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même époque du printemps, amenant le plus de troupes qu’il put de chacune des villes gagnées à son parti.
Il convoqua les Syracusains, et leur dit qu’il fallait
équiper le plus possible de vaisseaux et tenter un
combat naval; qu’il espérait qu’on en tirerait pour
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l’issue de la guerre quelque avantage à la hauteur du
péril. Hermocrates se joignit à lui et contribua puissamment à vaincre la répugnance qu’ils avaient à attaquer les Athéniens sur mer; il leur dit que l’expérience de la mer n’était pas un héritage éternellement
dévolu aux Athéniens et transmis par leurs pères;
qu’ils étaient, au contraire, bien plus que les Syracusains, un peuple continental, et n’étaient devenus marins que contraints par les Mèdes; que contre des
hommes audacieux, comme les Athéniens, répondre
par l’audace, c’était paraître d’autant plus redoutable;
que les Athéniens, en effet, sans forces supérieures
bien souvent, frappaient les autres d’épouvante par
leurs attaques audacieuses, et qu’ils éprouveraient
eux-mêmes ce qu’ils faisaient éprouver à leurs adversaires. Il engagea les Syracusains à se bien persuader
que l’audace imprévue de leur attaque contre la flotte
athénienne et l’épouvante qu’elle inspirerait à l’ennemi, compenseraient et au delà le mal que pourrait
causer à leur inexpérience l’habileté des Athéniens; en
conséquence, il leur conseilla de faire sans balancer
l’essai de leurs forces maritimes. Les Syracusains,
excités par ces exhortations de Gylippos, d'Hermocrates
et de quelques autres, se décidèrent à livrer un combat
naval et montèrent sur leurs vaisseaux.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="22"><p>XXII. Gylippos, après avoir fait préparer la flotte,
prit avec lui, pendant la nuit, toutes les troupes de
pied, afin d’attaquer lui-même par terre les forts de
Plemmyrion. A un signal donné, toutes les galères
syracusaines prirent la mer en même temps : trentecinq s’avançaient du grand port; quarante-cinq,
parties du petit port où était aussi l’arsenal, tournè-
<pb n="v.2.p.210"/>
rent l’île pour aller rejoindre celles qui étaient dans
le grand et attaquer de concert Plemmyrion, afin de
déconcerter les Athéniens en se présentant de deux
côtés à la fois. Les Athéniens équipèrent à la hâte
soixante vaisseaux : vingt-cinq allèrent combattre les
trente-cinq galères syracusaines du grand port; le
reste se porta à la rencontre de la flotte qui longeait
l’île au sortir de l’arsenal. Le combat s’engagea immédiatement à l’entrée du grand port; la lutte fut
vive de part et d’autre, les uns voulant forcer le passage, les autres le défendre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="23"><p>XXIII. Pendant ce temps, Gylippos profita du moment où la garnison athénienne de Plemmyrion était
descendue au rivage et concentrait toute son attention
sur le combat naval, pour la surprendre et attaquer
les forts à l’improviste dès la pointe du jour. Il s’empara d’abord du plus grand, puis des deux petits, la
garnison n’ayant pas tenu lorsqu’elle vit avec quelle
facilité le premier avait été emporté. Après la prise
du premier fort, les hommes, réfugiés sur des barques et sur un bâtiment de charge, eurent grand’peine
à regagner le camp : car, la division syracusaine du
grand port ayant eu l’avantage dans l’engagement
naval, une trirème d’une marche supérieure s’était
mise à leur poursuite. Mais, lorsque les deux fortins
furent emportés, la flotte syracusaine venait d’être
vaincue, ce qui rendit plus facile la traversée du port
à ceux qui s’en échappèrent. Les vaisseaux syracusains qui combattaient à l’entrée du port forcèrent
d’abord la flotte athénienne; mais ils entrèrent sans
aucun ordre, s’embarrassèrent mutuellement, et livrèrent ainsi la victoire aux Athéniens; ceux-ci les
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mirent en fuite, et en firent autant de ceux qui d’abord
les avaient vaincus dans le port. Ils coulèrent onze des
bâtiments syracusains et tuèrent la plupart des hommes,
à l’exception des équipages de trois vaisseaux, qu’ils
firent prisonniers. Ils perdirent de leur côté trois
bâtiments. Après avoir remorqué à terre les débris
des galères syracusaines et élevé un trophée sur
l'ilot en face de Plemmyrion, ils retournèrent à leur
camp.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="24"><p>XXIV. Telle fut pour les Syracusains l’issue de cet
engagement naval; mais ils demeuraient maîtres des
retranchements de Plemmyrion, pour la prise desquels
ils élevèrent trois trophées. Un des deux forts pris en
dernier lieu fut démoli; ils réparèrent les deux autres
et y mirent garnison. Beaucoup d’hommes périrent à
la prise des forts, beaucoup furent faits prisonniers;
le butin était immense, et rien ne leur échappa.
Comme ces forts servaient aux Athéniens de magasins,
il s’y trouvait beaucoup d’argent déposé par les négociants, beaucoup de vivres et d’objets appartenant
aux triérarques. On y avait même déposé les voiles et
les autres agrès de quarante trirèmes, ainsi que trois
trirèmes tirées à sec. Mais le plus grand et le plus notable dommage pour l’armée athénienne fut la prise
même de Plemmyrion; de ce moment, il n’y eut plus
de sécurité pour l’entrée des convois de vivres; car ils
étaient interceptés par les vaisseaux syracusains qui
croisaient en cet endroit; les arrivages n’avaient plus
lieu sans combat; sous tous les rapports enfin, cet
événement jeta le trouble et le découragement dans
l’armée.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="25"><p>XXV. Les Syracusains expédièrent ensuite douze
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vaisseaux, sous le commandement du Syracusain Agatharchos. Un de ces bâtiments fut détaché vers le Péloponnèse : il portait des ambassadeurs chargés d’annoncer que leurs affaires donnaient bon espoir, et
d’engager les Péloponnésiens à pousser de leur côté
les hostilités avec plus de vigueur encore; les onze autres firent voile pour les côtes d’Ilalie, où l’on avait
appris que se dirigeaient dix bâtiments richement chargés et destinés aux Athéniens. Ils les rencontrèrent, les
détruisirent pour la plupart, et brûlèrent tous tes bois
destinés à la construction des navires que les Athéniens
avaient fait préparer dans les campagnes de Caulonia<note xml:lang="mul">Aujourd’hui Castro Vetere, à peu de distance de Locres.</note>
De là ils allèrent à Locres. Pendant qu’ils y étaient à
l’ancre, un des bâtiments de transport partis du Péloponnèse y aborda avec des hoplites de Thespies. Les
Syracusains les prirent sur leurs vaisseaux et retournèrent chez eux. Les Athéniens les épiaient avec vingt
vaisseaux, à la hauteur de Mégare, et prirent un de
leurs bâtiments avec son équipage; mais ils ne purent
s’emparer des autres, qui gagnèrent Syracuse.</p><p>Il y eut aussi une escarmouche dans le port, au sujet
des pilotis que les Syracusains avaient enfoncés dans
la mer, devant l’ancien bassin, pour que leurs bâtiments pussent se tenir à l’ancre dans l’intérieur, sans
craindre d’être endommagés par le choc des vaisseaux
athéniens. Les Athéniens firent arriver contre les pilotis un navire du port de dix milliers<note xml:lang="mul">Le port des vaisseaux se calculait par amphores; l’amphore avait environ la capacité d’un pied cube. On calculait aussi par talents; un bA'.imcntdc cinq cents talents était de très-petite dimension.</note>, muni de tours
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Aujourd’hui Castro Vetere, à peu de distance de Locres.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Le port des vaisseaux se calculait par amphores; l’amphore avait environ la capacité d’un pied cube. On calculait aussi par talents; un bA'.imcntdc cinq cents talents était de très-petite dimension.</note>
<pb n="v.2.p.213"/>
de bois et de parapets<note xml:lang="mul">Ce petit bâtiment était destiné, non pas à agir contre les pilotis, mais à protéger les travailleurs.</note>; montés sur des barques, ils
attachaient les pieux à des câbles tirés par des cabestans, et les arrachaient; ou bien ils les sciaient en plongeant. Les Syracusains tiraient des bassins sur les
Athéniens qui leur répondaient du haut de leur bâtiment. A la fin les Athéniens arrachèrent la plupart des
pieux. Le plus difficile était la partie des pilotis cachée
sous la mer; car, comme il y avait des pieux qui ne
s’élevaient pas à fleur d’eau, il était fort dangereux aux
vaisseaux d’en approcher; on ne les soupçonnait pas et
on risquait de s’y échouer comme sur un écueil. Cependant des plongeurs parvinrent aussi à les scier sous
l’eau, moyennant salaire. Mais les Syracusains établirent de nouveaux pilotis. Une foule d’autres expédients
furent imaginés de part et d’autre, comme on devait
l’attendre de deux armées ennemies campées en présence et à proximité; on escarmouchait, on se harcelait sans cesse.</p><p>Les Syracusains envoyèrent dans les diverses villes<note xml:lang="mul">Dans les villes de Sicile. Ils avaient choisi dos députés étrangers à Syracuse pour que leur témoignage ne fût pas suspect.</note>
des députés corinthiens, ambraciotes et lacédémoniens pour annoncer la prise de Plemmyrion, et représenter que leur défaite dans le combat naval tenait
moins à la supériorité de l’ennemi qu’à leur propre désordre. Ils devaient également annoncer qu’on avait
bon espoir sous tous les rapports, et demander des
renforts tant en vaisseaux qu’en infanterie, en se fondant sur l’envoi d’une nouvelle armée attendue par les
Athéniens, et sur la possibilité d’en finir avec la guerre,
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ce petit bâtiment était destiné, non pas à agir contre les pilotis, mais à protéger les travailleurs.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Dans les villes de Sicile. Ils avaient choisi dos députés étrangers à Syracuse pour que leur témoignage ne fût pas suspect.</note>
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si, avant son arrivée, on pouvait anéantir la première.
Tel était l’état des affaires en Sicile.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="26"><p>XXVI. Démosthènes, lorsqu’il eut sous la main l’armée de renfort qu’il devait conduire en Sicile, leva
l’ancre d’Égine, fit voile pour le Péloponnèse, et sejoignit à Chariclès et aux trente vaisseaux athéniens. Ils
embarquèrent les hoplites d’Argos, et cinglèrent vers
la Laconie. Après avoir ravagé d’abord une partie du
territoire d’Épidaure-Liméra, ils abordèrent sur la côte
de Laconie, en face de Cythère, là où est le temple d’Apollon, et dévastèrent une portion du territoire; ensuite
ils fortifièrent une pointe en forme d’isthme, pour servir de refuge aux Hilotes fugitifs de Lacédémone, et de
point d’appui, comme à Pylos, pour exercer le brigandage. Démosthènes, aussitôt après avoir occupé cet emplacement avec Chariclès, cingla vers Corcyre pour y
prendre les alliés de cette île et se diriger au plus vite
vers la Sicile. Chariclès resta à terminer les fortifications, y laissa une garnison, et revint de son côté à
Athènes avec ses trente vaisseaux. Les Argiens s’en retournèrent en même temps.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="27"><p>XXVII. Le même été arrivèrent à Athènes treize
cents peltastes thraces armés de coutelas, de la tribu
des Diens, destinés à accompagner Démosthènes en
Sicile. Comme ils arrivèrent trop tard, on résolut de
les renvoyer chez eux; car chaque homme recevant
une drachme par jour, il parut trop onéreux de les
garder, surtout avec les charges de la guerre de Décélie. Cette ville, fortifiée dans le cours de l’été par toute
l’armée péloponnésienne, occupée ensuite par des garnisons des différentes villes qui faisaient périodiquement
des incursions dans la campagne, causait un mal infini
<pb n="v.2.p.215"/>
aux Athéniens; rien ne compromit plus leurs affaires
que les pertes d’hommes et d’argent qui en résultèrent :
jusque-là les incursions avaient été de peu de durée, et
n’empêchaient pas l’exploitation du territoire pendant
le reste du temps; mais alors l’occupation continue du
pays par l’ennemi, les incursions accidentelles de troupes plus nombreuses, celles de la garnison régulière
que la nécessité obligeait à courir la campagne et à vivre de butin, enfin la présence d’Agis, roi des Lacédémoniens, qui donnait à la guerre une vigoureuse impulsion, firent aux Athéniens un mal extrême. La jouissance de tout le pays leur échappait; plus de vingt mille
esclaves, la plupart artisans, avaient déserté; tous les
bestiaux périssaient ainsi que les bêtes de somme; les
chevaux, épuisés par des sorties continuelles, par des
pointes sur Décélie, et par la garde du pays, étaient ou
boiteux ou blessés à la suite de fatigues incessantes
sur un terrain rocailleux.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="28"><p>XXVIII. D’un autre côté, l’importation des vivres
venant d’Eubée, qui, d’Oropos, avait lieu autrefois plus
promptement par terre, en traversant Décélie, dut se
faire à grands frais par mer, en doublant Sunium. La
même privation se faisait sentir pour tous les objets
importés du dehors; ce n’était plus une ville, c’était
une forteresse. Le jour, les citoyens montaient la garde
à tour de rôle sur les remparts; la nuit, tous étaient
de service à la fois, à l’exception des cavaliers, les uns
à la garde des postes, les autres aux murailles; ils
n’avaient de repos ni l’hiver ni l’été. Mais ce qui les
accablait par-dessus tout, c’était d’avoir deux guerres
à soutenir en même temps. Leur opiniâtreté était montée à un point tel que qui l’eût prédite avant l’évé-
<pb n="v.2.p.216"/>
nement n’aurait rencontré qu’incrédulité. Comment
imaginer, en effet, que, tenus assiégés par les fortifications que les Péloponnésiens avaient élevées chez eux,
ils n’aient pas cependant abandonné la Sicile; que,
bloqués eux-mêmes, ils soient restés à bloquer Syracuse,
ville aussi grande qu’Athènes; qu’ils dussent enfin surprendre la Grèce par cet incroyable prodige de puissance et d’audace! eux dont la résistance ne devait pas
se prolonger, à ce qu’on croyait au commencement
de la guerre, au delà d’un an suivant les uns, deux au
plus, trois peut-être suivant d’autres, mais jamais au
delà, une fois que leur pays serait envahi par les Péloponnésiens, et qui pourtant, dix-sept ans après lapremière invasion, lorsque déjà la guerre avait consumé
toutes leurs ressources, avaient envahi la Sicile et entrepris une nouvelle guerre qui ne le cédait en rien à
celle qu’ils avaient déjà à soutenir contre le Péloponnèse! Aussi se trouvèrent-ils alors, par suite du mal
considérable que leur faisait Décélie et de l’immense
surcroît de dépense qui venait s’y ajouter, complètement à bout de ressources. Au tribut payé par leurs
sujets, ils substituèrent alors un droit du vingtième
sur tous les transports maritimes, dans l’espoir que
cet impôt serait plus productif. Les dépenses n’étaient
pas restées stationnâmes; elles s’étaient considérablement accrues, en raison même du développement de la
guerre; les revenus, au contraire, avaient été dépérissant.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="29"><p>XXIX. Les Thraces, arrivés trop tard pour se joindre
à Démosthènes, furent donc renvoyés sur-le-champ,
par mesure d’économie, à cause de la pénurie du trésor.
On les mit sous la conduite de Diitréphès, et on leur
<pb n="v.2.p.217"/>
recommanda de faire, sur leur passage, en suivant
l’Euripe, tout le mal possible à l’ennemi. Diitréphès
descendit avec eux sur le territoire de Tanagre, et y fit
à la hâte quelque butin; puis, étant parti le soir de
Chalcis en Eubée, il traversa l’Earipe, débarqua en
Béotie, et les conduisit contre Mycalessos. Il bivouaqua
la nuit, sans que sa présence fût soupçonnée, près du
temple de Mercure, à seize stades de Mycalessos. Au
point du jour il se jeta sur la ville, qui était grande, et
s’en empara; car les habitants, lorsqu’il fondit à l’improviste, n’étaient pas sur leurs gardes, et ne soup-
çonnaient pas qu’on pût jamais remonter à une aussi
grande distance de la mer pour les attaquer. Les murailles étaient faibles, écroulées même sur quelques
points, peu élevées partout; enfin les portes étaient
ouvertes, tant la sécurité était grande. Les Thraces se
précipitèrent dans Mycalessos, saccagèrent les maisons
et les temples, égorgèrent les habitants, sans épargner
ni la vieillesse ni l’enfance; ils firent main basse sur
tout ce qu’ils rencontrèrent, massacrant les femmes et
les enfants, même les bêtes de somme, et tout ce qu’ils
virent d’êtres vivants. Car les Thraces sont une race
sanguinaire à l’égal des barbares les plus féroces, lorsqu’ils croient n’avoir rien à craindre. Ce fut une affreuse désolation, et une horrible variété de sanglants
épisodes : les barbares, entre autres, se jetèrent dans
une école d’enfants : elle était considérable et les enfants venaient d’y entrer; tous furent taillés en pièces.
Jamais désastre plus inattendu et plus terrible ne fondit
sur une ville entière.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="30"><p>XXX. Les Thébains, à cette nouvelle, accoururent :
ils rencontrèrent les Thraces encore peu éloignés, leur
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arrachèrent leur butin, jetèrent parmi eux l’épouvante
et les poursuivirent vers la mer jusqu’à l’Euripe, où
étaient à l’ancre les vaisseaux qui les avaient amenés.
Ils en tuèrent un grand nombre, surtout au moment où
ils s’embarquèrent; car ils ne savaient pas nager, et
ceux qui étaient sur les vaisseaux, voyant ce qui se
passait à terre, avaient mouillé hors de la portée des
traits. Jusque-là les Thraces, dans leur retraite, s’étaient
assez habilement défendus contre la cavalerie thébaine, qui fut la première à les assaillir. Pour s’en garantir, ils couraient au-devant d’elle et se formaient en
pelotons, à la manière de leur pays; aussi leur perte de
ce côté fut-elle peu considérable. Un certain nombre
avaient aussi été surpris et tués dans la ville au milieu
du pillage. Il périt en tout deux cent cinquante Thraces
sur treize cents. Les Thébains et ceux qui étaient accourus avec eux perdirent vingt hommes, tant cavaliers qu’hoplites, et Scirpbondas, l’un des béotarques
thébains<note xml:lang="mul">Sur les onze béotarques, il y en avait deux de Thèbes.</note>. Quant aux Mycalessiens, il furent en partie
anéantis. Tel fut le désastre de Mycalessos, l’un des plus
grands, proportionnellement à l’étendue de la ville, et
des plus lamentables de cette guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="31"><p>XXXI. Démosthènes, qui avait fait voile pour Corcyre en quittant le fort élevé sur la côte de Laconie,
trouva à l’ancre, àPhia en Élide, un bâtiment de charge
destiné à transporter en Sicile les hoplites de Corinthe.
Il le brisa; mais les troupes s’échappèrent, se procurèrent plus tard un autre bâtiment et mirent en mer.
Démosthènes toucha ensuite à Zacynthe et à Céphallénie, y prit des hoplites, et manda des Messéniens de
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Sur les onze béotarques, il y en avait deux de Thèbes.</note>
<pb n="v.2.p.219"/>
Naupacte. De là il passa sur le continent, en face de
ces îles, à Alyzia et à Anoctorion. places d’Acarnanie
occupées par les Athéniens. Il fut rencontré dans ces
parages par Eurymédon qui revenait de Sicile, où il
avait été envoyé l'hiver porter de l’argent à l’armée.
Eurymédon lui annonça, entres autres choses, qu’il
avait appris, étant déjà en mer, la prise de Plemmyrion
par les Syracusains. Conon, qui commandait à Naupacte, vint de son côté les trouver et leur dit que les
vingt-cinq vaisseaux corinthiens qui croisaient devant
lui ne discontinuaient pas les hostilités, et se disposaient à livrer un combat. Il réclamait d’eux des vaisseaux, vu l’impossibilité de tenir tête avec ses dix-huit
bâtiments aux vingt-cinq de l’ennemi. Démosthènes et
Eurymédon firent partir, avec Conon, pour renforcer
la flotte de Naupacte, dix de leurs vaisseaux pris parmi
ceux qui se comportaient le mieux à la mer. Ils s’occupèrent, de leur côté, du rassemblement des troupes :
Eurymédon fit voile pourCorcyre, y donna l’ordre d’équiper quinze vaisseaux, et leva des hoplites. Car il
partageait, dès lors, le commandement avec Démosthènes, et avait repris la route de Sicile à la nouvelle
de son élection. Démosthènes rassembla, dans les parages de l’Acarnanie, des frondeurs et des archers.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="32"><p>XXXII. Les députés, envoyés par les Syracusains
aux villes de Sicile, après la prise de Plemmyrion,
avaient réussi dans leur mission, et se disposaient à
ramener les troupes qu’fis avaient réunies. Nicias, prévenu à l’avance, manda aux Sicèles alliés, Centoripes,
Alicyéens et autres, dont ils devaient traverser le pays,
de ne pas laisser passer ces forces ennemies, et de se
concerter pour leur barrer la route. — Il n’y avait pas
<pb n="v.2.p.220"/>
pour eux d’autre chemin, les Agrigentins refusant le
passage sur leur territoire. — Déjà les Siciliens étaient
en marche. Les Sicèles, sur cet avis des Athéniens,
dressèrent trois embuscades, fondirent sur eux à l’improviste, les surprirent et leur tuèrent huit cents
hommes. Tous les députés périrent, à l’exception d’un
seul qui était de Corinthe. Il rassembla ceux qui
avaient échappé, au nombre de quinze cents, et les
amena à Syracuse.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="33"><p>XXXIII. Vers la même époque, il arriva de Camarina un secours de cinq cents hoplites, trois soldats
armés de javelots, et trois cents archers. Géla envoya
aussi une flottille de cinq vaisseaux, quatre cents soldats armés dejavelots, et deux cents cavaliers. Car, dès
lors, toute la Sicile, à l’exception d’Agrigente qui gardait la neutralité, s’était rangée avec les Syracusains
contre les Athéniens. Ceux mêmes qui avaient d’abord
observé les événements s’étaient alors ralliés, et envoyaient des secours. Cependant les Syracusains, après
l’échec qu’ils avaient éprouvé chez les Sicèles, différèrent leurs attaques contre les Athéniens.</p><p>Lorsque les troupes de Corcyre et du continent furent prêtes, Démosthènes et Eurymédon traversèrent,
avec toute leur armée, le golfe lonique, la pointe sur
le cap d’lapygie<note xml:lang="mul">Aujourd’hui cap de Sainte-Marie de Leuca.</note>. De là ils remirent à la voile et touchèrent aux Choerades, îles de l’Iapygie<note xml:lang="mul">Ce sont deux petites îles en face du port de Tarente.</note>.Ils embarquèrent
environ cent cinquante hommes de trait, tirés d’lpygie,
et de race messapique; puis, après avoir renoué quelques anciennes relations d’amitié avec un chef du pays,
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Aujourd’hui cap de Sainte-Marie de Leuca.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Ce sont deux petites îles en face du port de Tarente.</note>
<pb n="v.2.p.221"/>
Arias, qui leur avait fourni ces auxiliaires, ils se rendirent à Métaponte en Italie<note xml:lang="mul">L’lapygie et la Messapîe, qu’ils venaient de quitter, n’étaient pas alors comprises dans l’ltalie. Ce nom ne s’étendait pas aux contrées situées au nord-est de Métaponte et du ilenve Laos.</note>. Ils obtinrent des Métapontiens, à titre d’alliés, un corps de trois cents hommes de trait et deux galères, et passèrent avec ces
renforts à Thurium. Une sédition venait d’en expulser
les adversaires des Athéniens. Leur dessein était
d’attendre sur ce point que leur armée fût complétée par l’arrivée des corps restés en arrière, et de la
passer en revue; ils voulaient aussi amener les Thuriens à les seconder résolûment et à profiter des circonstances pour avoir désormais avec les Athéniens
mêmes amis et mêmes ennemis. Ils s’arrêtèrent donc à
Thurium, et s’occupèrent de ces soins.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="34"><p>XXXIV. Vers le même temps les Péloponnésiens, qui
croisaient, avec leurs vingt-cinq vaisseaux, en vue de la
flotte athénienne de Naupacte, pour protéger la traversée des bâtiments de charge dirigés vers la Sicile,
firentleursdispositions pour un combat naval. Ilséquipèrent de nouveaux vaisseaux, de manière à égaler à peu
près le nombre de ceux d’Athènes, et allèrent jeter l’ancre à Érinéos d’Achaïe, dans la campagne de Rhypé.
Le golfe où ils mouillèrent a la forme d’un croissant;
l’infanterie des Corinthiens et des alliés du pays, envoyée pour seconder la flotte, était rangée en bataille sur
les promontoires qui s’élèvent de part et d’autre; la
flotte occupait, entre deux, l’entrée du golfe et le fermait. Elle était commandée par Polyanthès, deCorinthe.
Les Athéniens, commandés par Diphilos, s’avancèrent
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 L’lapygie et la Messapîe, qu’ils venaient de quitter, n’étaient pas alors comprises dans l’ltalie. Ce nom ne s’étendait pas aux contrées situées au nord-est de Métaponte et du ilenve Laos.</note>
<pb n="v.2.p.222"/>
contre eux, de Naupacle, avec trente-trois vaisseaux.
D’abôrd les Corinthiens ne firent aucun mouvement;
puis, lorsqu’ils crurent le moment favorable, le signal
fut hissé; ils fondirent sur les Athéniens, et le combat
commença. De part et d’autre la résistance fut longue
et opiniâtre; les Corinthiens perdirent trois vaisseaux :
du côté des Athéniens, aucun ne fut complètement
coulé; mais il y en eut sept mis hors de service. Heurtés proue contre proue, ils avaient eu l’avant défoncé
par les vaisseaux corinthiens, armés dans ce but de
plus fortes antennes. Le combat fut balancé, de telle
sorte que chacun s’attribua la victoire : cependant les
Athéniens restèrent maîtres des débris, parce que le
vent les poussait au large, et que les Corinthiens ne
revinrent pas à la charge. On se sépara. Il n’y eut pas
de poursuite, et on ne fit de prisonniers ni d’un côté ni
de l’autre : car les Corinthiens et les Péloponnésiens,
combattant à portée du rivage, avaient pu se sauver,
et, du côté des Athéniens, aucun vaisseau n’avait été
submergé. Néanmoins, lorsque les Athéniens furent
rentrés à Naupacte, les Corinthiens dressèrent aussitôt
un trophée, s’attribuant la victoire pour avoir mis
plus de vaisseaux hors de combat. Ils ne se croyaient
pas vaincus, par les motifs mêmes qui empêchaient les
Athéniens de se croire vainqueurs. En effet les Corinthiens pensaient avoir l’avantage du moment où ils
n’éprouvaient pas une enlière défaite; et, aux yeux des
Athéniens, c’était avoir le dessous que de ne pas remporter une victoire entière. Après la retraite de la flotte
péloponnésienne et la dispersion de l’armée de terre,
les Athéniens dressèrent, de leur côté, un trophée, en
signe de victoire, sur la côte d’Achaïe, à environ vingt
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stades d’Érinéos où mouillaient les Corinthiens. Ansi
finit ce combat naval.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="35"><p>XXXV. Lorsque les Thuriens furent prêts à se joindre à l’expédition, avec sept cents hoplites et trois
cents hommes de trait, Démosthènes et Eurymédon
ordonnèrent à la flotte de longer les côtes de Crotone.
Eux-mêmes, après avoir fait une revue de toutes les
troupes de terre sur les bords du fleuve Sybaris, les
conduisirent à travers les campagnes de Thurium.
Mais, lorsqu’ils furent au fleuve Hylias, les Crotoniates
les firent prévenir qu’ils refusaient à l’armée le passage
sur leur territoire. Ils se rabattirent alors vers la mer
et passèrent, la nuit à l’embouchure de l’Hylias, où
leur flotte vint les rejoindre. Le lendemain, ils s’embarquèrent, rangèrent les côtes, prenant terre à toutes
les villes, Locres exceptée, et parvinrent à Pétra, dépendance de Rhégium.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="36"><p>XXXVI. Cependant les Syracusains, informés de
leur approche, résolurent de faire une nouvelle tentative avec la flotte et toutes les forces de terre qu’ils
avaient auparavant réunies afin de prévenir leur arrivée. Ils firent sur la flotte tous les changements dont
le précédent combat leur avait démontré l’utilité :
entre autres, ils rognèrent les proues des vaisseaux,
pour leur donner plus de solidité, et y adaptèrent de
fortes antennes<note xml:lang="mul">Ces antennes étaient deux poutres latérales qui s’avançaient en avant de la proue et neutralisaient par leur longueur les éperons des vaisseaux ennemis.</note>, arc-boutées de droite et de gauche<note xml:lang="mul">Le texte dit; intérieurement et extérieurement. Il est évident, et le scoiiastc de Thucydide a très-bien compris que les élançons intérieurs sont ceux qui étaient entre les deux antennes, par oppositioa à ceux qui étaient Axés latéralement du côté de la mer à bâbord et à tribord.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ces antennes étaient deux poutres latérales qui s’avançaient en avant de la proue et neutralisaient par leur longueur les éperons des vaisseaux ennemis.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">• Le texte dit; intérieurement et extérieurement. Il est évident, et le scoiiastc de Thucydide a très-bien compris que les élançons intérieurs sont ceux qui étaient entre les deux antennes, par oppositioa à ceux qui étaient Axés latéralement du côté de la mer à bâbord et à tribord.</note>
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contre les parois du navire par des élançons de six
coudées. C’était la disposition adoptée par les Corinthiens dans le combat contre la flotte de Naupacte,
où ils avaient pris l’ennemi en proue<note xml:lang="mul">Jusque-là cetait le contraire qui avait lieu; on évitait la proue et ou cherchait à donner de l'éperon contre le flanc de l'ennemi.</note>. Les Syracusains
avaient calculé que cette disposition devait être favorable contre les vaisseaux athéniens, qui n’étaient pas
comme les leurs renforcés à l’avant et dont la proue
n’était pas protégée, parce qu’au lieu d’attaquer proue
contre proue, ils se portaient par une circonvolution
sur le flanc de l’ennemi. Ils trouvaient d’ailleurs avantage à combattre dans le grand port, où un nombre considérable de vaisseaux se trouveraient resserrés sur un
étroit espace : attaquant en proue, ils enfonceraient
l’avant des vaisseaux ennemis, dont les parois faibles
et sans épaisseur ne pourraient tenir contre le choc de
parties massives et solidement étayées. Les Athéniens,
au contraire, ne pourraient, dans un espace étroit, ni
les tourner ni percer leur ligne, manoeuvres où ils
excellaient; car eux-mêmes les empêcheraient autant
que possible de pénétrer dans les lignes, et, quant à
les tourner, le défaut d’espace s’y opposerait. Ce qu’on
avait jusque-là considéré comme marque d’ignorance
chez leurs pilotes, l’attaque en proue, deviendrait dès
lors une excellente manoeuvre, puisque c’était surtout
là que serait leur supériorité. Les Athéniens, poussés
par eux, n’auraient pas la liberté de reculer ailleurs
que vers la terre, avec peu de carrière derrière eux,
peu de latitude pour leurs manoeuvres, puisque leur
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Jusque-là cetait le contraire qui avait lieu; on évitait la proue et ou cherchait à donner de l'éperon contre le flanc de l'ennemi.</note>
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camp n’occupait qu’un étroit espace et que les Syracusains seraient maîtres du reste du port. Que si on parvenait à les forcer, ils se porteraient tous sur un même
point, s’y entasseraient à l’étroitetse heurteraient mutuellement, ce qui jetterait parmi eux le désordre.
— En effet, rien ne fut plus nuisible aux Athéniens,
dans toutes les affaires navales, que cette impossibilité de reculer<note xml:lang="mul">Dans la plupart des évolutions on reculait, en ramant sur la poupe, afin de s’élancer sur l’ennemi avec plus de force, ou de le tourner.</note>, comme les Syracusains, vers tous
les points du port. — Quant à passer au large pour
leurs évolutions, cela leur serait impossible, puisque
c’était précisément du côté de la mer que les Syracusains attaqueraient et pourraient reculer à leur gré;
sans compter que les Athéniens auraient contre eux
Plemmyrion, et que l’entrée du port avait peu de
largeur.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="37"><p>XXXVII. La pensée de ces avantages joints à l’expérience qu’ils pouvaient avoir et à leurs forces, la
confiance plus grande qu’ils avaient puisée dans le précédent combat naval, les décidèrent à attaquer simultanément par terre et par mer. Gylippe fit sortir un peu à
l’avance les troupes de terre qui étaient dans Syracuse,
et les conduisit contre le mur des Athéniens<note xml:lang="mul">II s’agit-de la double enceinte des Athéniens qui descendait d’Épipolæ au grand port.</note>, du côté
qui regarde la ville. En même temps les troupes cantonnées à Olympiéon, hoplites, cavalerie, troupes légères, se portaient contre l’autre côté du mur. Aussitôt après, la flotte des Syracusains et de leurs alliés
prit la mer. Au premier abord, les Athéniens crurent
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Dans la plupart des évolutions on reculait, en ramant sur la poupe, afin de s’élancer sur l’ennemi avec plus de force, ou de le tourner.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* II s’agit-de la double enceinte des Athéniens qui descendait d’Épipolæ au grand port.</note>
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que l’armée de terre donnerait seule; mais lorsqu'ils
virent les vaisseaux s’avancer tout à coup, ils furent
dans un grand trouble : les uns se mettaient en bataille
sur les murs et en avant des retranchements pour repousser l’attaque; d’autres se portaient au-devant des
nombreux cavaliers et des gens de trait qui s’avan-
çaient précipitamment d’Olympiéon et du dehors; d’autres s’élançaient aux vaisseaux, ou couraient au rivage
pour le défendre. Les troupes embarquées, la flotte,
composée de soixante-quinze vaisseaux, alla à la rencontre de l’ennemi. Celle des Syracusains en comptait
quatre-vingts.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="38"><p>XXXVIII. Pendant la plus grande partie du jour on
manoeuvra en avant, en arrière, on se tâta mutuellement, mais sans rien de décisif de part ni d’autre; seulement les Syracusains coulèrent un ou deux bâtiments
et on se sépara. L’armée de terre s’éloigna en même
temps des murailles. Le lendemain, les Syracusains se
tinrent en repos sans rien manifester de leurs desseins.
Néanmoins Nicias, voyant que dans le combat naval les
chances s’étaient balancées et s’attendant à une nouvelle attaque, enjoignit aux triérarques de réparer ceux
des vaisseaux qui pouvaient avoir souffert, et fit
mouiller des bâtiments de charge en avant des pilotis
que les Athéniens avaient plantés en mer<note xml:lang="mul">Dans le grand port, à l’extrémité'du double mur.</note> devant leur
flotte, pour leur tenir lieu de port fermé. Ces bâtiments
furent espacés à une distance de deux plèthres<note xml:lang="mul">Environ 66 mètres.</note>, afin
que, si quelque vaisseau était serré de trop près, il
trouvât en arrière une retraite sûre d’où il pût à loisir
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Dans le grand port, à l’extrémité'du double mur.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Environ 66 mètres.</note>
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retourner à la charge. Ces dispositions occupèrent les
Athéniens tout le jour, jusqu’à la nuit.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="39"><p>XXXIX. Le lendemain, les Syracusains firent, de
meilleure heure, mais d’après le même plan, une attaque par terre et par mer contre les Athéniens. Les
deux flottes en présence, on passa, comme la première
fois, une grande partie du jour à se tâter mutuellement. Mais enfin Ariston de Corinthe, fils de Pyrrhichos, le meilleur pilote qui fût parmi les Syracusains,
conseilla aux commandants de la flotte d’envoyer en
ville aux intendants des vivres l’ordre de faire transporter en toute hâte le marché des subsistances sur le
bord de la mer, et de forcer tous ceux qui pouvaient
avoir des provisions à venir les y mettre en vente. De
cette manière les matelots pourraient débarquer, prendre rapidement leur repas près des vaisseaux, et faire
le même jour, à court intervalle, une nouvelle attaque
qui surprendrait les Athéniens.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:7" n="40"><p>XL. On suivit son avis : l’ordre fut envoyé et le marché disposé. Les Syracusains ramant soudain sur la
poupe, reculèrent vers la ville, débarquèrent et prirent
leur repas sur place. Les Athéniens, croyant qu’ils se
reconnaissaient vaincus, puisqu’ils rétrogradaient vers
la ville, débarquèrent tranquillement de leur côté, et
se mirent, entre autres soins, à préparer leur repas,
dans la pensée que le combat était terminé pour ce
jour-là. Mais tout à coup les Syracusains remontent
sur leurs vaisseaux et reviennent à l’attaque. Les Athéniens, dans un grand tumulte et à jeun pour la plupart, s’embarquent en désordre et ne se mettent en
ligne qu’avec peine. Pendant quelque temps on ne fit
que s’observer mutuellement sans rien entreprendre :
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mais à la fin les Athéniens, craignant, s’ils différaient,
d’être trahis par leur propre épuisement, résolurent
d’en venir aux mains au plus vite. Ils se portèrent en
avant à un signal donné, et engagèrent l’action. Les
Syracusains reçurent leur choc : ils présentaient la
proue à l’ennemi, suivant leur tactique, frappaient les
vaisseaux athéniens à l’avant et leur faisaient, grâce
aux dispositions adoptées dans ce but<note xml:lang="mul">Grâce aux antennes ou épotides dont ils avaient armé leurs proues.</note>, de profondes
déchirures. Du haut du pont des navires leurs soldats
couvraient de javelots les Athéniens et leur faisaient
beaucoup de mal. Mais ce qui leur en causa bien plus
encore, ce furent des barques légères, montées par des
Syracusains, qui voltigeaient autour des navires, se
glissaient sous la ligne des rames, rasaient les flancs
des bâtiments, et de là accablaient de traits les équipages.</p></div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>