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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text><body><div type="translation" xml:lang="fre" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2" n="8"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="21"><p>XXI. Ce fut aussi à la même époque qu’eut lieu à
Samos le soulèvement du peuple contre les riches. Le
mouvement fut appuyé par les Athéniens qui se trouvaient là avec trois vaisseaux, faction populaire égorgea environ deux cents riches, en exila quatre cents
et se partagea leurs terres et leurs maisons. Cela fait,
ils obtinrent des Athéniens l’autonomie<note xml:lang="mul">Le droit de se gouverner par leurs propres lois.</note> comme des
alliés désormais dévoués, prirent en main l'administration, interdirent aux grands propriétaires terriens<note xml:lang="mul">Le sens du mot γεωμόρος a beaucoup varié; tantôt il s’applique nu magistrat chargé du partage des terres, tantôt au propriétaire habitant la campagne et exploitant lui-même. Ce dernier sens est le plus général et le seul qui comiVnne i« i.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 L'armée de Clazomènes et d’Érythres, dont il a été question plus haut.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Le mur construit par les Athéniens pour défendre Téos du côté du continent.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Le droit de se gouverner par leurs propres lois.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Le sens du mot γεωμόρος a beaucoup varié; tantôt il s’applique nu magistrat chargé du partage des terres, tantôt au propriétaire habitant la campagne et exploitant lui-même. Ce dernier sens est le plus général et le seul qui comiVnne i« i.</note>
<pb n="v.2.p.292"/>
toute participation aux affaires, et prohibèrent toute
alliance entre leurs familles et celles du peuple.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="22"><p>XXII. Le même été, les habitants de Chio, toujours
animés de la même ardeur qu’ils avaient montrée au
début, continuèrent, sans attendre les Péloponnésiens,
à se présenter en forces devant les diverses villes, pour
les détacher d’Athènes et en associer le plus grand
nombre possible à leurs propres péril. Ils dirigèrent
eux-mêmes une flotte de treize vaisseaux sur Lesbos,
désignée par les Lacédémoniens comme but de leur seconde expédition, la troisième étant destinée à l’Hellespont. En même temps toutes les troupes de terre du
Péloponnèse présentes sur les lieux et les alliés du pays
se portaient le long des côtes vers Clazomènes et Cyme.
Le Spartiate Évalas les commandait. La flotte, sous les
ordres du périoece<note xml:lang="mul">Voir sur les perioeces la note 1, livre 111, ch. 6.</note> Diniadas, se présenta d’abord devant Méthymne, la fit révolter et y laissa quatre vaisseaux; le reste alla insurger Mytilëne.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="23"><p>XXIII. Astyochos de Lacédémone, commandant de
la flotte, fit voile de Cenchrées, suivant le plan arrêté,
avec quatre vaisseaux, et se rendit à Chio. Le surlendemain de son arrivée, les vingt-cinq vaisseaux athéniens, commandés par Léon et Diomédon, abordèrent
à Lesbos. — Léon, parti d’Athènes après son collègue,
était venu le rejoindre avec dix vaisseaux de renfort.
— Astyochos, de son côté, mit en mer le même jour
sur le soir, se renforça d’un bâtiment de Chio, et fit
voile pour Lesbos, afin d’y donner, s’il était possible,
quelque secours. Il aborda à Pyrrha, et de là, le lendemain, à Éressos. Là il apprit que Mytilène avait été
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Voir sur les perioeces la note 1, livre 111, ch. 6.</note>
<pb n="v.2.p.293"/>
prise d’emblée par les Athéniens. Leur flotte s’y était
présentée inopinément, avait abordé dans le port
même, et s’était emparée de la flotte de Chio. Ils
avaient ensuite débarqué, battu ceux qui firent résistance et occupé la ville. Astyochos apprit ces nouvelles
des Éressiens et des vaisseaux de Chio qui arrivaient
de Méthymne avec Eubulos. Ces bâtiments, laissés précédemment à Méthymne, s’étaient enfuis aussitôt après
la prise de Mytilène; un avait été pris par les Athéniens; les trois autres rencontrèrent Astyochos. Il renonça aussitôt à gagner Mytilène, insurgea Éressos,
arma les habitants, débarqua les hoplites de sa flotte
et les envoya par terre à Antissa et à Méthymne, sous
le commandement d’Étéonicos. Il s’y rendit, de son
côté, en côtoyant, avec ses vaisseaux et les trois bâtiments de Chio, dans l’espoir que Méthymne reprendrait courage à la vue de ces forces et persisterait
dans sa défection. Mais, comme tout allait mal pour
lui à Lesbos, il rembarqua ses troupes de terre et
fit voile pour Chio. L’armée de terre embarquée sur
la flotte péloponnésienne et destinée à l’Hellespont
s’en retourna de son côté. Il arriva ensuite de Cenchrées à Chio six vaisseaux de la flotte péloponnésienne alliée.</p><p>Les Athéniens, après avoir rétabli à Lesbos l’ancien
état de choses, se remirent en mer, allèrent occuper le
faubourg que les Clazoméniens fortifiaient sur le continent, et les ramenèrent à la ville située dans l’île, à
l’exception des chefs du mouvement, qui s’étaient retirés à Daphnonte. Clazomènes rentra sous la domination athénienne.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="24"><p>XXIV. Le même été, les Athéniens qui stationnaient
<pb n="v.2.p.294"/>
à Ladé avec vingt vaisseaux dirigés contre Milet, firent
une descente à Panorme, sur le territoire milésien, et
tuèrent le commandant lacédémonien, Chalcidéus, venu
à leur rencontre avec une troupe peu nombreuse. Le
surlendemain ils revinrent dresser un trophée; mais
les Milésiens le renversèrent comme ayant été élevé
sans qu’il y eût occupation du pays.</p><p>Léon et Diomédon, avec la flotte athénienne de Lesbos, prirent, pour base de leurs opérations maritimes
contre Chio, les îles OEnusses, en face de Chio, Sidusse
et Ptéléos, places fortifiées qu’ils occupaient sur le territoire d’Érythres, et l’île de Lesbos. Ils avaient sur leur
flotte des hoplites portés au rôle et obligés au service maritime<note xml:lang="mul">Les équipages et les soldats de marine étaient ordinairement pris parmi les thètes, formant la dernière classe du peuple. Le rôle de guerre pour l’armée régulière ne comprenait que les trois premières classes. Les citoyens qui y étaient portés fournissaient les hoplites et ne se prêtaient que difficilement à un autre service.</note>. Ils descendirent à Cardamyle<note xml:lang="mul">Promontoire de Chio, en face des CEnusses.</note>, battirent à Bolissos les troupes de Chio envoyées contre eux, en firent
un grand carnage et ravagèrent cette partie de la contrée. Ils remportèrent une nouvelle victoire à Phanes<note xml:lang="mul">Aujourd’hui Phana ou Gapo Mastico.</note>,
et une troisième à Leuconion<note xml:lang="mul">Aujourd'hui Lcuconia.</note>. De ce moment les troupes de Chio n’osèrent plus sortir contre eux; ils dévastèrent tout le pays, qui était parfaitement cultivé et
n’avait jamais souffert l’invasion depuis la guerre médique. En effet les habitants de Chio sont, à ma connaissance, le seul peuple, après les Lacédémoniens, qui
aient uni la sagesse à la prospérité : plus leur ville
croissait en importance, plus ils veillaient à y établir
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Les équipages et les soldats de marine étaient ordinairement pris parmi les thètes, formant la dernière classe du peuple. Le rôle de guerre pour l’armée régulière ne comprenait que les trois premières classes. Les citoyens qui y étaient portés fournissaient les hoplites et ne se prêtaient que difficilement à un autre service.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Promontoire de Chio, en face des CEnusses.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Aujourd’hui Phana ou Gapo Mastico.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">4 Aujourd'hui Lcuconia.</note>
<pb n="v.2.p.295"/>
l'ordre et la stabilité. Dans cette défection même, s’ils
ne paraissent pas avoir pris le parti le plus prudent, du
moins ne se risquèrent-ils à agir qu’après avoir associé
à leurs périls des alliés nombreux et braves, et cela
après le désastre de Sicile, lorsqu’ils savaient que les
Athéniens eux-mêmes ne pouvaient plus contester l'ébranlement profond et l'état déplorable de leur puissance. S’ils sont tombés dans un de ces mécomptes
dont offrent tant d’exemples les affaires humaines, ils
se sont trompés avec beaucoup d’autres qui crurent
également à la prochaine destruction de la domination athénienne.</p><p>Comme ils étaient ainsi bloqués par mer et pillés par
terre, quelques-uns d’entre eux entreprirent de remettre la ville aux Athéniens. Les magistrats, instruits
de leur dessein, ne voulurent prendre aucune mesure
par eux-mêmes et mandèrent d’Érythres Astyochos,
commandant de la flotte, avec quatre vaisseaux qu’il
avait sous la main, pour aviser de concert aux moyens
les plus doux d’arrêter la conspiration, soit en prenant
des otages, soit autrement. Telle était à Chio la situation des affaires.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="25"><p>ΧΧV. A la fin du même été arrivèrent d’Athènes
mille hoplites athéniens, quinze cents d’Argos, sur lesquels cinq cents hommes de troupes légères, armées
en hoplites par les Athéniens, et mille hoplites de troupes alliées. Ils amenaient cinquante-deux vaisseaux, y
compris ceux pour le transport des troupes. Phrynicos,
Onomaclès et Scironidès les commandaient. Ils abordèrent à Samos, passèrent de là à Milet et y campèrent. Les Milésiens sortirent contre eux, au nombre de
huit cents hoplites : soutenus par les Péloponnésiens
<pb n="v.2.p.296"/>
venus avec Chalcidéus, par quelques auxiliaires étrangers qu’avait envoyés Tissaphernes, et parTissaphernes
lui-même avec sa cavalerie, ils attaquèrent les Athéniens et leurs alliés. Les Argiens déployèrent leur aile
fort en avant, par mépris pour des Ioniens qu’ils
croyaient incapables de soutenir leur choc, et s’avancèrent avec désordre. Ils furent vaincus par les Milésiens
et perdirent un peu moins de trois cents hommes. Les
Athéniens, de leur côté, battirent d’abord les Péloponnésiens, et poussèrent ensuite devant eux les barbares
et le reste de la multitude. Ils n’en vinrent pas aux
mains avec les Milésiens : ceux-ci voyant, lorsqu’ils revinrent de poursuivre les Argiens, le reste de leur armée en déroute, rentrèrent dans la ville. L’armée
athénienne, après la victoire, alla camper sous les murs
de Milet. Il se trouva dans ce combat que des deux côtés les Ioniens eurent l’avantage sur les Doriens : les
Athéniens vainquirent les Péloponnésiens qui leur
étaient opposés, et les Argiens furent battus par les Milésiens. Les Athéniens dressèrent un trophée et se disposèrent à investir la ville d’une muraille;— l’emplacement de Milet formait un isthme. Ils pensaient que,
cette place prise, le reste se soumettrait aisément.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="26"><p>XXVI. Cependant, sur le soir, ils reçurent la nouvelle que les vaisseaux du Péloponnèse et de Sicile, au
nombre de cinquante-cinq, ne tardaient que le moment de paraître. Les Siciliens, pressés par Hermocrates de Syracuse d’intervenir pour porter le dernier
coup aux Athéniens, avaient envoyé vingt vaisseaux
de Syracuse et deux de Sélinonte; ceux qu’on armait
dans le Péloponnèse se trouvant alors prêts, les deux
flottes avaient été confiées à Théramènes de Lacédé-
<pb n="v.2.p.297"/>
mone pour les conduire à Astyochos, commandant en
chef. Elles abordèrent d’abord à Éléon, île en avant
de Milet. De là, ayant appris que les Athéniens étaient
devant Milet, elles cinglèrent vers le golfe lasique,
afin d’avoir des renseignements sur la place assiégée,
Alcibiade arriva à cheval à Tichiousse, ville du territoire milésien, sur le golfe, où les flottes mouillaient
pour la nuit, et leur donna des nouvelles du combat,
car il y assistait et combattait à côté des Milésiens et
de Tissaphernes. Il les exhorta, s’ils ne voulaient ruiner
les affaires de l’Ionie et tout compromettre, à secourir
Milet au plus vite et à n’en pas permettre l’investissement.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="27"><p>XXVII. Il fut résolu que la ville serait secourue au
point du jour. Cependant les Athéniens avaient eu, de
Léros, des nouvelles positives de la flotte ennemie.
Phrynicos, un de leurs généraux, voyant ses collègues
décidés à l’attendre et à livrer un combat naval, déclara qu’il n’en ferait rien, et qu’autant qu’il serait en
lui il ne permettrait ni à eux ni à personne d’en rien
faire; que, puisqu’on pouvait ajourner, se renseigner
exactement sur le nombre des vaisseaux ennemis et
sur ceux qu’on pourrait leur opposer, en un mot se
préparer au combat mûrement et à loisir, il ne consentirait jamais, par une fausse honte, à se risquer
sans raison; qu’il n’y avait rien d’humiliant pour la
marine athénienne à céder à propos, et que, dans tous
les cas, il serait plus honteux d’éprouver une défaite,
suivie non-seulement du déshonneur, mais du plus extrême péril pour la république; qu’après les désastres
précédents, c’était tout au plus s’il était permis d’aller
volontairement au-devant d’une action, même avec des
<pb n="v.2.p.298"/>
armements qui inspireraient toute confiance, ou sous
le coup d’une nécessité absolue : qu’à plus forte raison
il ne serait point pardonnable d’aller soi-même chercher le danger sans aucune nécessité. Il conseillait
donc d’embarquer au plus vite les blessés, l’armée de
terre et le matériel qu’ils avaient apporté, d’abandonner le butin fait sur l’ennemi, pour ne pas surcharger
les vaisseaux, et de faire voile pour Samos, d’où on
pourrait, une fois toute la flotte réunie, faire des
courses de côté et d’autre, si l’occasion s’en présentait.
Il fit goûter ce projet et le mit à exécution. Du reste,
plus tard comme en cette circonstance, dans toutes les
affaires auxquelles ils se trouva mêlé comme dans
celle-ci, Phrynicos montra la même rectitude de vues.
Les Athéniens quittèrent ainsi Milet dès le même soir,
laissant leur victoire incomplète. Les Argiens, irrités de
leur échec, firent voile tout aussitôt de Samos pour
rentrer chez eux.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="28"><p>XXVIII. Dès le point du jour, les Péleponnésiens repartirent de Tichiousse, abordèrent à Milet après le
départ des Athéniens et y passèrent un jour. Le lendemain, ils recueillirent les vaisseaux de Chio, précédemment commandés par Chalcidéus, et bloqués<note xml:lang="mul">Dans le port de Milet; voy. 1. VIII, ch. 17.</note> par les
Athéniens; puis ils résolurent de retourner à Tichiousse prendre les bagages qu’ils y avaient déposés.
Ils y furent rejoints par Tissaphernes, à la tête de son
armée, et consentirent, sur sa demande, à cingler vers
lasos, où se trouvait Amorgès, son ennemi. Ils y abordèrent à l’improvisle, surprirent la ville, qui crut voir
arriver une flotte athénienne, et l’enlevèrent. La plus
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Dans le port de Milet; voy. 1. VIII, ch. 17.</note>
<pb n="v.2.p.299"/>
grande part de gloire dans cette affaire revint aux Syracusains. On prit vivant Amorgès, bâtard de Pissuthnès, révolté contre le Roi. Les Péloponnésiens le remirent à Tissaphernes pour l’amener, s’il le voulait, au
Roi, comme il en avait reçu l’ordre. Les soldats livrèrent lasos au pillage et y firent un immense butin, car
son opulence datait de loin. Les auxiliaires d’Amorgès
furent bien traités et incorporés dans l’armée, étant
pour la plupart Péloponnésiens. Quant à la ville, elle
fut abandonnée à Tissaphernes, ainsi que tous les prisonniers, tant esclaves qu’hommes libres, moyennant
une darique<note xml:lang="mul">La darique valait environ vingt drachmes attiques, dix-huit francs de notre monnaie.</note> par tête. L’armée revint ensuite à Milet :
les Lacédémoniens envoyèrent par terre jusqu’à Érythres, avec les auxiliaires d’Amorgès, Pédaritos, fils de
Léon, nommé au commandement de Chio; Philippe
eut celui de Milet. L’été finit.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="29"><p>XXIX. L’hiver suivant<note xml:lang="mul">Première année de la quatre-vingt-douzième olympiade, 412 avant notre ère.</note>, Tissaphernes, après avoir
armé lasos pour s’en faire un point d’appui, passa à
Milet et paya, conformément à la promesse qu’il avait
faite à Lacédémone, un mois de solde aux équipages
de tous les navires à raison d’une drachme attique par
homme<note xml:lang="mul">Et par jour.</note>. Pour le reste du temps, il ne voulut donner
que trois oboles, jusqu’à ce qu’il en eût référé au Roi,
promettant de compléter la drachme sur son ordre.
Hermocrates, le général syracusain, refusa cet arrangement. Théramènes, au contraire, qui ne commandait
pas la flotte et ne l’avait accompagnée que pour la re-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 La darique valait environ vingt drachmes attiques, dix-huit francs de notre monnaie.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Première année de la quatre-vingt-douzième olympiade, 412 avant notre ère.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Et par jour.</note>
<pb n="v.2.p.300"/>
mettre à Astyochos, traita mollement cette question
de la solde. Cependant la somme attribuée à chaque
groupe de cinq vaisseaux porta la solde à plus de trois
oboles<note xml:lang="mul">L’obole était la sixième partie de la drachme, environ quinie centimes de notre monnaie.</note> par homme; car elle fut fixée, pour cinquante
vaisseaux, à trois talents chaque mois par cinq bâtiments<note xml:lang="mul">A raison de deux cents hommes d’équipage, la solde était d’ifll peu moins de quatre oboles.</note>, et à une somme proportionnelle pour tous les
bâtiments en sus<note xml:lang="mul">La convention faite pour les cinquante-cinq bâtiments présenta dans le port de Milet fut étendue à tous les vaisseaux que les Péloponnésiens pourraient envoyer plus tard.  Cette phrase, torturée dans tous les sens par les commentateurs, est parfaitement claire en répétant dans le second membre les mots παρά πεντέ ναϋς, qui se trouvent une ligne plus haut et dominent évidemment toute la phrase.</note>.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="30"><p>XXX. Le même hiver, les Athéniens, qui étaient à
Samos, reçurent d’Athènes un renfort de trente-cinq
vaisseaux, commandés par Charminos, Strombichidès et Euctémon; ils y réunirent ceux de Chio<note xml:lang="mul">Les vaisseaux de Léon et de Diomédon, qui bloquaient Chio et qui furent rappelés alors. Voyez même livre, ch. 24.</note> et
tous ceux qu’ils avaient dans ces parages, et résolurent de bloquer Milet par mer en même temps qu’ils
enverraient à Chio une flotte et une armée de terre.
Le sort devait décider à qui reviendrait chaque expédition; ce qui fut' fait. Strombichidès, Onomaclès et
Euctémon, désignés par le sort, cinglèrent vers Chio
avec trente-cinq vaisseaux et une partie des mille hoplites envoyés contre Milet, qu’ils embarquèrent sur
des transports. Les autres, avec soixante-quatorze
bâtiments, restèrent à Samos, maîtres de la mer, et faisant des courses sur Milet.</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 L’obole était la sixième partie de la drachme, environ quinie centimes de notre monnaie.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">3 A raison de deux cents hommes d’équipage, la solde était d’ifll peu moins de quatre oboles.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">3 La convention faite pour les cinquante-cinq bâtiments présenta dans le port de Milet fut étendue à tous les vaisseaux que les Péloponnésiens pourraient envoyer plus tard.  Cette phrase, torturée dans tous les sens par les commentateurs, est parfaitement claire en répétant dans le second membre les mots παρά πεντέ ναϋς, qui se trouvent une ligne plus haut et dominent évidemment toute la phrase.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">* Les vaisseaux de Léon et de Diomédon, qui bloquaient Chio et qui furent rappelés alors. Voyez même livre, ch. 24.</note><pb n="v.2.p.301"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="31"><p>XXXI. Astyochos, qui se trouvait alors à Chio, occupé à choisir des otages, dans la crainte d’une trahison, suspendit cette mesure lorsqu’il apprit l’arrivée
de la flotte que lui amenait Théramènes et l’état plus
satisfaisant des affaires du côté des alliés. Il prit les
dix vaisseaux péloponnésiens<note xml:lang="mul">Quatre qu’il avait lui-même amenés d’Érythres, et six expédiés plus tard de Cenclirées.</note>, dix autres de Chio et
mit en mer. Il attaqua d’abord Ptéléos : mais, n’ayant
pu s’en emparer, il suivit la côte jusqu’à Clazomènes.
Là il ordonna aux partisans des Athéniens de se retirer
à Daphnonte, et à la ville de se soumettre. Tamos, hyparque<note xml:lang="mul">Sous-gouverneur,</note> d’Ionie, appuyait cette injonction. Sur leur
refus il attaqua la ville, mais ne put la prendre, quoiqu’elle ne fût pas murée, et dut remettre en mer malgré
un vent violent. Son vaisseau toucha à Phocée et à
Cyme, tandis que le reste de la flotte abordait aux îles
voisines deClazomènes, Marathousse, Pelé, Drymousse.
Retenus huit jours dans ces îles par les vents contraires, ils pillèrent et consommèrent une partie des provisions que les Clazoméniens y avaient secrètement
déposées, embarquèrent le reste et firent voile pour
Phocée et Cyme à la recherche d’Astyochos.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="32"><p>XXXII. Pendant qu’Astyochos était dans ces parages, des députés de Lesbos vinrent lui offrir de se soulever de nouveau. Il accueillit leurs ouvertures; mais,
comme les Corinthiens et les autres alliés témoignaient
de la répugnance à cause du précédent échec, il mit en
mer et cingla vers Chio. Une tempête dispersa ses
vaisseaux qui n’arrivèrent à Chio que plus tard etisolé-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Quatre qu’il avait lui-même amenés d’Érythres, et six expédiés plus tard de Cenclirées.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Sous-gouverneur,</note>
<pb n="v.2.p.302"/>
ment. Pédaritos, arrivé par terre de Milet à Érythres<note xml:lang="mul">Voir même livre, ch. 28.</note>,
passa ensuite à Chio avec son armée. Il avait aussi avec
lui environ cinq cents soldats armés provenant des
cinq vaisseaux de Chalcidéus<note xml:lang="mul">Voir sur ces cinq vaisseaux le ch. 12.</note>. Astyochos, pour répondre aux offres de défection que lui faisaient quelques
habitants de Lesbos, représenta à Pédaritos et à ceux
de Chio la nécessité d’envoyer une flotte devant Lesbos,
afin de l’insurger; il dit qu’on accroîtrait par là le
nombre de ses alliés, ou qu’on ferait du moins, en cas
d’insuccès, du mal aux Athéniens. Mais on ne l’écouta
pas, et Pédaritos déclara même qu’il ne laisserait pas
la flotte de Chio partir avec lui<note xml:lang="mul">Pédaritos, en sa qualité de commandant de Gbio, disposait seul de toutes les forées du pays.</note>.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="33"><p>XXXIII. Astyochos prit les cinq vaisseaux de Corinthe, un de Mégare, un d’Hermione, avec les navires
laconiens qu’il avait amenés, et fit voile pour Milet,
afin d’y prendre le commandement de la flotte. En partant, il protesta, avec force menaces, que, si Chio
avait besoin de secours, il ne lui en donnerait pas. Il
toucha à Corycos, dans l’Érythrée, et y passa la nuit.
Les Athéniens qui traversaient de Samos à Chio avec
leur armée mouillaient au même lieu pour la nuit et
n’étaient séparés de l’ennemi que par une colline; mais
on ne s’aperçut ni d’un côté ni de l’autre. Averti la
nuit par une lettre de Pédaritos que des prisonniers
érythréens, relâchés à Samos avec mission de livrer
leur patrie, venaient d’y arriver, Astyochos se hâta de
retourner à Érythres. Il ne dut qu’à cela de ne pas tomber au milieu des Athéniens. Pédaritos vint le rejoin-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Voir même livre, ch. 28.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Voir sur ces cinq vaisseaux le ch. 12.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Pédaritos, en sa qualité de commandant de Gbio, disposait seul de toutes les forées du pays.</note>
<pb n="v.2.p.303"/>
dre à Érythres; mais, enquête faite, ils trouvèrent que
cette prétendue, conspiration n’était qu’un prétexte
mis en avant par les prisonniers pour s’évader de Samos, et les déchargèrent de toute accusation. Pédaritos
repartit pour Chio, et Astyochos pour Milet, sa première destination.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="34"><p>XXXIV. Cependant la flotte athénienne qui portait
l’armée contournait la côte au sortir de Corycos, lorsqu’elle rencontra, à la hauteur d’Arginon, trois vaisseaux longs de Chio. Dès qu’elle les aperçut, elle leur
donna la chasse. Mais, une violente tempête étant survenue, les vaisseaux de Chio se réfugièrent à grand'peine dans leur port. Trois de ceux des Athéniens, qui
s’étaient le plus avancés, se perdirent et échouèrent
près de Chio. Une partie des équipages fut prise, le
reste égorgé. Les autres vaisseaux se réfugièrent dans
un port nommé Phoenicous, au-dessous de Mimas. De
là ils allèrent mouiller à Lesbos, et firent leurs dispositions pour le siége<note xml:lang="mul">Évidemment le siège de Chio; car ils étaient maîtres de Lesbos.</note>.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="35"><p>XXXV. Le même hiver, Hippocrates de Lacéd
mone partit du Péloponnèse et fit voile pour Cnide;
il avait avec lui dix vaisseaux de Thurion, commandes par Doriée, fils de Diagoras, et deux collègues, un
vaisseau de Laconie èt un de Syracuse. Déjà Cnide s’était insurgée<note xml:lang="mul">Contre les Athéniens.</note> à la sollicitation de Tissaphernés. Lorsqu’on connut à Milet l’arrivée de ces forces, ordre fut
donné à la moitié de la flotte de garder Cnide, tandis
que le reste croiserait à Triopion, pour intercepter les
bâtiments de charge arrivant d’Égypte<note xml:lang="mul">Les bâtiments athéniens.</note>. —Triopion
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Évidemment le siège de Chio; car ils étaient maîtres de Lesbos.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">8 Contre les Athéniens.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Les bâtiments athéniens.</note>
<pb n="v.2.p.304"/>
est un promontoire, consacré à Apollon, sur le territoire de Cnide. — Mais les Athéniens, à cette nouvelle,
partirent de Samos et capturèrent les six bâtiments de
garde à Triopion. Cependant les équipages se sauvèrent. Les Athéniens abordèrent ensuite à Cnide et attaquèrent la ville, qui n’était pas fortifiée; peu s’en
fallut qu’ils ne la prissent. Le lendemain, nouvelle attaque; mais, pendant la nuit, les habitants s’étaient
mieux barricadés et avaient été renforcés par les équipages échappés des vaisseaux de Triopion; ils furent
moins maltraités que la veille. Les Athéniens se rembarquèrent après avoir ravagé la campagne de Cnide,
et regagnèrent Samos.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="36"><p>XXXVI. A l’époque où Astyochos vint à Milet prendre le commandement de la flotte, l’abondance régnait
encore au camp des Péloponnésiens : la solde qu’ils recevaient était suffisante; les soldats avaient par-devers
eux des richesses considérables, provenant du pillage
d’lasos, et les Milésiens supportaient avec zèle les
charges de la guerre. Cependant, trouvant que le premier traité conclu entre Tissaphernes et Chalcidéus
laissait à désirer et n’était pas assez à leur avantage,
ils en conclurent un autre, pendant que Théramènes
était encore à Milet. En voici la teneur :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="37"><p>XXXVII. « Il a été convenu entre les Lacédémoniens
et leurs alliés, d’une part, de l’autre le Roi Darius, les
enfants du Roi, et Tissaphernes, qu’il y aura paix et
amitié aux conditions suivantes : — Les Lacédémoniens
et les alliés des Lacédémoniens ne feront pas la guerre
et ne nuiront en quoi que ce soit à aucune des villes et
contrées qui appartiennent au Roi, ou qui ont appartenu à son père ou à ses ancêtres. — Ni les Lacédémo-
<pb n="v.2.p.305"/>
niens, ni les alliés des Lacédémoniens ne tireront de
ces villes aucun tribut. — Ni le roi Darius, ni aucun
de ceux à qui il commande ne fera la guerre et ne nuira
en quoi que ce soit aux Lacédémoniens et aux alliés
des Lacédémoniens. — Si les Lacédémoniens ou leurs
alliés ont quelque besoin du Roi, si le Roi a besoin des
Lacédémoniens ou de leurs alliés, tout ce qui sera fait
d’un commun accord sera bien fait. — Ils feront en
commun la guerre contre les Athéniens et leurs alliés.
— S’ils font la paix, ce ne sera qu’en commun. — Toute
armée qui se trouvera sur les terres du Roi, mandée
par lui, sera défrayée par le Roi. — Si quelqu’une des
villes contractantes' attaque les possessions du Roi, les
autres s’y opposeront et aideront le Roi dé tout leur
pouvoir. — Si quelque peuple des domaines du Roi ou
de sa domination marche contre les Lacédémoniens ou
leurs alliés, le Roi s’ÿ opposera, et les aidera de tout
son pouvoir. »</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="38"><p>XXXVIII. Après ce traité, Théramènes remit la flotte
à Astyochos, s’embarqua sur un bâtiment léger et disparut<note xml:lang="mul">‘Αφανίζεται. 11 est impossible de déterminer si Thucydide a voulu dire par là qu’il quitta Milet, ou s'il entend qu’il ne fut plus jamais question de lui»</note> Déjà les Athéniens étaient passés de Lesbos à
Chio avec leur armée. Maîtres sur terre et sur mer, ils
fortifiaient Delphinion, position naturellement défendue du côté de la terre, munie de ports et peu
éloignée de Chio. Les habitants de Chio, battus précédemment dans plusieurs combats, étaient encore affaiblis à l’intérieur par leurs propres discordes; Pédaritos
avait fait périr Tydée, fils d’Ion, et ses partisans,
comme favorables aux Athéniens; le reste des habi-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 ‘Αφανίζεται. 11 est impossible de déterminer si Thucydide a voulu dire par là qu’il quitta Milet, ou s'il entend qu’il ne fut plus jamais question de lui»</note>
<pb n="v.2.p.306"/>
tants, soumis par force à l’oligarchie, en défiance mutuelle, demeurait dans l’inaction. Ils ne comptaient ni
sur eux-mêmes ni sur les auxiliaires de Pédaritos pour
tenir tête aux Athéniens. Ils avaient bien envoyé à
Milet demander des secours à Astyochos; mais il n’avait
rien voulu entendre, et Pédaritos l’avait dénoncé à Lacédémone comme traître à son devoir. Telle était la
situation des Athéniens à Chio : d’un autre côté, leur
flotte faisait, de Samos, des courses contre les vaisseaux de Milet; mais, comme ceux-ci ne sortaient pas à
sa rencontre, elle revint à Samos et y demeura en
repos.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="39"><p>XXXIX. Le même hiver, les vingt-sept vaisseaux
armés par les Lacédémoniens pour Pharnabaze, à la
sollicitation de Calligitos de Mégare et de Timagoras
de Cyzique, firent voile pour l’Ionie vers le solstice. Antisthènes de Sparte les commandait. Cette même flotte
emportait onze commissaires Spartiates, donnés par les
Lacédémoniens comme conseillers à Astyochos. L’un
d’eux était Lichas, fils d’Arcésilas. Ils avaient pour mission, une fois à Milet, de travailler en commun à
mettre partout le meilleur ordre possible; d’énvoyer à
Pharnabaze dans l’Hellespont, s’ils le jugeaient convenable, soit ces vingt-sept vaisseaux, soit une flotte
plus ou moins considérable, sous le commandement
de Cléarchos, fils de Rhamphias, qui faisait route avec
eux; enfin de destituer de son commandement, s’ils le
croyaient nécessaire, et de remplacer par Antisthènes,
Astyochos que les lettres de Pédaritos avaient rendu
suspect. Cette flotte, partie de Malée, cingla au large,
aborda à Mélos, y trouva dix vaisseaux athéniens et en
prit trois vides qu’elle brûla. Mais ensuite, craignant
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que les vaisseaux échappés de Mélos n’avertissent
de leur traversée la flotte athénienne de Samos, ce
qui arriva, ils firent voile pour la Crète, prirent la
route la plus longue, se tinrent sur leurs gardes, et
arrivèrent à Caune en Asie. De là, se croyant en sûreté, ils avertirent la flotte de Milet de venir les escorter.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="40"><p>XL. Vers le même temps, les habitants de Chio et
Pédaritos ne cessaient d’envoyer des messages à Astyochos, malgré son mauvais vouloir, pour le prier de
venir avec toute la flotte au secours de la ville assiégée, et de ne pas tolérer que la plus importante des
villes alliées de l’Ionie vît la mer fermée à ses vaisseaux et son territoire livré au brigandage. Comme
Chio possédait un grand nombre d’esclaves, plus même
qu’aucune autre ville, Lacédémone seule exceptée, on
avait dû, par le fait même de leur multitude, punir
leurs fautes avec une grande rigueur; aussi, dès qu’ils
virent l’armée athénienne solidement établie et retranchée, ils désertèrent en foule de son côté, et, grâce à
leur connaissance des lieux, firent un mal immense.
Les habitants de Chio signifièrent donc à Astyochos
qu’il était urgent, pendant qu’on en avait encore l’espoir et les moyens, de s’opposer à ce que l’ennemi terminât les fortifications encore inachevées de Delphinion. Ils ajoutaient que la construction d’un nouveau
retranchement plus considérable, enveloppant le camp
et la flotte, nécessitait une prompte intervention de sa
part. Astyochos, quoique mal disposé, d’après ses précédentes menaces, se mit cependant en mesure de les
secourir, lorsqu’il vit les alliés témoigner de leur côté
beaucoup d’ardeur.</p><pb n="v.2.p.308"/></div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>