<GetPassage xmlns:tei="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns="http://chs.harvard.edu/xmlns/cts">
            <request>
                <requestName>GetPassage</requestName>
                <requestUrn>urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8.1-8.20</requestUrn>
            </request>
            <reply>
                <urn>urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8.1-8.20</urn>
                <passage>
                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text><body><div type="translation" xml:lang="fre" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2" n="8"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="1"><p>I. Quand la nouvelle parvint à Athènes, on refusa
longtemps de croire à cet anéantissement total de
l’armée, même après le témoignage positif de soldats
de l’expédition, bien connus pour tels<note xml:lang="mul">Je rends ainsi les mots τοΐς πάνυ των στρατιωτών, qui n’ont pas été compris des traducteurs. Il ne peut pas être question ici de soldats d’élite, ou de soldats distingués, ce qui n’a aucune importance dans la circonstance; le témoignage d’hommes qui avaient vu, qui faisaient incontestablement partie de l’expédition, τοῖς πάνυ τ. σ.' avait au contraire une irrécusable autorité.  Le désastre avait été d’abord annoncé par un bâtiraent de commerce. Voir Plutarque, Nicias, 30.</note>, et échappés au
désastre. Mais quand la vérité fut connue, le peuple
s’indigna contre les orateurs qui avaient concouru à
l’enthousiasmer pour l'expédition, comme s’il ne l’eût
pas décrétée lui-même : on s’emporta contre les colporteurs d’oracles, les devins, et tous ceux qui avaient
alors, par quelque prédiction, encouragé l’espoir de
soumettre la Sicile. On ne voyait de tous côtés que
sujets d’affliction; à la douleur de l’événement se joignaient les craintes, les terreurs profondes dont on
était assiégé. Chacun en particulier avait à déplorer
quelque perte; la ville entière regrettait cette multi-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Je rends ainsi les mots τοΐς πάνυ των στρατιωτών, qui n’ont pas été compris des traducteurs. Il ne peut pas être question ici de soldats d’élite, ou de soldats distingués, ce qui n’a aucune importance dans la circonstance; le témoignage d’hommes qui avaient vu, qui faisaient incontestablement partie de l’expédition, τοῖς πάνυ τ. σ.' avait au contraire une irrécusable autorité.  Le désastre avait été d’abord annoncé par un bâtiraent de commerce. Voir Plutarque, Nicias, 30.</note>
<pb n="v.2.p.277"/>
tude d’hoplites et de cavaliers, cette jeunesse derrière laquelle on ne voyait plus rien de semblable pour
la remplacer; le deuil était partout! D’un autre côté,
la vue des arsenaux vides de vaisseaux, le trésor épuisé,
le manque d’équipages pour la flotte, tout dans le moment faisait désespérer du salut public. On se figurait
que, de Sicile, la flotte ennemie allait aussitôt faire
voile pour le Pirée, surtout après une victoire si complète; qu’en Grèce les ennemis d’Athènes, dont tous
les armements étaient alors doublés, allaient réunir
leurs efforts contre la ville, par terre et par mer; que
les alliés soulevés se joindraient à eux. Cependant on
crut devoir, autant que le permettait la situation, faire
bonne contenance, préparer une flotte en tirant d’où
on pourrait des bois et de l’argent, surveiller les alliés,
surtout l’Eubée, régler et modérer les dépenses de la
ville, enfin élire un conseil de vieillards chargés de
se concerter au préalable sur les mesures exigées par
les circonstances. L’effroi du moment avait disposé le
peuple, comme il arrive d’ordinaire, à apporter en
tout plus d’ordre et de sagesse. Ce qui avait été décidé
fut fait, et l’été finit.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="2"><p>II. L’hiver suivant<note xml:lang="mul">Quatrième année de la quatre-vingt-onzième olympiade, 413 avant notre ère.</note>, le grand désastre des Athéniens
en Sicile mit en fermentation toute la Grèce : ceux
qui n’avaient d’alliance avec aucun des deux partis
ne croyaient plus pouvoir rester en dehors de la guerre,
même sans y être appelés; chacun se disait que les
Athéniens n’auraient pas manque de l’attaquer à son
tour, s’ils eussent réussi en Sicile, et que d’ailleurs,
la guerre ne devant plus maintenant durer bien
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Quatrième année de la quatre-vingt-onzième olympiade, 413 avant notre ère.</note>
<pb n="v.2.p.278"/>
longtemps, il était bon d’y prendre part. Les alliés
de Lacédémone redoublaient en commun d’efforts et
d’ardeur, dans l’espoir d’être bientôt délivrés de tant
de souffrances; les sujets d’Athènes surtout étaient
disposés à se soulever, sans même consulter leurs
forces; car, jugeant la situation avec passion et colère, ils n’avaient plus le loisir de calculer que, l'été
suivant, sinon maintenant, les Athéniens seraient en
mesure de les vaincre. Chez les Lacédémoniens, les
dispositions guerrières s’étaient fortifiées de toutes ces
circonstances et surtout de l’idée que leurs alliés de
Sicile, maintenant à la tête d’une marine que les événements avaient forcé de créer, viendraient sans doute
au printemps les rejoindre avec des forces considérables. De toutes parts apparaissaient des motifs d’espérance; aussi résolurent-ils de pousser résolûment les
hostilités, dans la pensée qu’une fois la guerre terminée à leur avantage ils seraient désormais délivrés
de dangers comme ceux dont les eût enveloppés la
puissance athénienne, si elle se fût accrue de la Sicile;
et que, cette puissance anéantie, leur domination sur
la Grèce entière se trouverait sûrement établie.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="3"><p>III. Aussitôt Agis, leur roi, partit de Décélie avec
quelques troupes, dans le cours du même hiver, et
alla chez les alliés lever la contribution pour l’entretien
de la flotte. Il se dirigea vers le golfe de Malée, et, en
raison d’une ancienne inimitié, fit sur les OEléens un
butin considérable et leur imposa une contribution
pécuniaire. Il força les Achéens-Phthiotes, et les autres
sujets des Thessaliens dans ces parages, malgré l’opposition et les réclamations des Thessaliens, à fournir des
otages et de l’argent. Il déposa les otages à Corinthe et
<pb n="v.2.p.279»"/>
travailla à attirer ces peuples dans son alliance. Les
Lacédémoniens, de leur côté, décidèrent que les villes
construiraient cent vaisseaux. Ils se taxèrent eux-mêmes à vingt-cinq; les Béotiens au même nombre; les
Phocéens et les Locriens à quinze; les Corinthiens à
quince; les Arcadiens, les Pelléniens et les Sicyoniens
à dix; les habitants de Mégare, de Troezène, d’Épidaure
et d’Hermione également à dix. En même temps ils
firent toutes leurs dispositions pour ouvrir la campagne dès l’entrée du printemps.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="4"><p>IV. Les Athéniens, de leur côté, se mirent en mesure, pendant l’hiver, de réaliser leurs projets pour la
construction d’une flotte; ils se procurèrent des bois
et fortifièrent Sunium, pour que les transports de vivres
pussent se faire en sûreté autour du promontoire. Les fortifications élevées en Laconie, lors de la traversée en
Sicile, furent abandonnées; ils supprimèrent toutes les
dépenses qui parurent inutiles, se réduisirent à une sévère économie, et portèrent surtout leur attention sur
les alliés, afin d’empêcher leur défection.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="5"><p>V. Pendant que de part et d’autre on faisait des dispositions et qu’on se préparait à la guerre avec la
même ardeur que si elle n’eût fait que commencer, les
Eubéens députèrent les premiers auprès d’Agis, dans
le cours de l’hiver, pour traiter de leur défection. Agis
accueillit leurs ouvertures et fit venir de Lacédémone
Alcaménès, fils de Sthénélaïdas, et Mélanthos, pour aller
commander en Eubée. Déjà ils étaient arrivés avec
environ trois cents Néodamodes, et Agis préparait leur
passage dans l’île, lorsquè les Lesbiens vinrent à leur
tour, résolus également à se détacher d’Athènes. Secondés par les Béotiens, ils décidèrent Agis à ajourner
<pb n="v.2.p.280"/>
ses desseins sur l’Eubée et à préparer leur défection en
leur donnant pour harmoste Alcaménès, celui-là même
qui devait passer en Eubée. Les Béotiens leur promirent
dix vaisseaux, et Agis le même nombre. Tout cela se
passait en dehors du gouvernement de Lacédémone;
car Agis, tout le temps qu’il occupa Décélie, ayant une
armée à sa disposition, était maître d’envoyer des troupes partout où il voulait, de faire des levées et de percevoir des contributions : on peut même dire que c’était
plutôt à lui qu’au gouvernement lacédémonien qu’obéissaient alors les alliés, les troupes dont il disposait personnellement lui permettant de porter rapidement sur
chaque point une force redoutable. Pendant qu’il agissait ainsi en faveur des Lesbiens, les habitants de Chio
et d’Érythrée, disposés de leur côté à la défection, recoururent à Lacédémone, au lieu de s’adresser à lui.
Avec eux arriva un envoyé de Tissaphernes, gouverneur des provinces inférieures<note xml:lang="mul">On appelait provinces inférieures ou maritimes la partie de l’Asie Mineure composée de la Carie, la Lycie, la Paraphylie, la Mysie et la Lydie.</note> pour Darius, fils d’Artaxerxès. Tissaphernes poussait, de son côté, les Lacédémoniens à la guerre et promettait de leur fournir des
subsistances; car le Roi venait de lui réclamer les tributs de son gouvernement, restés en arrière par suite
des entraves apportées par les Athéniens à leur perception dans les villes grecques. Il espérait rendre plus
facile la rentrée de l’impôt en affaiblissant les Athéniens; en même temps il voulait faire entrer lesLacédémoniens dans l’alliance du Roi, et suivre contre
Amorgès, bâtard de Pissuthnès, révolté en Carie, les
instructions de ce prince qui lui ordonnait de l’amener
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 On appelait provinces inférieures ou maritimes la partie de l’Asie Mineure composée de la Carie, la Lycie, la Paraphylie, la Mysie et la Lydie.</note>
<pb n="v.2.p.281"/>
prisonnier ou de le faire périr. Les habitants de Chio et
Tissaphernes agissaient donc en cela de concert.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="6"><p>VI. Sur ces entrefaites, arrivèrent aussi à Lacédémone Calligitos, de Mégare, fils de Laophon, et Timagoras, de Cyzique, fils d’Athénagoras, tous deux exilés
de leur patrie, et fixés auprès de Pharnabaze, fils de
Pharnace. Pharnabaze les envoyait pour réclamer l’envoi d'une flotte dans l’Hellespont; il aspirait de son
côté, comme Tissaphernes, à détacher des Athéniens
les villes de son gouvernement, pour en percevoir les
tributs, et à se faire l’intermédiaire d’une alliance entre
les Lacédémoniens et le Roi. Comme ces deux négociations distinctes se poursuivaient séparément au nom
de Pharnabaze et au nom de Tissaphernes, leurs agents
mettaient tout en oeuvre de part et d’autre auprès des
Lacédémoniens pour obtenir l'envoi d’une flotte et
d’une armée, et demandaient la préférence, ceux-ci
pour l’Ionie et Chio, ceux-là pour l’Hellespont. Mais
les ouvertures de Tissaphernes et de Chio furent accueillies beaucoup plus favorablement par les Lacédémoniens, surtout étant soutenues par Alcibiade, que des
liens d’hospitalité formés par ses ancêtres unissaient
étroitement à l’éphore Eudios. C’était même à ces relations d’hospitalité que tenait l’adoption dans sa famille du nom d’Alcibiade, qui était aussi celui du père
d’Eudios<note xml:lang="mul">Un des ancêtres d’Alcibiade ('Athénien, uni par les liens de l’hospitalité avec un des aïeux d’Eudios nommé Alcibiade, avait donné à son propre fils le nom de son hôte. Ce nom d’Alcihiade s’était ensuite transmis dans les deux familles, en passant, suivant l’usage le plus ordinaire, de l’aïeul au petit-fils.</note>. Toutefois les Lacédémoniens envoyèrent
d’abord à Chio un périoece<note xml:lang="mul">On donnait ce nom soit à des peuples de la Laconie, sujets de Lacédémone. soit aux habitants des bourgades les plus voisines de Sparte. Les périoeces (ou voisins) ne jouissaient pas de tous les droits dos citoyens de Sparte.</note> du nom de Phrynis, re-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Un des ancêtres d’Alcibiade ('Athénien, uni par les liens de l’hospitalité avec un des aïeux d’Eudios nommé Alcibiade, avait donné à son propre fils le nom de son hôte. Ce nom d’Alcihiade s’était ensuite transmis dans les deux familles, en passant, suivant l’usage le plus ordinaire, de l’aïeul au petit-fils.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* On donnait ce nom soit à des peuples de la Laconie, sujets de Lacédémone. soit aux habitants des bourgades les plus voisines de Sparte. Les périoeces (ou voisins) ne jouissaient pas de tous les droits dos citoyens de Sparte.</note>
<pb n="v.2.p.282"/>
connaître si le nombre des vaisseaux répondait aux déclarations faites, et si, pour le reste, les ressources de
la ville étaient en rapport avec ce qu’on en publiait.
Sur l’avis que tous les rapports étaient parfaitement
exacts, ils firent alliance aussitôt avec Chio et Erythrée,
et décrétèrent l’envoi de quarante bâtiments pour
aller rallier la flotte de Chio qui, suivant les envoyés,
ne s’élevait pas à moins de soixante vaisseaux. Dix de
ces bâtiments devaient prendre les devants sous le commandement de Mélancridas. Mais, un tremblement de
terre étant survenu, Mélancridas fut remplacé par
Chalcidéus, et l’on n’équipa en Laconie que cinq vaisseaux au lieu de dix. Avec l’hiver finit la dix-neuvième
année de cette guerre, dont Thucydide a écrit l’histoire.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="7"><p>VII. Dès le commencement de l’été suivant, les habitants de Chio pressèrent l’envoi de la flotte, dans la
crainte que ces négociations ne transpirassent chez les
Athéniens, à l’insu desquels avaient lieu toutes ces
députations. Les Lacédémoniens envoyèrent à Corinthe
trois Spartiates, avec ordre de faire transporter en
toute hâte les vaisseaux par-dessus l’isthme, du golfe
à la mer du côté d’Athènes, et de les expédier tous à
Chio, ceux qu'Agis avait équipés pour Lesbos aussi
bien que les autres. Il y avait là<note xml:lang="mul">C’est-à-dire dans le golfe de Corintiie.</note> en tout trente-neuf
vaisseaux des alliés.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="8"><p>VIII. Les agents de Pharnabaze, Calligitos et Timagoras, ne prirent point part à l’expédition de Chio,
et ne livrèrent pas les vingt-cinq talents qu’ils avaient
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 C’est-à-dire dans le golfe de Corintiie.</note>
<pb n="v.2.p.283"/>
apportés pour payer l’envoi d’une flotte; ils se réservaient de partir plus tard eux-mêmes avec une autre
expédition. Quant à Agis, lorsqu’il vit les Lacédémoniens décidés à se diriger d’abord sur Chio, leur avis
fut le sien. Les alliés réunis à Corinthe tinrent conseil
et résolurent de faire voile d’abord pour Chio, sous le
commandement de Chalcidéus qui avait équipé les
cinq vaisseaux dans la Laconie; une autre expédition
partirait ensuite pour Lesbos, aux ordres d’Alcaménès,
celui-là même qu’Agis avait désigné. Une troisième,
dont le commandement était assigné à Cléarchos, fils
de Rhamphias, devait se porter vers l’Hellespont. Il fut
décidé qu’on transporterait par-dessus l’isthme d’abord la moitié des vaisseaux, et qu’on les expédierait
sur-le-champ, afin que les Athéniens, préoccupés de
leur départ, fissent moins d’attention à ceux qu’on
transporterait ensuite. Du reste, si l’on prenait cette
voie<note xml:lang="mul">Au lieu de descendre dans le golfe de Corinthe et de contourner e Péloponnèse.</note>, sans se couvrir d’aucun secret, cela tenait au
mépris qu’inspirait l’impuissance des Athéniens, dont
la marine ne s’était encore montrée en force nulle
part. Ces résolutions adoptées, on fit passer sur-lechamp vingt et un vaisseaux.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="9"><p>IX. Les Lacédémoniens pressaient le départ; mais
les Corinthiens témoignaient peu d’empressement à
se joindre à l’expédition avant la célébration des jeux
Isthmiques, qui tombaient alors. Agis se montra disposé à ne pas exiger qu’ils rompissent la trêve isthmique, et proposa de prendre l’expédition sous son
propre nom<note xml:lang="mul">C’est-à-dire sous le nom des Lacédémoniens seulement, afin que les Corinthiens ne pussent être accusés de violer la trêve qu’ils avaient eux-mêmes proclamée.</note>. Les Corinthiens s’y étant refusés, l’af-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Au lieu de descendre dans le golfe de Corinthe et de contourner e Péloponnèse.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* C’est-à-dire sous le nom des Lacédémoniens seulement, afin que les Corinthiens ne pussent être accusés de violer la trêve qu’ils avaient eux-mêmes proclamée.</note>
<pb n="v.2.p.284"/>
faire traîna en longueur, et les Athéniens, mieux
renseignés sur cette intrigue, envoyèrent à Chio Aristocrates, un des généraux, porter leurs plaintes. Ceux
de Chio nièrent et reçurent ordre d’envoyer des vaisseaux comme gage de leur fidélité à l’alliance. Ils en
tirent passer sept. La raison de cet envoi fut, du côté
du peuple de Chio, l’ignorance où il était de ce qui
se tramait; du côté des grands, instruits de l’intrigue, la crainte de tourner le peuple contre eux, avant
d’avoir pris leurs sûretés, et les lenteurs des Péloponnésiens qu’ils ne s’attendaient pas à voir arriver
encore.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="10"><p>X. Cependant le temps des jeux Isthmiques arriva,
et les Athéniens, chez qui ils avaient été proclamés<note xml:lang="mul">Par Je fait même de la proclamation, il y avait trêve sous peine de sacrilège, entre les Corinthiens et tous les peuples chez qui ils faisaient proclamer la trêve sacrée.</note>, y
assistèrent. Là, leurs présomptions sur l'affaire de Chio
se confirmèrent, et, à leur retour, ils prirent sur-lechamp des mesures pour que la flotte ne pût, à leur
insu, partir de Cenchrées. Après la fête, cette flotte,
forte de vingt et un vaisseaux, mit à la voile pour Chio,
sous le commandement d’Alcaménès. Les Athéniens
s’avancèrent d’abord à leur rencontre avec un nombre
égal de vaisseaux, et, une fois en vue, filèrent au large;
mais les Péloponnésiens renoncèrent bientôt à les suivre pour revenir en arrière. Les Athéniens se retirèrent
de leur côté; car au nombre de leurs bâtiments se
trouvaient les sept vaisseaux de Chio, qui leur inspiraient peu de confiance. Ils équipèrent plus tard
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Par Je fait même de la proclamation, il y avait trêve sous peine de sacrilège, entre les Corinthiens et tous les peuples chez qui ils faisaient proclamer la trêve sacrée.</note>
<pb n="v.2.p.285"/>
une nouvelle flotte de trente-sept voiles, rencontrèrent
celle des ennemis qui rangeait la côte et lui donnèrent
la chasse jusqu’à Piréos, port désert de la Corinthie,
sur l’extrême frontière de l’Épidaurie. Les Péloponnésiens perdirent un vaisseau au large et rallièrent les
autres dans le port; mais les Athéniens les yattaquèrent
du côté de la mer avec leurs vaisseaux, par terre avec
des troupes de débarquement, et jetèrent parmi eux
le désordre et la confusion; ils endommagèrent la
plupart des vaisseaux sur le rivage et tuèrent Alcaménès qui les commandait. Eux-mêmes perdirent
quelques hommes.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="11"><p>XI. Lorsqu’on se fut séparés, les Athéniens placèrent
en station un nombre suffisant de vaisseaux pour bloquer le port, et, avec le reste, allèrent aborder à un
îlot peu éloigné, où ils campèrent. De là ils envoyèrent
à Athènes réclamer des renforts. Car, dès le lendemain,
les Corinthiens, suivis peu après des autres peuples du
voisinage, étaient accourus au secours de la flotte péloponnésienne. Quand ils reconnurent la difficulté de
la défendre sur une plage déserte, leur embarras fut
grand : d’abord ils songèrent à brûler les vaisseaux;
mais ensuite ils résolurent de les tirer à terre et de
faire camper auprès l’armée de terre pour les garder,
jusqu’à ce qu’il s’offrît quelque occasion favorable
d’échapper. Agis, informé de cette situation, leur envoya le Spartiate Thermon. A Lacédémone, on apprit
d’abord que les vaisseaux avaient quitté l’isthme; car
les éphores avaient ordonné à Alcaménès d'expédier
aussitôt un courrier pour en porter la nouvelle. Sur-lechamp on résolut de faire partir, sous le commandement de Chalcidéus, accompagné d’Alcibiade, les cinq
<pb n="v.2.p.286"/>
vaisseaux armés en Laconie. Mais, au moment même
où l'on pressait le départ, la nouvelle arriva que la
flotte s’était réfugiée à Piréos. Consternés de cet échec
au début de la guerre d’Ionie, ils songèrent bien moins
dès lors à expédier'les vaisseaux équipés chez eux qu’à
rappeler les quelques bâtiments déjà en mer.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="12"><p>XII. Alcibiade, voyant ces dispositions, persuada de
nouveau à Eudios et aux autres éphores de ne pas reculer devant l’expédition : il leur dit qu’on aborderait
à Chio avant que le désastre de la flotte y fût connu;
que, pour lui, une fois en lonie, il entraînerait facilement les villes à la défection en leur représentant la faiblesse d’Athènes et les dispositions guerrières des Lacédémoniens; car on le croirait bien mieux qu’aucun autre.
Il insinua en particulier à Eudios qu’il serait beau pour
lui d’être le promoteur du soulèvement de l’Ionie et
d’une alliance entre le Roi et Lacédémone; qu’il ne
fallait pas laisser à Agis un pareil avantage. Alcibiade était mal avec Agis. — Il entraîna Eudios et les
autres éphores. Les cinq vaisseaux commandés par le
Lacédémonien Chalcidéus mirent en mer avec lui, et
firent toute diligence.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="13"><p>XIII. Vers la même époque, les seize vaisseaux péloponnésiens qui avaient fait la guerre en Sicile avec
Gylippe furent, à leur retour, surpris à la hauteur de
Leucade et maltraités par vingt-sept vaisseaux athéniens. Hippôclès, fils de Ménippos, commandait ces
derniers avec mission de surveiller les bâtiments revenant de Sicile. Cependant tous échappèrent aux Athéniens, à l’exception d’un seul, et abordèrent à Corinthe.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="14"><p>XIV. Chalcidéus et Alcibiade, après avoir intercepté
sur leur route tous les bâtiments qu’ils rencontraient.
<pb n="v.2.p.287"/>
afin de n’être pas annoncés, prirent terre d'abord à
Corycos, sur le continent. Là ils relâchèrent les navires arrêtés et se mirent en rapport avec quelques-uns
de leurs partisans de Chio. Ceux-ci leur ayant conseillé
d’aborder à leur ville sans avis préalable, ils se présentèrent inopinément devant Chio. Le peuple fut dans
l’étonnement et la stupeur. Mais les grands avaient
pourvu à ce que le sénat se trouvât assemblé; l’annonce faite par Chalcidéus et Alcibiade qu’une flotte
nombreuse les suivait et le silence gardé sur les vaisseaux assiégés à Piréos, entraînèrent la défection de
Chio d’abord et ensuite d’Érythres. Ils allèrent de là
avec trois vaisseaux à Clazomènes qu’ils insurgèrent
également. Les habitants de Clazomènes passèrent aussitôt sur le continent et fortifièrent le faubourg, afin
de pouvoir s’y retirer au besoin en abandonnant l’îlot
qu’ils habitent. Partout où il y avait soulèvement, on
se fortifiait et on se préparait à la guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="15"><p>XV. A Athènes, on connut bientôt la défection de
Chio. Les Athéniens, jugeant dés lors le péril aussi
grave que manifeste, persuadés d’ailleurs que leurs
autres alliés ne voudraient pas rester en repos après la
défection du plus puissant d’entre eux, abrogèrent
aussitôt, dans le premier moment d’effroi, les peines
portées contre ceux qui proposeraient ou appuieraient
la proposition de faire usage des mille talents qu’ils
désiraient laisser en réserve pendant toute la guerre.
Ils décrétèrent l’emploi de cet argent et l’armement
d’un grand nombre de vaisseaux : huit bâtiments de la
station de Piréos, qui avaient abandonné la croisière
sous le commandement de Strombichidès, fils de Diotimos, à la recherche de Chalcidéus, et qui étaient re-
<pb n="v.2.p.288"/>
venus après une poursuite infructueuse, reçurent ordre
d’appareiller pour Chio. Ils devaient être soutenus peu
après par Thrasyclès, avec douze autres bâtiments, détachés également de la flotte de blocus. On rappela les
sept vaisseaux de Chio qui concouraient à assiéger
Piréos; les esclaves qui les montaient furent déclarés
libres, et les hommes libres mis aux fers. On équipa
en toute hâte et on expédia d’autres vaisseaux pour
remplacer dans le blocus de la flotte péloponnésienne
tous ceux qui en avaient été retirés; enfin on songea à
l’armement de trente nouveaux bâtiments. L’ardeur
était extrême, et tout dans les mesures contre Chio
s’organisait sur un large plan.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="16"><p>XVI. Cependant Strombichidès arrive à Samos avec
ses huit vaisseaux, en prend un de Samos et va toucher
à Téos, dont il engage les habitants à rester en paix.
Chalcidéus, de son côté, avait fait voile de Chio pour
Téos avec vingt-trois bâtiments; l’armée de terre de
Clazomènes et d’Érythres marchait de conserve et longeait le rivage. Strombichidès, informé deson approche,
mit à la voile et prit le large; mais, à la vue des nombreux vaisseaux qui s’avançaient de Chio, il s’enfuit
vers Samos, poursuivi par l’ennemi. Les habitants de
Téos avaient d’abord refusé de recevoir l’armée de
terre; mais, lorsqu’ils virent les Athéniens en fuite, ils
lui ouvrirent les portes. Au commencement il n’y eut
aucune démonstration; on attendait le retour de Chalcidéus, Mais, comme il tardait à paraître, le peuple de
Téos démolit lui-même le mur que les Athéniens
avaient bâti pour protéger la ville du côté du continent.
Quelques barbares, commandés par Otagès, lieutenant
de Tissaphernes, vinrent concourir à cette destruction.</p><pb n="v.2.p.289"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="17"><p>XVII. Chalcidéus et Alcibiade, après avoir poursuivi
Strombichidès jusqu’à Samos, armèrent les équipages
des vaisseaux péloponnésiens et les laissèrent à Chio.
Il les remplacèrent par des matelots de Chio, armèrent vingt autres bâtiments et cinglèrent vers Milet
pour l'insurger. Alcibiade voulait profiter de ses liaisons avec les principaux habitants de Milet, pour rallier cette ville avant l’arrivée, de la flotte péloponnésienne; il ambitionnait pour Chio, pour lui-même, pour
Chalcidéus et pour Eudios qui l’avait envoyé, la gloire
d’insurger, comme il s’y était engagé, le plus grand
nombre possible de villes, avec les seules forces de Chio
et de Chalcidéus. Ils dérobèrent à l’ennemi la plus
grande partie de leur traversée, prévinrent de peu de
temps Strombichidès et Thrasyclès qui venait de se
montrer dans ces parages avec douze vaisseaux de renfort envoyés d’Athènes pour les poursuivre, et insurgèrent Milet. Les Athéniens arrivèrent sur leurs traces
avec dix-neuf vaisseaux; ils ne furent pas reçus à Milet
et allèrent mouiller à Ladé, île adjacente. Ce fut aussitôt
après la défection des Milésiens que se conclut, par
l’intermédiaire de Tissaphernes et de Chalcidéus, la première alliance entre le Roi et les Lacédémoniens; en
Voici les clauses :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="18"><p>XVIII. « Les Lacédémoniens et leurs alliés ont contracté alliance avec le Roi et Tissaphernes aux conditions suivantes : toutes les contrées et les villes comprises dans le domaine du Roi ou dans celui de ses
ancêtres appartiendront au Roi. —Le Roi, les Lacédémoniens et leurs alliés s’opposeront en commun à ce
que les Athéniens tirent aucun tribut ni redevance
quelconque de celles de ces villes qui leur payaient
<pb n="v.2.p.290"/>
tribut ou redevances. — Le Roi, les Lacédémoniens et
leurs alliés feront en commun la guerre aux Athéniens.
—Ni le Roi, ni les Lacédémoniens et leurs alliés ne
pourront faire fa paix avec les Athéniens sans le consentement mutuel des deux parties contractantes.—
Si quelque peuple se détache du Roi, il sera l’ennemi
des Lacédémoniens et de leufs alliés. — Si quelque
peuple se détache des Lacédémoniens, il fera ennemi
du Roi au même titre. »</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="19"><p>XIX. Telles étaient les conditions de l’alliance. Aussitôt après, les habitants de Chio armèrent dix nouveaux bâtiments et firent voile pour Anéa, dans le
double but de s’informer des affaires de Milet et de provoquer la défection des villes : avertis par un message de Chalcidéus d’avoir à s’en retourner, parce
qu’Amorgès<note xml:lang="mul">Voir § 5.,</note> allait arriver par terre avec une armée,
ils cinglèrent vers le temple de Jupiter<note xml:lang="mul">Entre Lébôdos et Colophon.</note>, et reconnurent
une nouvelle flotte de seize vaisseaux qu’amenait Diomédon, parti d’Athènes après Thrasiclès. A cette vue, ils
prirent aussitôt la fuite, un des vaisseaux se dirigeant
vers Éphèse, les autres sur Téos. Les Athéniens en prirent quatre, mais sans leurs équipages, les hommes
ayant eu le temps de se réfugier à terre. Les autres
gagnèrent le port de Téos. Les Athéniens se portèrent
de là sur Samos. Ceux de Chio mirent en mer avec le
reste de leurs vaisseaux, et, de concert avec l’armée de
terre, allèrent insurger Lébédos, puis Eræ; après quoi
tous revinrent chez eux, l’armée de terre et la flotte.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:8" n="20"><p>XX. Vers la même époque, les vingt et un vaisseaux
<note xml:lang="fre" type="footnote">i Voir § 5.,</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Entre Lébôdos et Colophon.</note>
<pb n="v.2.p.291"/>
péloponnésiens précédemment réfugiés à Piréos, et bloqués par un nombre égal de bâtiments athéniens, firent
une sortie soudaine, eurent l’avantage dans le combat
et prirent quatre vaisseaux athéniens. Ils se rendirent
de là à Cenchrées et se préparèrent de nouveau à faire
route pour Chio et l’Ionie. Astyochos, investi alors
du commandement de toute la flotte, vint de Lacédémone se mettre à la tête de cette expédition.</p><p>Lorsque l’armée de terre<note xml:lang="mul">L'armée de Clazomènes et d’Érythres, dont il a été question plus haut.</note> eut quitté Téos, Tissaphernes y arriva à son tour avec des troupes, acheva de
démolir ce qui pouvait rester du mur de défense<note xml:lang="mul">Le mur construit par les Athéniens pour défendre Téos du côté du continent.</note>, et
s’en retourna. Peu après son départ, Diomédon y arriva avec dix vaisseaux athéniens et amena les habitants
à le recevoir à son tour. De là sa flotte suivit la côte
jusqu’à Eræ, attaqua cette place sans succès et se retira.</p></div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>