’Asie &amp;
                     l’Afrique, &amp; depuis peu d’annees le Roy d’Espagne voulut contraindre les
                     Mores de la Granate à changer d’habit &amp; de langue. Mais entre les marques
                     de souueraineté, 1<note place="margin"> Bart. in 1.I. vt quae desunt aduocatis.
                        C. Decius consil. 463 Imol. consil. 22. Bald. in 1.r. de vindinct. libert.
                        C. Specul. tit. de sentent. §. quies de offi. praescti Vrbi. Cynus in 1. si
                        seruus. de Noxal. C. Angel. in 1.2. de iis qui sunt sui vel alieni. Floria.
                        in 1. interruptio ne finium regund.</note> plusieurs ont mis la puissance de
                     iuger sélon sa conscience: chose qui est commune à tous iuges, fil n’y a loy ou
                     coustume expressè. c’est pourquoi on voit souuént és edits aux articles
                     attribuez à l’arbitrage des iuges ceste clause: Dont nous auons chargé leur
                     conscience. &amp; s'il y a coustume, ou ordonnance au contraire, il n’est pas
                     en la puissance2 <note place="margin"> 1.I ad Turpil. Alexand. ad Bart. in 1.
                        illicitas. §. veritas. de off. praesi. Angel. in 1. a diuo de re Iudic. Io
                        Andr. in cap. si sacerdos. de off. ordin. Calder. in cap. pastoralis. §.
                        quia vero. de offi. deleg.</note> du iuge de passer par dessus la loy, ny
                     disputer de la loy: ce qui estoit defendu par les loix de Lycurgue, &amp; par
                     l’ancienne ordonnance de Florence: 3 <note place="margin"> Notat Lud. Rom.
                        consil 392.</note> mais Ie prince le peut faire si la loy de Dieu n’y est
                     expresse, à la quelle nous auons mônstré qu’il demeure suget. Quant au tiltre
                     de majesté, il apert assez qu’il n’appartient qu'a celuy qui est souuerain.
                     Quelques vns aussi prennent la qualité de majesté sacree, comme l’Empereùr: Ies
                     autres excellénte majesté, comme la Royne d’Angleterre par ses edits &amp;
                     lettres patentes. combien qu’anciennement, ny l’Empereur, ny les Roys n’vsoiént
                     point de ces qualitez. Toutesfois les princes d’Alemagne attribuent aussi bien
                     ceste qualité de majesté sacree aux Roys de Frânce comme à l'Empereur: &amp; me
                     souuient auoir veu lettres des Princes de l’empire escrites au Roy pour la
                     deliurançe du Comté Mansfeld lors prisonnier en France, ausquelles y a six fois
                     V. S. M. ç’est à dire, vostre sàçree majesté: qui est vne qualité propre à
                     Dieu, priuatiuemént à tous princes humains. Les autres princes non souuerains
                     vsent du mot Altesse, comme les Ducs de Lorraine, Sauoye, Mantoüe, Ferrare,
                     Florénce: ou bien excellence, comme les princes du pays de surfeance: ou
                     serenité, comme les Ducs de Venise. Ie laisse icy plusîeurs menus droits, que
                     les princes sou- <pb n="183"/> uerains chacun en son pays prétend, qui ne font
                     point marques de souuerainete qui doibuent estre propres à tous princes
                     souuerains, priuatiuemcnt à tous autres sèigneurs iusticiers, magistrats, &amp;
                     sugets: &amp; qui sont de leur nature incessibles, inaliénables, &amp; °<note place="margin"> cap. veniente. de iureiurando.</note> imprescriptibles. Et
                     quelque don que face le Prince souuerain de terre ou seigneurie, tousiours les
                     droits Royaux propres à la majesté sont4 <note place="margin"> Alberic. in 1.
                        vlt de iurisd. om. Bal. in 1 a procuratore. mandati. C. &amp; in 1. si aquam
                        de seruit. &amp; aqua. C. Alexan. consil 30. lib. 5. Lucas Penna in 1.
                        contra publicam nu. 7. de re milit. C.</note> reseruez, ores qu’ils ne
                     fussent disertement exprimez. ce qui a esté iugé pour les apennages de France
                     par vn ancien arrest de la5 <note place="margin"> In lib. curiae inscripto
                        olim. fol. 81.</note> Cour. &amp; ne peuuent par traict de temps quel qu’il
                     soit, estre prescripts ny vsurpez. Car si le domaine de la Republique ne peut
                     estre acquis par prescription, comment pourroit on acquérir les droits, &amp;
                     marques de là majesté? Or il est certain par les edits &amp; ordonnances du
                     domaine, qu’il est inaliénable, &amp; qu’il ne se peut acquérir par traict de
                     témps. qui n'est point vn droit nouueau: car il y a plus de i i. mil ansque
                     Themistocle faisànt saisir le domaine vsurpé des particuliers, dist en la
                     harangue qu’il fist au peuple d’Athenes, Que les hommes ne peuuent rien
                     prescrire contre Dieu, ny les particuliers contre la Republique. 6 <note place="margin"> 1. si appellatione de appllat. C. per Cynum d. cap.
                        venientes . de iureiurand.</note> Caton Ie Censeur vsa de la mesme sèntence
                     en la harângue qu’il fist au peuple Romain pour la réunion du domaine vsurpé
                     par aucuns particuliers. comment donc pourroit on prescrire les droits &amp;
                     marques de souueraineté? c’est pourquoy en termes de droit celuy est coupable
                     de mort qui vse des marques reseruees au Prince souuerain7 <note place="margin"> 1. sacri affarus de diuersis rescrip. C.</note>. Voila quant aux
                     principaux poincts concernans la majesté souueraine le plus briefuement qu’il
                     m’a esté possible, ayant traitté ceste matiere plus amplement au liure de
                     Imperio. Et d’autant que la forme &amp; l’estat d’vne République depend de ceux
                     qui tiennent la souueraineté, disons combien il y a de sortes de Republiqués.
                        <pb n="184"/>
                  </p>
               </div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>